Leonardus Lessius et les boyaux d’agneau !

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Qui connait aujourd’hui Leonardus Lessius (en flamand Lenaert Leys) ? On dirait aujourd’hui qu’il s’agissait d’un obscur théologien qui s’occupa, sa vie durant, de morale chrétienne en suivant les principes de l’ordre des jésuites dont il fit partie alors qu’il était encore très jeune, à l’âge de 18 ans. L’Université de Louvain, dont la faculté de théologie était intimement contrôlée par la Papauté recrutait effectivement des adolescents puisque notre Léonard entra dans cette prestigieuse université (à l’époque, vers 1567) à l’âge de 13 ans pour y sévir comme docte spécialiste de théologie durant les 50 années suivantes.

Lessius est connu pour une somme de commentaires complexes relatifs à l’oeuvre de Thomas d’Aquin. Je ne m’étendrai pas sur les détails car la religion et moi ça fait vraiment deux. Bref, pour Lessius la morale devait être la raison de vivre de chaque être humain. Comme Thomas d’Aquin, Lessius, dans son traité « De iusticia et iure » paru en 1605, prônait la chasteté masculine, une sorte de malthusianisme avant l’heure, mais arriva curieusement à convaincre le Vatican d’interdire l’usage du préservatif qui était fabriqué à l’époque avec un morceau d’intestin grêle d’agneau qui était réutilisable mais qu’il fallait réhydrater dans l’eau avant usage pour présenter une relative souplesse.

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Pour Lessius donc, bien que prêchant pour l’abstinence masculine, le préservatif ne devait pas être conseillé, selon les principes de l’Eglise. Curieuse conception des relations humaines intimes … car il y eut à peu près au même moment en Europe une grave épidémie de vérole que les Flamands appelèrent « le mal gaulois », épidémie qui rendit justement populaires les préservatifs !

Source : The Daily Beast, illustrations Wikipedia

Si femme rougeoie, femme en joie …

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Chez les primates dont nous sommes de très proches cousins les femelles envoient des messages visuels signalant qu’elles sont entrées dans leur période d’ovulation et qu’elles sont donc sexuellement réceptrices. Ce sont des changements de couleur et d’aspect de la sphère urogénitale qui a tendance à se colorer comme certaines parties de leur face. Ces changements parfaitement connus des scientifiques sont là pour attirer l’attention des mâles. Chez la femme, dont le cycle menstruel est sensiblement identique à celui de la femelle bonobo pour ne prendre que cet exemple, exemple d’autant plus approprié que la femelle bonobo est sexuellement réceptrice durant tout son cycle menstruel comme la femme, il semblerait que l’évolution ait fait disparaître de tels changements. On sait cependant que près de l’ovulation les femmes sont plus attirées par les hommes, qu’elles ont tendance à flirter et à faire des efforts pour s’avantager sur le plan vestimentaire. De plus on sait également qu’une légère modification du ton de leur voix ou de l’odeur de leur peau apparaît lors de l’ovulation. Cependant un changement de la couleur du visage n’a pas fait l’objet d’études détaillées même si on savait par ailleurs que quand on montrait des photos en couleur de femmes inconnues à des hommes ceux-ci prêtaient une plus grande attention aux visages de femmes en cours d’ovulation. La seule explication qu’on puisse envisager dans ce dernier exemple serait une variation de la couleur de la peau sous l’influence du changement hormonal apparaissant lors de l’ovulation.

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Les changements physiologiques induits par la modification du statut hormonal de la femme lors de l’ovulation n’ont pas seulement pour but de la rendre plus attractive aux yeux des hommes susceptibles d’être des partenaires sexuels mais également de signaler que les conditions physiologiques requises pour un acte sexuel à but reproductif sont rassemblées. Percevoir qu’une femme se trouve être sur le point d’avoir une ovulation rien qu’en observant son visage relève pourtant d’une grande acuité dans l’appréciation des couleurs de la peau, or l’homme a perdu cette faculté également avec l’évolution. Un appareil de photo numérique peut pourtant parfaitement déceler les minuscules changements dans la couleur du visage qui ont pu être très précisément reliés à une variation du taux d’un œstrogène circulant dans le sang, l’oestrone-3-glucuronide, une forme conjuguée de l’oestrone. C’est le cas ici dans le cliché de la même femme en cours d’ovulation à gauche et en fin de cycle menstruel à droite. Cela dit, on peut argumenter sur le fait qu’en début de cycle la femme est légèrement anémiée en raison des règles mais selon une étude récemment parue dans le périodique PlosOne l’ovulation provoque non seulement un changement de couleur mais également une modification d’un paramètre appelé luminance. Ces changements sont parfaitement perçus par un bon appareil numérique mais les yeux de l’homme ont perdu la faculté de détecter ces différences d’une très faible amplitude.

