Une étude de cas (clinique) terrifiante

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Ça se passe à Medellin en Colombie mais il n’y a aucune raison que ce genre de cas clinique n’apparaisse pas dans n’importe quel autre pays. Il s’agit du cas d’un malade de 41 ans qui est allé consulter le médecin car il se sentait très affaibli sans raison apparente. Des examens radiologiques ont rapidement montré qu’il souffrait de multiples tumeurs réparties dans le foie, les poumons, les glandes surrénales ou encore les ganglions lymphatiques. L’analyse microscopique révéla d’étranges associations de petites cellules peu différenciées et ce n’est qu’en procédant à une analyse de l’ADN de ces cellules que les biologistes purent montrer sans aucun doute qu’elles n’étaient pas d’origine humaine.

De la vraie science fiction !

Cette analyse d’ADN révéla qu’il s’agissait de cellules d’un petit ténia (quelques centimètres de long) très commun partout dans le monde répondant au doux nom de Hymenolepiasis nana. Pour ne se rassurer qu’à moitié le malade en question était immunodéprimé (SIDA) mais quand on sait qu’à peu près 75 millions de personnes sont porteuses de ce ténia dans le monde (source CDC), surtout des enfants, il y a de quoi être terrifié. C’est le premier cas de cancer humain pouvant être considéré comme potentiellement contagieux.

Comment un ver parasite intestinal a-t-il pu provoquer des tumeurs chez son hôte habituel ?

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L’analyse détaillée de l’ADN des cellules « tumorales » a montré que l’ADN du parasite avait muté de manière assez inattendue non pas par modification d’une seule base (SNP) mais par insertion de trois bases supplémentaires au niveau d’un seul site de tout l’ADN du ver (caractères gras dans la figure). S’il est impossible d’affirmer que cette mutation particulière a rendu invasives et tumorigènes les cellules du ver parasite, il n’en demeure pas moins que le résultat de cette étude de cas est particulièrement terrifiant puisqu’une telle modification diabolique d’un ADN de parasite peut apparaître n’importe où et n’importe quand !

Source et illustration : New England Journal of Medicine, DOI : 10.1056/NEJMoa1505892 , photo Wikipedia.

Note pour les curieux : Une guanine a été insérée entre les deux thymines du codons TTG de la leucine, une autre guanine a été insérée entre les première et deuxième thymines du codon TTT de la phénylalanine et une adénine a été insérée entre les première et deuxième thymine de l’autre codon TTT de phénylalanine modifiant profondément la séquence par introduction d’un aminoacide supplémentaire sans modifier la séquence subséquente mais avec introduction d’une cystéine et d’un acide aspartique.

Il n’y a pas de quoi rire !

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On dit que la bonne humeur et le rire sont indispensables pour être en bonne santé et rire aux éclats relâche les tensions du stress. Il est vrai également qu’on fait travailler beaucoup plus de muscles de la face en faisant la gueule, un simple sourire ne faisant appel qu’à quelques-uns d’entre eux. Mais quand le rire aux éclats devient incontrôlable ça peut devenir inquiétant. C’est ce qui est arrivé à une petite bolivienne de 6 ans qui ne cessait d’éclater de rire sans raison apparente. Ses parents l’ont montrée à un psychiatre qui en a conclu un peu rapidement que l’enfant souffrait de troubles du comportement et qu’elle était peut-être possédée par le démon, il faut s’attendre à tout avec les psychiatres ! La situation empirant et la petite fille devenant terrorisée par ses propres crises de rire, les parents, désespérés, se résignèrent à soumettre cette dernière à des examens neurologiques plus approfondis et les radiologues découvrirent une petite tumeur bénigne qui compressait légèrement le lobe temporal gauche de son cerveau. Les médecins, qui ne sont jamais à court d’inspiration linguistique appellent ces épisodes de rire incontrôlables des « crises gélastiques », gélastique provenant du grec gelos qui veut dire rire, une forme d’épilepsie très rare. On attribue ce terme à un médecin de l’Hôtel-Dieu de Paris du nom de Trousseau qui diagnostiqua ce syndrome en 1877. Il faut dire qu’à l’époque le latin et le grec étaient obligatoires à l’école mais les temps ont changé. La tumeur mesurant 11 x 17 x 10 millimètres a été excisée et l’enfant se porte bien … Comme quoi il ne fallait pas en rire !

