L’effet placebo d’un tensiomètre

 

Ce billet est un peu particulier car il s’agit d’une expérience très personnelle que je viens de vivre ces derniers jours et qu’il me faut relater en détail pour que mes lecteurs, que je remercie ici pour leur fidélité, puissent éventuellement la vivre pour eux-mêmes.

Il y a quelques jours je ressentais des picotements entre deux cotes du coté du cœur, par intermittence, de manière imprévisible, avec un sorte d’oppression et des difficultés respiratoires inexplicables. Immédiatement revinrent dans ma mémoire les dires d’un de mes neveux qui m’avait avoué ressentir ces sortes de piqûres au niveau du cœur quand il faisait des efforts physiques. Il mourut d’ailleurs il y a six mois de défaillance cardiaque …

Cette situation provoqua en moi une sorte de panique car deux de mes sœurs souffrent d’hypertension et de problèmes cardiaques avec des infarctus et toutes sortes d’interventions médicamenteuses pour juguler ces pathologies. Il y a donc quatre jours, allant comme à mon habitude déjeuner dans un petit restaurant offrant une excellente cuisine locale canarienne, sentant à nouveau ces picotements insidieux que je n’avais pas d’autre choix de localiser au niveau du cœur, anatomiquement parlant, passant près du centre de santé (centro de salud) dont je dépends administrativement, je décidais de m’arrêter et de faire comprendre à la fille de la réception que je ressentais des douleurs exactement là où je le lui indiquais avec le doigt.

Je fus immédiatement reçu par le médecin de garde qui prit ma tension et me conduisit dans un pièce pour qu’on procède à un examen électro-cardiographique en urgence. Ma tension artérielle était anormalement élevée (165/80, pour les spécialistes en mm de mercure) probablement parce que je me faisais du souci pour ma survie …

Il me faut ici pour la bonne compréhension de la suite de ce récit décrire quel est le système de santé espagnol. Si on est « riche » et qu’on a décidé de payer au moins 200 euros par mois à une compagnie d’assurance-maladie privée, dans ce genre de situation on est immédiatement pris en charge dans la clinique privée du quartier qui est sous contrat avec la dite compagnie d’assurance. Si on dépend du système public gratuit il faut aller dans un centre de santé, on appelle ça un dispensaire en Afrique toute proche de l’archipel des Canaries, et il faut se plier à une organisation administrative rocambolesque même si on est en train de mourir d’un infarctus. Bref, il était deux heures de l’après-midi et la situation n’étant pas vraiment alarmante, ce que constata le médecin qui m’examina, je fus convoqué à un examen sanguin et urinaire le lendemain matin à 8 heures.

Etant probablement le dernier candidat inscrit sur la liste malgré le caractère « d’urgence » (c’était écrit sur le papier) je ne fus appelé qu’à 9h25, à jeun, le dernier d’une foule bruyante d’environ 70 personnes, pour cette prise de sang. On me dit qu’il faudrait ensuite attendre une convocation téléphonique avec mon médecin dédié. J’oubliais que je suis suivi si l’on peut dire les choses ainsi par un médecin généraliste et un seul selon mon dossier immuable. Je fus cependant convoqué le lendemain matin pour être à nouveau examiné par un autre médecin, une femme d’un certain âge, qui prit à nouveau ma tension artérielle. Comme je devais probablement stresser gravement bien que dissimulant mon trouble, la lecture du tensiomètre fut éloquente : 19/13, carrément de quoi affoler n’importe quel professionnel de santé ! Un patient avec de tels paramètres ferait bien d’aller tout de suite chez son notaire pour mettre de l’ordre dans ses papiers. On me signala que je serais convoqué ultérieurement dès les analyses sanguines (urgentes) reçues pour voir un cardiologue. Dans ce centre de santé local il n’y a pas de cardiologue tous les jours, c’est comme ça, il faut attendre.

J’étais, je ne vous le cache pas, assez inquiet pour ne pas dire complètement affolé car il ne me restait plus qu’une seule issue, mourir comme un chien loin de mes proches. On découvrirait mon corps en état de décomposition avancée quand les voisins de mon immeuble se seraient plaints des odeurs insupportables émanant de mon logement modeste auprès de la police. C’est souvent ainsi qu’on découvre un retraité totalement isolé qui est passé de vie à trépas sans prévenir, d’ailleurs c’est le seul suspense que cette vie nous offre, la mort ne prévient jamais.

Je ne me suis pas laissé démolir par cette succession d’évènements et je suis allé dans une pharmacie acheter un tensiomètre de luxe, exactement le même accessoire qu’avait utilisé la toubib qui avait contrôlé ma tension, un Omron M6 Comfort IT qu’on peut même connecter à un ordinateur, pour la modique somme de 80 euros.

J’ai donc entrepris de prendre ma tension à intervalles réguliers, chez moi, tranquille, sans stress, sans appréhension et c’est incroyable de découvrir l’effet placebo d’un tensiomètre, un effet immédiat qui plus est. Après un déjeuner copieux : 14/8 en centimètres de mercure cette fois (15h30). Comme je fais chaque jour une petite sieste de 30 minutes je voulais en avoir le cœur net, si on peut dire les choses ainsi, j’ai fait une petite vérification à 16h30 après ce petit moment de repos : 13,3/7,4 …

Quand je pense que le cardiologue va probablement me prescrire des beta-bloquants et peut-être bien des statines car je dois certainement avoir trop de trigly et de cholestérol.

