La face cachée de la politique impérialiste américaine.

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Dans les dessous de la politique agressive des USA vis-à-vis de la Corée du Nord ce ne sont pas les bombinettes de Kim Jong-un qui effraient les USA et encore moins le Japon ou la Corée du Sud car les systèmes de défense (THAAD) mis en place dans ces deux derniers pays peuvent, du moins jusqu’à un certain point annihiler les fusées nord-coréennes. Depuis plus d’un an le monde entier a assisté à une mise en scène militaire et politique qui n’a de sens que si on se remémore le fait que toutes ces armes de plus en plus sophistiquées nécessitent comme les moulins à vent et les smart-phones, les téléviseurs et les ordinateurs des lanthanides encore appelés des terres rares. Actuellement c’est la Chine qui contrôle le marché mondial des terres rares à plus de 95 % en volume et en valeur ainsi que les marchés du tungstène, du zirconium, du hafnium, du rhénium (voir note en fin de billet) et du molybdène, des métaux également nécessaires à toutes sortes d’application industrielles, militaires mais aussi dans le domaine de l’énergie nucléaire. En effet, les gisements chinois de terres rares, les premiers du monde pour l’instant, estimés à 55 millions de tonnes de minerais resteront encore longtemps les premiers du monde à être exploités.

Récemment, comme je l’ai relaté sur ce blog, le Japon envisage très sérieusement de prélever les dépôts sous-marins riches en ces métaux irremplaçables et il n’y a pas lieu de douter un instant que dans un proche avenir avec le génie incroyable des ingénieurs japonais ce sera chose faite. Les gisements sous-marins identifiés par les Japonais représentent environ 16 millions de tonnes d’équivalents de minerais terrestres seulement dans le site exploré jusqu’à présent …

Là où la Corée du Nord intéresse les USA est la découverte (en 2013) à 150 kilomètres au nord-ouest de Pyongyang d’un gisement de terres rares contenant également tous les métaux mentionnés ci-dessus, gisement d’environ 210 millions de tonnes (pour l’USGS 110 millions de tonnes) d’oxydes exploitables économiquement, situation qui peut potentiellement faire de la Corée du Nord un partenaire commercial incontournable pour tous les pays utilisant ces métaux. Ce gisement nord-coréen double, sur le papier, l’ensemble de toutes les réserves mondiales connues de terres rares !

Les Américains vont probablement faire ami-ami avec la Corée du Nord (DPRK) et mettre massivement la main à la poche pour aider ce pays à développer l’extraction et la purification de ces métaux irremplaçables aujourd’hui. Le souci est que la Chine ne l’entend pas de cette oreille en raison de ses liens étroits avec la DPRK. Il ne s’agit donc plus d’un « conflit » entre les USA et la DPRK mais bien d’un conflit avec la Chine car les enjeux économiques et militaires sont immenses.

Et ceci explique la guerre commerciale décidée par The Donald pour tenter de faire plier la Chine, mais ce sera peine perdue car la Chine est aussi un allié de la pragmatique Russie et place également ses pions en achetant du pétrole et du gaz à l’Iran en payant sa facture en yuans. C’est dire à quel point la situation se complique pour les Etats-Unis et il semble qu’elle échappe au contrôle de la Maison-Blanche.

Venons-en enfin à l’Ukraine et le coup monté de la Place Maiden où des snipers rémunérés par la CIA tiraient aveuglément sur la foule pour accélérer le coup d’Etat afin que ce pays bascule dans le camp occidental, en d’autres termes pour qu’il devienne un vassal de plus des USA. Ce n’est pas parce que l’Ukraine a une frontière commune avec la Russie et qu’en Crimée, depuis toujours, il existe une immense base militaire russe à Sebastopol. La vraie raison pour laquelle les USA ont organisé ce coup c’est tout simplement pour priver la Russie de ses approvisionnements essentiels en titane, zirconium et hafnium provenant d’Ukraine pas seulement pour développer et moderniser son armement mais aussi pour son programme d’énergie nucléaire civile qui est probablement le plus à la pointe dans le monde …

Comme quoi ce que racontent les médias « main-stream » doit être vraiment pris avec une infinie précaution.

