Chez l’homme, d’où provient le diabète de type 2 ?

La réponse est difficile à expliquer clairement surtout quand on s’adresse à un néophyte comme votre serviteur voire à un ignorant des mécanismes cellulaires complexes qui régulent l’ensemble du métabolisme. Il me faut donc dans ce billet remonter à la « généalogie » de la production d’insuline par le pancréas. L’insuline est en effet une hormone régulant la teneur en glucose dans le sang. Cette hormone peptidique intervient quand la teneur en glucose sanguin devient trop élevée, comme par exemple après un repas, pour stocker ce sucre sous forme d’un polymère appelé glycogène dans les muscles ou les cellules adipeuses « brunes » pour une utilisation future. Les cellules pancréatiques productrices d’insuline libèrent l’insuline stockée dans des vésicules intra-cellulaires en les expulsant dans le milieu liquide interstitiel pour rejoindre la circulation sanguine. Ces vésicules presque sphériques possèdent une architecture assez incroyablement polyédrique constituée d’une protéine que l’on appelle clathrine, nom dérivé du grec clatharus qui signifie réseau. Ces protéines formées de deux sous-unités différentes s’assemblent pour former une structure à « trois jambes » appelée triskèle.

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Chez les êtres humains tant le stockage de l’insuline que du sucre sous forme libre est assuré par ces structures vésiculaires constituées de clathrines. Pour transporter le sucre vers le foie ou le muscle l’organisme dispose d’un mécanisme de régulation commandant la synthèse de la chaine polypeptidique CHC22 de la clathrine codée par le gène CLTCL1 situé sur le chromosome 22 et particulièrement exprimé dans les tissus musculaires. Selon le régime alimentaire des animaux, y compris celui de l’homme et en suivant en parallèle l’évolution de l’expression de ce gène CLTCL1 il a été possible de reconstituer l’histoire du transport du glucose dans les muscles et le foie et ainsi éclairer d’un nouveau jour l’apparition du diabète de type 1.

Cette « histoire » de l’expression du gène codant pour la protéine CHC22 suggère que pour les proto-humains – nos ancêtres lointains – il était nécessaire de maintenir un taux de glucose sanguin élevé pour favoriser le développement du cerveau. Quand les êtres humains commencèrent à pratiquer l’agriculture et l’élevage ils disposèrent donc de rations alimentaires plus riches. Il n’était plus nécessaire de maintenir ce taux de glucose élevé et par conséquent le gène CLTCL1 s’adapta pour mieux stocker le glucose sanguin rapidement en le transportant dans ces vésicules formées de clathrines.

Chez l’homme ainsi que chez bon nombre de vertébrés, le gène CLTCL1 est présent sous forme de deux allèles. Bien que ce gène soit remarquablement bien conservé il existe cependant des différences selon les populations humaines contemporaines, qu’il s’agisse par exemple des Yoruba au Nigeria, des Américains du nord d’origine européenne ou encore des Chinois Han de la région de Pékin … Les étapes successives qui ont pu provoquer une adaptation de ce gène sont d’abord l’introduction de la cuisson dans le régime alimentaire il y a 450000 ans, puis l’agriculture et l’élevage il y a 12 à 15000 ans et plus récemment l’alimentation industrielle.

Pour prouver que ce type d’évolution au niveau génétique est bien réel, une différence a pu être identifiée entre l’homme moderne issu de populations pratiquant l’élevage et l’agriculture avec les quelques groupes humains chasseurs-cueilleurs stricts existant encore en Afrique. Le même phénomène de différenciation des allèles des gènes CLTCL1 a été observé entre l’ours polaire et l’ours brun qui ont divergé il y a environ 400000 ans. Le dimorphisme observé se situe au niveau d’un SNP en position 1316 de la chaine lourde de la clathrine provoquant le remplacement d’une méthionine par une valine. Ce SNP induit une changement fonctionnel de la clathrine et les vésicules transportant le glucose vers ses destinations de stockage, muscle ou tissu adipeux, interagissent moins bien avec le transporteur de glucose de ces tissus particuliers.

