L’hormone de jouvence ?

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La télomérase est un enzyme particulier qui maintient une longueur suffisante à ces petits morceaux d’ADN qui se trouvent aux extrémités des chromosomes et appelés télomères. On pourrait comparer ces brins d’ADN de tout de même 8000 paires de bases aux petits morceaux de ficelle qui se trouvent aux extrémités d’un saucisson. Etant Lyonnais d’origine je trouve cette comparaison tout à fait appropriée. Ces télomères protègent les chromosomes contre des recopiages anarchiques lors des divisions cellulaires.

Chez une personne en bonne santé les télomères des cellules qui se multiplient constamment toute la vie sont amputés chaque année d’environ 50 paires de bases. Il s’agit d’un des principaux symptômes au niveau moléculaire du vieillissement car si la longueur des télomères vient à devenir critiquement faible alors la division cellulaire est gravement perturbée et les cellules meurent. Cette observation a fait dire que la télomérase pouvait être considérée comme une cible pour l’élixir de jouvence, tout un programme qui excite de nombreux biologistes de par le monde. Chez certains patients l’enzyme en question est donc déficient et l’un des symptômes est une anémie permanente car les cellules de la moelle osseuse ne remplissent plus correctement leur rôle de fourniture d’hématies et de lymphocytes à l’organisme, ces cellules sanguines ayant une durée de vie limitée.

Depuis les années 1950 l’un des traitement de l’anémie dite aplasique le plus souvent accompagnée de fibrose pulmonaire est l’utilisation d’androgènes de synthèse comme par exemple le Danazol sachant que les androgènes sont connus pour augmenter le nombre de globules rouges dans le sang en stimulant la moelle osseuse. Cependant on ignorait quel était le mécanisme d’action de ces androgènes même si on savait qu’ils présentent également une activité antiœstrogène mise à profit pour traiter l’inflammation chronique de l’endomètre (endométriose) en réduisant significativement les taux de progestérone et d’estradiol chez la femme.

C’est en suivant l’évolution des télomères de la lignée sanguine blanche chez des enfants traités avec du Danazol car souffrant d’anémie sévère liée à une déficience partielle en télomérase (téloméropathie) que l’effet de cet androgène a été découvert. Il se fixe sur le promoteur du gène codant pour la télomérase et induit une synthèse accrue de cet enzyme considéré comme la clé de l’anti-vieillissement. Chez ces patients relevant des services intensifs de pédiatrie et soumis à un traitement avec du Danazol une série de marqueurs ont été soigneusement suivis et la longueur des télomères des cellules sanguines de la lignée blanche qui diminuent chaque année et inexorablement de plus de 120 paires de bases a été minutieusement mesurée.

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Comme l’indique l’illustration ci-dessus extraite de la publication (doi en fin de billet) non seulement le Danazol stoppe la diminution de la longueur des télomères mais a même tendance a favoriser leur élongation par comparaison avec leur longueur au temps zéro de l’essai clinique. Si cette étude a englobé seulement une douzaine d’enfants et n’incluait pas de témoins ne souffrant pas de téloméropathie, elle montre pourtant que les androgènes, dans le cas du Danazol un androgène de synthèse, favorisent le maintien de la longueur des télomères et que ces molécules peuvent être considérés comme des produits anti-vieillissement chez des sujets sains malgré un certain nombre d’effets indésirables. Pour corroborer cette étude, chez les femmes traités après la ménopause avec des hormones de synthèse des observations ont montré que la longueur des télomères augmentait durant ce traitement. Bref, le temps où tout un chacun pourra suivre un traitement efficace contre l’inexorable raccourcissement des télomères afin de voir sa vie prolongée est encore éloigné mais on peut toujours espérer découvrir un jour le cocktail de jouvence …

