Le déclin de l’Empire américain ?

Capture d’écran 2019-07-29 à 21.52.49.png

Dans un de ses ouvrages publié en 2002 intitulé « Après l’Empire », Emmanuel Todd prédisait un effondrement de l’Empire américain en se référant à des données démographiques. J’ai lu beaucoup d’ouvrages de Todd mais pas celui mentionné ici et je ne me sens pas capable de le commenter. Dans le sens des thèses de Todd c’est une statistique publiée par le National Center for Health Statistics (NCHS) américain qui m’a remis en mémoire son ouvrage : la fertilité aux USA s’est considérablement effondrée ces dernières années pour se situer à un niveau dangereusement bas qui n’assure plus du tout le renouvellement des générations. Il est coutumier d’exprimer le taux de fertilité en nombre de naissances pour 1000 femmes en âge de procréer, c’est-à-dire âgées de 15 à 44 ans. Je ne suis démographe mais une arithmétique simple indique que si 1000 femmes en âge de procréer ont 2100 enfants le renouvellement de la génération est assuré. En effet, à la fin d’une génération il ne reste plus que 2100 – 1000 personnes, soit 1100, les 100 personnes supplémentaires couvrant les aléas statistiques. En moyenne le graphique indique que la fertilité américaine globale est de 59,1 enfants pour 1000 femmes.

Capture d’écran 2019-07-29 à 21.55.23.png

La chute de fertilité est spectaculaire dans la tranche d’âge 15-19 ans depuis les années 1990. Cette tendance est intimement liée aux incertitudes économiques. Les adolescents ne veulent plus avoir d’enfants parce qu’elles ont pris conscience, la plupart vivant encore dans le foyer parental, que le fait de procréer est devenu financièrement insurmontable. élever un enfant coûte 15000 dollars par an, c’est le Département de l’Agriculture qui l’affirme. Il faut ajouter à cette charge les emprunts pour faire des études supérieures, le coût des cartes de crédit, les prêts pour acheter une automobile. Tous ces facteurs dissuadent les jeunes Américains de créer un foyer. Si l’économie américaine était aussi florissante selon les affirmations aussi bien du Président que de nombreux médias cette situation ne serait pas à déplorer tant elle est précisément déplorable. Tous les jeunes américains nés depuis l’année 2000 seront une génération perdue … C’est ce que prévoyait Emmanuel Todd et les fait commencent à lui donner raison.

Source : ZeroHedge

Nouvelles du Japon : la fertilisation in vitro (IVF) va-t-elle sauver la démographie de ce pays ?

Capture d’écran 2018-06-10 à 09.24.14.png

D’abord les faits : cinq pour cent des nouveaux-nés japonais ont été conçus par fertilisation in vitro, c’est le pourcentage le plus élevé du monde. La population du Japon est de moins de la moitié de celle des USA et pourtant il y a 30 % de plus de cliniques spécialisées dans la fertilisation in vitro. En 2016 il y a eu moins d’un million de naissances au Japon et il en est ressorti que le taux de fertilité avait atteint le triste record de 1,44 enfant par femme en âge de procréer. Pour rappel afin que la population reste stable en nombre il faut un taux de fertilité de 2,1.

Bien que le Japon soit probablement le pays du monde le plus en avance technologiquement le taux de succès des IVF y est le plus faible de tous les pays développés en atteignant un peu moins de 10 % de succès. La question qui vient à l’esprit est de savoir pourquoi les IVF sont si répandues au Japon. Bien que le système de santé publique ne prenne pas en charge les IVF le gouvernement japonais accorde une subvention de 150000 yens pour les couples désirant un enfant. Or compte tenu de l’organisation sociale du pays un grand nombre de femmes travaillent et il reste peu d’heures chaque jour au couple pour augmenter ses chances d’avoir un enfant. De plus les femmes se marient de plus en plus tardivement et peu d’entre elles ont un enfant en dehors du mariage. De ce fait la plupart des femmes qui se soumettent à une IVF ont dépassé la quarantaine, deux fois plus qu’en Grande-Bretagne ou en France.

Le gouvernement du Premier Ministre Shinzo Abe a fixé comme objectif de voir remonter le taux de natalité à 1,8 à l’horizon 2026 et si les protocoles pour effectuer des IVF étaient mieux adaptés (voir note) et que le taux de réussite doublait le nombre de naissance pourrait augmenter de 300000 enfants par an contrebalançant alors le nombre de décès. La firme danoise Origio qui vend les produits utilisés pour les IVF déplore que la société japonaise d’obstétrique et de gynécologie soit par trop restrictive en ce qui concerne les dons de sperme ou encore les mères porteuses pour autrui. De ce fait des centaines de Japonaises partent quelques mois à l’étranger chaque année pour se soumettre à une IVF sachant que près d’un cinquième des couples japonais ne réussissent pas à avoir un enfant. En effet la raison de ces choix est qu’un tentative d’IVF coûte entre 300000 et 500000 yens.