En utilisant un logiciel permettant d’extraire le rouge, le vert et le bleu des pommettes l’analyse réalisée sur 22 femmes volontaires de 23 ans d’age moyen après avoir exclu celles qui prenait une pilule anticonceptionnelle car il est démontré que dans ce cas l’attraction sexuelle ne varie pas au cours du cycle menstruel. Leur suivi hormonal fut obtenu par analyse de la salive et elles furent photographiées chaque jour durant les 28 jours suivant l’apparition des règles :

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Jusqu’au septième jour suivant l’apparition des règles la couleur rouge diminue puis augmente à nouveau jusqu’à l’ovulation pour rester soutenue durant la phase lutéale non fertile du cycle. Pour la luminance, la situation est exactement inverse quoique peu significative. On pourrait interpréter ce résultat – infime mais détectable par l’analyse fine des clichés – par le fait que les règles constituent un facteur d’anémie. En réalité il n’en est rien car la couleur rouge peut être corrélée à la température basale du corps qui est liée au statut hormonal et en particulier au taux d’estradiol circulant alors que la chute de production de progestérone peut être corrélée à la diminution de cette couleur rouge. Malheureusement l’oeil humain est incapable de détecter ces changements discrets de couleur du visage même s’ils existent réellement.

Que déduire de ces travaux, pas grand chose ! Les progrès technologiques d’analyse d’images n’expliquent pas les raisons pour lesquelles l’attractivité de la femme en cours d’ovulation est plus élevée que durant le reste de son cycle menstruel. Il s’agit d’un ensemble d’autres facteurs et si la couleur du visage peut être l’un de ces facteurs, alors les raisons en sont tout autres comme par exemple l’émotivité et bien d’autres comportements de la femme soumise à la vague élevée d’œstrogènes entre les septième et le quatorzième jours du cycle.

Sources : PlosOne et Cambridge University (illustration) :

http://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0130093#pone.0130093.ref035

http://www.cam.ac.uk/research/news/womens-faces-get-redder-at-ovulation-but-human-eyes-cant-pick-up-on-it

http://rspb.royalsocietypublishing.org/content/273/1583/135

Amour et sexualité

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« Quatre-vingt-quinze fois sur cent,

La femme s’emmerde en baisant.

Qu’elle le taise ou le confesse

C’est pas tous les jours qu’on lui déride les fesses. »

L’analyse de Georges Brassens était-elle exacte ? Selon une étude réalisée à la Penn State University et présentée cette semaine au congrès annuel de l’American Sociological Association, les femmes amoureuses sembleraient prendre plus de plaisir sexuel et sont plus souvent satisfaites sexuellement que celles qui ne sont pas amoureuses. Ça voudrait dire que selon Brassens seulement 5 % des femmes sont amoureuses de leur partenaire, époux ou amant sur la durée… difficile à imaginer.

Dans cette étude « très sérieuse » réalisée par une sociologue de la Penn State auprès de 95 femmes mariées ou vivant une liaison durable, 50 d’entre elles ont pourtant déclaré que l’amour n’était pas nécessaire pour vivre une relation sexuelle réussie et 18 autres déclaraient que sexe et amour romantique sont totalement dissociés dans leur vie. L’âge des femmes interviewées s’étalait de 20 à 68 ans et les plus âgées avaient plutôt tendance à considérer que l’amour est nécessaire pour une bonne relation sexuelle et que de plus le sentiment amoureux ressenti accroissait le désir et la satisfaction sexuelle tout en les libérant physiquement. Ces mêmes personnes déclaraient que l’amour facilitait les relations sexuelles et était en quelque sorte la base de la stabilité de leur liaison ou de leur mariage.

