Nouvelles du Japon : l’entretien des voies du Shinkansen

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La compagnie ferroviaire JR-Ouest gère la liaison entre Tokyo et Osaka et bien plus loin au sud de l’île de Honshu. Toutes les 5 minutes environ un Shinkansen quitte Tokyo-Station (illustration) avec une précision horaire de « montre suisse ». Des centaines de milliers de passagers utilisent ce train pour se rendre de Tokyo vers Kobé, Kyoto, Osaka et bien d’autres villes chaque jour. Pour information le tronçon Tokyo-Osaka est le seul train à grande vitesse rentable dans le monde. Mais il faut entretenir les voies et parfois des interventions ponctuelles sont nécessaires au cours de la journée alors que les trains circulent à la vitesse de 300 km/heure presque toutes les 5 minutes. Les employés de la JR doivent donc être entrainés à la dangerosité de leur travail sur les voies.

Et au Japon on ne plaisante pas avec la sécurité. La JR entraine donc ses employés sur le réseau ferré à supporter le trafic des trains à grande vitesse. Pour exposer ses employés aux conditions extrêmes de travail elle a déjà formé (si on peut dire les choses ainsi) 190 de ses travailleurs intervenant sur les voies à supporter le passage d’un Shinkansen à proximité. Il fallait l’imaginer : ils ont été placés dans un tunnel et devaient supporter le passage d’un train à 300 km/h. Je signale à mes lecteurs qu’un individu debout ne peut pas résister à un vent de plus de 150 km/h, j’en sais quelque chose pour avoir fait l’expérience de trois cyclones de catégorie 5. L’onde de choc provoquée par l’arrivée du train dans un tunnel doit être inimaginable. Bien qu’il y ait peu de syndicats au Japon ou du moins ils ont peu de pouvoir, ces derniers se sont tout de même ému des traitements inhumains infligés par la JR à ses employés que certains ont comparé à une « flagellation publique ». Pour la petite histoire shinkansen veut dire « nouveau train » ( ヌーボー列車 ). Inspiré d’une dépêche de l’AFP

La SNCF : un modèle pour l’étranger ?

Hier mardi, je pensais à ma petite-fille en pleine période d’écrits des concours des grandes écoles d’ingénieurs perturbée par la grève des employés de la SNCF, la énième grève et certainement pas la dernière à moins qu’un gouvernement lucide décide d’interdire tout simplement cette prise en otage de toute la population par des syndicalistes radicaux qui osent revendiquer je ne sais quoi alors qu’une grande partie de la population active française est au chômage quoiqu’en disent les dernières statistiques évidemment bidouillées pour que « ça aille mieux ».

Le sommaire de l’édition en ligne du soir du quotidien Les Echos titrait ceci (capture d’écran) :

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J’ai, comme vous, relevé sans lire l’article cette perle : « un modèle que l’étranger nous envie ». Je séjourne en ce moment à Tokyo et j’ai eu comme une crise de fou-rire intérieur. Il faut raconter les faits dans le détail pour apprécier la saveur de ce modèle qu’est la SNCF envié par l’étranger. Le Japon est-il inclus dans ces étrangers ? Certainement pas ! Pour rentrer à la maison après avoir déjeuné avec mon fils à Chiyoda City, c’est-à-dire Ginza, je prend la Yamanote à Shimbashi en direction de Ueno. La station de train et de métro de Shimbashi est un peu merdique en ce moment parce qu’elle est en totale réfection mais tout est organisé pour que les centaines de milliers de personnes qui l’empruntent quotidiennement ne soient pas incommodées.

Je rappelle aux Parisiens que cette ligne de train, la Yamanote, est circulaire, sa longueur est sensiblement identique à celle du périphérique parisien et elle interconnecte les usagers par 29 stations à une multitude d’autres lignes de trains et de métros. Je change de train à la station Kanda qui était encore en travaux il y a un an et qui a été entièrement rénovée. Je prend alors la Chuo rapide (pas la « special rapid » qui ne s’arrête pas à la station où je descend) en direction de Mitaka puis Ome et très loin jusqu’à Otsuki à l’ouest de Tokyo.

