Une nouvelle pandémie de SIDA ?

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Il y a toujours eu quelques soupçons sur l’origine simiesque du virus du SIDA mais jamais il n’a pu être établi formellement qu’il en avait été ainsi. Les études sur l’ADN du virus indiquent toutes qu’il infecta l’homme aux alentours du début du XXe siècle quelque part en Afrique de l’Ouest. Il est très probable qu’un chasseur de brousse s’infecta lui-même avec du sang de singe coulant sur une blessure par exemple sur sa main. Puis ce virus « fit son chemin » génétique en s’adaptant à son nouvel hôte après avoir quitté son réservoir naturel, le singe Mangabey. Les singes sont naturellement susceptible au SIV, le très proche cousin du HIV comme l’indique l’arbre phylogénétique résumant les travaux des 30 dernières années.

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Une équipe de biologistes de l’Université du Nebraska à Lincoln a mis en évidence l’adaptation du virus de l’immuno-déficience du chimpanzé (SIV CPZ) aux cellules humaines en culture. Il s’agit de l’ancêtre direct du HIV-1 M, la principale souche du virus humain ayant provoqué la pandémie que l’on sait. Deux autres types de virus de l’immuno-déficience simiesque (SIV) proches du groupe N ont été également identifiés comme pouvant s’adapter aux lymphocytes humains « en culture » chez des souris génétiquement modifiées (« humanisées ») et y proliférer rapidement. L’un d’eux a été classé comme proche du HIV-2 alors que son hôte naturel était considéré comme étant exclusivement le singe mangabey à col blanc (illustration), une espèce endémique des forêts des côtes de l’Afrique de l’Ouest. Il s’agit du SIV-MM qui semble donc s’adapter rapidement à l’homme.

Comme il a été établi que le SIDA était originaire d’Afrique de l’Ouest, il y a donc un risque maintenant établi au moins au laboratoire qu’une nouvelle pandémie d’immunodéficience humaine apparaisse dans cette région de l’Afrique. Or comme le HIV-2 présente des résistances aux médicaments anti-rétroviraux utilisés aujourd’hui pour stopper la multiplication du HIV-1 M, il y a tout lieu de redouter qu’une telle situation se présente au hasard d’une contamination directe à l’aide de sang de singe infecté. Comme l’a déclaré Bill Gates, une nouvelle pandémie de SIDA pourrait être beaucoup plus redoutable que n’importe quelle guerre dans le monde.

Source : J.Virology doi: 10.1128/JVI.00860-16

La pilule anti-SIDA, c’est mieux que le latex !

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La population afro-américaine est toujours dévastée par le HIV puisque les statistiques montrent que 44 % des cas de SIDA déclarés le sont pour la population noire alors que celle-ci représente seulement 12 % de la population des USA, en d’autres termes les femmes afro-américaines ont 20 fois plus de chance de contracter le SIDA que leurs contre-parties d’origine européenne ou hispanique. C’est le résultat d’une combinaison de facteurs comme la pauvreté, l’infidélité conjugale et aussi et surtout le grand nombre de personnes qui ignorent tout simplement qu’elles sont porteuses du virus avec une charge virale les rendant contagieuses. Comme beaucoup de femmes consultent régulièrement leur gynécologue, cette dernière personne procède dans la plupart des cas à des tests de dépistage du HIV mais dans un couple, l’idéal serait naturellement que l’homme se soumette à de tels tests surtout quand la femme désire un enfant.

Dans ce genre de situation, le cas de l’homme séropositif contraint le couple à se protéger avec des préservatifs mais ce n’est pas vraiment indiqué si la femme désire un enfant, avec tous les risques que cette décision suppose. Pourtant depuis 2012 il existe un traitement dit de prophylaxie préventive constitué de la combinaison de deux antirétroviraux appelé Truvada. Le mode d’action est de bloquer la transcriptase réverse du virus et donc de stopper toute multiplication du virus en cas de contamination. L’efficacité de ce traitement préventif est quasiment de 100 % selon les études réalisées par les organismes de santé nord-américains. Quand une femme décide d’avoir un enfant avec son partenaire séropositif dont la charge virale est telle qu’il va à coup sûr transmettre le virus au cours d’un rapport sexuel non protégé, le médecin ne peut que l’encourager à suivre ce traitement tout en lui faisant prendre conscience des risques encourus et en insistant sur le fait que le préservatif reste le meilleur moyen de protection. En 2012 et 2013, sur 2319 femmes auxquelles a été prescrit le Truvada aux USA, la moitié d’entres elles étaient des femmes désirant avoir un enfant de leur partenaire séropositif. Pour les autres la situation était plutôt surréaliste et quand une analyse en profondeur a été réalisée, on s’est rendu compte rapidement de la réalité de la vie des femmes exposées au HIV dans des situations variées comme par exemple des relations sexuelles sous la contrainte, dans le cadre d’une prostitution sauvage pour simplement survivre ou encore l’indigence qui interdit l’accès aux soins et enfin une sorte de loi du silence qui fait qu’il vaut mieux ne pas en parler. Paradoxalement les hommes homosexuels sont plus ouverts et plutôt plus soucieux de leur statut sanitaire et de celui de leurs partenaires en ce qui concerne la séropositivité alors que les hommes hétérosexuels peu scrupuleux quant à leurs frasques amoureuses ignorent le plus souvent qu’ils sont porteurs du virus.