Inspiré d’un article paru sur le site ZeroHedge écrit par Pepe Escobar et originellement publié sur le site Asia Times

Notes. 1. La France fut le premier pays au monde à maîtriser la purification industrielle des terres rares, activité qui a été reprise depuis la disparition de Rhône-Poulenc par la société belge Solvay, restée depuis leader mondial dans ce domaine. Les premiers gisements de terres rares ont été exploités au Brésil et en Inde au début des années 1940. Les applications étaient « rares » et la plus connue était celle du cérium dans les pierres à briquet. Puis l’Afrique du Sud se positionna dans ce créneau et ensuite la Californie devint le leader mondial des terres rares dont on ne soupçonnait alors pas toutes les applications futures dans les années 1970. Le gisement massif de Moutain Pass fut par la suite abandonné pour des raisons liées à la préservation de l’environnement. Ce fut alors l’apparition de la suprématie de la Chine avec les immenses gisements de Mongolie Intérieure. La flambée des prix des terres rares liée à la croissance astronomique des nouvelles technologies à la fin des années 2000 réactiva la recherche de nouveaux gisements exploitables du Malawi au Canada en passant par Madagascar et le Groenland.

À ce jour des mines ont été remises en exploitation tant en Californie (Mountain Pass) qu’en Australie, en Malaisie et en Afrique du Sud. La pression de la Chine sur les prix a disparu et par exemple l’une des terres rares les plus utilisées est le cérium sous forme d’oxyde pour polir les écrans de télévision, les lentilles et les pare-brises des voitures. Le kilo d’oxyde de cérium est passé de 118 dollars en septembre 2011 à 8,5 dollars aujourd’hui. Pour l’anecdote à propos de l’oxyde de cérium le polissage des pare-brises des voitures fait que les insectes ne s’accrochent plus à ces pare-brises, les micro-aspérités du verre ayant été éliminées, ce qui a conduit les écologistes à clamer que les insectes avaient – surtout en Europe – tous disparu puisqu’après un parcours routier le pare-brise était toujours aussi propre !

Le cas de l’europium est emblématique. Ce métal est utilisé en imagerie médicale et dans les industries nucléaires civiles et pour certains armements. Un kilo d’europium valait 403 dollars en 2009. Son prix a atteint 4900 dollars fin 2011 et aujourd’hui il est négocié à 1110 dollars sur le marché export alors que son prix n’est que de 630 dollars pour l’industrie chinoise domestique (source : Mining.com ).

2. Le zirconium est utilisé dans des alliages spéciaux à travers lesquels les neutrons passent librement. Ces alliages sont utilisés pour fabriquer les gaines de combustible des réacteurs nucléaires. Le hafnium est utilisé dans de nombreux circuits intégrés. Ce métal a détrôné l’argent pour la fabrication des barres de contrôle des réacteurs nucléaires en raison de sa très large section de capture des neutrons ( exprimée en barns). Enfin le rhénium est aussi un métal stratégique important car il entre dans la composition de super-alliages résistants aux hautes températures. Il est majoritairement utilisé dans les moteurs d’avions et les turbines à gaz dans des alliages spéciaux contenant également du tungstène et du ruthénium.

Nouvelles du Japon : pas de pétrole mais des idées !

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Le Japon, leader mondial de l’électronique embarquée sur les véhicules automobiles, des batteries lithium-ion, des aimants permanents de forte puissance et accessoirement leader mondial des dérailleurs de bicyclettes, importe tout ce dont il a besoin pour son industrie car il n’y a ni charbon, ni pétrole ni minerais sur l’archipel. Mais les Japonais ont des idées et disposent d’une immense zone maritime (voir la carte ci-dessus) et ainsi de fonds marins susceptibles d’être exploités. Déja en 2012 les premières tentatives d’extraction du méthane à partir d’hydrates présents dans les fonds marins ont été un succès copié peu d’années après par la Chine (liens sur ce blog) mais le grand partenaire chinois, premier producteur de terres rares du monde pourrait mettre à mal les industries électronique et automobile japonaises ou de n’importe quel autre pays, en particulier les USA, en contingentant ses exportations de terres rares ainsi que d’yttrium. L’yttrium n’est pas une terre rare à proprement parler mais il est extrait des mêmes minerais et ce métal de transition est très recherché par les industriels de l’électronique puisqu’il est nécessaire pour la confection d’écrans de télévision et d’ordinateurs. Quant aux terres rares leurs multiples applications dans les hautes technologies les ont rendues indispensables pour d’immenses créneaux industriels.

