Nouvelles du Japon : la mémoire des samouraïs

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Au printemps dans les maisons japonaises la coutume consiste à exposer un présentoir où se trouvent les attributs des samouraïs, sabre, arc, casque et épaulettes. Les samouraïs ont été interdits au cours de l’ère Meiji mais dans certaines familles de descendants de samouraïs il existe encore les vraies panoplies de ces guerriers qui étaient en théorie au service du Shogun mais en pratique guerroyaient souvent entre eux pour la possession de domaines terriens.

À ce propos la superficie des domaines s’évaluait en nombre de kokus (prononcez coquou) c’est-à-dire le nombres de mesures de riz de 180 litres produites dans un domaine, quantité considérée comme suffisante pour nourrir une personne pendant une année. À titre d’exemple le domaine d’Edo (ancien nom de Tokyo) produisait 4 millions de kokus. Il est facile de comprendre pourquoi les samouraïs convoitaient les terres arables, si rares au Japon, pays essentiellement montagneux.

Cette pratique printanière d’exposition des équipements de samouraïs, maintenant des miniatures, remonte à la fin du XIIe siècle lorsque le shogun Minamoto no Yoritomo s’installa en 1192 dans la bourgade de Kamakura au sud de l’actuelle conurbation Tokyo-Kawasaki-Yokohama qui se trouve sur la rive ouest de la baie de Tokyo.

Le shogun, bien que vassal de l’Empereur qui résidait à Kyoto, exerçait tous les pouvoirs que ce dernier lui avait tacitement délégué et il décréta qu’au printemps les samouraïs devaient aérer leurs équipements et les entretenir. Cette tradition a traversé les siècles et donc aujourd’hui encore cette coutume n’a pas perdu sa signification première mais elle est aussi l’occasion, dans les familles avec des enfants mâles, de célébrer leur présence au foyer.

La ville de Kamakura fut gravement endommagée par un tsunami géant en 1293 alors qu’elle était considérée comme la quatrième plus grande ville du monde comptant environ 200000 habitants. La fin du shogunat de Kamakura date de juillet 1333 quand le seigneur de la guerre Nitta Yoshisada, fidèle à l’Empereur qui se trouvait toujours à Kyoto, assiégea la ville mais Kamakura restera encore longtemps la prospère et principale ville du Kanto, la région de l’actuel Tokyo. Pour l’anecdote il existe à flanc de colline autour de Kamakura des bornes de pierres indiquant et remémorant aussi le tsunami de 1293.

Nouvelles du Japon : Pourquoi les chats sont exclus des maisons

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Au Japon le sol de la pièce servant de séjour et celui des chambres sont souvent pavés, si on peut dire les choses ainsi, de tatamis. Certes pour un Européen un tatami est le tapis souple sur lequel évoluent les judokas mais en réalité il s’agit d’un rectangle de 88 centimètres par 176 centimètres (rapport un sur deux) bordé de galons souvent ouvragés, fabriqué avec de la paille de riz tressée selon une tradition séculaire. Cette dimension sert à mesurer la superficie d’une pièce, un multiple de 1,6562 mètre carré au dixième de millimètre près … D’une manière générale les maisons sont construites selon des dimensions telles que celles des chambres et des pièces à vivre peuvent être recouvertes d’un nombre exact de tatamis sans découpe.

Ainsi dans les agences de vente ou de location d’habitations la dimension des pièces est spécifiée selon le nombre de tatamis et tout le monde comprend ce que cela veut dire … sauf les Européens naturellement. Alors pourquoi y a-t-il tant de chats dans les rues ? Tout simplement parce qu’ils sont interdits de séjour dans les maisons. Les chats ont la malencontreuse idée de « se faire les griffes » sur un peu n’importe quoi. Un tatami ne résisterait pas deux jours à ce genre de traitement … Le Japon est vraiment un pays à part ! L’époque moderne d’après-guerre a bouleversé les traditions japonaises mais beaucoup de personnes restent attachées à leur pièce à vivre « pavée » de tatamis. De nombreux restaurants offrent à leurs clients une salle spécialement recouverte de tatamis avec des tables basses pour déjeuner ou simplement boire un thé dans la plus pure tradition japonaise.

De cette tradition des tatamis découle une habitude typiquement japonaise bien qu’on la retrouve aussi dans d’autres pays d’Asie comme la Thaïlande : les chaussures sont bannies dans les maisons. On se déchausse quand on entre et il existe à l’entrée un espace spécial devant la porte d’entrée où on laisse ses chaussures. C’est l’une des raisons pour lesquelles les portes d’entrée s’ouvrent vers l’extérieur mais elle doit être rapprochée de l’autre raison. Quand les portes glissantes des anciennes maisons en bois ont été remplacées par des portes à paumelles l’ouverture vers l’extérieur permettait de s’échapper plus rapidement en cas d’incendie. Voilà une petite histoire de tatamis …