Les américains sont-ils toujours crédibles ?

Les américains sont-ils toujours crédibles ?

Après avoir dénoncé l’accord de Paris – c’était leur droit – les USA ont continué dans la même veine en dénonçant l’accord sur le nucléaire iranien sachant parfaitement que cet acte aurait des conséquences considérables pour l’ensemble des pays européens. Ces derniers semblent tétanisés à l’idée d’outrepasser la décision américaine, pays qui fait la pluie et le beau temps avec son inique pouvoir d’extraterritorialité quand il y a des dollars en jeu. Sans vouloir être vulgaire la Maison-Blanche nous tient tous par les couilles. Les Chinois et les Russes l’ont compris avant l’Union européenne et ils ont conclu des accords de swap entre eux. Le Japon, bien qu’ayant également conclu des accords de swap yuan-yen, subit la pression constante de Washington pour ne pas trop énerver son « occupant » et quand je dis « occupant » c’est tout simplement parce que de facto les USA occupent le Japon depuis 1945. Idem pour la Corée du Sud. Toute initiative diplomatique pouvant déboucher sur un rapprochement voire une réunification avec la partie nord-coréenne est scrutée à la loupe par les chiens de garde de Washington car il faudra que ce processus leur convienne. Pour l’ensemble de l’Europe c’est blanc-bonnet et bonnet-blanc.

Venons-en à l’OTAN. C’est un magnifique outil d’asservissement de l’ensemble de l’Europe occidentale par les Américains. Lors de l’effondrement du bloc soviétique, Russes et Américains s’étaient mis d’accord pour que l’OTAN ne s’étende pas aux ex-pays satellites de Moscou. Qu’à cela ne tienne, les Américains ne se sont pas privés pour installer des troupes et des armements à quelques kilomètres de la frontière russe tout en fomentant le coup d’Etat de Kiev.

Non contents de n’avoir dénoncé que trois accords Washington vient aussi de se retirer unilatéralement d’un important traité avec la Russie relatif au non-déploiement de missiles de portée intermédiaire porteurs de charge nucléaire. C’est ce fou de John Bolton, un faucon à moustache (les pires), conseiller à la sécurité nationale qui l’a exigé. Ce triste individu travaille pour le complexe militaro-industriel à qui il faut donner un os à ronger. L’accord sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (500-5000 km) appelé en français FNI, forces nucléaires à portée intermédiaire, avait été conclu entre la Russie, à l’époque encore l’Union Soviétique, et les USA et avait eu pour avantage de détendre quelque peu les relations entre les deux blocs. Bolton affirme que la Russie s’est dotée d’un vecteur appelée par l’OTAN 9M729 qui est en violation directe avec le FNI. Or Moscou nie farouchement que ce missile soit effectivement orienté vers l’Europe, si tant est que ce missile existe. Pour Washington la situation est plutôt ardue car il faudra bien qu’un des pays d’Europe accepte d’ « héberger » sur son sol des missiles nucléaires d’une portée de 500 à 5000 km. De plus ce fameux complexe militaro-industriel américain n’a pas les moyens de développer une parade équivalente au 9M729 s’il existe réellement, il faut le répéter car c’est peut-être encore une affabulation de Bolton et de l’administration américaine.

Dans la réalité la dénonciation de ce traité est dirigée non pas à l’encontre de la Russie mais plutôt envers la Chine qui dispose depuis peu de missiles de portée intermédiaire surnommés « tueurs de porte-avion » et sans la capacité de menacer le territoire chinois avec des outils conventionnels, c’est-à-dire des missiles balistiques ou de croisière, Washington perd un levier important dans le bras de fer engagé avec Pékin pour la domination de la région Asie-Pacifique. Cette dénonciation du traité FNI est donc une menace pour la Chine qui devra tôt ou tard négocier avec les USA au sujet d’une limitation des armements. Si tel était le cas les USA bénéficieraient alors d’un soutien de la Russie dans la perspective du renouvellement de l’accord Start concernant les missiles balistiques de longue portée à tête nucléaire qui doit être renégocié en 2021.

Pour bien faire « mûrir » la Chine et la préparer à cette éventualité les USA ont aussi violé les accords de l’OMC – encore des accords bafoués ouvertement – en sanctionnant lourdement la Chine avec des droits de douane parfois exorbitants. Cependant cette arme économique pourrait bien se retourner contre les consommateurs américains dont près de 100 millions n’ont pas les moyens financiers d’acheter des produits « made in USA » et n’ayant pas d’autre choix que d’acheter des produits « made in PRC ». Tout est presque clair. L’aigle impérial américain est à bout de souffle et son hégémonie mondiale est sérieusement remise en cause. La partie de poker à trois (l’Europe n’est que figurant autour de la table et c’est bien regrettable) entre la Chine, la Russie et les USA n’est pas terminée mais pourrait mal se terminer pour l’Empire américain.

Inspiré d’un article paru dans Le Temps de Genève.