Le Docteur Beth Montemurro, sociologue spécialiste de la sexualité féminine, l’affirme en ces termes : « les femmes disent qu’elles relient l’amour et le sexe et que l’amour amplifie l’expérience physique du sexe. C’est un fait de société que de considérer que le sexe est une expression de l’amour ». En dépit des dizaines d’années de mouvement féministes libérateurs, les media continuent à faire passer un message culturel fort pour que les femmes lient toujours amour et sexe au sein d’une relation stable tout en dénigrant celles qui ont des relations sexuelles occasionnelles en dehors de toute liaison durable. Montemurro ajoute sans ambages « les femmes interviewées déclarent qu’il faut de l’amour pour le sexe et qu’il faut aussi du sexe au sein du mariage ». Et pourtant de nombreuses femmes mariées ou ayant une liaison hétérosexuelle durable déclarent aussi qu’après tout la raréfaction des relations sexuelles au sein du couple n’est pas vraiment un inconvénient insurmontable tant qu’il reste un sentiment amoureux susceptible de ranimer le désir de temps en temps. Inutile d’insister sur l’ambiguité des réponses puisque 68 femmes hétérosexuelles vivant une liaison ou une union durable sur les 95 interrogées fournissaient une explication en contradiction avec la conclusion même de l’étude. On peut dire les choses autrement en admettant que les femmes ont tendance à confondre les sentiments et le désir.

Brassens n’avait en réalité par complètement raison (ni complètement tort) car cette confusion entre sentiments et désir physique qu’a tendance à admettre la femme tout aussi confusément peut également provenir du fait que pleinement satisfaite par l’homme avec lequel elle vit, elle sera d’autant plus amoureuse de ce dernier puisqu’il qu’il la satisfait, une sorte d’entretien du sentiment amoureux par le sexe. La boutade de Brassens prendrait alors tout son sens si on la réécrivait ainsi : « Quatre-vingt-quinze fois sur cent l’homme est un mauvais baiseur » !

Adapté d’une News de Penn State University

L’homosexualité ? Une banale histoire de neurones …

Le trouble de l’identité sexuelle, pardon, du genre, c’est simple, c’est une manifestation du mécontentement de son propre sexe. Une fille aurait aimé être un garçon parce qu’elle est attirée par les filles, un garçon aurait préféré être une fille parce qu’il est attiré par les hommes mais c’est la nature qui choisit et non l’état civil qui n’est qu’une constatation lapidaire du sexe de l’enfant. Il y a des pays où il vaut mieux être un homme et user des prérogatives socio-culturelles procurées par ce simple fait. Au Pakistan, une femme enceinte des œuvres de l’homme qu’elle aimait a été lapidée à mort par les membres de sa famille qui lui destinaient un autre homme comme époux. En Inde deux jeunes filles ont été violées puis pendues par leurs violeurs car le viol est probablement une offense non pas pour l’homme mais pour la femme qui a subi cet outrage. Au moins dans ces deux pays et malheureusement dans bien d’autres les choses sont claires, il vaut mieux être né avec un paire de couilles et ne pas contester le fait qu’on est un homme. L’homme est supérieur à la femme dans ces pays, ce sont les lois, les religions et les traditions qui le veulent et l’homosexualité est un délit passible de la peine de mort.

