Le tréhalose, une nouvelle thérapeutique universelle ? Peut-être !

 

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Si vous ne connaissez pas le shiitake, rassurez-vous vous allez en entendre parler. Ce champignon très populaire en Chine mais aussi et surtout au Japon dont les vertus médicinales sont connues depuis des temps immémoriaux fait l’objet de toutes les attentions scientifiques depuis quelques mois. On vient d’identifier quels en sont les bienfaits sur la santé. Outre le fait que le shiitake ( Lentinula edodes ) présente la propriété comme beaucoup d’autres champignons de produire de la vitamine D2 lorsqu’il est exposé au soleil il contient – et c’est là sa particularité – un sucre appelé tréhalose. Le tréhalose, pour remettre les esprits en place, est un disaccharide composé de deux molécules de glucose contrairement au saccharose, le vulgaire sucre de table, de canne ou de betterave, qui est composé d’une molécule de glucose et d’une molécule de fructose. Le tréhalose présente l’immense avantage de contrer l’accumulation dans le foie du fructose qui ne va servir ultérieurement et par un processus métabolique fatal qu’à produire des graisses. C’est la raison pour laquelle les sirops de sucre enrichis en fructose et préparés à partir du maïs sont une aberration alimentaire et ils devraient être interdits.

En lisant deux articles scientifiques parus dans la presse spécialisée, je me suis rendu à l’évidence que le shiitake était riche en tréhalose mais que les levures de bière avec lesquelles je me traite depuis plusieurs années étaient également très riches en ce disaccharide ignoré du grand public pour plus très longtemps. D’abord il y a eu cet article paru dans The Journal of Biological Chemistry en 2006 (voir le DOI) qui montrait clairement que le tréhalose a le pouvoir de détoxifier les cellules dans la mesure où il facilite le recyclage des sous-produits toxiques apparus lors de la mort de ces cellules. Cette propriété, certes observée avec des cellules en culture, constitue un espoir dans le traitement ou la prévention de maladie dégénératives comme les maladies d’Alzheimer ou de Parkinson mais également, comme l’a montré le deuxième article paru récemment dans Science Signaling (voir le DOI) dans la « détoxification » du foie.

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Avec l’alimentation « moderne » et industrielle à laquelle nous ne pouvons plus échapper, notre foie est soumis à rude épreuve. Le foie doit traiter rapidement tous les additifs alimentaires qui sont devenus une norme permettant aux grandes surfaces de pouvoir offrir des mets attrayants aux consommateurs sans que ces derniers soient indisposés et que de surcroit ces préparations présentent des qualités gustatives indéniables sinon personne ne les consommerait, suivez mon regard : il s’agit de préparations surchargées en fructose, en sel et en acides gras partiellement hydrogénés, un cocktail particulièrement toxique. Le foie finit par ne plus pouvoir gérer la situation et il devient « obèse » avant même que la personne ne s’en rende compte. C’est le symptôme du « foie gras » ou en termes médicaux une stéatose. Ce n’est pas une pathologie à prendre à la légère car elle conduit à de graves troubles, dont le diabète de type 2 et une perturbation profonde du métabolisme du cholestérol, pouvant être mortels.

Ce qui se passe avec le foie est presque exemplaire. Cet organe, soumis en permanence à toutes sortes de stress, a la faculté de se régénérer rapidement et c’est sa contribution essentielle à la survie d’un individu. Avec des souris modèles génétiquement modifiées pour développer une stéatose, l’ingestion d’assez fortes quantités de tréhalose a permis de détoxifier rapidement leur foie en réalisant en quelque sorte un retour à la normale en deux à trois semaines. Le tréhalose a freiné l’entrée du glucose et du fructose disponibles. Le glucose est normalement utilisé comme source d’énergie par les cellules hépatiques, mais pas seulement car le foie (comme les muscles) a aussi pour mission de stocker ce glucose sous forme d’un polymère qu’on appelle le glycogène, la grande découverte de Claude Bernard pour la petite histoire. Bref, le tréhalose ralentit l’entrée du glucose dans les cellules hépatiques et accélère par voie de conséquence la mort de celles de ces cellules qui sont déjà mal en point. Et pour les cellules encore en bonne santé, ces dernière sont obligées de puiser dans leurs réserves énergétiques pour continuer à vivre. Elles brûlent leur « carburant fossile », en d’autres termes les graisses qu’elles ont accumulé. Le résultat de ce processus est un nettoyage spectaculaire du foie et une restauration de toutes ses fonctions.