Conclusion de cette histoire, un tensiomètre est un excellent placebo et également un appareil anodin très rassurant car il lit fidèlement la réalité et non pas ce à quoi on est soumis dans un environnement hospitalier hostile et stressant. J’ajouterai que ces douleurs ont aussi disparu et que le stress qu’elles occasionnaient était très probablement la cause de cette tension artérielle anormale.

Les bienfaits des produits laitiers revisités

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On sait que le lait et les dérivés du lait, yaourts ou fromages, crème et beurre, constituent un apport en calcium et en d’autres minéraux précieux pour la santé. Mais les produits laitiers ont aussi une mauvaise réputation car il faut, au moins pour le lait, être capable de digérer le lactose, le principal sucre présent dans le lait, et puis toutes sortes de rumeurs font régulièrement la une des journaux populaires relatant les dangers du lait pour la santé. C’est la raison pour laquelle on trouve de moins en moins facilement du lait entier dans les linéaires des super-marchés. Par contre les ersatz de lait à base de soja et de bien d’autres végétaux pullulent, renforcés en vitamines, organiques, sans pesticides, sans lactose, écrémés, allégés, reconstitués, sans OGMs, formule croissance, … Quant aux yaourts et autres préparations fermentées ou non à base de lait, c’est carrément un florilège. Il y en a vraiment de toutes les couleurs et pour tous les goûts. C’est facile à comprendre puisque le lait entier UHT, celui qu’on trouve le plus facilement, n’apporte pas beaucoup de valeur ajoutée. Mais restons dans le basique en se concentrant seulement sur 8 produits : lait, yaourt, fromage, fromage blanc, crème et beurre, lait semi-écrémé et yaourts allégés c’est-à-dire fabriqués avec du lait semi-écrémé. Définissons une portion de produits lactés ainsi : un quart de litre de lait (entier ou semi-écrémé) ou 175 g de yaourt ou 50 g de fromage ou encore 250 ml de fromage blanc. Prenons enfin un échantillon de personnes, hommes et femmes, en bonne santé et incluant dans leur régime alimentaire des produits lactés variés pour étudier quels sont les effets de ces derniers sur la santé en général.

C’est ce genre d’étude qui a été réalisée sur 233 participants (105 hommes et 128 femmes), tous résidant dans la ville de Québec ou sa périphérie, de trente ans d’âge moyen et tous en bonne santé. Ils ont été scrupuleusement suivis pendant trois années afin d’établir des corrélations entre la quantité de produits lactés qu’ils consommaient chaque jour et leur état métabolique général. L’étude dirigée par le Docteur Iwona Rudkowska de l’Université Laval a montré que, contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’ « abus » de lait ou de produits dérivés du lait était plutôt bénéfique et pas seulement pour la solidité des os ! Si l’on revient à la définition d’une « portion » de produit lacté (lait ou dérivé) comme défini auparavant, il a pu être établi une relation statistiquement valable entre le nombre de « portions » quotidiennes et l’évolution de certains paramètres biologiques. Parmi ceux qui ont été suivis, citons les pressions artérielles systolique et diastolique (SBP et DBP dans la figure ci-dessous), la glycémie à jeun (FPG), l’insuline sanguine, les triglycérides (TG), le cholestérol total (Total-C), le cholestérol HDL (HDL-C) et le cholestérol LDL (LDL-C) le rapport cholestérol total sur cholestérol HDL (TC:HDL-C), la protéine C-réactive (CRP), l’interleukine-6 (IN-6) et enfin le facteur de nécrose tumorale alpha (TNF-a). HF et LF signifient respectivement lait entier et lait écrémé ou produit laitier allégé.

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Comme on ne s’y attendait pas du tout, la consommation de lait et de produits dérivés du lait entraine une baisse de la tension et de la glycémie à jeun aussi bien chez les hommes que chez les femmes. Le taux d’insuline circulante est significativement augmenté ainsi que la CRP. Dans le cas de la CRP, marqueur d’un symptôme inflammatoire, cette augmentation n’a pas pu être statistiquement corrélée ni à l’interleukine ni au TNF qui sont également considérés comme des marqueurs de symptômes inflammatoires. D’autres études de ce genre n’ont pas pu permettre de conclure quant à la signification de cette augmentation de la CRP qui pourrait provenir tout simplement d’un effet indirect de la flore intestinale. Cette éventualité n’a pas été abordée dans l’étude.

Cependant, dans tous les cas, la présence parmi les acides gras circulant dans le sang d’acide trans-palmitoléique, un acide gras présent naturellement dans le lait, est un bon marqueur de la consommation de lait ou de produits lactés car cet acide gras est spécifique du lait. Le taux de cet acide gras était toujours corrélé à la diminution de la pression artérielle comme le montre la figure ci-dessous tirée de l’article paru dans Applied Physiology, Nutrition and Metabolism ( DOI: 10.1139/apnm-2014-0154 ) en libre accès :

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Finalement boire du lait entier, manger des fromages blancs arrosés de crème et des yaourts nature riches en matières grasses, ce n’est pas aussi mauvais pour la santé qu’on a pourtant tendance à le croire.

Source : Université Laval