Mais la théorie du genre s’appuie-t-elle sur des faits réels scientifiquement avérés ou est-elle seulement le résultat d’une idéologie égalitariste fumeuse, c’est ce qu’a tenté d’éclaircir une équipe de médecins des Universités d’Amsterdam et de Liège n’ayant strictement aucun a priori ni sur cette théorie lors de l’initiation leur étude ni sur les résultats qu’ils allaient obtenir. Toute leur recherche reposait sur le fait que le trouble dit de dysphorie du genre mentionné ci-dessus, il faut appeler les choses par leur nom, pouvait révéler quelques indications précieuses sur la perception du genre par les petites filles et les petits garçons avant la puberté puis lors de la puberté, période durant laquelle l’organisme, tant des filles que des garçons, subit un changement hormonal profond conformément au sexe, et il n’y a alors pas de théorie du genre qui tienne, il s’agit de physiologie pure et dure. L’étude s’est focalisée sur la réponse des garçons et des filles à l’androstadienone. J’ai déjà parlé de ce produit de dégradation de la testostérone dans un billet de ce blog à propos de l’odorat (voir le lien) le nez reconnaissant cette molécule excrétée par les glandes sudoripares des aisselles et se retrouvant aussi dans le sperme, l’urine et à un moindre degré dans la sueur et envoyant ensuite des signaux au cerveau. De nombreux travaux ont montré que la femme était sensible à l’androstadienone en subissant en quelque sorte une réponse physiologique influant sur ses états mentaux et hormonaux selon la phase de son cycle menstruel. Bref, il n’y a qu’un petit saut à franchir pour considérer que cette molécule est une phéromone sexuelle détectée par le nez mais qu’en est-il chez des pré-ados et des ados qui souffrent de dysphorie du genre ou en termes plus compréhensibles de trouble de l’identité sexuelle ? Il est utile de rappeler que l’androstadienone est produite par les testicules, la production de testostérone par les ovaires étant très faible. Au cours de la puberté les garçons s’immunisent en quelque sorte et leur cerveau, plus précisément l’hypothalamus, ne réagit plus du tout à l’androstadienone, ce qui n’est pas le cas chez les filles. Fort de ces constatations l’équipe dirigée par le Docteur Sarah Burke a donc entrepris une étude par imagerie fonctionnelle en résonance magnétique nucléaire (fMRI) chez quatre lots de pré-adolescents et d’adolescents, filles et garçons, les uns normaux et les autres diagnostiqués comme souffrant de dysphorie du genre. Pas facile de trouver 36 enfants pré-pubères et 38 adolescents diagnostiqués comme souffrant de dysphorie du genre puisque moins d’un enfant sur 2000 est considéré comme souffrant de ce syndrome dont il était évidemment intéressant d’élucider la cause mais au Centre de Dysphorie du Genre de l’Université d’Amsterdam ce fut chose facile.

On considère que les adultes souffrant de dysphorie du genre ont un cerveau qui a été mal programmé pour des raisons inconnues à accepter leur sexe, mâle ou femelle peu importe, tel qu’il est réellement et physiologiquement. Il existe des approches thérapeutiques tendant à redresser la réponse de l’hypothalamus à l’aide de traitements hormonaux pas toujours couronnés de succès pour traiter la dysphorie du genre mais il était intéressant de connaître ce qui évoluait dans le cerveau entre la pré-puberté et l’adolescence en comparant ces enfants et ces adolescents, diagnostiqués souffrant de dysphorie du genre, par rapport à des enfants et adolescents ne présentant pas ce type de trouble. Au total 153 enfants et adolescents répartis en 8 lots furent étudiés après avoir vérifié à l’aide de tests simples si leur capacité olfactive était intacte afin d’être certain que la stimulation par l’androstadienone serait effective. Pour être certain que de jeunes enfants souffraient bien de dysphorie du genre ils étaient soumis à un questionnaire très simple du genre s’ils étaient amoureux de quelqu’un de leur âge et si oui si c’était un garçon ou une fille, l’entourage familial ou scolaire permettant de vérifier l’orientation sexuelle (pardon, de genre) comportementale de ces jeunes enfants.

Chez les sujets servant de contrôles un premier résultat montra que déjà avant la puberté, la stimulation de l’hypothalamus par l’androstadienone est significativement différente entre filles et garçons en ce sens que la réponse au cours de stimulations successives répétées qui durent une seconde augmente chez les filles alors qu’elle reste constante ou a tendance à diminuer chez les garçons. Chez les sujets du même âge, garçons ou filles diagnostiqués « dysphoriques » (je viens d’inventer cet adjectif), aucune différence dans cette réponse n’a pu être observée. Quand la même investigation a été conduite avec des adolescents pubères, garçons ou filles, l’hypothalamus des filles « normales » était nettement plus stimulé que celui des filles diagnostiquées dysphoriques qui ne montraient qu’une stimulation comparable à celle des garçons témoins pubères. Dans le cas des garçons pubères, le résultat s’est révélé encore plus frappant car les « dysphoriques » réagissaient à l’androstadienone presque exactement comme les filles pubères « normales ». Les résultats de cette étude illustrés par la figure ci-dessous ( DOI: 10.3389/fendo.2014.00060) indiquent que les différences sont bien identifiées chez les enfants normaux pré-pubères ou pubères alors que cette différence s’estompe chez les filles pubères présentant une dysphorie du genre, comme si la différenciation neuronale liée au sexe avait été atypique. Par contre chez les garçons, si la réponse de l’hypothalamus est peu différente qu’ils soient normaux ou « dysphoriques » avant la puberté, cette réponse devient sensiblement identique à celle des filles normales à la fin de la puberté. Ce résultat indique également une différenciation neuronale atypique.