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Quel est le résultat de cette évolution ? Tout simplement l’apparition d’une résistance à l’insuline du transporteur de sucre appelé GLUT4 au niveau des muscles et des tissus adipeux. Cette résistance à l’insuline se caractérise aussi par l’accumulation de la protéine de clathrine CHC22 dans le compartiment cellulaire de stockage du glucose sous forme de complexe avec ce transporteur GLUT4. Les aliments industriels proposés aux populations contemporaines et riches en sucre devraient donc exacerber la situation de la résistance à l’insuline du transporteur GLUT4 puisque les deux allèles, méthionine et valine, de la CHC22 coexistent chez l’homme approximativement depuis l’apparition de l’agriculture.

Source et illustrations : https://elifesciences.org/articles/41517

Le sucre : une vraie drogue !

Comme presque toujours mes sources ne sont pas personnelles et je reprends ici un article paru sur le quotidien suisse 24 Heures il y a quelques jours dont le titre « La face cachée de vos aliments préférés » a attiré mon attention. Sans vouloir faire de commentaires, voici donc 5 « best-sellers » de la junk-food du moins dans la Confédération. Les petits cubes dans chaque illustration représentent des morceaux de sucre de 3 grammes. D’abord le Nutella tant décrié par les politiciens bien-pensants qui veulent préserver la planète parce qu’il contient de l’huile de palme. Voici la composition d’un pot de 630 grammes :

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La « fusée », je ne connaissais pas, c’est pour 50 ml surtout de l’eau et du sucre :

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Le Ketchup (342 grammes) contient également du sucre, j’ignorais que ce produit était sucré (22,8 % du poids total) puisque je n’en ai jamais consommé :

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La « boisson des sportifs » Rivella (500 ml) qui n’existe peut-être qu’en Suisse et dont j’ignorais également l’existence est presque aussi sucrée que le Coca-Cola :

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Les Chips au paprika (90 g), je ne mange jamais de chips quelles qu’elles soient car elles baignent dans l’huile de colza. Outre la fécule qui est un polymère de glucose il y a aussi du sucre rajouté :

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Bon appétit et bon diabète …

Note. J’ai chez moi du sucre de canne non raffiné que je n’utilise que dans deux occasions : quand une personne vient chez moi boire un café ou quand je veux me préparer un « ti-punch » avec du rhum de Marie-Galante Bielle et du jus de citron vert. À noter que le rhum blanc dit « agricole » des Antilles françaises contient un peu de sucre provenant de l’ajout de jus de canne filtré et dilué avec de l’eau au distillat qui sort à 78 degrés (alcoolique ou 78 % et non Baumé) pour ramener le degré du rhum à 59 %. Ce qui donne son goût particulier au rhum blanc est la provenance de la canne.

Source : interactif.24heures.ch

Plusieurs fruits et légumes chaque jour ? Un non-sens pour la santé …

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Depuis des années les médias nous serinent à longueur de journée que manger des fruits et des légumes chaque jour et même plusieurs fois par jour c’est bon pour la santé. En réalité qu’en est-il vraiment de cette affirmation à l’emporte-pièce ? Tout simplement un gros mensonge ! Certes les vitamines trouvées dans les fruits – essentiellement les vitamines du groupe B mais pas toutes – sont utiles pour la santé alors que ces fruits contiennent en outre des quantités extravagantes de sucres directement assimilables par l’organisme à ne pas confondre avec les sucres dits « lents », amidon et fécule par exemple.

Et le sucre commence à devenir la bête noire des nutritionnistes car les autorités sanitaires de nombreux pays et pas seulement de l’OCDE ont finalement reconnu que l’abus de sucres était carrément mauvais pour la santé : l’obésité est bien corrélée à la quantité de sucre ingérée par un individu chaque jour. Outre le pain, les pâtes, les pommes de terre et les pâtisseries (les 4 P) qui sont majoritairement constitués de sucres, les fruits sont également très riches en carbohydrates. Une banane contient un peu plus de 25 grammes de sucre et une orange 15 grammes. Manger 3 à 4 fruits par jour représente jusqu’à 90 grammes de sucre.

