Nouvelles chroniques japonaises # 5

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Une petite start-up japonaise dans la cour des grands !

La société Euglena vient de faire son entrée dans le première section du Tokyo Stock Exchange qui comprend aussi Sony, Toyota, Sumitomo, Mitsubishi, Hitachi et bien d’autres grandes firmes nippones. Ce ne sont ni des robots ni des voitures ni des gros équipements, ni de bateaux dont il s’agit mais d’algues ! Il est vrai que les Japonais rafollent d’algues – je viens un peu de m’y mettre et je n’ai pas du tout été malade – ils en rajoutent dans beaucoup de préparations culinaires, et on comprend que dans le domaine des algues les Japonais soient particulièrement novateurs. C’est le cas de la société Euglena dont le siège se trouve à Iidabashi dans le cœur de Tokyo. Pour quoi Euglena, tout simplement parce que l’euglène est pour l’algue unicellulaire ce qu’est la levure dans une multitude d’applications dans les domaines alimentaire ou médical.

L’euglène présente de nombreuses similitudes avec la levure mais dispose d’un atout majeur, c’est aussi un organisme photosynthétique capable, donc, de trouver sa subsistance carbonée avec le CO2 tant décrié par les climato-réchauffistes. L’euglène se cultive comme des bactéries pourvu qu’elle ait à sa disposition de la lumière et … du CO2, c’est pas magique ?

Depuis de nombreuses années l’euglène qui je le précise est une algue unicellulaire comme la chlorelle dont j’ai parlé dans un précédent billet pour de toutes autres raisons est un véritable animal de laboratoire. Elle a permis d’élucider le mécanisme de fixation du CO2 dans le cycle dit de Calvin-Benson avec l’intervention de la rubisco. L’euglène se situe donc à la frontière entre les plantes et les animaux ou plus précisément les levures et c’est la raison pour laquelle la société Euglena a pensé l’utiliser comme source de nourriture dans un premier temps mais également comme source d’hydrocarbures pouvant être avantageusement utilisés pour la production de kérosène.

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Le lien ci-après montre l’implication de la société dans le cœur de l’économie moderne ( http://euglena.jp/en/labo/research.html ). On comprend dès lors que cette société ait soudainement été accueillie dans la « cour des grands » de la bourse de Tokyo ! Quand les médias européens prétendent qu’au Japon il n’y a plus de création de start-up à cause de la « crise » (quelle crise?) … laissez-moi rire de l’ineptie des journalistes, en particulier français !

Source : Bloomberg et le site d’Euglena (euglena.jp), illustrations : Euglena CO, Ltd

Où sont les start-up françaises dans le gros business du séquençage de l’ADN ?

La société Illumina (USA), partie de rien en 1998, a généré un chiffre d’affaire de 1,42 milliard de dollars en 2013 en produisant des séquenceurs qui en moins d’une semaine vous rendent sur un CD-ROM la totalité de vos informations génétiques pour la modique somme de 4000 dollars. Franchement j’avoue à mes lecteurs que je suis prêt à me soumettre à une telle analyse ne serait-ce que pour confirmer ce que me disait un vieux médecin australien qui ne cessait de me répéter : « toi, avec toutes les maladies que tu as eu, tu es blindé ». Parce que notre passé sanitaire s’inscrit dans nos gènes, ne serait-ce que pour rediriger la synthèse permanente de nos anticorps, ou encore parce je suis un buveur incorrigible de bière bas de gamme (j’en bois tellement que je me limite au bas de gamme) mon foie produit en permanence et en prévention l’alcool déshydrogénase nécessaire pour prendre en charge cet alcool, et pas seulement, cet alcool oblige mon organisme à faire en sorte que mon organisme, toujours mon foie, ne redirige pas tout l’acétate provenant de cet alcool pour en faire du mauvais gras.

Toute cette modification que j’ai imposé à mon organisme pour prendre en charge de manière subtilement balancée mes nombreux vices est maintenant inscrite dans mes gènes, au moins ceux des cellules de mon foie, mais ce qui est excitant c’est que ces modification épigénétiques se retrouvent dans le moindre prélèvement sanguin. Et pour 4000 dollars j’aimerais connaître quelles sont ces modification épigénétiques que j’ai à la longue, avec toutes les habitudes malsaines que j’ai accumulé au cours de mon existence, imprimé dans mon ADN. Peu ou prou on en est tous au même point à partir d’un certain âge, notre passé nous a irréversiblement modifié dans la profondeur de nos gènes et s’offrir un séquençage avec en prime un rapport détaillé de ce qui va encore bien et de ce qui peut créer quelque soucis constitue au moins pour un esprit curieux un véritable attrait.