Le Japon n’a pas de pétrole, peut-être qu’il disposera de méthane dans quelques années mais aussi et surtout dans quelques années aussi il pourra devenir, compte tenu des tensions commerciales sur le marché des terres rares, le leader mondial dans ce secteur. Et les ingénieurs, géologues et océanologues japonais, sous l’impulsion du Ministère de l’Industrie du Japon (MITI) ont constitué un véritable commando pour étudier la faisabilité de l’extraction des terres rares qui se déposent au fond de l’océan dans des boues constituées d’apatite (carbonate de calcium) produite par les squelettes du phytoplancton. Ce processus de lente sédimentation piège les terres rares et bien d’autres métaux et « il suffit » d’aller suçer ces boues de granulométrie très fine et de les remonter à la surface. L’équipe de scientifiques dirigée par le Docteur Yasuhiro Kato du Centre de Ressourches Sous-Marines à Kanagawa et des Université de Tokyo et de Waseda (Shinjuku, Tokyo) a donc exploré les potentialités de récupération de terres rares de ces sédiments des fonds marins autour de l’île de Minamitorishima à près de 2000 kilomètres au sud-est de Tokyo et les résultats de l’étude sont infiniment supérieurs aux attentes.

Des échantillons de boues ont été récupérés à l’aide d’un robot suçeur puis séparées selon leur granulométrie à l’aide d’un hydrocyclône et la teneur en divers métaux (les terres rares sont des métaux) analysée par spectrographie de masse. Les résultats ont immédiatement indiqué une richesse extraordinaire, entre 0,2 et 0,5 % en moyenne et jusqu’à 2 % en fonction de cette granulométrie de pratiquement toutes les terres rares et d’yttrium. Les moins abondantes comme d’ailleurs dans les gisements continentaux sont le praseodyme, le samarium ou encore le terbium. Mais rapportée au km2 la quantité de terres rares et d’yttrium récupérable est astronomique : dans la partie la plus prometteuse du fond marin exploré et se situant à une profondeur moyenne de 5500 mètres la totalité des oxydes de terres rares récupérables se situe aux alentour de 16 million de tonnes pour l’ensemble des métaux les plus abondants : yttrium, europium, terbium et dysprosium.

Cette abondance en terres rares permet d’envisager une exploitation de tels gisements de manière économique dans les prochaines années.

Pour se faire une idée de ce que représentent ces gisements sous-marins la quantité d’yttrium métal récupérable correspond à 780 années de consommation d’yttrium au rythme actuel, 620 ans pour l’europium, 420 ans pour le terbium et 730 ans pour le dysprosium et des dizaines d’années pour les autres éléments présents en minorité. En conclusion de cette étude, après résolution des problèmes techniques et une étude de faisabilité en « 1/4-grand » tant de l’extraction que de la séparation et la purification de ces éléments chimiques, le Japon pourrait jouer un rôle clé sur ce marché au détriment de celui de la Chine.

Source et illustration : doi 10.1038/s41598-018-23948-5 en accès libre

https://jacqueshenry.wordpress.com/2013/03/12/une-avancee-decisive-dans-lexploitation-de-lhydrate-de-methane/

https://jacqueshenry.wordpress.com/2017/06/03/la-course-aux-hydrates-de-methane-est-engagee/

https://jacqueshenry.wordpress.com/2013/03/22/depuis-le-japon-apres-le-methane-les-terres-rares/

Un gisement de terres rares inattendu : le charbon

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À quelques exceptions près toutes les terres rares, ou lanthanides sur le tableau périodique des éléments, sont cruciales dans les technologies nouvelles, que ce soient les smartphones, les écrans de télévision ou encore les ordinateurs. La Chine est devenue au cours des années le leader mondial dans ce domaine bien que le savoir-faire pour purifier ces éléments – pas si rares qu’on ne le croit – ait été développé il y a de nombreuses années en France par la division chimie fine de l’ancienne société Rhône-Poulenc aujourd’hui disparue. En Europe du moins c’est maintenant la société belge Solvay qui a racheté Rhodia et maintient une activité cryptique de purification de quelques-uns de ces éléments minéraux. Les USA sont donc totalement dépendants de la Chine comme d’ailleurs le Japon en ce qui concerne ces terres rares. Il y a quelques années le gouvernement américain a mandaté le département de l’énergie (DOE) pour effectuer des recherches sur les gisements de terres rares sur le sol américain malgré le fait qu’il existe toujours des gisements et d’anciennes mines désaffectées depuis des décennies.