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Il se trouve qu’au cours de la patiente sélection des fruits durant plusieurs millénaires a conduit à augmenter du manière générale la teneur en sucre des fruits mais aussi des légumes tout en améliorant leurs propriétés organoleptiques : goût, aspect, conservation, couleur et bien d’autres traits. La pastèque, telle qu’elle a été peinte par Giovanni Stanchi au XVIIe siècle n’avait rien à voir avec celle d’aujourd’hui,

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de même que la banane qui était littéralement envahie de pépins (illustration en début de billet) ou encore la pêche et la carotte (illustrations : carotte sauvage et carotte moderne).

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Systématiquement tous les fruits ou légumes se sont vus au cours de la sélection enrichis en sucres, y compris les carottes !

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Il ne faut donc pas prendre à la lettre les recommandations des nutritionnistes. Si je mange une à deux bananes chaque jour c’est aussi parce c’est bon pour lutter contre les contractures musculaires et quand je suis dans un restaurant je suis souvent effaré de voir d’autres clients manger du pain pour accompagner un mets contenant des pommes de terre ou des légumineuses, haricots, fèves, etc, c’est tout simplement rajouter des sucres à des sucres, puis en dessert se régaler d’une salade de fruits  (ici dans l’archipel des Canaries c’est la pleine saison des fraises, excellentes par ailleurs) dégustées avec un ou deux biscuits : tout simplement un non-sens sanitaire.

Sources et illustrations : Science Alert et blog de Donna Laframboise

La grosse arnaque de Nestlé

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Nestlé est la plus grande firme mondiale dont la spécialité est presque exclusivement l’alimentation. En quelques chiffres : 335000 employés, 2000 marques commerciales, 436 usines de fabrication dans 85 pays, 189 des 195 pays du monde achètent des produits Nestlé, enfin la capitalisation de Nestlé est estimée à plus de 240 milliards de dollars. Nestlé vend du sucre, beaucoup de sucre, depuis que le créateur de la compagnie, Henri Nestlé, décida de commercialiser le lait condensé qu’il fabriquait pour un voisin dans la petite ville de Vevey au bord du lac Léman à la fin du XIXe siècle qui était chocolatier de son état. Le premier marché de Nestlé fut en effet des barres chocolatées utilisant ce lait condensé sucré comme ingrédient majeur. Puis Nestlé se lança encore dans le lait, cette fois en poudre, pour l’alimentation des enfants et comme ce marché devint très rapidement porteur, la société eut l’idée géniale de fabriquer du café en poudre instantané dont la fabrication restait secrète et qui fit un véritable malheur durant la seconde guerre mondiale.

Aujourd’hui Nestlé vend toujours énormément de sucre aussi bien dans les barres Kit-kat que dans les glaces Häagen-Dazs. Il serait fastidieux de citer tous les produits Nestlé riches en sucre. Or une administration comme la FDA américaine envisage de classer le sucre parmi les produits toxiques pour la santé au même titre que le tabac ou l’alcool. Le Mexique vient d’introduire une surtaxe sur les sodas sucrés et a été immédiatement suivi par la Grande-Bretagne en mars dernier. L’Arabie Saoudite, pays où l’épidémie d’obésité est alarmante, envisage très sérieusement de surtaxer tout produit alimentaire industriel, solide ou liquide, trop sucré. Dans le domaine de la malbouffe dont Nestlé est un grand contributeur, les choses commencent à bouger avec le sucre, le sirop enrichi en fructose, les quantités extravagantes de sel, mais aussi avec les acides gras partiellement hydrogénés et divers additifs alimentaires dont l’innocuité pour la santé est de plus en plus contestée.

C’est ainsi que les parts de marché de Nestlé ont chuté dans le domaine des produits dérivés du lait (condensé et sucré) mais aussi dans le créneau des plats cuisinés et des sodas. Il n’y a d’ailleurs pas que Nestlé qui a choisi une reconversion discrète pour parer à cette diminution de chiffre d’affaire. Mondelez International, le fabricant des biscuits Oreos vendus sous la marque Nabisco, est entré en force dans le marché du « sans gluten » : puisque la mode « sans gluten » existe autant l’exploiter. PepsiCo s’attaque aux snacks bons pour la santé comme l’hummus (voir notes en fin de billet).