Finalement entre la prophylaxie préventive avec du Truvada et le préservatif, même si ces pilules ne protègent pas contre les autres maladies sexuellement transmissibles ni contre des grossesses non désirées, beaucoup de femmes exposées à l’intérieur de leur couple en raison de la séropositivité de leur partenaire avouent tout de même que l’intimité sexuelle sans couche de latex en vaut le risque avec également les tests HIV tous les trois mois … Question de choix et de conscience.

Inspiré d’un article paru dans The Daily Beast

On ne dira plus IPCC mais IPAMR

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Il va falloir s’habituer à un nouvel acronyme qui vient de sortir, l’IPAMR parce que l’IPCC ne fait plus vraiment recette même si les derniers soubresauts de cette bête immonde et coûteuse viennent de tenter de prouver que les vagues de froid rigoureux qui ont traversé le continent nord-américain cet hiver sont sans aucun doute dues au changement climatique qui aurait provoqué un réchauffement des eaux du Pacifique Ouest … avec 95 % de certitude. Désormais, il y a plus urgent dans l’urgence, le climat ça peut attendre, l’IPAMR, prononcez « aïe pi et aime are » qui veut dire Intergovernmental Panel on AntiMicrobial Resistance, est un nouveau bidule des Nations-Unies pour fédérer les efforts internationaux sur la résistance des super-bactéries à tous les antibiotiques connus. On peut supporter une vague de froid, une vague de chaleur, des pluies diluviennes, une sécheresse prolongée, la météorologie, qui n’a rien à voir avec le climat, a toujours et fort heureusement réservé des surprises, mais aller à l’hôpital se faire extirper un vulgaire kyste adipeux sur la joue droite et mourir quelques jours plus tard d’une infection généralisée ça fait carrément peur. Ce genre de mésaventure n’est pas de la science-fiction au rabais mais la triste réalité : les hôpitaux et les cliniques sont devenus des endroits dangereux à fréquenter car ils sont infestés de toutes sortes de bactéries contre lesquelles il n’existe plus aucun moyen de lutte efficace.

En se référant à l’éradication de la variole qui est le résultat d’un effort global, Jeremy Farrar, Directeur du Wellcome Trust Medical Charity, considère que les autorités internationales dont l’OMS ont fait preuve de négligence pour ne pas dire de laxisme depuis plus de 20 ans en n’incitant aucune action internationale de grande envergure pour combattre par exemple la bactérie la plus dangereuse, le MRSA, le staphylocoque doré résistant à la méthicilline qui tue plus que le SIDA, au moins aux USA, avec 19000 décès par an à la suite d’hospitalisations et plus de 5000 en Grande-Bretagne également chaque année pour les mêmes raisons. Et la situation est identique en Europe continentale, en Australie et au Japon, de quoi être effrayé. Et il n’y a pas que le MRSA, bien d’autres bactéries deviennent résistantes et la situation empire inexorablement.

Des souches de E.coli sont aussi multirésistantes, les parasites ne sont pas en reste puisqu’une nouvelle souche de Plasmodium falciparum vient d’être identifiée comme résistante à tous les médicaments anti malaria connus à ce jour, le virus du SIDA dont on espérait être venu à bout fait aussi partie du club des « super bugs » puisque les anti-viraux deviennent inefficaces, sans oublier la tuberculose, la chaude-pisse, les pneumocoques, etc … Cauchemardesque !

Finie la peur du changement climatique, cette fois c’est du sérieux, la situation n’est pas appuyée sur des théories fumeuses mais sur le constat quotidien d’une triste réalité : si vous allez à l’hôpital pour un petit bobo ou pour subir une intervention chirurgicale vous avez de plus en plus de chances de finir à la morgue en urgence. La moindre pose d’un cathéter pour une chimio-thérapie anticancéreuse, une dialyse rénale, un banal coup de bistouri peuvent tout simplement signifier votre arrêt de mort ! Les gènes de résistance aux beta-lactames se sont répandu à une vitesse imprévisible probablement en provenance de l’Inde tout comme la malaria résistante a maintenant atteint l’Afrique de l’Ouest en provenance d’Asie. Ce n’est qu’en 2007 que l’OMS a mis en place une sorte de cellule de crise à la suite de l’épidémie de grippe aviaire mais rien n’a été fait pour les multi-résistances aux antibiotiques car la situation est trop alarmante pour qu’on en parle ouvertement. Les pays scandinaves, le Vietnam et les Pays-Bas ont imposé des règles très strictes concernant l’usage d’antibiotiques et ce sont les rares pays où l’on puisse constater une incidence de maladies nosocomiales inférieure aux autres nations. Par contre dans des pays comme l’Inde ou encore l’Egypte, selon l’OMS, la vente totalement dérégulée d’antibiotiques a favorisé l’apparition de résistances multiples.