À Kanda j’ai eu l’impression que la JR (Japan Rail) avait organisé un retard par solidarité avec la SNCF : le prochain train était affiché à 14h12 et normalement tous les trains sont à l’heure à la seconde près car tout est automatique. Hier après-midi le train avait un retard de 10 minutes. Vent de panique et de stupeur à la station ! Le chef de gare s’est confondu en excuses par haut-parleur expliquant, bien que je n’aie rien compris sur le moment, que le retard était dû à un incident à la station de Yotsuya et qu’il n’y avait plus de train à la station Tokyo, terminus de la ligne Chuo. L’annonce a été reprise ensuite en anglais, en chinois et en coréen, ouf !

Les retards de trains sont un fait rarissime à Tokyo. Les trains sont toujours à l’heure sauf s’il y a un incident du genre suicide ou tremblement de terre. De plus il n’y a jamais de grèves : la culture de l’exactitude ferroviaire est profondément ancrée dans l’esprit de tous les employés des lignes de trains car il y a aussi des lignes privées utilisant les voies qui font partie du domaine public et tout doit fonctionner à la minute près sinon ce serait une terrible pagaille dans une agglomération de 38 millions d’habitants qui n’utilisent que le train ou le métro pour se déplacer. J’en profite pour mentionner que certaines lignes de métro sont aussi des trains de banlieue du genre RER à Paris et que leurs terminus se trouvent parfois à des dizaines de kilomètres.

Je demande donc à Olivier Pastré, journaliste des Echos quel est le modèle ferroviaire français tant envié par l’étranger. Les TGV ? Ce sont de vraies poubelles avec des toilettes inutilisables, les TER ? Ils sont toujours en retard, les RER pour les Parisiens ? On se demande dans quel pays on se trouve tant ils sont sales, recouverts de graffitis, lents et vétustes … Le modèle français ? Permettez-moi Monsieur Pastré d’avoir un gros fou-rire. De toute évidence vous n’êtes jamais allé au Japon et vous n’avez jamais pris de train – Shinkansen compris – ni à Tokyo ni à Osaka.

Vendredi prochain je rentre chez moi et pour aller à l’aéroport de Narita je sais que les trains seront ponctuellement à l’heure et qu’il n’y aura naturellement pas de grève … Vive le modèle ferroviaire japonais !

Le Shinkansen … 50 ans après !

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Le Japon est le pays des trains par excellence. Les agglomérations de Tokyo et Osaka ne pourraient pas être telles qu’elles sont sans trains et sans métros. Un Parisien ou un Londonien ne fait pas la confusion entre train et métro. En réalité toutes les lignes de métro japonaises se transforment en trains quand elles sont sorties de terre et vont parfois se perdre dans la nature à des dizaines de kilomètres du centre-ville. Les trains sont toujours parfaitement à l’heure, on peut dire à la seconde près. Depuis que je séjourne régulièrement à Tokyo, il m’est arrivé une seule fois de faire l’expérience d’un retard, à quelques centaines de mètres de la gare d’Ofuna au sud de Yokohama parce qu’un dépressif avait décidé de mettre fin à ses jours. Il n’a pas fallu plus de 30 minutes pour ramasser les restes humains et nettoyer un peu le ballast pour éviter de faire peur aux usagers. Seuls les tremblements de terre affectent la précision à la suisse des trains japonais. Par exemple le Shinkansen dont on célèbre cette année le cinquantenaire assure un liaison entre Tokyo et Osaka à la cadence incroyable d’un train toutes les trois minutes ! En quelque sorte Osaka et Tokyo, deux immenses métropoles, sont reliées entre elles par un trafic intense de super-métros roulant jusqu’à des vitesses atteignant 320 km/h sans que qui que ce soit ressente une quelconque perturbation. Les trains (je ne suis allé qu’à Kyoto en Shinkansen) sont d’une propreté irréprochable, le service à la place est assuré par de charmantes jeunes filles souriantes (c’est rare dans la voiture bar d’un TGV français), les toilettes ne sentent pas le remugle difficile à adjectiver comme dans les mêmes TGVs français, tous les sièges sont orientés dans le sens de la progression du train. En effet, à l’arrivée en gare de Tokyo Station, les sièges pivotent sur eux-mêmes, une armada d’employés impeccables s’active pour traquer le moindre grain de poussière afin que le train puisse repartir dans les 15 minutes qui suivent. La culture de la propreté des Japonais réduit en fait leur travail à quelques minutes.