Nestlé n’est pas en reste : puisque cette firme vend du sucre pourquoi ne pas vendre aussi des produits susceptibles de combattre le diabète ! Ce n’est pas une orientation soudainement prise devant la levée de boucliers mondiale contre la malbouffe mais un positionnement stratégique : Nestlé veut se redéfinir comme le leader mondial de la nutrition, de la santé et du bien-être sur des bases dites scientifiques. En d’autres termes cette firme vend d’une main ce qui nuit à la santé et de l’autre main ce qu’il faut pour remédier à cette dégradation de la santé. Dans les locaux du siège de Nestlé à Vevey, il existe maintenant un laboratoire de recherche en amont de la biologie de la nutrition employant plus de 160 scientifiques de haute qualification dont les centres d’intérêt vont de la maladie d’Alzheimer aux rhumatismes sans oublier naturellement le diabète. Les matières premières choisies sont les plantes, les légumes comme les tomates et aussi les champignons. Une sorte de librairie a été constituée pour développer de nouveaux produits à usage alimentaire thérapeutique. Elle comporte déjà plus de 40000 composés ! Mais ce n’est pas tout, le centre de recherche Nestlé sur la santé compte plus de 3000 personnes dédiées à la commercialisation des découvertes en amont dirigées par un certain Ed Baetge, biologiste moléculaire diplômé de l’Université Cornell qui a parachevé son expérience dans les biotech en Californie du sud. De nombreux « suppléments » sont déjà sur le marché et sont censés posséder des propriétés thérapeutiques. Jugez par vous-même :

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L’ingéniosité de Nestlé est d’arriver à vendre de nouveaux produits susceptibles d’améliorer la santé du consommateur en échappant à toute régulation car il s’agit de compléments alimentaires. Et comme l’image de marque de Nestlé est incontestable, c’est du profit pur jus ! La gigantissime firme Nestlé a donc mis au point une arnaque tout aussi gigantesque pour la plus grande satisfaction de ses actionnaires, mais qu’en est-il de celle du consommateur final ? Jamais un quelconque de ces compléments alimentaires n’a pu être clairement reconnu comme significativement bénéfique pour la santé … Pour preuve la société Accera, une filiale de Nestlé, a commercialisé une boisson contenant un triglycéride de l’acide caprylique, l’Axona, supposée être bénéfique pour combattre la maladie d’Alzheimer. Le produit en question est issu de l’huile de coprah et est donc « naturel ». La toute puissante FDA a déclaré cette boisson comme une drogue non approuvée et une class-action a été organisée par des consommateurs d’Axona pour le moins déçus par ses effets inexistants. L’affaire n’est pas arrivée devant les tribunaux car Nestlé l’a étouffée dans l’oeuf pour ne pas ternir son image de marque. Quand on s’appelle Nestlé …

Source et illustrations : Bloomberg

Notes :

https://en.wikipedia.org/wiki/Oreo et aussi sur ce blog : https://jacqueshenry.wordpress.com/2013/10/17/oui-lobesite-est-une-maladie/

L’hummus est une sorte de purée préparée à partir de poix chiche, assaisonnée et pimentée. Ce plat originaire du Moyen-Orient est devenu très populaire aux USA en quelques années.

Dans le pays des obèses le sucre est roi !

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Une étude parue dans le British Medical Journal au début de ce mois de mars est révélatrice des habitudes alimentaires de facilité des Américains. Les deux tiers de la population nord-américaine sont en surpoids ou pathologiquement obèses. Cette épidémie qui se répand au Mexique, deuxième pays au monde en terme de surpoids de la population après les USA et atteint certains pays européens comme l’Espagne et la Grande-Bretagne ou encore le Brésil et l’Australie. Cette étude (voir le lien en accès libre) a pris en compte les habitudes alimentaires de 9300 Américains représentatifs de la population générale. Elle a révélé que 58 % des 2079 calories quotidiennement ingérées en moyenne par les Américains provenaient des sucres contenus dans les aliments ultra-industriels, un terme qui classe des milliers d’aliments sous emballage comme les pains industriels, les céréales, les biscuits apéritifs salés, les sodas … en passant par les barres chocolatées et autres amuse-gueule variés. Tous ces aliments de confort ou de facilité contiennent des additifs de texture, des émulsifiants, des colorants et des arômes artificiels, des conservateurs, des sucres enrichis en fructose, des constituants qu’on ne trouve pas dans l’alimentation naturelle fraiche.

