Vivons heureux et longtemps, vivons sans stress …

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J’ai toujours été impressionné par l’effet du stress des adultes, en l’occurrence celui des parents sur leurs enfants. On ne se rend pas compte, je devrais parler au passé en ce qui me concerne, à quel point on peut terroriser nos propres enfants parce que l’on a quelques soucis professionnels ou matériels passagers. Terroriser n’est peut-être pas le mot approprié car en réalité on transfert notre stress vers notre entourage et en famille ce sont les enfants et l’un des époux qui en subissent les conséquences. Les enfants peuvent en garder d’amers souvenirs et pire encore des séquelles psychologiques mais le stress a aussi des effets catastrophiques et durables sur la santé physique. Comme je fais maintenant partie du « troisième âge », que je viens de me remarier et que je ne surveille absolument pas ma tension artérielle et encore moins mon cholestérol sanguin, mon attention s’est portée sur un article paru dans le Journal of Gerontology du 7 avril au titre évocateur : « Stress and Negative Relationship Quality among Older Couples, Implications for Blood Pressure » qu’on peut traduire par stress et mésentente conjugale chez les vieux couples, effets sur la pression sanguine (lien en accès libre : DOI: 10.1093/geronb/gbv023 ). Le stress chronique et la mésentente conjugale interagissent comme on peut le voir dans ce schéma :

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Le stress chronique n’est pas nécessaire lié à la mésentente conjugale mais cette dernière peut favoriser ce stress et en bio-psychologie il est nécessaire de différencier ces deux facteurs afin d’en analyser plus clairement les implications sur la santé en général et la pression sanguine en particulier. Le stress chronique peut avoir des origines diverses indépendantes de la vie de couple comme des préoccupations financières, des soucis de santé mineurs ou encore des problèmes de travail, beaucoup plus de « vieux » qu’on a tendance à le croire continuent à avoir une activité professionnelle ne serait-ce que pour améliorer leur pension de retraite parfois étriquée. L’interaction entre le stress chronique et les difficultés conjugales aggrave donc la détérioration de l’état de santé car le stress, parmi ses nombreux effets sur l’organisme, augmente la pression artérielle.

Qu’en est-il des couples « âgés », c’est-à-dire formés par des personnes nées avant 1953, et y a-t-il une différence entre la femme et l’homme, les femmes étant reconnues comme plus sensibles aux mésententes conjugales mais aussi moins enclines au stress chronique. L’étude a consisté à interroger depuis 2006 tous les deux ans la moitié de 22000 personnes vivant en couple et à suivre leurs indicateurs biologiques dans le cadre d’un programme « santé-retraite » mis en place par l’Université du Michigan. Les résultats obtenus entre les années 2006 et 2010 ont ainsi pu être rapprochés pour en retirer des conclusions concernant 1356 couples. L’âge moyen des hommes était de 66 ans et celui des femmes de 63 ans (plus ou moins 9 ans) et 91 % étaient des Blancs. Les couples s’étaient formé en moyenne 36 années auparavant. Outre la pression artérielle mesurée dans des conditions standardisées, l’investigation relative au stress chronique comportait une série de questions du genre : problèmes conflictuels avec l’époux ou l’épouse ou les enfants et durant quel laps de temps, problèmes d’alcool ou de drogues avec des membres de la famille, difficultés dans le travail, au niveau finances ou de logement, contraintes consistant à aider régulièrement un membre de la famille infirme ou malade. Pour chaque rubrique un classement devait être établi avec une note allant de 1 à 4. Pour ce qui est de la relation de couple, il était demandé par exemple combien de fois l’époux (ou l’épouse) critiquait l’autre, réitérait des demandes ou des récriminations, négligeait de rendre un menu service ou tout simplement était agaçant, un terme français intraduisible en anglais.

Le but de l’étude était de déterminer si tous ces paramètres influaient sur la pression sanguine et s’il y avait une différence entre les femmes et les hommes. Passons sur les analyses statistiques mais ce qui est clairement apparu c’est la relative indifférence des épouses dans les situations de stress chronique de leur partenaire ou de situations de stress initiées par des facteurs externes au couple. Les hommes réagissent de manière similaire bien qu’ils soient plus sensibles à la combinaison stress de son épouse – stress induit par un acteur externe au couple et ce d’autant plus que les relations de couple sont dégradées. Et curieusement si l’homme semble adopter une attitude stoïque devant une situation difficile à supporter il en résulte une augmentation de sa pression sanguine en raison de l’internalisation de ses réactions au stress. Les femmes au contraire s’épanchent plus volontiers et libèrent ainsi leur organisme de cette contrainte.

Au final, la vie de couple chez les « vieux » n’est pas un fleuve tranquille et constitue un des facteurs pouvant dégrader la santé.