Source : New England Journal of Medicine,

doi : 10.1056/NEJMoa1515319

Une autre approche vers l’immortalité ? Pas pour tout de suite …

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Lorsque l’on cultive au laboratoire des cellules humaines comme par exemple des fibroblastes ces cellules finissent par mourir après une trentaine de divisions dans le meilleur des cas. Et on n’y peut rien parce que les cellules vieillissent comme notre organisme vieillit inexorablement. Il existe des lignées de cellules dites immortelles toutes dérivées de tumeurs cancéreuses. La lignée la plus connue est la cellule HeLa provenant d’un cancer du col de l’utérus d’une dénommée Henrietta Lacks qui fut établie en 1951. Ce sont ces cellules qui ont été utilisées par Jonas Salk pour mettre au point le vaccin contre la poliomyélite et ce sont également ces mêmes cellules qui furent les premières cultivées à grande échelle dans la production de ce vaccin. L’immortalité de ces cellules provient de l’activité anormale d’un enzyme particulier appelé télomérase dont l’expression a été perturbée par le virus du papillome 18 ayant provoqué ce cancer du col de l’utérus.

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Les extrémités des chromosomes sont protégées par ce petit appendice d’ADN constitué d’environ 10000 nucléotides. Or à chaque division cellulaire ce morceau d’ADN se raccourcit car les cellules autres que les cellules embryonnaires produisant les gamètes n’expriment pratiquement plus de télomérase et ce phénomène a été appelé l’horloge biologique de l’organisme qui décompte le temps nous séparant de notre mort certaine.

Ce n’est pas très réjouissant mais encore une fois on n’y peut rien. Nous savons tous que nous sommes mortels mais on ne sait pas quand nous mourront car si on ne meurt pas de maladie on meurt de vieillesse à cause de ce raccourcissement des télomères. On a bien essayé de rendre immortelle des cellules normales mais ça n’a jamais fonctionné correctement jusqu’à cette étude réalisée à la Faculté de Médecine de l’Université de Stanford dans la Silicon Valley qui semble lever le voile obscur sur le fonctionnement de la télomérase, cet enzyme particulier qui ressemble à certains enzymes viraux.

Il serait en effet très important de disposer de cellules normales pour toutes sortes de recherches en biologie et en pharmacologie. Si les cellules HeLa ont fait l’objet de plus de dix mille applications, la plupart brevetées, ces cellules sont tout de même cancéreuses et il faut les manipuler avec précaution. En modifiant de manière ciblée l’expression de la télomérase d’une cellule normale, il n’y aurait plus de problèmes tant aux niveaux éthique qu’expérimental. Mais l’approche obligeant une cellule à exprimer la télomérase n’est pas simple du tout. Il existe bien des techniques d’insertion de gènes dans l’ADN cellulaire à l’aide de virus mais on retombe sur des problèmes d’éthique même si cette approche est utilisée dans de rares cas de thérapies géniques. Pour ce qui concerne les cellules en culture, l’approche de l’équipe du Docteur Helen Blau à Stanford a consisté à utiliser l’ARN messager codant pour la télomérase et l’introduire dans les cellules à l’aide d’un virus qui ne sert en réalité que de seringue sans apporter d’autre perturbation que cette seule introduction d’ARN. L’ARN a été modifié afin de ne pas subir de dégradation intracellulaire mais ce changement n’a pas empêché la machinerie cellulaire de le traduire en télomérase fonctionnelle.

À la suite de trois « injections », si l’on peut dire ainsi, les télomérases ont été allongées de 1000 nucléotides et les cellules ont continué à se diviser 28 fois supplémentaires en comparaison de cellules non transfectées. L’avantage considérable de cette technique réside dans le fait que cette stimulation s’évanouit avec le temps mais laisse tout de même une certaine latitude pour procéder à toutes sortes d’essais cliniques ou biologiques sans être pris par le temps. Les applications de cette technique nouvelle sont immenses car on travaille en réalité avec un matériel peu modifié et il pourra, peut-être, un jour être possible de comprendre les causes de maladies des muscles comme la maladie de Duchenne ou plus simplement traiter un jour les cellules de la peau pour combattre leur vieillissement à l’aide de produits agissant sur le promoteur de la télomérase. On peut toujours rêver d’immortalité mais ce n’est pas pour tout de suite …

Source : Stanford Medicine News Center

Voir aussi sur ce blog : https://jacqueshenry.wordpress.com/2015/01/22/limmortalite-peut-etre-pour-bientot/