Les autres 30 % de calories proviennent des légumes et du lait, 9 % des aliments peu transformés industriellement comme le jambon et le fromage et les 3 % restant du sucre de table. Cette étude fait état globalement d’une suralimentation déséquilibrée aux propriétés nourrissantes dégradées provoquant outre le surpoids et l’obésité, l’apparition de diabète, de maladies cardiovasculaires, de cancers, entre autres pathologies liées au surpoids. Les recommandations de l’Office fédéral de la prévention des maladies restent lettre morte, en particulier auprès des industriels de l’alimentation car les sucres ajoutés sont parfois cachés et leur présence n’est pas mentionnée dans les aliments ultra-industriels. Qui pourrait croire que les hamburgers contiennent du sirop de maïs enrichi en fructose ?

Dans l’esprit des consommateurs les jus de fruit supposés être 100 pour 100 issus de fruits pressés contiennent non seulement des substances chimiques qui les protègent des processus naturels d’oxydation mais ils ont été agrémentés de quantités substantielles de sucre. Une ration de 25 centilitres d’un jus d’orange quelconque contient l’équivalent de trois cuillères à café de sucre surajouté à celui naturellement présent dans le fruit pressé. L’Académie américaine de pédiatrie a lançé une alerte à ce sujet concernant les enfants afin que les parents limitent la consommation de jus de fruit commerciaux et conditionnés pour leurs enfants. Cette alerte est restée lettre morte en raison de la pression considérable exercée par le lobby des boissons à base de fruits sur les législateurs. Laisser les enfants prendre l’habitude de boire des jus de fruits auxquels des quantités presque extravagantes de sucre ont été ajoutées pour favoriser leur conservation est presque criminel car cette habitude favorise par la suite l’apparition d’obésité morbide !

L’alimentation industrielle répond à une tendance à la facilité, une attitude qui conduit imperceptiblement des peuples entiers vers un état de santé dégradé. Certains gouvernements ont décidé de taxer les sodas outrageusement sucrés, pourquoi alors ne pas également taxer les produits alimentaires traités industriellement et riches en sucres, en sel et en acides gras partiellement hydrogénés comme on a taxé les cigarettes en raison de leur dangerosité pour la santé ?

Source : bmjopen.bmj.com/content/6/3/e009892

Quand le lobby des producteurs de sucre s’en prenait aux caries dentaires …

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C’est encore une affaire qui va faire grand bruit car on se trouve au devant des sombres agissements d’un lobby industriel ultra-puissant oeuvrant contre la santé humaine. Ça se passe aux Etats-Unis, le pays de toutes les magouilles et de tous les mensonges bien qu’en façade puritain jusqu’au bout des dents. Allez partager un repas dans l’Amérique profonde avec des Américains bon chic bon genre, par exemple à Birmingham, Alabama, avant de commencer à déguster un ragout pas très attirant avec de l’eau comme toute boisson on commence à se coltiner presque une dizaine de minutes de versets de la Bible et si on a le malheur de laisser trainer son regard sur l’arrière-train de la maîtresse de maison quand elle se lève pour aller chercher le dessert, ce qui m’est arrivé, je l’avoue, à Birmingham, parce que seules les rondeurs du popotin de mon hôtesse apportaient une touche de réconfort dans ce décor austère, on risque alors d’être traité d’obsédé sexuel. Bref, ces mêmes Américains cul-bénis mais aussi faux-culs acceptent que des groupes de pression obscurs façonnent la loi à leur profit en utilisant tous les moyens à leur disposition afin d’infléchir les recommandations d’organismes officiels en ce qui concerne la santé des individus.

