Les supernovae : quelques objets célestes observés depuis 1000 ans

L’homme a toujours été fasciné par le spectacle du ciel nocturne étoilé. Les grands spectacles tels que les comètes étaient à l’origine d’effrois inexpliqués qui disparaissaient quand la comète disparaissait. Les éclipses de la Lune permirent aux mathématiciens grecs de conclure que la Terre était sphérique de même que la Lune elle-même en étudiant l’arc de cercle de l’ombre portée par la Terre lors d’une éclipse. D’autres objets lumineux mobiles comme les planètes ont longtemps obsédé les astronomes et il fallut un mathématicien comme Kepler pour commencer à comprendre le mouvement héliocentrique des planètes. C’est ainsi que la théorie soutenue par l’Eglise de Rome affirmant que la Terre était au centre du système solaire fut démantelée. Un autre phénomène très spectaculaire fut l’observation des explosions de supernovae. Il y eut celle de l’an 1006 et largement décrite par les astronomes égyptiens. Ce fut l’évènement le plus brillant que connut l’humanité au cours de ce dernier millénaire. L’objet atteignit probablement la taille de la pleine Lune et il était possible de lire un manuscrit au milieu de la nuit sans l’aide d’une lampe à huile. Celle qui fut observée le 4 juillet 1054 reste encore aujourd’hui l’évènement céleste le plus largement décrit depuis que les hommes tiennent des registres de leurs observations célestes. Contrairement à l’explosion de 1006 dans la constellation du Loup elle eut lieu dans la constellation du Taureau et facilement observable en Europe occidentale et en Chine. À nouveau l’objet était tellement brillant que pendant quelques mois les nuits furent si claires qu’il était possible de lire et de se déplacer sans lanterne.

Il fallut attendre le mois de novembre 1572 pour observer dans la constellation de Cassiopée une nouvelle supernova et celle-ci combla de bonheur le très grand astronome Tycho Brahe. Kepler, mentionné plus haut devint son assistant puis astronome à son tour et eut aussi le privilège d’observer en 1604 une autre supernova qui porta longtemps son nom. Comme les précédentes supernovae elle était aussi visible en plein jour. Depuis c’est la nuit complète puisqu’aucune supernova n’a pu être observée à l’oeil nu. Les restes de ces explosions ont tous été identifiés sans ambiguïté à l’ exception de celle qui fut observée en 1181 et également localisée dans la constellation de Cassiopée. Malgré des descriptions très précises des astronomes chinois et également japonais ce n’est que très récemment que le « reste » de cette explosion a été confirmé. Il s’agit de l’objet PA 30 d’un diamètre de cent mille fois la distance Terre-Soleil. Les études spectroscopiques détaillées de cet objet situé à 7000 années-lumière du système solaire indiquent que la supernova visible en 1181 serait le résultat de la collision de deux étoiles en cours de dégénérescence, ce qui expliquerait la faible vitesse d’expansion du nuage d’hydrogène, seulement 1100 km/s et la faible teneur en hydrogène et hélium du centre de l’objet pourtant un très puissant émetteur de rayons X. Cet événement observé en 1181 avait donc eu lieu en réalité 7000 ans plus tôt.

À ce propos il existe à 570 années-lumière du système solaire un candidat à une explosion. Il s’agit de l’étoile Betelgeuse, une géante rouge dont l’instabilité intrigue les astrophysiciens. Comme on observe aujourd’hui ce qui se déroulait il y a 570 ans cette étoile a peut-être déjà explosé ! Si tel est le cas lorsque la Terre recevra de plein fouet les radiations 100 plus puissantes que celles reçues lors de l’explosion de 1054 qui a laissé des traces dans les carottes glaciaires de l’Antarctique, en particulier la présence d’isotopes apparus par spallation cosmique. Pendant plusieurs mois la Terre bénéficiera (?) de nuits ensoleillées ! Puis bien plus tard, environ 60 années, le bombardement de particules accélérées à des vitesses de l’ordre du dixième de la vitesse de la lumière arriveront dans l’environnement de la Terre et cet événement pourrait provoquer des ravages pour la faune terrestre. Une nouvelle extinction ? Personne ne le sait mais ce qui ressort de cette réflexion est que l’univers n’est pas aussi paisible qu’on pourrait le croire naïvement. Mais revenons sur le plancher des vaches, il pourrait bien y avoir une guerre nucléaire dans les prochaines années …

Source : https://doi.org/10.3847/2041-8213/ac2253

Illustration. Nébuleuse du Crabe, reste de l’explosion de la supernova de l’année 1054