Le stress et le chien du voisin …

Depuis quelques semaines, j’étais dérangé dans ma tranquillité par un chien que ses maîtres abandonnaient sur leur balcon lorsqu’ils s’absentaient et qui manifestait son mécontentement et sa réprobation par des aboiements presque continus et parfois pendant plusieurs heures. Comme en Espagne le non-respect de la loi est inscrit dans les gènes de chaque individu, peut-être depuis la disparition de Franco, allez savoir, il est en effet interdit d’abandonner un chien sur un balcon dans la ville de Santa Cruz de Tenerife, tenter de remédier à une telle situation relève du parcours du combattant car les institutions en place pour faire respecter cette loi que personne ne respecte dans les faits ne sont pas très enclines à s’investir dans des procédures qui sont le plus souvent un échec. Je suis allé déposer deux plaintes à la police locale. Comme je suis étranger c’est comme si j’avais pissé dans un Stradivarius. J’ai appris que ce type de problème canin relevait d’un service spécial de la mairie qui dépend également de la Guardia Civil, l’équivalent de la gendarmerie. J’ai donc déposé une plainte à la mairie et la préposée à l’accueil des honorables citoyens m’a fait savoir à demi-mots qu’elle n’était pas très courageuse sachant que le chien serait confisqué et probablement tué par injection quelques jours plus tard. Comme si les chiens avaient plus d’importance que les humains. A en juger par son aspect, une centaine de kilos bien coincés sur une chaise à roulettes qu’elle ne quittait pas y compris pour aller chercher un dossier ou activer la photocopieuse, me parut être conforme à son propos : à l’évidence elle ne s’occupait pas trop de son aspect physique et si elle avait elle-même un chien elle devait certainement le dorloter beaucoup mieux que sa propre personne condamnée à toutes sortes de maladies résultant de son surpoids aux proportions gigantesques et répugnantes.

Pendant ces quelques semaines je me suis donc retrouvé dans un état de stress permanent à cause de ce chien, jusqu’à ce que je décide de menacer ma propriétaire (je suis locataire) de quitter l’appartement que je lui loue, opération que je peux réaliser en une heure montre en main, en la menaçant de la poursuivre en justice pour m’avoir loué un appartement m’exposant à un risque pour ma santé. Le stress est en effet un danger mortel car il induit une multitude de réponses cérébrales qui altèrent l’ensemble de l’organisme pouvant aller jusqu’à un accident coronarien.

Faire appel à ma propriétaire fut donc une réaction de survie en cas de stress intense que l’on nomme la réponse combat-fuite (fight-or-flight response : http://en.wikipedia.org/wiki/Fight-or-flight_response ) qui dans ma situation se résumait donc à deux alternatives, fuir, donc déménager en catastrophe (et éviter la catastrophe) ou combattre en une tentative ultime consistant à aller frapper à la porte d’un avocat. J’avais en quelques semaines souffert de tous les symptômes du stress sur lesquels je n’avais plus de pouvoir car tout est alors régi par le système nerveux autonome. Les effets su stress vont d’une accélération du rythme cardiaque avec augmentation de la tension artérielle jusqu’à des troubles digestifs et pire parfois, des dommages cellulaires irréversibles.

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Tout commence par l’activation de la sécrétion d’une hormone appelée ACTH, acronyme de adrenocorticotropic hormone, une petite protéine sécrétée par l’hypophyse et qui active les glandes surrénales. Cette sécrétion est induite par une autre petite protéine provenant de l’hypothalamus, le CRF, après avoir reçu le signal primaire de la situation de stress depuis une région du cerveau appelée amygdale, le siège des réactions à la peur, à la perception des dangers ou encore à l’agressivité et au comportement sexuel. On subit donc le stress sans avoir le pouvoir de le combattre. Mais un tel système ne peut pas ne pas être régulé sinon tout le monde souffrirait de stress d’une manière ou d’une autre. La nature a donc bien fait les choses car il existe effectivement un mécanisme atténuateur des effets du stress constitué d’un autre petit neuropeptide de 17 acides aminés, la nociceptine qui possède son propre récepteur (NOP) et qui va en partie atténuer les effets du stress. On comprend dès lors facilement pourquoi les recherches dans ce domaine sont intenses car il suffirait de trouver un produit qui puisse aller se fixer sur ces récepteurs et ainsi on disposerait de l’arme anti-stress peut-être pas absolue mais néanmoins utile pour certaines situations difficiles. Cependant, on pourrait se demander pourquoi orienter de telles recherches vers le récepteur NOP puisqu’en fait l’injection de nociceptine dans le cerveau augmente la perception de la douleur et bloque également les effets de la morphine. L’étude conduite en trois temps par le Professeur Marisa Roberto à la Scripps Institution à La Jolla (voir photo) a consisté à suivre l’apparition des récepteurs NOP dans l’amygdale et en cas de stress la synthèse de ces récepteurs est considérablement augmentée. Le Professeur Roberto a alors mesuré l’activité électrique des neurones de l’amygdale en situation de stress et l’effet de la nociceptine sur cette activité qui se trouve effectivement diminuée par ce neuropeptide et ceci d’autant plus que le stress est intense. L’étude a été réalisée sur des rats qui comme chacun sait peut-être sont très sensibles aux stress. Enfin, comme il fallait contrôler ces résultats sur le comportement des rats, si ces derniers étaient traités avec ce neuropeptide, par injection directe au niveau de l’amygdale, ils devenaient pratiquement insensibles aux stress tels qu’appliqués selon des protocoles parfaitement définis que n’importe quel chercheur peut reproduire. Le Professeur Roberto a ainsi déclaré que « l’exposition à un stress conduit à une sur-expression du système nociceptine/NOP dans l’amygdale qui apparaît être une réponse feed-back adaptative inventée par l’organisme pour ramener le cerveau vers un état normal. On peut suspecter que le stress chronique induit des changements dans les neurones de l’amygdale qui peuvent contribuer au développement de certains désordres de l’anxiété ». Des analogues de la nociceptine pouvant être administrés oralement sont en cours de développement et certains d’entre eux n’ont pas d’effets adverses et sont bien tolérés par les rats. Pour l’homme ce sera peut-être pour bientôt