C’est ce qui ressort d’un article paru dans PlosOne relatant l’affaire des « dossiers Roger Adams » à propos de la santé dentaire des enfants et des adolescents en relation avec la consommation de sucre. De 1959 à 1971 ce scientifique « émérite », professeur de chimie organique à l’Université de l’Illinois à Urbana fut la cheville ouvrière si l’on peut dire du lobby des producteurs de sucre de canne et de betterave, les intérêts étant identiques, réunis dans une association extrêmement puissante sur le plan politique la « Sugar Association » dont l’une des émanations était et est encore la Sugar Research Foundation, des structures qu’on retrouve dans l’industrie du tabac ou encore des soft-drinks. Pour se donner un vernis de bien-pensance cette association à but lucratif avait donc créé une sorte d’entité finançant à coups de grosses liasses de dollars des recherches académiques dont les résultats devaient toujours être favorables à l’industrie sucrière, cela va de soi.

Une jeune dentiste n’ayant pas froid aux yeux est allée fouiller dans les archives de l’Université d’Urbana et a découvert des centaines de documents relatant dans le menu les manigances de la Sugar Association. Cet organisme avait été mis en garde dès le début des années 1950 au sujet du rôle néfaste des sucres alimentaires dans le développement des caries dentaires … mais c’était aller contre les intérêts de l’association. La situation a un peu évolué au cours des années mais pas tant que ça. La FAO et l’OMS ont tenté à plusieurs reprises d’édicter des règles conduisant à la limitation de l’usage de sucres dans les aliments et les boissons mais en vain. Il se trouve que l’organisation mondiale de recherche sur le sucre (WSRO) compte parmi ses membres contributeurs la Sugar Association, normal allez-vous penser, mais aussi Coca-Cola, curieux hasard qui n’en est pas un. La WSRO bloque systématiquement toute prise de position tant de l’OMS que de la FAO pour émettre des recommandations afin de limiter dans l’alimentation les « sucres libres ». La WSRO, niant l’évidence, fait du lobbying en faveur des dentifrices au fluor !

Pourtant la cause première de l’apparition des caries dentaires est la formation de plaques sur l’émail. Ces plaques sont constituées de bactéries du genre Streptococcus mutans qui s’entourent d’un mucus protecteur et quand elles digèrent les sucres alimentaires elle sécrètent des acides qui restent prisonniers de ce mucus et attaquent alors l’émail en ouvrant des brèches dans la dent pour finalement aboutir à une cavité qui servira de niche pour d’autres bactéries pathogènes. Les caries dentaires constituent la première cause d’affection chez les enfants et les adolescents et ce n’est pas par philanthropie que des organisations multiples ont depuis de nombreuses années mis en garde les parents et les enfants contre l’abus de sucres alimentaires. Aux USA, l’administration Nixon alerta la population, sans succès … Le fluor dans l’eau du robinet était une excellente excuse pour que le lobby des sucriers se lave les mains. Puis vinrent les dentifrices au fluor et les sucres aux effets délétères pour les dents passèrent tout simplement aux oubliettes. Quand on sait que Coca-Cola, l’une des plus grosses entreprises de commercialisation de sucre, fait partie des membres de la très respectée WSRO, on peut émettre de sérieux doutes quant à l’honnêteté et à l’efficacité d’un tel organisme.