De là à dire que l’homosexualité n’est qu’une affaire de neurones, il n’y a qu’un pas facile à franchir. Les auteurs parlent pudiquement d’androphilie et de gynéphilie compte tenu du fait que seulement 15 % des jeunes filles diagnostiquées avec une dysphorie du genre montreront un comportement sexuel « anormal » à l’âge adulte alors que ce pourcentage est plus élevé chez les hommes. La raison pour laquelle la différenciation neuronale orientée par les hormones sexuelles lors de la maturation du cerveau peut être altérée n’est pas connue, la puberté faisant seulement ressortir cette altération sans ambiguité.

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Dans cette figure, les diagrammes représentent des comparaisons pondérées des stimulations hypothalamiques pour les groupes d’enfants et d’adolescents étudiés. Cette représentation peut prêter à confusion car elle doit se conformer à un code international de quantification des réponses observées par fMRI permettant d’estimer le contraste de la réponse par imagerie fonctionnelle. Les curieux peuvent toujours aller sur le lien (DOI) mentionné plus haut pour se convaincre de la validité de l’étude.

En conclusion, pour ce qui est du comportement sexuel (pardon, vis-à-vis du genre), tout est affaire de neurones et Sigmund Freud aurait sauté de joie en lisant cet article qui pêche peut-être par le nombre limité de sujets étudiés mais qui présente un élément nouveau d’explication incontestable du comportement sexuel en regard du « genre », garçon ou fille, homme ou femme. Après tout l’homosexualité n’est peut-être qu’une histoire de neurones … mais il ne faut pas le dire, ça fait mauvais genre. Et pour enrichir son vocabulaire, ce diagramme trouvé sur Wikipedia :

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Lien : https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/05/04/quel-que-soit-notre-genre-nous-sommes-a-la-merci-de-notre-nez/

Chronique japonaise (suite)

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Dimanche, nous sommes allé pique-niquer en famille dans le parc de Shinjuku-Goen qui était pour le « jour vert », le jour des parcs et espaces verts, gratuit et il y avait beaucoup, beaucoup de monde, d’autant plus que le temps était merveilleusement beau. Nous avons fait une halte au premier sous-sol d’Isetan où se trouve le « food court » peut-être le plus extraordinaire du monde. On y trouve des framboises venues directement des collines des Monts du Lyonnais, des mangues de Sarawak, des caramboles de Saint-Kitts et autant d’excellents pâtissiers pour la plupart français, des fromagers, des charcutiers, bref l’endroit où il ne faut pas aller si on a faim parce qu’on a vite fait de faire de véritables folies. Mon fils m’a acheté une petite barquette de tripes à la mode de Caen, des vraies tripes, et dans une boulangerie française un sandwich confectionné avec un petit pain long au raisin contenant du fromage bleu bien crémeux et des demi-cerneaux de noix, un immense régal. Tout est propre, bien présenté, une myriade de jeunes filles vous servent avec le sourire et une certaine forme de respect que l’on ne trouve qu’au Japon. Je conseille à ceux de mes lecteurs qui envisageraient de visiter Tokyo, plutôt que d’aller au marché aux poissons qui est d’ailleurs interdit maintenant aux touristes, de perdre une heure ou deux à Isetan Shinjuku, ça vaut le détour !

