Réflexions personnelles sur la protection sociale santé

Réflexions personnelles sur la protection sociale santé

En Espagne, mon pays de résidence depuis maintenant 9 années, la sécurité sociale fonctionne à deux vitesses. Il y a les riches qui ont les moyens financiers de s’assurer auprès d’une compagnie privée et avoir accès à des cliniques privées luxueuses et il y a le système public pour les pauvres, pour faire court. Le système public est « gratuit », à une nuance près tout de même puisqu’il est financé par les impôts et les charges sociales que tout un chacun paie, personnes physiques ou morales y compris d’ailleurs ceux qui s’assurent auprès d’une compagnie privée. Et pour bien comprendre la suite de ce billet il faut décrire comment fonctionne ici en Espagne l’assurance maladie publique.

À chaque « assuré », terme que j’utilise bien qu’il soit impropre (je préférerait le terme « assujetti » à une protection sociale étatique), est attribué un « centre de santé » et un médecin référant. La procédure pour une consultation est assez complexe et longue : il faut fixer un rendez-vous par téléphone ou par internet avec son médecin (c’est un robot qui répond) puis faire la queue dans le centre de santé, parfois plusieurs heures, pour enfin décrire ce dont on souffre quand on se trouve devant son médecin généraliste attitré. Le médecin ne vous ausculte même pas, il ne regarde pas votre gorge ni le blanc de vos yeux, il se borne à pianoter sur le clavier de son ordinateur et vous prescrit éventuellement une prise de sang. S’il a selon vos dires déterminé le mal dont vous souffrez il vous prend un rendez-vous avec un spécialiste s’il en a le temps sinon c’est à vous de le faire muni d’un numéro administratif auprès des hôtesses du centre de santé ou encore par téléphone avec un robot qui vous répond. Le délai peut aller de quelques jours pour un rendez-vous avec un cardiologue et jusqu’à 6 mois pour un ophtalmologue. Les consultations avec le spécialiste ont lieu dans un autre centre de santé plus vaste et on refait la queue encore une fois plusieurs heures. Le spécialiste va éventuellement vous prescrire toutes sortes d’examens complémentaires qui ont alors lieu à l’hôpital où vous ferez encore la queue de nombreuses heures. Il faut absolument se munir d’un livre ou de mots croisés (ce que votre serviteur fait) pour tuer le temps …

Il reste tout de même une possibilité pour court-circuiter ce système bureaucratique kafkaïen, l’urgence ! Le centre de santé accepte les cas d’urgence s’ils ne relèvent pas de soins lourds en milieu hospitalier en d’autres termes si votre vie n’est visiblement pas en danger et s’il n’y a pas de sang qui coule sinon vous êtes immédiatement évacué vers les urgences de l’hôpital en ambulance.

Pour illustrer cette dernière possibilité des urgences il m’est arrivé il y a quelques mois de souffrir de douleurs relativement intenses très précisément au niveau du coeur. Je suis allé à pieds de chez moi dans « mon » centre de santé et j’ai décrit à la fille de la réception ce qui m’arrivait avec mon espagnol approximatif. Moins de dix minutes plus tard on me faisait un électro-cardiogramme et deux jours plus tard, compte tenu du peu de gravité révélé par les tracés de l’EEG non pas par mon médecin attitré mais par la technicienne qui a acquis avec les années une certaine habitude en interprétation des EEGs, je me retrouvais dans le cabinet d’un cardiologue dans l’autre centre de santé qui conclut rapidement mais après des examens approfondis, nouvel EEG, échographie, Doppler, etc … que j’avais un coeur de jeune homme et que mes douleurs n’étaient que de bénignes contractures musculaires inter-costales.

Il est également possible d’aller directement dans un des services d’urgence de l’hôpital mais comme partout en Europe les services d’urgence ressemblent à la cour des miracles et il vaut mieux ne pas être mourant pour attendre qu’un infirmier s’occupe de vous.

En venant m’installer ici à Tenerife un anglais, à la retraite comme moi, me peignit un tableau tellement sombre du système de santé publique espagnol qu’il me conseilla vivement de souscrire à une assurance maladie privée, ce que je fis. Mais à ce sujet, et je suppose qu’il en est de même dans tous les pays développés, plus on vieillit plus les mensualités sont élevées. Pour vous donner un ordre d’idées, au tout début (mais après trois mois de carence obligatoire à la suite d’une visite médicale détaillée dans les locaux de la compagnie d’assurance) je payais chaque mois un peu moins de 200 euros. Au delà de 70 ans la cotisation passe à plus de 300 euros mensuels et si on est un trop gros « consommateur » (je reviendrai sur ce terme) la compagnie d’assurances a tendance à augmenter encore plus rapidement la cotisation. J’ai donc mis fin à mon contrat et aujourd’hui je m’adresse pour mes petits bobos au système public.