Se goinfrer de tréhalose n’est pas vraiment la solution car nous disposons dans notre intestin de bactéries qui coupent la molécule de tréhalose en deux glucoses. Comment alors pouvoir bénéficier de l’effet mirifique de ce disaccharide qui semble magique ? Les recherches futures déboucheront peut-être sur une molécule qui mime le tréhalose en bloquant en partie l’entrée du glucose dans les hépatocytes mais à l’évidence sans provoquer la mort de cet organe essentiel ni des autres cellules d’autres organes comme le cerveau. Pour l’instant mangez des shiitake sous toutes les formes ne nuira pas à votre santé, administrez-vous des levures fraiches tous les jours comme je le fais moi-même, un traitement qui revient à 10 centimes d’euros par jour, ce n’est pas mal non plus, et enfin abstenez vous de consommer des plats cuisinés industriels, y compris des confiseries, qui contiennent des huiles végétales hydrogénées et des quantités astronomiques de fructose, des ingrédients qui accélèrent la sénescence des cellules et non pas seulement celles du foie mais également de tout l’organisme, y compris les neurones …

JBC DOI : 10.1074/jbc.M609532200 , Science Signaling : 10.1126/scisignal.aac5472

Oui l’obésité est contagieuse !

Hier, l’AMA a décrété que l’obésité était une maladie mais n’a rien statué à propos de sa contagiosité. Pourtant ces doctes représentants du monde médical américain avaient dans leurs dossiers, outre les documents des grandes firmes pharmaceutiques prêtes à mettre sur le marché de nouvelles substances anorexigènes, glucophagiques ou hypocholestérolémiantes, tant qu’à faire on peut inventer des mots de toute pièce pour refléter la créativité des chimistes devant « l’épidémie » déclarée d’obésité car il y a des dizaines de milliards de dollars à engranger promptement, des publications scientifiques relatives aux effets de la malbouffe sur l’occurrence de l’obésité, et il y en a des milliers dont les résultats crèvent les yeux. Bref, tout ça pour signaler tout de même un oubli fâcheux de ces pontes au service de l’industrie pharmaceutique et du puissant lobby des producteurs de maïs.

Une équipe de biologistes du Wake Forest Baptist Medical Center à Winston Salem en Caroline du Nord a voulu en avoir le cœur net à propos du fructose, l’un des additifs alimentaires les plus utilisés aux … USA, justement le pays où l’obésité constitue un grave problème économique et sociétal. Le fructose est le principal constituant du sirop de maïs, ce jus sucré dont on tartine les pâtisseries, qu’on ajoute dans des sauces variées comme le ketchup (oui, c’est vrai) ou la mayonnaise industrielle, les hamburgers (mais c’est vrai aussi), les barres chocolatées, les yaourts, les soupes prêtes à l’emploi et aussi les céréales qu’on déguste dans du lait ou un yaourt au petit déjeuner sans oublier les boissons gazeuses pétillantes au nom bien connu. Je signale à mes lecteurs que tout ce que je viens d’énumérer est proscrit par décision personnelle de mon alimentation quotidienne. Cette équipe de biologistes a fait une expérience très concluante sur des singes, un groupe de singes avait une alimentation normale et un autre groupe une alimentation enrichie en fructose. Les singes avaient été choisis de telle manière qu’ils aient le même âge, la même corpulence et des poids sensiblement identiques afin de procéder à des comparaisons respectant les critères de l’honnêteté élémentaire. Le premier groupe de singes pouvait manger toute la nourriture qu’il voulait, comme le second et leur état de santé fut suivi pendant 7 ans. La seule différence entre les deux groupes résidait dans le seul fait que les carbohydrates du groupe témoin étaient remplacés par du fructose à concurrence de 24 % pour l’autre groupe, le régime alimentaire du groupe témoin ne contenant que 0,5 % du total des sucres en fructose. Toute une série de marqueurs et de paramètres sanguins furent contrôlés durant l’étude ainsi que des biopsies et des analyses des selles. L’étude montra que la flore bactérienne intestinale n’était pas notoirement modifiée mais qu’un nombre significatif de singes alimenté avec un régime enrichi en fructose souffrait de pancréatite bactérienne (endotoxémie), comme si les bactéries pouvaient remonter jusqu’au foie plus facilement que pour le groupe témoin. Associée à ces pancréatites, les chercheurs ont aussi noté des stéatoses ou accumulations de graisses dans le tissu hépatique, une pléthore mésentérique accrue et une forte occurrence de diabète de type 2. On a donc mis le doigt sur l’un des facteurs de l’apparition de l’obésité et de ses conséquences. Certes il y a du fructose dans le miel, les fruits et certains légumes comme les tomates et bien sûr dans le sucre de table, mais enrichir volontairement en fructose un sirop devenu au fil des années l’additif alimentaire le plus important en volume seulement pour augmenter son pouvoir sucrant est une hérésie qui a apparemment échappé aux sages de l’AMA.