Pour en revenir à ces jeunes filles, on ne peut pas vraiment leur donner un âge précis. Entre 17 et 35 ans il n’y a pas, au moins pour un Européen, de différence vraiment apparente, elles sont toutes coquettes, bien fardées et bien coiffées, habillées souvent sans trop d’excès, on pourrait dire qu’elles sont stéréotypées et cette tendance a été accentuée par le groupe AKB 48 constitué de 4 sous-groupes d’une douze jeunes filles chacun qui participent à nombre de shows télévisés et autres manifestations publicitaires variées. Les AKB 48 ont moins de 20 ans et leur contrat stipule qu’elles ne doivent pas avoir d’aventure amoureuse durant ce dernier et en particulier surtout pas de relations sexuelles. Peut-être que la publicité involontaire de cette disposition provoquée par l’aveu en public d’une des filles d’AKB 48 de sa relation amoureuse interdite est le reflet d’une sorte de désintéressement de la jeunesse nippone pour le sexe, toutes les conjectures sont possibles, toujours est-il que Japonaises et Japonais de moins de 30 ans souffrent du syndrome du célibat. On est à Tokyo avec son agglomération gigantesque et les choses ne se passent sans doute pas ainsi dans tout le Japon. Dans les quartiers proches des grandes gares de train de l’agglomération il y a des îlots très chauds avec des bars à hôtesses, des love hôtels, des gigolos prêts à monnayer leurs prouesses sexuelles à des femmes désespérées d’être seules et lasses de se contenter avec des accessoires sophistiqués qu’on peut trouver dans n’importe quelle sex-shop. Dans ces boutiques un célibataire endurci peut s’équiper moyennant une petite fortune d’une poupée en latex renforcé grandeur nature avec tous les détails anatomiques imaginables. C’est à s’y méprendre ! Selon la qualité de la finition il peut vous en coûter jusqu’à vingt mille dollars …

Mais revenons aux jeunes Tokyoïtes. Un tiers des moins de 30 ans n’ont jamais eu de relation sexuelle, un quart des hommes et la moitié des femmes toujours de moins de 30 ans déclarent que le sexe ce n’est pas leur truc. Il y a du souci à se faire quand on sait que les projections démographiques indiquent que dans 30 ans la population du pays aura diminué d’un tiers soit de un peu plus d’un million d’habitants par an. Et ce désintéressement pour le sexe de la jeunesse ne va pas arranger les choses. Pour une office-lady pouponner est incompatible avec ses ambitions professionnelles, pour un salary-man boire des bières entre collègues est plus satisfaisant que de tenter de trouver l’âme sœur, surtout dans une ville comme Tokyo où il est difficile de découvrir un endroit où on peut par exemple s’embrasser sur la bouche, le bon vieux french-kiss à partir duquel peut se construire une relation amoureuse. Le cas de Minegishi Minami du groupe AKB 48 dont la relation amoureuse fut découverte par des paparazzi un matin alors qu’elle sortait d’un love hôtel avec son amant a marqué la jeunesse : le sexe ce n’est pas bon pour la carrière professionnelle et il faut passer inaperçu surtout quand on est dans le show-bizz ! Qu’à cela ne tienne, dans les trains et les métros combien de jeunes femmes se fardent avec un talent surprenant, se posent des faux-cils et vérifient la couleur de leurs joues alors que les hommes n’osent même pas les regarder. Les Japonaises sont irrésistiblement élégantes et affriolantes mais ce n’est peut-être que pour leur autosatisfaction, l’amour platonique a encore de beaux jours au pays du soleil levant en rêvant comme la femme du pêcheur, cette fameuse peinture d’Hokusai par ailleurs très célèbre pour ses 36 vues du Mont Fuji …

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Inspiré d’un article paru dans The Telegraph

Quel que soit notre « genre » nous sommes à la merci de notre nez !

On suspectait que le nez était un récepteur de certaines molécules chimiques très spécifiques excrétées par l’urine ou le sperme ou encore la sueur qui avaient le pouvoir d’être le signal initiateur de l’attirance sexuelle. Mais comme la « théorie du genre » est venue semer le trouble, on ne sait plus trop où on en est avec les hétéro, les homo, les bi, les trans, bref, je n’ai pas suivi cette polémique qui frise le ridicule contrairement à des chercheurs chinois de l’Institut de Psychologie de l’Académie de Pékin. Ils ont imaginé un protocole très simple pour tester deux dérivés des hormones stéroïdes sexuelles sur la réactions de personnes de « genres » variés. Il s’agit de l’androstadienone (androsta-4,16,-dien-3-one) un métabolite apparaissant dans l’élimination de la testostérone, l’hormone sexuelle mâle, qui n’a aucune activité hormonale ni anabolisante et du côté de l’autre genre l’estratetraenol (estra-1,3,5(10),16-tetraen-3-ol) un métabolite apparaissant également dans l’élimination cette fois de l’estradiol, l’hormone sexuelle femelle (?) Non, de la femme. Il n’y a pas de « genre » pour les chimistes, les biochimistes et les biologistes, il y a, quand on parle de l’espèce humaine, des hommes et des femmes, comme il y a pour les animaux des mâles et des femelles.