Source et illustration : ecancer.org (open access) DOI: 10.3332/ecancer.2014.436

Du nouveau sur le virus d’Epstein-Barr

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Tout le monde ou presque a connu une infection par le virus de l’herpès au niveau des yeux, c’est très douloureux et on peut éventuellement perdre définitivement la vue, au niveau du sexe, ça gratte, ça suppure mais on finit par trouver un traitement de soulagement parce que le virus est toujours là et peut se manifester n’importe quand et enfin au niveau des lèvres avec ce qu’on appelle communément les boutons de fièvre. Ce sont trois souches distinctes du virus de l’herpès qui compte plus d’une centaine de types divers, comme celui de la varicelle et dont un type particulier, appelé EBV, acronyme pour Epstein-Barr Virus, peut générer des tumeurs. Quand on sait en plus que plus de 90 % de la population est infectée par l’EBV ça fait peur et d’autant plus peur que ce virus a été formellement reconnu comme étant la cause de certains types de cancer et que, de plus, une fois qu’on a été infecté il reste tranquillement latent dans des lymphocytes (type B) toute notre vie parce que le système immunitaire n’arrive plus à le reconnaître, il y a de quoi frémir. Pire encore, ce virus a trouvé le moyen de se nicher subrepticement dans ces cellules B qui sont justement impliquées dans la « mémoire » immunitaire, il faut le faire, on ne peut pas trouver mieux comme protection. Entre autres formes de cancer il faut tout d’abord citer le carcinome du rhino-pharynx, le plus commun des cancers provoqués par l’EBV puisque ce virus commence lors d’une primo-infection à se multiplier dans les cellules épithéliales du pharynx mais il est aussi la cause du lymphome de Burkitt qui a permis de faire sa découverte en tant que virus oncogène et enfin le lymphome de Hodgkin. Si on a échappé dans l’enfance au virus quand on l’attrape au cours de l’adolescence on souffre d’une mononucléose souvent passée inaperçue sinon qu’on ressent une grosse fatigue mais on peut aussi se coller une encéphalo-myélite plus connue sous le nom de sclérose en plaques déclenchée par ce même virus qui a donc finalement tout pour plaire. Pour finir de peindre le tableau l’EBV se présente sous deux formes, les types 1 et 2, qui diffèrent seulement sur l’un des 85 gènes que code l’ADN viral. On ignore encore comment le virus latent est réactivé et peut produire des effets catastrophiques du genre lymphome ou carcinome du larynx. Pour en savoir un peu plus, une équipe de biologistes du Centre de Recherche sur le Cancer d’Heidelberg en Allemagne ont séquencé l’ADN de plusieurs souches de virus et ont ainsi montré qu’il existe en réalité plusieurs familles d’EBV dont le pouvoir carcinogène est différent ce qui peut vouloir dire qu’on sera plus exposé à un cancer par l’EBV que d’autres personnes selon la souche à laquelle on a inconsciemment offert le gite et le couvert dans nos lymphocytes B (dans la moelle osseuse) sans le savoir. En isolant une souche d’EBV appelée M81 d’un carcinome du pharynx d’un patient chinois, ces biologistes ont montré qu’elle était très différente des autres souches isolées du même type de tumeur de patients européens en termes d’infectivité ou de capacité tumorigène. Or le consensus était jusqu’alors que l’EBV était essentiellement identique dans le monde entier mise à part cette distinction entre les types 1 et 2 mentionnée plus haut, cette nouvelle observation remet donc en question les facteurs externes incriminés dans la levée de la latence de l’EBV comme par exemple la fumée de cigarette puisque cette souche M81 se multiplie à très grande vitesse et ce dans toutes les cellules qu’elle infecte dont l’épithélium du pharynx en particulier. Comme il est impossible de mettre au point un vaccin contre ce virus, il reste simplement à espérer qu’on n’est pas porteur de la méchante souche M81 qu’il ne faut pas confondre avec la galaxie de Bode ou Messier 81 située dans la Grande Ourse et presque visible à l’oeil nu par temps clair près de l’étoile alpha de la constellation …