Panspermie ?

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L’année dernière, une météorite est tombée dans le désert californien pas très loin d’une ancienne mine d’or à Sutter’s Hill qui avait provoquée la ruée vers l’or de 1849 mais ce n’est qu’une coïncidence. La trajectoire repérée par des radars a permis de retrouver des fragments de cette météorite très rapidement, avant que le soleil ou l’humidité ne viennent altérer d’éventuels composés carbonés présents dans cette météorite. L’analyse chimique par spectrographie de masse et résonance magnétique nucléaire a permis à une équipe de chercheurs de l’Université de l’Etat d’Arizona d’identifier une multitude de molécules organiques oxygénées qui, pour partie, sont révélatrices de la présence antérieure de possibles formes de vie. Des composés chimiques similaires sont par exemple présents dans le pétrole, ce qui indique que le pétrole a une origine biologique associée à la lente fermentation des boues sous-marines ou lacustres qui ont ensuite été emprisonnées par des sédiments, la chaleur des profondeurs de la terre ayant fait le reste. Lors de l’arrivée d’une météorite dans l’atmosphère terrestre, celle-ci est naturellement chauffée à de hautes températures par friction avec l’atmosphère, mais avec un peu de chance il reste des fragments chimiques analysables comme ceux qui ont été trouvés en particulier dans la fameuse météorite carbonée d’Orgueil en France ou celle de Murchison. Mais dans le cas de celle de Sutter’s Hill la rapidité de l’identification de son point de chute et les précautions qui ont été prises pour la récupérer et enfin l’analyse chimique détaillée laissent la voie ouverte à de multiples questions compte tenu de l’identité des molécules chimiques trouvées. Sans vouloir faire un catalogue détaillé, on a détecté sans ambiguité des alcools et leurs esters propanoiques correspondants dont par exemple un ester assez complexe comme le propanoic, 2-methyl-,1-(2-hydroxy-1-methylethyl) 2,2-dimethoxypropylester (CAS 074367-33-2) qui provient sans doute d’une activité biologique bactérienne. Mais plus troublant on a aussi trouvé une série de composés aromatiques comme du benzoic acid methyl ester, ou de la benzophenone et plus troublant du benzothiazole, des terphényls, des phénanthrenes ou encore des pyrenes. J’arrête là cette énumération mais la présence de ces molécules complexes peut tout simplement indiquer que la vie existait quelque part autour de la grosse étoile qui donna naissance au soleil, ses planètes et les innombrables résidus solides qui gravitent autour du soleil jusqu’à une distance d’une année lumière (nuage de Oort) et aux confins du système planétaire du soleil, la ceinture de Kuiper au delà de l’orbite de Neptune. La composition isotopique des débris de comètes indique d’ailleurs une origine commune pour ces deux ensembles de résidus. Si on fait un peu de science fiction, supposons qu’une ou plusieurs planètes de l’étoile qui a donné naissance au système solaire après son explosion il y aurait environ 5 milliards d’années aient été habitées par des formes de vie susceptibles de produire des molécules carbonées et oxygénées complexes ayant laissé dans la météorite de Sutter’s Hill des résidus variés. Il faut garder présent à l’esprit que l’étoile existant avant le soleil a explosé en émettant de la matière mais aussi d’énormes quantités de chaleur et de rayonnements électromagnétiques variés. Puisqu’on ne peut pas exclure la présence d’une ou plusieurs planètes ayant gravité autour de cette étoile ancestrale ayant abrité certaines formes de vie, aujourd’hui, à l’évidence, près de 5 milliards d’années plus tard, il n’est pas surprenant qu’on ne retrouve que des molécules chimiques relativement simples mais pourtant suffisamment complexes pour se poser la question de la présence de vie avant même que le soleil et ses planètes, dont la terre, aient existé. C’est d’ailleurs ce genre de remarque qui avait conduit Francis Crick à émettre l’hypothèse de la panspermie. Mais il n’était pas le premier à y penser puisque cette idée d’une origine extra-terrestre de la vie avait été pour la première fois émise par le philosophe grec Anaxagoras cinq siècles avant notre ère et tout récemment Stephen Hawking reprit cette hypothèse en déclarant qu’après tout les comètes ou d’autres objets intersidéraux pouvaient répandre la vie de planète en planète. La démarche de Francis Crick, alors au Salk Institute était un peu différente puisqu’il tentait de concilier l’existence de la molécule d’ADN et ses codons de trois lettres et l’hypothèse d’une lecture plus simple de ces informations sans la nécessité de l’encombrante et complexe machinerie qu’est le ribosome. Crick était persuadé qu’avant l’apparition du ribosome il devait nécessairement exister un système simple, presque pré-biotique si l’on peut le dire ainsi, une idée fermement défendue par Leslie Orgel qui travaillait en voisin à l’Université de San Diego sur l’exobiologie et que j’ai eu d’ailleurs le privilège de rencontrer. A n’en pas douter un instant autant Crick qu’Orgel auraient été profondément intéressés par les résultats des analyses fournies par l’équipe de chimistes de l’Université d’Arizona avec la météorite de Sutter’s Hill.

Sources : PNAS et ASU