Nouvelles du ciel sibérien

Au cours de mon voyage Espagne-Japon direct, 13h30 de vol c’est un peu long mais on finit par s’habituer, étant assis près d’un hublot à babord, je garderai en mémoire les superbes aurores boréales qui ont parcouru le ciel pendant plus de deux heures alors que le sol était totalement occulté par un tapis nuageux épais. L’avion se trouvait à proximité de la côte de l’Océan Arctique bien au delà du cercle polaire, je crois me souvenir près des côtes de la Mer de Kara. Malheureusement mon appareil de photo était dans ma valise et celle-ci dans la soute de l’avion. Je n’ai donc pas pu capter les superbes volutes d’un vert-émeraude tirant parfois sur le jaune et je ne savais pas que ces phénomènes étaient incroyablement changeants rapidement et de manière continue. Il n’est pas nécessaire de réaliser un film et de le visionner en accéléré pour se rendre compte de la fluidité de ces ionisations qui parcourent des centaines de kilomètres en quelques fractions de seconde. Inutile de dire que ce phénomène créé par le bombardement de particules en provenance du Soleil est non seulement magnifique mais aussi inquiétant car il est représentatif de l’influence de l’environnement cosmique sur l’atmosphère de la Terre.

Il se créé aux hautes altitudes des mouvements d’ionisation d’une rapidité étonnante que l’on ne peut pas imaginer quand on voit une photo de ces aurores. Comment ces phénomènes d’ionisation puisque les photons émis ne sont dus qu’à un retour vers un état stable d’atomes préalablement excités par des particules cosmiques essentiellement solaires peuvent-ils se propager aussi vite dans cet atmosphère déjà très raréfié en raison de l’altitude, au moins 100 kilomètres, alors que l’avion volait à une altitude de 11 kilomètres seulement ? Une question à laquelle je n’ai pas trouvé de réponse claire en cherchant sur internet. Parfois la lumière verte semblait bourgeonner puis disparaître ou encore ressemblait à une immense draperie ondulante un peu comme un rideau de théatre animé par un souffle d’air. Un spectacle incroyablement beau mais tout aussi inquiétant. Puisque je n’ai pas pu faire de photos et que je n’utilise plus mon téléphone portable depuis des mois j’ai trouvé sur wikipedia l’illustration ci-dessus la plus ressemblante de ce spectacle gratuit qui a agrémenté un long moment mon voyage avec la nouvelle Lune à l’est qui semblait aussi observer cette féérie.

Pourquoi Sirius disparaît à l’horizon ?

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Dimanche dernier 25 septembre en allant à Tokyo, j’ai donc survolé le sud de la Finlande puis les immenses étendues glacées de la Russie, durant 7 à 8 heures en direction de l’est. Inutile de dire que durant presque tout le trajet jusqu’à Khabarovsk il y avait une couverture nuageuse continue qui interdisait tout point de vue sur ces plaines parsemées de puits de pétrole pendant des milliers de kilomètres. Au milieu de la nuit sibérienne je me suis promené dans l’avion pour me dégourdir et boire une bière et un whisky ou un whisky et une bière, je ne sais plus, puis j’ai regardé le ciel et quelque chose m’a paru bizarre. La constellation d’Orion, au sud, était parfaitement visible ainsi que d’autres étoiles que je connais bien pour avoir navigué de nuit alors que le GPS n’existait pas. Il n’y avait en effet pas d’autre choix à l’époque que de faire le point sur les étoiles et relever par exemple Bételgeuse, Sirius et Procyon était assez pratique car ces trois étoiles forment un triangle équilatéral parfait. Sirius et Procyon sont respectivement les étoiles les plus lumineuses du Grand Chien et du Petit Chien et Bételgeuse, facilement reconnaissable car elle est rouge, l’étoile la plus brillante d’Orion.

Bref, j’ai cherché en vain Sirius alors que cette étoile aurait dû être visible y compris dans le grand nord surtout depuis une altitude de 35000 pieds. Avec un peu d’habitude il est facile à partir de deux points de trouver le troisième qui forme avec ces deux derniers un triangle équilatéral. J’en ai donc déduit que quelque chose d’anormal obscurcissait le ciel pour que Sirius soit invisible même si Sirius devait se trouver proche de l’horizon. La seule explication plausible est que cet horizon était voilé par une sorte de brume qu’il était impossible d’apprécier du le regard. Finalement j’ai en quelque sorte eu confirmation de mes suppositions quand le Soleil a mis beaucoup de mal à sortir d’une espèce de coton voilant justement l’horizon. L’avion se trouvait quelque part au nord-ouest de Khabarovsk et quand il a survolé cette ville relativement importante située à une trentaine de kilomètres de la frontière avec la Mandchourie au bord de la rivière Amour il faisait « grand jour » comme on disait dans ma campagne lyonnaise natale.

