Interdire la pêche dans les eaux internationales : une urgence !

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Dans quelques semaines l’ONU se penchera sur la mise en place de régulations internationales au sujet de la pêche en haute mer c’est-à-dire dans les eaux internationales. Ce type de pêche échappe à tous les règlements nationaux appliqués dans les zones maritimes exclusives et était jusqu’à peu d’années peu connu et mal documenté. Aujourd’hui avec la surveillance satellitaire il est possible de suivre en temps réel tous les bateaux hauturiers partout dans le monde. Cette pêche ne représente que 10 % de l’ensemble des prises mais elle est dévastatrice pour l’équilibre halieutique, elle ne survit que grâce à de généreuses subventions de la part des gouvernements nationaux et sur le plan social la faible rentabilité de cette activité conduit les armateurs à avoir recours à une main-d’oeuvre aussi peu coûteuse qu’il est possible d’en trouver sur le marché.

Depuis une quinzaine d’années les bateaux sont suivis par le « Global Fishing Watch », une plateforme créée par les ONGs Skytruth et Oceania en collaboration avec Google. Les prises ont été répertoriées et en 2014 elles ont atteint 4,4 millions de tonnes avec un chiffre d’affaires global de 7,6 milliards de dollars. Cinq pays se partagent les deux tiers de cette pêche : la Chine (21 %), Taiwan (13 %), le Japon (11 %), la Corée du Sud (11 %) et l’Espagne (8 %). Or les coûts globaux liés à cette pêche sont estimés entre 6,2 et 8 milliards de dollars. Pour cette même année 2014 les subventions accordées par les gouvernements nationaux se sont élevées à 4,2 milliards de dollars ce qui revient à dire que plus de la moitié des bateaux ne sont pas rentables et le seraient encore moins sans une main-d’oeuvre quasiment esclavagisée, à peine rémunérée et vivant à bord dans des conditions d’extrême précarité. L’illustration ci-dessus indique le nombre de bateaux par pays et les techniques de pêche (lien en fin de billet).

L’impact de la pêche en haute mer sur les populations halieutiques proches des côtes est considérable puisque les poissons se déplacent sans arrêt et ils se raréfient par conséquent dans les eaux territoriales. Les techniques de pêche sont également dévastatrices comme par exemple la chalutage des grands fonds ou encore la palangre qui ne fait par définition aucune discrimination entre les espèces. De ce fait le thon rouge (Thunnus maccoyii) des mers du sud est en voie de disparition et les populations d’albacore et de thon obèse sont menacées. Le thon n’atteint sa maturité sexuelle qu’à l’âge de 5 ans et peut vivre plus de 60 ans et comme pour l’empereur (Pomacanthus imperator) ce sont des poissons à croissance lente, leur population est donc très difficile à gérer.

La proposition qui sera abordée aux Nations-Unies consistera à interdire la pêche dans les eaux internationales afin de transformer celles-ci en sanctuaire où ces poissons pourront vivre, grandir, se reproduire et aller enfin vers les zones économiques exclusives gérées par les Etats. Alors les populations de thons pourront se régénérer et les subventions accordées aux marins-pêcheurs pourront être orientées vers le développement d’autres types de pêches moins consommatrices de carburant. Mais c’est un programme de longue haleine qui doit être géré de manière autoritaire. On peut toujours rêver plutôt que de laisser à nos petits-enfants des mers désertes.

Source et illustration : Science Advance http://advances.sciencemag.org/content/advances/4/6/eaat2504.full.pdf doi: 10.1126/sciadv.aat2504

Du thon « avarié » dans nos assiettes, ce n’est pas un scoop

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Un excellent moyen peu coûteux de surcroit de faire croire que le thon est frais est de le traiter avec du monoxyde de carbone. Il est facile de comprendre ce qui se passe. Le thon rouge est un poisson au sang chaud et sa chair en est imprégnée. Au cours de la conservation du poisson cette chair acquiert un aspect gris-brunâtre peu attirant pour le consommateur. Cette couleur est due à l’hémoglobine qui a perdu l’oxygène qui lui était lié. Traiter la chair du thon avec du CO (ne pas confondre avec le CO2 qui brunirait encore plus le thon) redonne sa couleur vive à la chair. Il est important de noter que les seules protéines susceptibles de fixer de l’oxyde de carbone sont les cytochromes, également rouges, et l’hémoglobine. En effet du thon ou tout autre viande traités avec de l’oxyde de carbone ne présentent en fait aucun danger bien que l’oxyde de carbone soit un gaz aussi toxique pour l’organisme que le cyanure … C’est un moyen peu élégant et totalement illégal de mettre sur le marché du thon à la limite d’être avarié qui est largement utilisé dans de nombreux pays.

Normalement le thon doit être vidé, lavé à l’eau de mer et mis dans un congélateur à moins 20°C dès qu’il a été pêché. Ce n’est malheureusement pas le cas pour de nombreux petits artisans-pêcheurs mais également pour de plus gros professionnels dont l’équipement frigorifique de leur embarcation est parfois défaillant.

Une vaste campagne européenne de dépistage des fraudeurs a été réalisée par Europol avec l’appui d’Interpol entre décembre 2017 et mars 2018 dans 67 pays. Des stocks de thon périmé « recoloré » par traitement avec de l’oxyde de carbone et conditionné ensuite avec du lait en poudre pour bébé qui avait aussi dépassé la date limite d’utilisation ont été trouvé dans de nombreux ports de pêche en particulier au Vietnam. Ce sont plus de 3600 tonnes de thon qui ont été saisis et 749 personnes ont été arrêtées ou font l’objet d’une enquête criminelle.

Il est opportun d’ajouter pour tout de même rassurer les consommateurs qu’un morceau de thon de couleur brune n’est pas nécessairement synonyme de toxicité. En Suisse l’Office fédéral de la sécurité alimentaire n’a pas trouvé de lots de thon présentant cette couleur qui aient été considérés comme impropres à la consommation après analyses sanitaires détaillées …

Source et illustration : SonntagsZeitung