Ces deux molécules ont une faible volatilité mais celle-ci est suffisante pour que le nez les reconnaisse et envoie un signal au cerveau. Si un homme approche son nez du sexe d’une femme, ça peut arriver, alors que l’urine de celle-ci contient de l’estratetraenol, sans qu’il s’en rende compte son cerveau recevra un message qui prendra la situation en charge d’une manière ou d’une autre, et on peut tout imaginer. Si une femme, dans le métro par exemple, se trouve en quelque sorte contrainte de renifler l’aisselle d’un homme s’agrippant à une poignée ou une barre parce son nez se trouve exactement à la bonne hauteur, elle va peut-être sentir le déodorant du mec en question mais son nez comprendra que la transpiration imperceptible du mâle proche d’elle émet de l’androstadienone dont elle ne perçoit aucune odeur et le signal sera transmis à son cerveau avec les conséquences éventuellement embarrassantes comme de mouiller sa petite culotte toute propre.

Ces deux molécules sont des phéromones et hommes et femmes y sont sensibles sans vraiment en être conscients et c’est ce que ces biologistes chinois ont voulu définitivement prouver.

Pour ce faire ils ont inventé un stratagème simple mais efficace consistant à montrer des silhouettes réduites à leur plus simple expression, des points lumineux schématisant la tête, les épaules, les coudes et les mains, le tronc et le bassin, etc se transformant progressivement en un autre « genre » au cours du test, il faut avoir de l’imagination mais ces phéromones sont justement là pour aider …

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Quand des « genres » variés, disons les cobayes, soumis à l’expérience regardaient ces images hautement suggestives, il faut se faire à cette idée, en les soumettant à l’un des deux composés cités plus haut, ils étaient supposés décrire ce qu’ils ressentaient dans le plus profond de leur intérieur – ou de leur extérieur, selon le « genre ». Et voilà ce que le test a livré tout cru :

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Inutile d’insister sur la perception du point d’égalité subjective (PSE) quand les sujets soumis au test étaient baignés d’effluves amplifiant de manière irrépressible leur penchant sexuel, c’est clairement décrit dans ce graphique qui résume toute l’expérience. Les hommes homosexuels sont excités par les phéromones mâles, on pouvait s’y attendre, ils sont habitués à coller les photos des pin-up de leur « genre » sur les murs en éjaculant véhémentement (référence au regretté Serge Gainsbard) et ça dégage pas mal d’androstadienone. Pour les femmes hétérosexuelles, la majorité dans mon imaginaire, normal je suis aussi du « genre » hétéro, elles répondent plutôt à la phéromone mâle avec une indécision totale quant à l’équivalent originaire du même « genre » contrairement aux femmes qui ne savent pas trop où elles en sont, homo ou bi, au beau milieu du panneau dans lequel elles sont tombé, triste condition !

Enfin pour les hommes du « genre » hétéro c’est clair, la figure parle d’elle-même ils ressentent tous un frétillement fort agréable quelque part au niveau du slip à la moindre effluve d’estratetraenol qu’on a pourtant de la peine à imaginer comme étant volatil. Cette dernière remarque montre à quel point le nez est sensible à ce type de produits, sans odeur véritablement démontrée, et que le rôle évident des terminaisons olfactives dont nous disposons est, comme cette étude le prouve, de faciliter ce que l’on préfère le plus en ce monde, baiser comme des bêtes (que nous sommes) et on se livre à ce passe-temps parce que nos sens, dont notre nez, nous y obligent !

Source : http://www.cell.com/current-biology/pdfExtended/S0960-9822(14)00327-3