Note. Pour des raisons difficiles à expliquer les médecins japonais pratiquant des IVF ne respectent pas les protocoles généralement admis dans d’autres pays en ce qui concerne les doses de gonadotropine (hyper-stimulation des ovaires) utilisées pour favoriser la réussite d’une IVF car ils redoutent des effets secondaires indésirables pourtant parfaitement connus et décrits dans la littérature médicale. Cette attitude étrange est la raison pour laquelle les IVFs ont un taux de réussite si faible au Japon.

Sources : The Economist et BioEdge, illustration BioEdge

Nouvelles du Japon : les Japonais(es) et le sexe

Capture d’écran 2016-12-31 à 10.42.36.png

Les statistiques sont alarmantes. Depuis 5 ans elles indiquent qu’il y a seulement 8,4 naissances pour 1000 habitants et le nombre de centenaires atteint aujourd’hui plus de 32000 au Japon. De plus 69 % des hommes et 59 % des femmes n’ont pas de relations sexuelles et s’ils envisagent de se marier ce sera avec une ou un ami(e) proche. Les sites de rencontre sont désertés. Paradoxalement 80 % des femmes japonaises célibataires et en âge de se marier désirent se « mettre en ménage » et avoir au moins un enfant. Le taux de natalité au Japon est le plus bas du monde et la population a diminué d’un million de personnes en 2015. À ce rythme la population du Japon – aujourd’hui 127 millions – aura chuté de 40 millions en 2060. L’Allemagne, l’Italie et le Portugal, ce n’est pas très rassurant non plus, ont des taux de natalité qui approchent celui du Japon.

Capture d’écran 2016-12-31 à 10.35.34.png

Une autre statistique assez incroyable indique qu’au Japon 42 % des hommes et 44,2 % des femmes n’ont jamais eu de relations sexuelles. Enfin plus de 50 % des femmes mariées ayant eu un enfant retournent ensuite travailler malgré les efforts gouvernementaux pour inciter les couples à avoir au moins deux enfants tant sur le plan fiscal qu’en développant le nombre de crèches mais ce sera un plan de longue haleine. Le Japon constitue un indicateur de l’incidence du développement économique et technologique de la société sur la fertilité.

Capture d’écran 2016-12-31 à 11.22.42.png

Enfin, une conséquence inattendue de la désaffection des Japonais pour les choses du sexe est la situation alarmante des « love hôtels » qui se sont reconvertis au tourisme. Ces hôtels réservés aux couples d’amoureux et d’un prix abordable ont pour beaucoup d’entre eux conclu des accords avec les agences de voyage et répondent maintenant à l’afflux de touristes – plus de 20 millions en 2016 dont un tiers de Chinois – en proposant des prix défiant toute concurrence et un anonymat total pour un service satisfaisant …

Source : The Independant

Le vieillissement des populations occidentales, un phénomène alarmant

Japan_sex_by_age_2010

Les populations de l’Allemagne, de l’Italie et de l’Autriche sont sur le déclin puisque le taux de fertilité dans ces pays est tombé à moins de un enfant par femme en âge de procréer (dernière statistique disponible qu’on peut contester). Au Japon la situation est sensiblement moins critique puisqu’en 2012 le taux de fertilité total était estimé à 1,4 enfant par femme. Or pour qu’une population donnée se maintienne à un niveau constant il faut que chaque femme ait statistiquement 2,1 enfants. L’idéal serait que chaque femme fertile donne naissance à au moins une fille afin que le nombre de femmes fertiles dans une population donnée reste constante. Cette approche dite taux de reproduction net a été abandonnée au profit du taux de remplacement cité ci-dessus. Mais dans certains pays, en particulier en Inde, les pratiques coutumières du mariage consistant à doter les filles à marier en ruinant parfois les parents a conduit à un déséquilibre entre les populations masculines et féminines au profit des hommes et le taux de reproduction net a été donc profondément biaisé. Si la détermination du sexe de l’enfant avant la naissance est officiellement interdit en Inde il n’en demeure pas moins que nombre de femmes recourent au test de détermination du sexe de leur enfant à naître à l’aide du « Baby Gender Mentor » disponible au marché noir dans n’importe quelle ville. Le business de l’avortement est donc florissant dans ce pays avec, à terme, des conséquences incontrôlables sur la chute rapide de la population de ce pays.