En liaison avec le bureau de recherches géologiques et diverses universités un gisement inattendu et prometteur a été identifié. Il s’agit des dépôts de charbon de l’Illinois, des Appalaches du nord et de Pennsylvanie qui se sont révélés les plus intéressants car le charbon qui a été analysé contient jusqu’à 300 parties par million de ces éléments. De plus les eaux utilisées pour laver le charbon et qui sont stockées temporairement dans des bassins de décantation se sont également révélées riches en ces éléments. Le laboratoire nationale de technologie des énergies (NETL) va financer un programme de mise au point de l’extraction de ces terres rares afin de réduire à terme la dépendance des USA vis-à-vis de l’étranger. Ce programme entre dans le cadre d’une plus grande indépendance de l’économie américaine dans ce domaine des hautes technologies et le Pentagone n’est pas étranger à cette initiative car les terres rares sont aussi utilisées dans de nombreux armements …

Source : Energy Business Review, illustration Wikipedia ( https://en.wikipedia.org/wiki/Rare-earth_element )

La Chine a assez de thorium pour 20000 ans de production électrique !

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La Chine, premier producteur mondial de terres rares mais qui n’a exporté péniblement en 2012 que la moitié du quota fixé, crise oblige, ce qui constitue d’ailleurs un indicateur précis de l’état de santé de l’économie mondiale, se trouve en face de quantités invraisemblables de résidus de raffinage et de purification de ces terres rares. Or elles contiennent, entre autres métaux, du thorium. Les Américains, qui étaient avant la Chine les premiers producteurs de terres rares, ont enfoui des milliers de tonnes du même type de résidu. Les Chinois, s’apercevant que le développement de leur pays ne pourra se faire harmonieusement que si l’électricité est peu coûteuse, ont mis en chantier 26 réacteurs nucléaires, 51 autres sont prévus et quelques 120 autres envisagés. Mais devant la masse de thorium récupérable à partir des résidus dont je viens de parler, le gouvernement chinois vient de mettre sur la table 350 millions de dollars et embauché 140 ingénieurs de haut niveau pour développer aussi rapidement que possible cette filière thorium à fluorures fondus. Plus de 600 autres ingénieurs sont prévus dans les prochains mois pour l’Institut de Physique Nucléaire Appliquée de Shanghai, rien que ça ! L’Inde s’est également lancée dans la course ainsi que la Norvège et le Japon. Mais quid de la France, envasée dans son EPR dont le premier exemplaire en Finlande, à Olkilouto, a crevé toutes les prévisions en matière de coût (ne vous en faites pas chers Finlandais, au final ce sont les contribuables français qui, s’il le faut, paieront la différence), apparemment seul le CEA à Grenoble en est au stade du griffonnage de papier et la France perdra son leadership dans le domaine du nucléaire car le thorium ne fait pas l’affaire d’Areva. Pour rappel, au début des années 70 Marcel Boiteux, visionnaire, alors Président d’EDF, avait tenté d’orienter la France vers la filière thorium mais sans succès car le CEA, pressé par l’armée pour obtenir du plutonium, et Framatome jaloux de la filière uranium-eau pressurisée et sous licence Westinghouse, avec les interférences entre ces deux organismes et l’armée firent obstruction. Monsieur Boiteux essuya une fin de non recevoir de la part des pouvoirs publics. Quand il faudra un jour remplacer les réacteurs nucléaires français, on fera appel à la Chine, triste retournement de situation.

Source : The Telegraph

Depuis le Japon : après le méthane, les terres rares …

Après la « première » de l’hydrate de méthane, les Japonais ne sont pas en reste, ce qui confirme la vigueur de l’économie nippone quoi qu’en disent les Européens, enferrés dans des joutes politiciennes à propos de Chypre alors qu’il y a urgence à relever la tête afin que toute l’Europe ne sombre dans un marasme durable. Il y a trois ans les Chinois ont unilatéralement gonflé les cours des terres rares (ou lanthanides) si recherchées dans les industries de pointe, que ce soit les smart-phones ou les voitures hybrides. Malgré leurs protestations, les Japonais ont tenté de trouver une solution au cas où la situation avec la Chine s’envenime, ce qui arriva d’aiileurs à propos des îles Senkaku, mais cet épisode n’était pas prévu … A moins que …

Bref, les Japonais, parallèlement à la récupération d’hydrates de méthane, ont également développé une technique permettant l’extraction sous-marine de dépôts riches en terres rares situés plusieurs mètres en dessous du fond marin à des profondeurs marines de l’ordre de 5000 mètres et bingo ! Il y a quelques jours, un navire d’exploration a remonté des boues extrèmement riches en ces terres rares ainsi qu’en manganèse et d’autres métaux. Il reste, comme pour le méthane, à passer au stade industriel mais il s’agit d’une question de mois. Le Japon, dénué de toutes ressources naturelles, continuera à nous étonner par son dynamisme et sa créativité, deux qualités qui sont cruellement absentes en Europe !