Récemment j’ai pris conscience du coût effectif de la santé que l’on a trop tendance à considérer comme gratuit et je relate ici précisément les évènements que j’ai récemment vécu et qui sont riches d’enseignements. Quand j’étais assuré avec une compagnie privée, j’étais allé consulter un ophtalmologue qui m’avait bien mis en garde qu’il fallait que je consulte régulièrement car l’état général de mes yeux n’était pas optimal. Il y a quelques semaines je souffris d’un accès d’infections au niveau de l’oeil gauche, un truc que les spécialistes appellent la blépharite et qui est en fait une sorte d’acné au niveau des cils. Ce n’est pas très douloureux mais c’est gênant. Je m’étais également aperçu que ma vision de l’oeil droit était un peu trouble. Je voulais revoir la même ophtalmologue et je sollicitais donc un rendez-vous en consultation dite privée dans la clinique privée luxueuse où j’avais vu ce médecin il y a environ 7 ans et dont j’avais oublié le nom.

Coût de la démarche : 100 euros plus des pommades et des compresses non remboursées, naturellement. Tout ça pour m’entendre dire que pour mes yeux tout allait bien sinon un début de petite cataracte au niveau de l’oeil droit et qu’il fallait que je soigne cette blépharite. Rien de nouveau, donc, sous le soleil. Si je m’étais adressé au système public « gratuit » j’aurais tout simplement attendu quelques mois pour un rendez-vous avec un ophtalmologue. La question que je me suis posé par voie de conséquence est la suivante : le système de santé public dit gratuit est-il vraiment gratuit ? Pas vraiment. Je ne vois pas pourquoi le système public serait moins coûteux qu’une consultation privée comme celle à laquelle j’ai consenti financièrement uniquement par confort. J’en arrive à la conclusion évidente qu’on devrait clairement préciser aux personnes dépendant du système de santé gratuit combien il leur en coûte réellement quand ils vont consulter un médecin en dépit des nombreuses heures d’attente (j’ai aussi fait la queue dans la clinique privée) et de la lourdeur administrative du système. Il faudrait dire clairement aux patients combien leur consultation a réellement coûté à la société et leur faire comprendre également que ce prix apparaît dans les impôts et autres charges sociales payées par chacun, y compris les « pauvres » en France en particulier car tout le monde est assujetti à la CSG (contribution sociale généralisée) qui est un impôt – une flat-tax comme disent les Anglo-saxons – déguisé car son utilisation n’est en théorie qu’exclusivement consacrée au financement de la protection santé, ce dont je doute.

Le système de santé public a donc ôté tout sens critique et toute responsabilité au citoyen lambda : il croit que c’est gratuit mais c’est un leurre et pourtant il devient consommateur outrancier de ce service mis à sa disposition « gratuitement ». J’ai fait part de mes réflexions à ma copine et je lui ai demandé ce qu’elle ferait si on augmentait son salaire de 30 %, en d’autres termes si elle percevait outre son salaire net toutes les charges que son employeur et elle-même paient, mais qu’elle devrait alors prendre en charge elle-même le coût de sa santé en faisant nécessairement des choix comme par exemple ne pas s’assurer contre les risques mineurs mais seulement les gros risques. Il est évident que sa « consommation » médicale serait rapidement réduite, y compris les arrêts de travail pour maladie, et qu’elle se trouverait du jour au lendemain magiquement en bonne santé alors qu’elle va consulter son médecin pour le moindre mal de tête. Comme elle est politiquement orientée plutôt vers le socialisme (elle aime bien Maduro) elle considère que l’assurance maladie « gratuite » et gérée par l’Etat est un dû, un progrès social ! Ah bon ?

Sécurité sociale : le trou va s’agrandir

 

On (les médias) a tendance a trop rapidement oublier que le système de santé français, parait-il l’un des meilleurs du monde, a conduit pour son financement pharaonique à instaurer une flat-tax de près de 10 % sur tous les revenus, la CSG + CRDS, l’ensemble de la population active étant assujettie à cet impôt et ce n’est pourtant pas suffisant. Il faudra encore imaginer d’autres taxes et d’autres impôts pour combler ce puits sans fond qui ne cesse de s’agrandir en largeur et en profondeur. Comme si la situation n’était pas alarmante, le gouvernement actuel qui n’en est pas à une mesure démagogique près, a supprimé pour les congés de maladie (justifiés ou non) l’unique jour de carence pour les employés de l’Etat alors qu’il y a trois jours de carence dans le secteur privé et la Miss Touraine vient de supprimer le tiers payant. Parfait ! Tout va très bien. Pourquoi ne pas rembourser aussi les crèmes solaires, il y aura moins de mélanomes et la sécurité sociale ne s’en portera que mieux ! Donc maintenant tous les Français sont céémusés, c’est amusant mais pas pour leurs impôts parce qu’ils vont encore augmenter pour financer ces mesures débiles qui ont pour but d’annihiler le peu de responsabilité qui restait aux assurés sociaux. On va donc se trouver devant un dilemme sans solution, le trou déjà gigantesque de la sécurité sociale ne pourra que s’agrandir car tous les Français vont en profiter pour consulter par confort plutôt que par nécessité et se faire prescrire des médicaments le plus souvent coûteux et inutiles sans oublier les congés de maladies pour convenance personnelle.

