Notre arbre généalogique se précise

Selon les récentes études génétiques d’un homme de Néanderthal (un deuxième spécimen est en cours de séquençage) cette sous-espèce humaine divergea de l’homme de l’Afrique de l’Est dont nous sommes tous issus aujourd’hui il y a environ 500 000 ans. Si l’hypothèse de l’origine des hominidés situe cette dernière quelque part dans la vallée de l’Omo, il y a donc eu plusieurs vagues d’ « émigration » depuis ce berceau de l’humanité. N’en déplaise aux créationistes la vallée de l’Omo ne se trouve pas en Palestine ni dans le Sinaï … Bref, un demi million d’années n’a pas totalement suffi pour que l’Homo sapiens sapiens qui rencontra ces survivants (les Néanderthaliens) de la première vague d’émigration il y a quelques 50 à 80000 ans en Europe fasse que le fruit de leurs fornications soit stérile comme sont stériles les fruits de la monte d’une ânesse par un cheval ou l’inverse.

Nos ancêtres directs ont donc bien forniqué avec les Néanderthaliens et vice-versa et le résultat est que nous trainons en nous des gènes néanderthaliens qui ne sont pas tous bénéfiques. C’est ce qu’a montré une étude réalisée à l’Université d’Harvard en collaboration avec le laboratoire du Docteur Svante Pääbo (Max Plank Institute for Evolutionary Anthropology en Allemagne) après analyse des ADN et des variants génétiques de 846 personnes européennes ou nord-américaines sans origine africaine, 176 personnes d’Afrique sub-saharienne et l’ADN d’une femme (femelle) qui vivait en Sibérie il y a 50000 ans à partir de l’os d’une phalange comme la jeune fille de l’autre sous-espèce Denisovan (voir : https://jacqueshenry.wordpress.com/2013/12/05/nos-ancetres-lointains-etaient-des-vraies-betes-de-sexe/ ).

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Les 176 ADN provenant d’une population sub-saharienne supposée n’avoir jamais été en contact direct avec les Néanderthaliens ont en quelque sorte servi de contrôle qui a mis en évidence des variations génétiques chez les Européens et non chez ces sujets sub-sahariens. L’étude a montré que certaines zones du génome étaient riches en ADN néanderthalien alors que d’autres parties en étaient totalement dénuées ou au moins beaucoup moins que la moyenne. La teneur, si l’on peut parler ainsi, d’informations génétiques modifiées provenant des Néanderthaliens n’excède par quelques centaines de milliers de paires de bases sur tout le génome, tout au plus entre 1,5 et 2,1 % du génome et pourtant malgré cette très faible information, elle est pourtant importante en ce qui concerne par exemple la synthèse de la kératine. Cette adaptation spécifique des Neanderthaliens a peut-être contribué à leur acclimatation à des environnements différents de celui que connaissaient leurs ancêtres africains. D’autre part un certain nombre d’allèles spécifiques ont été bien identifiés car ils confèrent une sensibilité accrue à certaines maladies et peut-être que ces gènes sensibilisateurs proviennent de l’endogamie intense qui avait conduit chez les Néanderthaliens à une uniformité génétique comme on la rencontre chez certains animaux comme les léopards.

De plus, cette étude a montré clairement que les Neanderthaliens et les Denisovans se sont rencontré à un moment ou un autre au cours des quelques 400000 ans qui ont suivi leur exode d’Afrique. Enfin, certains gènes de Dénisovans ont été retrouvés en Papouasie-Nouvelle-Guinée, en Australie et aux Philippines mais également sur le continent asiatique. On peut dès lors se faire une idée assez précise des différents types de populations d’hominidés que rencontrèrent nos ancêtres directs lorsqu’ils partirent d’Afrique il y a environ 100000 ans pour envahir la totalité du continent eurasien : des Néanderthaliens depuis l’Europe de l’ouest jusqu’à en gros l’Oural, deux populations de Denisovans et un groupe hypothétique encore inconnu. La divergence entre Néanderthaliens et Denisovans est un événement beaucoup plus ancien puisqu’il daterait, selon la dérive génétique naturelle qui est une loi s’appliquant à tous les êtres vivants, d’au moins 1,4 millions d’années.

Naturellement la question qui se pose est de comprendre d’abord comment ces populations ancestrales qui avaient divergé aussi longtemps auparavant pouvaient encore être interfécondes et donner lieu à une descendance fertile conduisant à ce mélange de gènes incroyable mais l’autre question à laquelle il sera difficile de répondre sans raisonnement anthropomorphique est l’avantage qui résultait de ces « croisements ». Cette dernière remarque me rappelle les recherches généalogiques que j’ai pu mener à bien sur les origines de ma famille paternelle. Celle-çi est issue d’un petit village du Bugey dont la population n’avait jamais dépassé le millier d’habitants mais fait extraordinaire plus de la moitié de la population de ce village était identique sur le plan patronymique, certes il y avait les J. du haut du village et les J. du bas et les mariages étaient strictement réglementés par le curé afin d’éviter l’endogamie. Mais il arrivait parfois qu’une fille nubile se fasse engrosser par un colporteur venu d’Italie (le Bugey faisait partie du duché de Savoie), alors la famille s’arrangeait pour lui trouver un mari contre quelques pièces d’or mais ce genre d’évènement constituait un apport de sang « neuf » et donc de gènes appréciables. On peut imaginer que les groupes humains ayant émigré d’Afrique par vagues successives purent survivre à l’endogamie gràce à l’arrivée de ces nouvelles « invasions » qui avaient pourtant très peu de chances de se rencontrer et les Néanderthaliens n’ont finalement pas survécu à l’inbreeding, pardon l’endogamie, qui devait miner leur santé depuis des centaines de milliers d’années.

Un dernier point intéressant de cette étude est la présence de gènes spécifiques de la stérilité mâle et de la maturation des testicules dans le chromosome Y ainsi que des gènes présents dans le chromosome X. Cette observation pourrait être liée au fait que nos ancêtres directs (Homo sapiens sapiens) et les Néanderthaliens n’auraient pas du pouvoir se croiser sexuellement avec succès en raison de leur divergence de longue date, ils ont pourtant réussi …

Pour conclure, il faut rappeler que dans les années 50 et 60, au beau milieu de la guerre froide, des travaux furent entrepris par les militaires du bloc soviétique pour tenter de produire des super-singes ou des sous-hommes, c’est selon de quel côté on se place, afin de les envoyer combattre sans états d’âme. C’est vrai ! Une femelle bonobo est fécondable avec du sperme humain mais malgré l’infime différence entre l’homme et le bonobo sur le plan strictement génétique, la grossesse n’arrive pas à terme. Le même type d’approche a également été tenté, fécondation d’une femme avec du sperme de bonobo, même cas de figure : début de grossesse et avortement spontané au bout que quelques semaines … Tout ceci pour dire que les Néanderthaliens (et les Denisovans) étaient plus proches de nos ancêtres directs que nous le sommes des bonobos !

Source et crédit photo (grotte du Caucase où fut retrouvé le Néanderthalien) : Harvard Medical School News