Cancer (?) et phénols (thé, café et autres viandes fumées)

J’ai déjà écrit un billet sur la protéine p53 qui commande la mort des cellules malades mais est aussi impliquée dans la réparation de l’ADN cellulaire si ce dernier est endommagé par des facteurs externes comme les ultra-violets ou des substances chimiques délétères, et il y en a ! A l’Université Johns Hopkins (Kimmel Cancer Center) une équipe pluridisciplinaire réunissant des chimistes des aliments et des biologistes spécialisés dans l’étude des causes du cancer ont montré sans ambiguité que certains produits présents dans l’alimentation étaient susceptibles d’endommager l’acide désoxy-ribonucléique (ADN) le support de l’hérédité et si ces dommages étaient mal contrôlés une cellule pouvait devenir cancéreuse avec les conséquences que l’on sait. Le gène de la protéine p53 est activé pour produire cette protéine quand l’ADN a été endommagé et c’est donc une sorte de marqueur des risques de cancer dont un test par fluorescence de l’activation a été mis au point dans le laboratoire de Scott Kern à la Johns Hopkins School of Medicine. Les chimistes des aliments ont effectué divers extraits de toutes sortes d’aliments ou boissons ou encore des sauces et ont redilué ces extraits pour qu’ils soient étudiés à des doses sensiblement identiques à celles présentes dans les aliments avec des cultures de cellules en suivant l’activation du gène de la protéine p53.

Partant d’une hypothèse simple que je retranscris de l’anglais ainsi : « On ne sait pas trop ce que contient notre alimentation et quels effets elle a sur les cellules de notre corps », cette équipe a trouvé que des composés apparemment anodins pouvaient être considérés comme vraiment dangereux d’après le test utilisé. Par exemple les sauces « barbecue » sont particulièrement dangereuses (potentiellement) ainsi que d’autres agents de saveur plus ou moins artificiels ajoutés aux saucisses, par exemple pour qu’elles aient un goût de fumé, mais aussi le thé vert, le thé noir et le café sont aussi potentiellement dangereux. Les chimistes ont ainsi montré que les deux principaux composés qui activaient le gène de la p53 étaient l’acide gallique et le pyrrogallol. Or ces deux phénols se retrouvent en quantités variées dans le saumon fumé, ou d’autres viandes boucannées, mais aussi dans la fumée de cigarette, les colorants pour les cheveux (mesdames attention!) le thé, le café, la croute de pain (mon dernier petit-fils en rafolle) le malt qui sert à fabriquer la bière et le whisky, mes deux boissons préférées, ou encore la poudre de cacao.

Heureusement que Scott Kern, qui doit être un amateur de whisky ou de bourbon, a vite vérifié que le whisky écossais ou tout au moins des extraits dûment préparés dans les conditions strictes du protocole utilisé n’avait qu’un effet mineur sur le gène de la p53, ouf ! Bien d’autres additifs du genre sauces, les Américains sont friands de « dressings » pas vraiment prisés des Français, tabasco, sauce au soja, sauce aux haricôts noirs, kim chee, sauce au paprika ou wasabi pour n’en citer que quelques unes, n’ont aucun effet dans le test utilisé.

En conclusion de ces résultats, leurs auteurs considèrent que des études complémentaires sont nécessaires pour bien préciser quel est l’effet de ces phénols sur la cancérogénèse. A suivre donc et bon appétit.

Source et p53 dans ce blog : http://www.hopkinsmedicine.org/news/media/releases

https://jacqueshenry.wordpress.com/2013/02/02/un-espoir-dans-le-traitement-des-cancers-enfin/

Qui connaissait les vertus antivirales du plaqueminier alias kaki ?

 

Des biologistes de l’Université d’Hiroshima ont mis en évidence les effets antiviraux spectaculaires des tannins du fruit vert du kaki, un fruit très populaire au Japon qui peut être accommodé de multiples manières et être aussi dégusté à la petite cuillère quand il est presque complètement pourri. Je ne partage pas, et de loin, les gouts culinaires des Japonais, mais me faire manger un kaki pour soigner une bonne grippe me demanderait un gros effort d’auto-persuasion.

Ces chercheurs d’Hiroshima ont testé les extraits de tannins du fruit du kaki sur une multitude de virus mis en contact de cellules humaines en culture et le résultat est bluffant. A des doses qu’on pourrait qualifier d’homéopathiques, en d’autres termes si l’on voulait retrouver les substances introduites dans les essais, ce serait impossible alors que les virus sont tous morts. Parmi les virus étudiés, citons six virus à enveloppe : influenza H3N2, grippe aviaire H5N3, herpes simplex, stomatite vésiculaire, Sendai et Newcastle et six virus sans enveloppe : polio, coxsackie, adenovirus, rotavirus le calicivirus félin et le norovirus de la souris. L’extrait alcoolique de kaki est létal pour tous ces virus alors qu’aucun autre extrait similaire de plantes ou de fruits réputés riches en tannins, acacia, café, thé vert ou des tannins synthétiques genre pyrogallol ciblent, certes, certains de ces virus, mais jamais de manière aussi systématique et infinitésimale (6 log de dilution) que l’extrait de kaki. Manger des kakis protégerait donc des attaques virales, et j’emploie le conditionnel puisque ces études ont été réalisées en laboratoire sur des cultures de cellules et non sur des animaux et a fortiori chez l’homme. Pourtant, il serait intéressant mais extrèmement complexe de réaliser une étude sur des populations de Japonais consommateurs réguliers de kakis, au moins en automne, pour établir une corrélation avec la fréquence d’affections virales. Pourquoi ne pas donner des kakis aux enfants pour prévenir les maladies infantiles virales comme la varicelle, la rubéole ou la scarlatine et même la bonne vieille grippe saisonnière. Est-ce que les Japonais, grands amateurs de thé vert, sont moins sensible à certains virus puisque l’extrait de thé vert est presque aussi efficace que l’extrait de kaki excepté pour le virus de la cocksackie (syndrome bouche-main-pied) et l’adénovirus (dermatoses, pharyngites, pneumonies, conjonctivites) … rien ne le prouve parce qu’aucune étude n’a été entreprise dans ce sens.

 

Note : 1 log de dilution est une dilution au 1/10e, 6 log, au 1 millionnième

Source : PlosOne