Lettre ouverte à Monsieur le Ministre Montebourg

 

Monsieur le Ministre,

J’ai lu dans un blog nord-américain que Foxconn, le géant tawaïnais de l’électronique, fournisseur entre autres clients d’Apple, en avait plus qu’assez des employés de ses usines basées en Chine continentale qui prennent trop de pauses café, font la grève, arrivent en retard au travail ou encore se suicident. Ce dernier problème a obligé Foxconn a entourer tous les bâtiments de ses usines de filets de protection, c’est dire l’énervement des dirigeants de ces usines qui sont de vraies villes avec hôpital, maternité, cinémas et centres commerciaux. C’est à la suite de cette recrudescence de suicides qui a terni l’image de Foxconn non seulement en Chine mais aussi dans presque tout le monde entier que les managers ont décidé de remplacer une grande partie de ses travailleurs par des robots et de cesser toute nouvelle embauche en remplaçant en trois ans un million d’employés par un million de robots, point à la ligne.

Merci pour les firmes japonaises qui fournissent les robots, merci aux autorités chinoises qui n’ont dit mot après cette décision et enfin merci à Foxconn qui pourra fabriquer des smartphones encore moins chers pour le plus grand bonheur de près d’un milliard d’humains avides de ces nouvelles technologies de pointe. Tout le monde est content, tout va bien dans le cyber-monde qui se profile à l’horizon. Mais ne s’agit-il pas de redressement (moral et social) productif pour Foxconn comme vous pourriez le faire remarquer, Monsieur le Ministre ?

Car les robots ne cotisent pas à un syndicat, ne font aucune revendication, seule une alarme prévient qu’il faut effectuer une petite opération de maintenance. Pour un million de robots, une équipe d’un millier d’employés fait l’affaire et un autre millier d’autres pour alimenter les robots en nourriture, je veux parler des pièces détachées, puisqu’ils ne font pas de pause, travaillent 24 heures sur 24, quelles que soient les législations sur le travail locales, et en silence, rendez vous compte Monsieur le Ministre, quel redressement dans les cadences de production et quelle paix sociale soudaine ! Pour fabriquer des pneus, il faudrait demander aux dirigeants de Goodrich (Japon) s’il est possible de produire des pneus avec des robots, alors la CGT perdra mille cotisations puisque, je l’ai dit, les robots ne se syndicalisent pas et l’usine se retrouvera en redressement productif et vous aurez gagné.

Monsieur le Ministre, dans trente ans, il n’y aura plus de chauffeurs de taxi, bien connus pour bloquer les rues dès qu’on ose toucher à leurs privilèges, les voitures se déplaceront toutes seules. Les gros poids-lourds aussi, plus d’opérations escargot sur les périphériques des grandes villes, en quelque sorte des robots roulants. Ils n’y aura plus non plus d’avions de chasse, Dassault et son rafale, c’est presque déjà obsolète, les drônes c’est mieux, ce sont des robots en mission jour et nuit. Plus de conducteurs de train ou de métro, tout sera automatisé donc plus de grèves (ni de cotisants aux syndicats) de ce côté-là. Et même la procréation pour autrui qui fait l’objet d’un débat (dépassé dans trente ans) sera effectuée par des machines, être enceinte pour une femme ne sera plus qu’un mauvais souvenir de grand-mère. Et chaque être humain aura sa petite puce implantée sous la peau pour lui aussi se faire robotiser par d’autres robots qui décideront de tout.

Monsieur Montebourg, faites un peu d’efforts d’imagination et robotisez toute la France, ainsi il n’y aura plus de conflits sociaux et tout le monde sera content !