Illumina s’est engagé depuis son rachat par Hofmann-Laroche en 2012 pour 6,8 milliards de dollars à procéder au séquençage total d’un individu pour la maintenant modique somme de 1000 dollars. Et comme il y a certainement des millions de curieux comme moi, il y a beaucoup d’argent à gagner et l’un des fondateurs de Facebook vient d’investir dans une start-up dont le projet osé est de fabriquer un séquenceur d’ADN de la taille d’un petit ordinateur portable, rien que ça. Yuri Milner sait de quoi il parle puisqu’il a investi un gros paquet de dollars dans GenapSys qui va fabriquer des séquenceurs miniaturisés qui n’auront rien à voir avec ceux d’Illumina qui coûtent un million de dollars pièce sans compter les consommables, c’est-à-dire les enzymes et les réactifs nécessaires pour que la machine fonctionne correctement. Avec cette machine miniaturisée de quelques milliers de dollars, le client pourra réaliser le séquençage de toute sa famille et de quelques amis pourvu qu’ils participent à l’achat des réactifs dont le prix pour chaque opération est sensiblement égal à la moitié du prix d’achat de la machine elle-même.

On en est en quelques années arrivé au même point qu’avec les imprimantes qui coûtent à l’achat une poignée de cacahuètes mais dont le prix des consommables est hors de prix, je veux parler des cartouches diverses d’encres de diverses couleurs.

Le principe de base de ce séquenceur d’un type nouveau réside dans le fait qu’un système innovant de détection des « bases » de l’ADN en cours d’étude ne les identifie qu’en mesurant un courant électrique spécifique de chaque base ce qui est le secret de l’efficacité de ce nouveau dispositif. Les autres fabricants de séquenceurs sont à l’affut, que ce soient Illumina, Ion Torrent ou Nanopores car l’arrivée sur le marché de cette nouvelle technologie rendra inévitablement obsolète celle largement développée actuellement. Même le Scripps Institute supporte ce projet, c’est dire à quel point il est prometteur. Il faudra cependant payer au final les services d’un site dédié pour l’analyse informatique des données recueillies à la fin du séquençage afin de mettre en ordre les résultats et obtenir une image cohérente de notre ADN, et ce genre de service est loin d’être gratuit car il fait appel à des capacités de calcul coûteuses.

Illumina a encore de beaux jours devant elle en équipant d’audacieux laboratoires privés qui proposent toujours pour environ 4000 dollars (y compris la localisation de vos SNP et RFLP personnels) la séquence complète de votre ADN. Avec ce service vous n’aurez pas besoin de payer quelques centaines de dollars supplémentaires pour connaître ce qui ne va pas chez vous, je veux dire dans vos cellules, et à quelle mort vous êtes condamné, mais l’ordinateur ne vous donnera ni la date ni l’heure de votre mort. C’est au moins rassurant … Ce qui est moins rassurant, c’est qu’à n’y pas manquer, les politiciens (qui n’y connaissent rien comme chacun sait) vont se mêler de ce nouvel engouement et légiféreront à tort et à travers sous prétexte que ce type de renseignement personnel est (ou peut être) contraire à l’éthique élémentaire.

Inspiré d’un article paru dans Forbes

 

Pépinière de cerveaux flottante …

L’espace est tellement restreint et le prix de l’acre carré, s’il en existe encore de disponible, tellement inabordable que toute installation d’une nouvelle start-up dans la Silicon Valley relève du rêve. De plus l’obtention de visas pour des étrangers désireux de s’installer entre Stanford et San José, au sud de la baie de San Francisco (rien à voir avec le nouveau pape), est pour le moins hasardeuse en raison des limitations que je viens de mentionner mais aussi des modifications récentes des lois sur l’immigration. Cette situation a donné une idée assez incroyable à une société d’engéniérie appellée Blueseed de proposer aux cerveaux étrangers désireux de s’implanter en Californie de développer leur projets sur une ville flottante qui sera ancrée à 12 miles nautiques de la côte californienne et pourra accueillir plus de mille entrepreneurs. Le bateau leur offrira cafés et restaurants, gymnase, espaces de travail et offices personnalisés, connections haut débit par internet, clinique et gardiennage privé ainsi que les services hôteliers complets. Plus besoin de visa, peu ou pas de formalités administratives, confort et receuillement pour développer des projets potentiellement rentables dans un environnement réunissant une densité de têtes pensantes inégalée. Un ferry reliera le bateau au continent et les futurs entrepreneurs pourront se rendre à San Francisco puis la Silicon Valley avec un simple visa de touristes.

A start-up colony in the Pacific Ocean?

 

Crédit : Blueseed et Los Angeles Times

Il est certain que ce projet qui devrait voir le jour en 2014 ne manquera pas de donner des idées à certains pays déjà surpeuplés et qui veulent attirer les meilleurs cerveaux de la planète …

Sources : blueseed.co et latimes.com