Donc, le sirop de maïs enrichi en fructose transmet l’obésité, comme les puces transmettaient la peste. En poursuivant ce sophisme on peut donc dire que l’obésité est une maladie contagieuse (et ça s’attrape surtout dans les temples de la malbouffe que je ne nommerai pas).

Source : American Journal of Clinical Nutrition

Un traitement pour soigner l’obésité ? Peut-être pour très bientôt ! !

Une équipe de biologistes de l’Université du Michigan à Ann Arbor, cherchait par screening haute fréquence des inhibiteurs des gènes impliqués dans l’obésité et la stéatose, deux « pathologies » liées si l’on peut considérer l’obésité comme pathologique ou une pathologie acquise par les mauvais traitement que l’on fait subir à notre corps en se goinfrant avec toutes sortes de mauvaises choses riches en sucres et autres graisses, je ferme cette parenthèse, cherchait donc des inhibiteurs liés aux gènes IKKE et TBK1 impliqués dans l’obésité. Il vaut mieux se répéter pour une bonne compréhension de la situation. D’abord le NIH (National Institute of Health) met le paquet dans la recherche sur des traitements de l’obésité, devenue la première cause de morbidité aux USA, et le screening haute fréquence fait partie de ce type de recherche effectuée avec des robots dès l’instant où on a mis au point un protocole de détection de l’activité recherchée et liée à l’obésité. Le robot teste ensuite des milliers de molécules jour et nuit jusqu’à qu’il y ait ce qu’on appelle un « hit », une touche pour être plus prosaïque. Une petite explication au sujet des acronymes barbares cités plus haut, il s’agit des gènes d’enzymes appellés kinases, c’est-à-dire des enzymes qui attachent un groupement phosphate dans une position très précise de protéines tout aussi spécifiquement reconnues qui sont des facteurs de transcription d’autres gènes. C’est un peu compliqué mais on ne peut pas faire simple avec des processus biologiques cellulaires très complexes pour justement que les cellules et les tissus ne deviennent pas tout d’un coup malades, surtout avec les mauvais traitement qu’on leur fait subir avec des régimes alimentaires suicidaires. Or l’expression de ces deux gènes est perturbée par un régime trop riche conduisant à une stéatose (foie gras en d’autres termes) puis à une obésité et enfin à une résistance à l’insuline (diabète de type II) et cette perturbation va dans le mauvais sens puisque la cellule se met à exprimer beaucoup trop de ces deux kinases. Et du coup la cellule accumule de la graisse et je n’insiste pas pour la suite des évènements. Combien de jolies filles s’aperçoivent mais trop tard qu’elle ne peuvent plus enfiler leurs petites jupettes et combien de beaux mecs deviennent incapables d’exercer leur sport favori, par exemple le ski nautique, devenus incapables de sortir leur gros cul graisseux hors  de l’eau !

Le screening haute fréquence est arrivé à un « hit » inattendu puisque la molécule trouvée, inhibant les deux kinases très proches l’une de l’autre, est un vieux médicament utilisé contre l’asthme et les aphtes. En réalité, il y a une corrélation lointaine entre la stéatose et l’asthme puisque dans les deux cas on est au devant de mécanismes inflammatoires avec production de signaux cellulaires favorisant l’accumulation de graisses dans un cas et l’inflammation dans le cas de l’asthme. Quant aux aphtes, une des causes serait une inflammation de l’intestin. Le produit chimique en question est l’Amlexanox aussi appellé Aphtasol, traitement des aphtes aux USA et Solfa au Japon pour le traitement de l’asthme. On n’a jamais observé d’effets secondaires indésirables de ce produit. L’effet spectaculaire du produit sur les souris qu’on oblige à se goinfrer avec des trucs gras et sucrées pour devenir obèses laisse espérer qu’un traitement soit enfin trouvé pour sinon guérir, au moins freiner voire prévenir l’apparition de l’obésité et réduire l’insensibilité à l’insuline, effet également observé avec les souris outre le fait qu’elles dissipent le surplus d’énergie de leur régime alimentaire pléthorique sous forme de chaleur, ce qui n’est pas vraiment un problème, surtout en hiver …

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The obese mouse on the right was fed a high-fat diet. The mouse on the left was fed the same diet but is a normal weight after receiving amlexanox. Image credit: Shannon Reilly.

Il serait intéressant de retrouver les personnes utilisant cette molécule comme traitement de l’asthme ou des aphtes pour simplement mesurer leur indice corporel et réaliser aussi une enquête sur leur régime alimentaire mais il est probablement inutile de glisser cette idée aux chercheurs de l’Université d’Ann Arbor qui l’ont probablement déjà envisagée…

Source : University of Michigan, Ann Arbor et nature.com