L’horizon était anormalement blanc, comme s’il y avait une autre couche de nuages à une altitude supérieure à 35000 pieds (10500 mètres) dans laquelle l’avion allait devoir pénétrer.

L’étoile Sirius avait donc bien été voilée par la présence imperceptible d’une sorte de brouillard ténu de cristaux de glace dont il n’est possible de déceler la présence qu’en portant son regard vers l’horizon. Je n’avais pas rêvé. Je décrirai dans un prochain billet l’explication que j’ai pu trouver à ce phénomène nouveau pour moi, habitué à survoler la Sibérie depuis que je vais régulièrement au Japon au moins deux fois par an depuis 2006.

Qui étaient les ancêtres des « hommes de Clovis » ?

Peu après la fin de la dernière grande période glaciaire qui s’étala de cent dix mille à douze mille années avant notre ère, la glace recouvrait tellement de surface tant dans l’est de l’Amérique du Nord qu’en Europe que le niveau des océans était près de 130 mètres en dessous du niveau actuel. A la fin de cette longue période de froidure (Würm), quand le climat devint plus clément, l’immense calotte glaciaire boréale ne fondit pas en quelques jours, le processus dura plusieurs milliers d’années et les hommes qui avaient atteint l’extrémité orientale de l’Asie ne furent pas arrêtés par le détroit de Behring car celui-ci était à sec comme la Manche le fut près de neuf cent mille ans plus tôt, au sortir de la période glaciaire dite pré Pastonian (voir un précédent billet sur les traces de pas en Grande-Bretagne). Il y eut vraisemblablement deux ou plusieurs vagues successives d’occupants arrivant d’Asie vers le continent nord-américain. Ce que l’on sait avec certitude c’est la présence de groupes humains ayant largement occupé le territoire nord-américain puisqu’on a pu retrouver leurs traces aussi bien dans le Montana qu’au Nouveau Mexique. Cette « civilisation » dite de Clovis, du nom de la localité du Nouveau Mexique où furent retrouvés des restes humains, des pointes de silex et des flèches et divers outils en os, a mystérieusement disparu à peu près au moment où une nouvelle vague de migration arriva par le détroit de Behring franchissable à pied, vers 13000 avant notre ère.

Pourtant la tradition indienne, en particulier celle des Indiens Crow dans le Montana, considère que leurs ancêtres remontent à la nuit des temps. Ils n’ont pas complètement raison ni complètement tort, encore fallait-il le prouver.

La découverte des restes d’un jeune enfant d’environ un an dans une sépulture du site préhistorique d’Anzick près de Wilsall dans le Montana datés précisément de 12600 ans et dans la réserve indienne des Crow a permis à une équipe de biologistes de l’Université de Copenhague d’effectuer le séquençage complet du génome de cet enfant de la civilisation de Clovis. Et cette étude a également permis d’y voir un peu plus clair sur le peuplement des Amériques par l’homme et de confirmer en quelque sorte les légendes indiennes.

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Un premier point a pu être confirmé : 80 % des « natifs », c’est-à-dire les Amérindiens d’Amérique du Nord, Centrale ou du Sud, sont des descendants directs de la famille des « hommes de Clovis ». Plus surprenant encore ces « hommes de Clovis » descendent des premiers occupants des Amériques qui arrivèrent donc avant l’émergence de cette civilisation dite de Clovis toujours d’Asie par le détroit de Behring. Enfin cette étude a montré seulement 30 % de similitude génétique avec l’enfant de Mal’ta près du lac Baikal datant de 24000 ans dont le génome a également été séquencé par la même équipe de Copenhague. Cette civilisation de Mal’ta réputée pour ses figurines féminines (voir photo, Musée de l’Ermitage) n’est donc pas directement liée à celle de Clovis et ce d’autant plus que jamais aucune figurine féminine du même type n’a pu être trouvée dans les Amériques datant de cette période. On peut donc bien conclure que les ancêtres (inconnus) de la civilisation de Clovis se trouvaient déjà en Amérique avant les dernières vagues de migrations qui ont occupé préférentiellement le Canada et l’est des USA alors que les descendants directs des hommes de Clovis avaient déjà largement essaimé tant au Mexique qu’en Amérique du Sud. Pour le Docteur Eske Willerslev, leader de cette étude, les ancêtres des hommes de Clovis ne sont directement reliés ni aux Mélanésiens, ni aux Européens ni directement aux Asiatiques d’aujourd’hui … peut-être que le peuplement des Amériques a eu lieu antérieurement à la fin de la glaciation du Würm à la faveur d’une autre période glaciaire plus ancienne qui découvrit aussi le détroit de Behring et en termes de périodes glaciaires il y a l’embarras du choix.

 

Source : University of Copenhagen News