Source : Scripps Research Institute News Release

Une pilule pour améliorer la mémoire ? Peut-être …

En situation de stress, les cellules de notre organisme répondent par un mécanisme que je vais tenter d’expliquer de manière compréhensible qui a pour résultat de réduire leur activité, en particulier la synthèse cellulaire des protéines. Ces signaux de stress – déficience en amino-acides essentiels, rayons ultra-violets, infection virale, dérèglement du métabolisme protéique dans certaines cellules cancéreuses (myélomes, cancer du pancréas ou cancer du sein) ou encore anémie – activent un enzyme particulier, selon la nature du stress, qui a pour effet de réduire la traduction de l’acide nucléique messager en protéines en interagissant avec un facteur d’initiation de cette traduction par addition d’un phosphate sur ce dernier. C’est un peu compliqué mais c’est intéressant tout de même. Dans le but de rechercher des molécules chimiques pouvant interférer directement avec cette réduction de la traduction, un système de screening haute fréquence a été mis au point consistant en une construction génétique comprenant le facteur d’initiation et le gène d’un enzyme qui va produire une fluorescence si le facteur d’initiation n’est pas inhibé par un stress, comme je viens de le dire plus haut. Le screening est effectué sur des cultures de cellules spécialement modifiées génétiquement par cette construction dans ce but. L’état de stress est simulé par un antibiotique particulier ajouté aux cellules en culture, la tunicamycine, conduisant à une extinction de la fluorescence. Si un composé chimique interfère avec cette extinction, il est donc potentiellement intéressant pour combattre l’arrêt de la synthèse cellulaire des protéines qui peut être fatale aux cellules et entrainer toutes sortes de pathologies liées au stress. L’étude collaborative entre l’Université de Californie à San Francisco, la société Genentech et l’Université McGill au Canada a permis de découvrir une molécule chimique (parmi les 106281 testées) particulièrement active qui a tout de suite été appelée ISRIB, acronyme pour Integrated Stress Response InhiBitor parmi une trentaine d’autres composés moins bons inhibiteurs de l’effet du stress sur les cellules. Il s’agit d’une bis-glycolamide symétrique et d’un seul isomère parmi les deux possibles mais je passe sur les détails. Comme on pouvait un peu s’y attendre, l’effet de ce composé chimique sur des cellules cancéreuses conduit à leur mort rapide. Mais bien plus intéressant encore, ce produit (ISRIB) a un effet spectaculaire sur la capacité à mémoriser de souris mutantes et déficientes en un des enzymes transférant un phosphate sur le facteur d’initiation dont je parlais plus haut et qui ont des troubles profonds de mémoire, elles sont incapables d’apprendre à se méfier d’une petite plaque électrifiée ou d’une mauvaise odeur. Elles refont toujours la même erreur, alors que les souris normales apprennent rapidement et se souviennent sur le long terme. Cette molécule nouvelle pourrait être envisagée pour le traitement de certaines maladies génétiques heureusement rares associées avec une difficulté à mémoriser pour lesquelles on a clairement identifié une mutation sur l’un des facteurs d’initiation dont il a été question dans cette étude. Peut-être enfin, mais c’est encore spéculatif, ce composé pourrait peut-être bien améliorer la mémoire et sa consolidation en jouant sur la plasticité des neurones.

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Lien : http://elife.elifesciences.org/content/2/e00498

Crédit photo : mgkuijpers / Fotolia)