Or le déficit de la sécurité sociale s’ajoute mécaniquement à la dette car il faut bien que l’Etat finance d’une manière ou d’une autre cette institution monstrueuse, anonyme et dérégulée, qui est le fruit des élucubrations idéologiques du gouvernement de Vichy largement dominé par les communistes puis reprises par le CNR en 1946. Depuis, la situation n’a fait qu’empirer et aujourd’hui le système, pourtant au bord de l’asphyxie, doit encore voir se dégrader son état financier avec des mesures totalement inappropriées de la Miss Touraine qui déresponsabilisent encore et toujours les citoyens contribuables.

« Est-il donc si difficile de laisser les hommes essayer, tâtonner, choisir, se tromper, se rectifier, apprendre, se concerter, gouverner leurs propriétés et leurs intérêts, agir pour eux-mêmes, à leurs périls et risques, sous leur propre responsabilité ; et ne voit-on pas que c’est ce qui les fait hommes ? Partira-t-on toujours de cette fatale hypothèse, que tous les gouvernants sont des tuteurs et tous les gouvernés des pupilles ? ».

Extrait de Harmonies économiques, Des Salaires, Frédéric Bastiat, 1850

Chronique japonaise (suite)

Mon fils a pris deux jours de congés de maladie, terrassé par une gastroentérite, j’en ai été témoin, et il a utilisé un tiers de ses jours de congés de maladie pour l’année 2014. Mais comment fonctionne au Japon le système des arrêts de travail indemnisés pour des raisons de santé ? C’est une vraie information sur laquelle devrait se pencher la ministre de la santé française. Le système d’indemnisation des arrêts de travail pour maladie au Japon reste à l’entière discrétion des entreprises. Dans ce pays il n’y a pas de règle générale imposée par un Etat tout puissant qui comme en France veut s’occuper de tout. La règle généralement adoptée est la suivante : chaque salarié a droit à 6 jours d’arrêt de maladie par an. Au delà de ces six jours les arrêts de travail sont décomptés des congés payés qui sont en général de 15 jours ouvrables par an en dehors des fêtes et autres jours fériés officiels. Si pour les besoins de la cause, plus précisément en raison d’une longue maladie, le malade est immobilisé plus longtemps, il doit obtenir un certificat médical qu’il présente à son assureur qui décidera ou non de prendre en charge cet arrêt de travail si la période d’arrêt a épuisé les jours de congés payés.

Il ressort de ce système qu’au Japon il faut d’abord être vraiment malade pour mettre en jeu ses congés payés et la plupart des salariés japonais réfléchissent plutôt trois fois qu’une pour accepter un arrêt de travail pour fait de maladie, à moins d’un cas de force majeure qui doit de toutes les façons être justifié. Ensuite, de nombreux ongles retournés, des brûlures superficielles, des douleurs parfois imaginaires et de simples rhumes sont tout simplement ignorés, sans parler des congés de maladie pour convenance personnelle, règles douloureuses ou petite déprime passagère à répétition, bref chacun est responsabilisé non pas devant l’Etat tout puissant et protéiforme comme en France et dans bien d’autres pays de l’OCDE mais devant lui-même.

Il existe naturellement des dispositions particulières pour les longues maladies mais encore une fois toutes les justifications doivent être présentées à l’administration ou auprès des compagnies d’assurance privées. On en est encore très loin en France, à plusieurs révolutions près … Mais au fait combien de milliards d’euros pourraient être économisés en France avec une réforme de ce genre s’alignant sur ce système japonais qui n’est pas unique d’ailleurs au Japon ? Et si le gouvernement français prenait une décision en ce sens appliquée à la lettre tant pour le secteur privé que pour le secteur public (surtout le secteur public) qui, au fond de lui-même, réagirait négativement au risque de voir tout le système d’assurance maladie imploser ? Qui irait manifester de Nation à Bastille pour défendre des privilèges acquis qui sont la porte ouverte à toutes sortes de fraudes et d’abus ? Cinq, dix milliards, quinze milliards d’économies ?

Les Japonais sont donc globalement en bonne santé et la meilleure preuve est le nombre de centenaires que compte le pays mais le vieillissement de la population fait aussi que le système de santé public est en déficit et le serait certainement beaucoup plus si le dispositif d’indemnisation des congés de maladie était aussi laxiste que celui appliqué en France !