La politique de l’enfant unique instaurée en Chine en 1980 n’a pas permis de réduire la croissance de la population de ce pays pour deux raisons : la mortalité infantile a considérablement diminué (moins 75% depuis 1949 et l’espérance de vie à doublé dans le même temps. Cependant cette politique de planning familial aura à terme des effets incalculables sur l’évolution de la population chinoise car l’assouplissement prévoyant un deuxième enfant par couple si le premier est une fille aggrave le déséquilibre entre hommes et femmes sans avoir recours comme en Inde à l’avortement. Les deux pays les plus peuplés du monde verront donc leurs populations respectives chuter dans des proportions vertigineuses dans un avenir proche, à peine le temps d’une génération. L’amélioration du niveau de vie joue également un rôle dans le taux de fertilité. Plus le produit national par habitant croit plus la fertilité des couples décroit. Il s’agit d’une constatation déjà mise en évidence par Alfred Sauvy au cours des années 1950 en étudiant la démographie du « Tiers Monde », une expression qu’il créa à cette époque. Des pays comme l’Italie, l’Allemagne ou encore le Japon vivent donc aujourd’hui pleinement ce que Sauvy avait bien décrit dans plusieurs de ses ouvrages. Les progrès de la médecine et de l’hygiène ne permettent plus aux populations de se maintenir comme encore aujourd’hui en Chine et on assiste donc à un vieillissement inexorable de la population avec son cortège de graves problèmes socio-économiques.

L’une des solutions adoptées par des pays comme les USA, le Canada ou l’Allemagne pour contrer cette catastrophe démographique est d’ouvrir les frontières à l’immigration. Les USA présentent une démographie anormalement élevée compte tenu du revenu par habitant, alimentée par la population immigrée latino-américaine. L’Allemagne a accueilli des Turcs, des Slovènes ou encore des Albanais mais ces derniers ont vite compris qu’une famille nombreuse « comme au pays » était ingérable financièrement. Malgré un afflux constant d’immigrés en Italie – la grande majorité de ces derniers ne fait que passer pour aller en terre promise, l’Angleterre, y séjourner quelques années et prétendre ensuite à une immigration ultime vers les USA ou le Canada – la population de la Botte décroit. Le mouvement est sensible également en Espagne.

La France fait figure d’exception dans la mesure où la politique familiale datant du régime de Vichy et revue et améliorée à la libération par le Comité National de la Résistance pour « repeupler la France » représente un coût extrêmement élevé pour l’ensemble de la population et nonobstant une natalité qui va en s’amenuisant années après années malgré toutes les mesures favorisant les familles de trois enfants et plus.

Reste donc le cas du Japon qui défraie la chronique européenne sans justification. Il est facile de caricaturer un pays quand on en est éloigné et surtout quand on n’y a jamais mis les pieds. Il est incontestable que la population japonaise « vieillit » mais à peine plus que celle de l’Allemagne ou de l’Italie. La situation japonaise est plus critique dans la mesure où l’immigration y est très difficile et les structures publiques ne sont pas en faveur d’une natalité soutenue. Il n’existe aucune incitation fiscale pour les couples éventuellement désireux de créer une famille de plus d’un enfant, l’accès aux crèches et aux écoles maternelles est malaisé et payant. Les couples doivent s’inscrire sur une liste d’attente et programmer la venue de leur enfant très précisément, parfois au jour près. La pression économique fait qu’une grande majorité de femmes en âge de procréer choisissent de travailler plutôt que de fonder une famille. Enfin les congés de maternité pour les femmes ayant un emploi est lourdement pénalisant pour leur carrière. Des dérogations ont été accordées pour pourvoir les hommes célibataires des zones rurales en épouses. Ceux-ci s’adressent à des sortes d’agences matrimoniales qui recrutent des candidates au mariage essentiellement en Russie ou aux Philippines et au Brésil et dans une moindre mesure en Corée et à Taiwan. Il n’est pas rare de rencontrer dans les campagnes japonaises des épouses de cultivateurs aux yeux bleus et aux cheveux blonds venant directement de la Russie toute proche. Ces dernières doivent se plier parfois au pouvoir absolu de leur belle-mère le plus souvent à la maison mais qu’à cela ne tienne, les enfants venus, tout finit par rentrer dans l’ordre. Ces sortes de mariages arrangés et pris en charge par les municipalités rurales – tout compris environ 2 millions de yens – sont tolérés voire encouragés par les services d’immigration. Mais globalement si le Japon ne s’ouvre pas à une immigration ciblée, la population déclinera comme celle de l’Allemagne, de l’Autriche et de l’Italie. Il y a urgence pour ce pays car la pénurie de main-d’oeuvre se fait également cruellement sentir. Ouvrir le Japon à l’immigration, un pays insulaire longtemps jaloux de ses particularismes, relève du défi. Il faudra en effet bousculer de nombreuses idées reçues pour que la population accepte ce changement mais il faudra aussi que les structures sociales soient mieux adaptées pour recevoir les enfants en bas âge et enfin une incitation fiscale nécessaire devra accompagner ce programme qu’il est urgent de mettre en place.

Source : billet inspiré d’un article paru dans The Guardian, Japon : pyramide des âges.