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La culture du rail, nerf du développement du Japon d’après-guerre, constitue une exception mondiale. L’obsession de l’exactitude fait que les usagers considèrent qu’il en va de soi. Il n’y a jamais de mouvements sociaux du genre de ceux qui perturbent les voyageurs français et parisiens en particulier, tout simplement parce que les employés de JR (Japan Rail) sont tellement soucieux de leurs responsabilités professionnelles qui concernent des dizaines de millions de personnes chaque jour qu’il est hors de question d’envisager un quelconque mouvement social. Et pourtant, aussi incroyable que cela puisse sembler à un Belge ou à un Français, le parti communiste japonais est tout puissant ! Mais la démagogie à l’européenne telle que la pratiquent les syndicats de travailleurs gauchisants européens est surannée et non advenue au Japon. En effet, le respect du travail bien accompli et procurant une satisfaction simple à celui qui l’a effectué fait aussi partie de la culture japonaise. Allez expliquer ça aux gauchistes de Sud-Rail !!!

Toute cette entrée en matière pour rappeler le cinquantième anniversaire du Shinkansen Tokyo-Osaka qui fut inauguré en grande pompe par l’Empereur lui-même qui sortit exceptionnellement de son Palais Impérial pour l’occasion :

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Pour relier Tokyo à Osaka, les deux plus grandes métropoles japonaises, il ne fallut pas moins 108 kilomètres de tunnels divers, plus de 3000 ponts et viaducs et la construction de la nouvelle ligne dont l’écartement des rails est semblable à celui du standard européen (1400 mm) et plus large que celui utilisé pour les autres trains. Cette ligne était réservée aux Tokaido Shinkansen. Ce train fut l’occasion d’innovations techniques reprises par la suite dans des pays comme la France, l’Espagne ou l’Allemagne. Le train entier était en fait une motrice car les moteurs étaient répartis sur toute la longueur de la rame. Après la série 0 on en est maintenant à la série E6 qui atteint la vitesse de 270 km/h en trois minutes avec des pointes autorisées jusqu’à 320 km/h. Depuis l’inauguration du Shinkansen, quelques jours avant l’ouverture des JO de 1964, deux évènements célébrés par l’Empereur et dont le bref discours fut retransmis à la radio à la surprise générale de tous les Japonais qui n’avaient jamais entendu le son de sa voix, ce train a transporté 5,5 milliards de passagers sans aucun incident technique notoire à l’exception de deux déraillements, l’un provoqué par un tremblement de terre et l’autre par une tempête de neige d’intensité non prévue sans aucun blessé. Les rames de la série 0 sont restées en service de 1964 à 2008, un record dans le genre longévité alors que simultanément les trains étaient toujours améliorés :

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Le dernier né des Shinkansen, le Hayabusa :

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peut atteindre la vitesse de 330 km/h et pour faire encore mieux la firme Chuo a entrepris la construction d’une nouvelle ligne reliant Tokyo à Osaka par l’intérieur des terres afin de réduire les sections à vitesse réduite en attendant le Maglev … :

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Il faut enfin signaler que le train à grande vitesse s’exporte très bien, en particulier en Chine (CRH) :

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Sources : BBC (illustrations) et JR Transport Review ( jrtr.net )

Japon : Le Maglev bat le record mondial de vitesse ferroviaire !

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La société japonaise de chemins de fer JR vient de franchir un pas le 21 avril 2015 dans la vitesse ferroviaire en atteignant 603 km/h sur une ligne expérimentale située entre Uenohara et Fuefuki (préfecture de Yamanashi) à l’ouest de Tokyo. Il s’agit de la première ligne de chemin de fer, mais le terme n’est plus approprié, en lévitation magnétique avec une rame en vraie grandeur. Le 20 avril ce train avait atteint la vitesse déjà inégalée de 590 km/h.