Il a fallu la sagacité de cette jeune dentiste diplômée co-auteur de l’étude parue dans PlosOne ( DOI: 10.1371/journal.pmed.1001798 ) pour découvrir les sombres agissements du lobby des sucriers. Mais puisque Coca-cola est mentionné dans cet article, il faut souligner que cette société paie à prix d’or des nutritionnistes et des bloggers, c’est nouveau, pour vanter les vertus de la boisson brune et pétillante aux vertus bénéfiques jamais remises en question depuis sa création. Mais il n’y a malheureusement pas que les sucriers et Coca-cola dans ce monde hostile du business alimentaire. Pepsi, spécialisé aussi dans la vente de boissons sucrées et propriétaire des marques Frito-Lay ou encore Tostito, des trucs immangeables qu’on se doit d’engouffrer avec une bouteille de Pepsi, rémunère des diététiciens pour vanter les vertus gustatives de ces snacks empoisonnés y compris sur les plateaux de télévision ! Même Nestlé, une firme tentaculaire assise sur une solide réputation de qualité dans le domaine des aliments pour bébés et enfants, s’est offert une armada de soit-disant spécialistes de la nutrition. Coca-cola a poussé son marketing jusqu’au ridicule en préconisant pour moins se goinfrer de sucre d’acheter des mini-bouteilles de 250 ml (8,5 onces) et la campagne de promotion initiée dans les country-clubs de golf incluait cette petite bouteille et un petit paquet d’amandes dûment salées pour maintenir la sensation de soif. Pas en reste, Pepsi a immédiatement réagi en mettant sur le marché une bouteille de 7,5 onces uniquement sucrée avec du sirop de maïs enrichi en fructose parce qu’il fallait suivre les conseils des diététiciens inféodés au lobby des producteurs de maïs naturellement de connivence avec les sucriers puisque le sirop de maïs et le fructose sont aussi des sucres … La boucle est refermée, la malbouffe et les soft-drinks continueront à faire des ravages et ni l’Organisation Mondiale de la Santé ni les autres institutions pourtant là pour protéger la santé des citoyens du monde n’y pourront rien, les puissants lobbys auront toujours le dernier mot et le vulgum pecus sera assommé de publicité télévisuelle à longueur de journée pour le pousser à consommer ces saloperies !

Sources : PlosOne et Associated Press

Note : je conseille à mes lecteurs anglophones de lire l’article de PlosOne, c’est un véritable roman policier !

Diabète de type II, une lueur d’espoir ?

Aux USA plus de 95 % des diabétiques – près de 8 % de la population – souffrent de diabète de type II, associé au surpoids et à l’obésité. Ce diabète est caractérisé par une insensibilité des cellules à l’insuline, en particulier les cellules hépatiques dont l’un des rôles majeurs est de stocker le glucose sous forme de glycogène afin de réguler le taux de sucre sanguin. Ce n’est pas le seul rôle de l’insuline car cette hormone synthétisée par le pancréas agit aussi directement sur les cellules musculaires et les cellules des tissus adipeux et ça fait beaucoup de cellules puisque les muscles et les tissus adipeux représentent près des deux tiers de l’ensemble des cellules constituant le corps humain.

Contrairement aux idées reçues, les acides gras sont aussi synthétisés par notre organisme justement à partir du glucose et c’est là que l’insuline intervient en déviant une partie du sucre vers la synthèse d’acides gras qui vont être stockés dans les adipocytes pour une dégradation ultérieure en cas de besoin énergétique soudain. En effet, les stocks de glucose sous forme de glycogène ne sont pas illimités et une régulation très fine entre glucose et acides gras pour la fourniture d’énergie (et son stockage) est sous la dépendance de l’insuline.

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Or dans le diabète de type II on pourra se piquer avec de l’insuline, rien n’y fera car les hépatocytes sont devenus insensibles à l’insuline toujours normalement produite par le pancréas. Du coup le stockage du glucose sous forme de glycogène se fait mal, dans le foie comme dans les muscles qui stockent aussi du glycogène, la production d’acides gras devient dérégulée, en d’autres termes pour ce qui concerne plus précisément les acides gras l’hépatocyte n’y comprend plus rien et l’organisme tout entier en souffre car il faut bien que ces acides gras quittent le foie sinon il s’asphyxierait et ils sont alors stockés dans les adipocytes avec un développement de l’obésité. Ce que les biologistes tentent de comprendre et éventuellement de traiter c’est la relation de cause à effet initiale. Est-ce le surpoids qui entraine une insensibilisation à l’insuline ou l’inverse ? En réalité tous les regards se tournent vers un mauvais fonctionnement du récepteur de l’insuline qui est situé dans la membrane cellulaire des cellules cibles, foie muscle et tissu adipeux essentiellement. On a une petite idée du fonctionnement de ce récepteur qui est d’une complexité inattendue mais compréhensible dans la mesure où son rôle est d’établir à l’intérieur de la cellule une série de régulations extrêmement fines et également complexes pour le bon fonctionnement du métabolisme.