Qui sont les responsables de cette situation terrifiante, un peu tout le monde. Les médecins en premier lieu prescrivent trop d’antibiotiques par confort mais aussi les patients eux-mêmes sont complices de leur médecin car ils trouveraient anormal une ordonnance ne mentionnant aucun antibiotique. Les pharmaciens peu regardants ne rechignent pas à vendre des antibiotiques sans ordonnance car le client paie cash, mais oui, c’est la réalité ! Viennent ensuite les contributeurs indirects des apparitions de résistances aux antibiotiques que sont les vétérinaires et les éleveurs d’animaux en tous genres, depuis les truites et les crevettes jusqu’aux chevaux de course en passant par tous les animaux de la ferme, veaux, vaches, cochons, couvées, chiens et chats … Certes les résistances aux antibiotiques ne datent pas d’aujourd’hui puisque la majorité d’entre eux a été découverte dans le sol, le pénicillium de Fleming provenait du sol et les bactéries qui le côtoyaient n’en mourraient pas, elles étaient résistantes naturellement à la pénicilline. C’est cette impression de confort procurée par les antibiotiques et leur usage le plus souvent sans justification réelle qui a tout simplement aggravé la situation et renversé le problème. En quelque sorte la nature reprend possession de ses droits et l’humanité toute entière risque gros, beaucoup plus qu’avec le changement climatique qui va devenir très vite un lointain souvenir !

Sources : Reuters et Nature News Room, illustration Nature. doi:10.1038/509555a

Grandeur et vicissitude des statistiques scientifiques et médicales.

Je viens de tomber sur un titre accrocheur de l’Express en ligne en faisant ma revue de presse matinale, titre qui sera à coup sûr repris dans d’autres journaux si ce n’est déjà fait, car il attire l’attention du lecteur confit de fausses ou de mauvaises nouvelles, c’est selon l’humeur du journaliste, et qui veut se faire peur pour oublier d’autres sujets bien plus préoccupants.

Je lis le titre : « Le virus du sida accroît de 50 % le risque d’infarctus ». Si on s’en tient au titre on comprendra que sur 100 séropositifs, la moitié ont déjà eu ou auront des problèmes cardiaques. Il n’y a pas besoin d’avoir fait de longues études inférieures ou supérieures pour en arriver à cette conclusion évidente. Pour étayer ce titre ronflant se trouve le texte suivant que j’ai retranscrit ici : « L’étude américaine, publiée ce lundi et menée sur plus de 82000 anciens militaires, indique que chez ceux âgés de 40 à 49 ans, le taux de crise cardiaque était de 2 pour mille chez les séropositifs, contre 1,5 pour mille chez les séronégatifs. »

Je n’invente rien, c’est écrit en toutes lettres (et chiffres) pour bien étayer le propos inquiétant du titre. Je ne suis pas allé lire l’article en question puisqu’il faut payer pour y avoir accès en ligne … Malgré tout, on est en droit de se poser de réelles questions sur l’honnêteté des journalistes et aussi et surtout de celle des scientifiques qui pondent des articles uniquement étayés par des statistiques manipulées pour faire ressortir une minuscule différence statistiquement significative en assénant le lecteur de déviations standard et autres régressions pour bien prouver que les résultats sont totalement fiables et doivent donc être divulgués largement dans la presse de qualité et pourquoi pas aussi dans la presse de caniveau. Le journaliste n’a probablement fait que des études « inférieures » puisque 0,5/1,5 aboutit, je dirai au mieux, à 33 %. L’erreur est tellement grossière que ce journaliste ne l’a même pas remarquée. Mais même cet énorme pourcentage inquiétant de 33 %, corrigé par mes soins, ne veut strictement rien dire puisque, en reprenant les chiffres aimablement communiqués en filigranne sous le titre alléchant, on arrive à un tout autre résultat. Et pas besoin d’avoir fait math sup pour comprendre. En réalité l’étude s’est focalisé sur l’extraordinaire différence de 5 cas de pathologies cardiovasculaires supplémentaires sur dix mille sujets étudiés en comparaison du groupe témoin (?), 15 cas pour l’échantillon de séronégatifs et 20 cas pour l’échantillon de séropositifs pour en arriver à cet extraordinaire et terrifique 50 % d’augmentation. Je veux bien qu’on prenne les autres pour des imbéciles mais pour ma part, j’ai de la peine à supporter une telle manipulation des données en appliquant dans les règles des principes mathématiques qui n’ont finalement plus aucune signification. Si on considère donc les données à peine esquissées il y aurait une augmentation des pathologies cardiaques (cardiovasculaires) par la séroposivité de 0,5 pour mille ! Entre 0,5 pour mille et 50 pour cent cela représente un facteur mille, rien que ça ! Cherchez l’erreur. Et depuis que les étudiants en chimie, biologie ou médecine utilisent des ordinateurs en lieu et place des tubes à essai, des boites de Pétri et des éprouvettes, on en arrive à ce genre d’imposture vite reprise par des journalistes qui n’y connaissent strictement rien pour en faire un événement qui deviendra in fine une vérité.

On est tombé bien bas …

 

Source : lexpress.com