Il faut faire ici quelques petits rappels historiques. Le Japon est le premier pays à avoir mis en place une ligne de trains à grande vitesse entre Tokyo et Osaka l’année des jeux Olympiques de Tokyo en 1964. Cette ligne Shinkansen, littéralement « ligne de nouveau train » est la seule ligne à grande vitesse dans le monde avec celle reliant Paris à Lyon en France qui soit rentable. Même au Japon, les autres liaisons « Shinkansen » sont déficitaires. Le Japon est donc le premier pays du monde à détenir ce record de vitesse avec un train qui n’est plus vraiment un train roulant sur des rails mais un véhicule futuriste sustenté par un champ magnétique et n’offrant donc aucun contact mécanique avec la ligne elle-même. L’entreprise française Bertin, innovante dans de nombreux domaines, avait tenté ce même type d’approche mais elle resta lettre morte …

Alsthom devenu Alstom si ma mémoire est exacte n’a jamais réussi à vendre son train à grande vitesse à d’autres pays qu’à « son » client captif la SNCF. On voit donc qu’une entreprise largement contrôlée par l’Etat et n’ayant que l’Etat comme client ne peut s’aventurer dans l’inconnu comme l’a tenté avec succès la JR, soutenue, certes, par l’Etat Japonais mais restant une entreprise de service public à capitaux largement privés, ce qui n’a jamais été le cas de la SNCF en France depuis sa nationalisation ayant conduit à un pourrissement de l’intérieur par des syndicats plus politiques que professionnels ayant gangrené toute initiative industrielle innovante, au mépris de tout rentabilité économique avec un service public dégradé et c’est bien dommage.

Comme je le mentionnais dans un précédent billet le Japon est déjà dans le futur quoiqu’on en pense dans la petite lorgnette européenne. Prudents, les Japonais n’envisagent une exploitation commerciale du Maglev qu’à l’horizon 2027. En effet la construction des lignes nécessitera un investissement pharaonique et cet investissement ne pourra être que très progressif. Longue vie à la JR !

Source et illustration : Kyodo News

Nouvelles chroniques japonaises # 3 Visite de E. Macron à Tokyo

Le ministre français des finances E. Macron est arrivé à Tokyo tout fringant sous la pluie, mais oui et il pleuvra aussi mercredi 26 novembre, après avoir fait une première erreur, aller d’abord à Séoul avant de venir vanter l’Abenomics au Japon qu’il veut voir repris en France. On se demande s’il sait de quoi il parle. Apparemment il ignore que le Japon a une banque centrale, ce qui n’est pas le cas de la France. Il ignore aussi qu’une bouteille de vin français coute à peine plus cher qu’en France alors qu’il parle des droits de douane mis en place par le Japon pour protéger son économie. S’il n’y a que très peu de voitures françaises au Japon c’est tout simplement parce que le service après-vente est désastreux.

Cerise sur le gâteau, Macron parle d’une « ouverture totale et réciproque des marchés publics ferroviaires » entre la France et le Japon. On voit que Macron, qui ne prendra certainement aucun train ni métro à Tokyo durant son séjour éclair ne sait pas de quoi il parle. Le Shinkansen est l’ancêtre du TGV et à la gare de Tokyo les trains à grande vitesse partent ou arrivent à la seconde près. Ils sont propres et confortables même s’ils ont 40 ans d’age ! Les toilettes fonctionnent, il y a un service de restauration à la place, un écran de télévision discret indique où le train se trouve lors d’un trajet. J’attendais la Yamanote aujourd’hui à la station de Kanda et les trains à grande vitesse passaient tout près au rythme d’un train toutes les deux minutes allant ou revenant du nord de l’île de Honshu. De plus il n’y a jamais de grèves au Japon, ce n’est tout simplement pas dans la culture nippone. Comment la France peut-elle vendre des trains au Japon ? Je me le demande, elle qui n’a jamais été foutue de vendre la moindre rame de TGV. Que les Français se limitent au vin et aux fromages mais que ces derniers soient d’excellente qualité, ça suffira largement. Quant à « la loi sur l’activité et l’égalité des chances » dont Macron s’est félicité, d’ailleurs je ne sais pas de quoi il s’agit, qu’il aille donc voir les chantiers de construction où des septuagénaires coulent du béton et forment des jeunes au métier. C’est quoi l’égalité des chances ? Simplement que la France va encore plus s’enfoncer avec des incompétents pareils au pouvoir. Heureusement que Macron n’a pas parlé de la dette japonaise, la dépêche d’agence (AFP 25 novembre 13h17) ne le dit pas, mais dans le genre records avec les hors-bilans la dette de la France cumulée aux dettes des régions et communes bat tout simplement celle du Japon puisqu’elle frise les 300 % du PIB … Pas de quoi se vanter.