Si on examine le schéma (Wikipedia) résumant les divers effets de l’insuline, pour tenter de remédier au diabète de type II on n’a pas vraiment le choix puisque le récepteur de l’insuline (Wikipedia) est une vraie boite noire.

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Les biologistes du Scripps Research Institute à La Jolla en Californie qui travaillent sans relâche sur cette forme de diabète qui affecte près de 350 millions de personnes dans le monde ont finalement opté pour une sorte de retour en arrière afin de trouver de nouveaux médicaments. Pour tester des centaines de milliers de molécules chimiques dans un temps raisonnable on avait et on a toujours tendance à privilégier la cible que l’on veut atteindre en mettant au point un test rapide qui puisse être adapté au screening haute fréquence. C’est ce que l’on fait par exemple avec une activité enzymatique. Mais si on en revient à la bonne vieille observation des effets globaux sur des cellules en culture, par exemple, on a beaucoup plus de chances d’avoir un « hit » c’est-à-dire une réponse positive d’autant plus que le diabète de type II est un dysfonctionnement multifactoriel et non pas limité au seul récepteur de l’insuline. L’astuce a consisté à combiner le screening phénotypique et l’identification de la cible du composé chimique. Pour l’aspect phénotypique, c’est-à-dire la réponse de la cellule, le test consistait à repérer l’abondance des acides gras stockés dans des cellules de tissu adipeux en culture à l’aide d’un test de détection par fluorescence, généralement très facile à mettre en œuvre et rapidement détectable. Une fois le « hit » obtenu, il fallait identifier la cible en analysant cette fois quels sont les enzymes synthétisés en plus (ou moins) grande quantité que dans une cellule témoin. Cette étape est faite en séquençant les ARN messagers transcrits à l’aide de séquenceurs automatiques. Les biologistes du Scripps Institute ont finalement identifié la cible touchée qui est une hydrolase à sérine, un enzyme qui intervient dans l’immobilisation des acides gras dans les adipocytes plutôt que de les laisser retourner vers le foie.

Il fallait finalement vérifier si la molécule ainsi identifiée et active sur un enzyme qui n’avait jamais auparavant été envisagé comme intervenant dans l’obésité et le diabète de type II associé présentait aussi un effet sur des animaux de laboratoire comme par exemple des souris génétiquement modifiées pour être obèses et diabétiques et des souris normales soumises à un régime alimentaire les rendant obèses et diabétiques. Cette molécule s’est avérée active sur les deux lots d’animaux, diminuant significativement la prise de poids et normalisant la biochimie sanguine, glucose, triglycérides et cholestérol redevenus normaux. Un peu les mêmes effets que l’Avandia (rosiglitazone) qui a été retiré du marché en raison des effets secondaires sérieux, mais à une différence notoire près, cette molécule ne provoque pas d’accumulation d’acides gras au niveau du foie comme l’Avandia.

Ces résultats constituent donc une première quant à la démarche scientifique adoptée qui est initiée par des observations phénotypiques, certes sur des cultures de cellules, mais corroborées par l’identification génétique de la cible et enfin une vérification ultime sur des animaux. Cette stratégie est actuellement en cours d’élargissement pour espérer identifier d’autres cibles du diabète de type II mais sans pour autant trouver une explication à la perte de réactivité du récepteur de l’insuline, constat qui reste encore mystérieux. La recherche en biologie et en pharmacologie restera encore quelques années en quête de supplétifs médicamenteux tant que la vraie cause de l’apparition du diabète de type II ne sera pas formellement identifiée. Cette recherche risque d’être longue car il s’agit probablement de la résultante de multiples facteurs dont on méconnait à ce jour les effets cumulatifs sur un système aussi complexe que ce récepteur de l’insuline.

Source : Scripps Research Institute News Letters, illustrations Wikipedia