Le « typhus » du saumon sur la sellette

Ce billet n’est pas de mon cru, il s’agit d’un copié-collé d’une dépêche de l’agence ATS. Pour la compréhension du contenu de cette dépêche il faut rappeler que les rickettsies sont des bactéries parasites intracellulaires obligatoires car elles disposent d’un génome rudimentaire. Elles sont responsables du typhus, une maladie redoutable transmise par des parasites comme les puces, les poux ou les tiques. Les rickettsies colonisent préférentiellement les cellules du foie. Enfin les rickettsies sont les plus proches parents des mitochondries, les centrales énergétiques des cellules.

Au Chili, un saumon mijoté aux antibiotiques

Les antibiotiques sont de plus en plus utilisés dans l’industrie du saumon au Chili, la deuxième plus importante au monde. Ils permettent de lutter contre une redoutable bactérie, mais leur usage excessif pollue l’environnement et pourrait créer de nouvelles maladies.

« Nous utilisons au Chili 500 fois plus d’antibiotiques qu’en Norvège », premier producteur mondial, s’alarme Liesbeth van der Meer, directrice par interim du groupe écologiste Oceana-Chili. Il y a un mois, cette organisation a obtenu une victoire importante devant la justice. Celle-ci a forcé à rendre publics la quantité et le type d’antibiotiques administrés aux saumons chiliens.

Le résultat est sans appel. En 2015, 557,2 tonnes de médicaments ont été injectées dans la production totale de 846’163 tonnes, selon le Service national de la pêche et de l’aquaculture. Cela équivaut à un taux d’antibiotiques de 0,066%. En 2010, le taux était deux fois moindre, à 0,031%, soit 143,2 tonnes de traitement sur une population de 466’857 tonnes.

L’objectif de ces antibiotiques est de lutter contre la bactérie Piscirickettsia salmonis. Cette dernière est dangereuse pour les saumons chiliens, élevés dans les eaux du sud du pays où ils ont été introduits artificiellement il y a des décennies.

Mais comment fait donc la Norvège? « Tout simplement, elle a su contrôler ses maladies », affirme Liesbeth van der Meer.

Contrôle médical strict

L’industrie chilienne se défend. Elle assure avoir besoin de cette quantité de médicaments pour repousser les pathologies menaçant le saumon, le tout sous strict contrôle médical.

« L’antibiotique utilisé doit être prescrit par un vétérinaire et on ne peut pas l’administrer de manière préventive, uniquement quand la maladie apparaît », souligne Felipe Sandoval, président de Salmon Chile. L’association représente la majorité des producteurs chiliens.

« Les progrès technologiques vont nous aider à minimiser l’usage d’antibiotiques. C’est juste une question de temps », assure-t-il.

Contamination par ricochet

Pêcheurs et écologistes sont formels: il n’y a aucun risque pour la consommation humaine. Toute trace de médicament disparaît. Quand il est vendu, « le saumon ne contient pas d’antibiotiques », explique la directrice d’Oceana. Elle prévient toutefois que le danger est ailleurs, quand le traitement se diffuse dans l’environnement.

Les résidus d’antibiotiques peuvent, à long terme, contaminer la communauté bactérienne autour des élevages de saumons, indique l’épidémiologiste Fernando Mardones, chercheur à l’université Andrés Bello. Les bactéries « peuvent devenir résistantes à certains antibiotiques au bout d’un certain temps, jusqu’à ce qu’apparaisse une bactérie résistante à tout, pouvant affecter les poissons et même parvenir jusqu’à l’être humain », s’inquiète-t-il.

Jusqu’à présent, aucun cas de résistance bactérienne n’a été prouvé dans l’aquaculture. Ce phénomène est toutefois déjà apparu dans d’autres industries, créant une menace pour la santé publique.

Crises sanitaires

L’industrie chilienne du saumon devrait « voir ce qui ne fonctionne pas dans la production et quelles sont les mesures alternatives pour diminuer l’usage d’antibiotiques », estime le chercheur. Il préconise par exemple d’augmenter l’apport d’antioxydants dans le régime des poissons.

Avec un chiffre d’affaires annuel de 3,5 milliards de dollars, l’élevage de saumons est l’une des principales sources de travail dans de nombreuses régions du sud du pays. Il génère plus de 70’000 emplois directs et indirects. Ses premiers clients sont les Etats-Unis, le Japon, la Russie et le Brésil.

Derrière son usage intensif d’antibiotiques, il y a au Chili le traumatisme de plusieurs crises sanitaires. En 2007, le virus de l’anémie infectieuse du saumon (ISA) avait dévasté une partie de la production. Début 2016, la prolifération d’algues nocives a provoqué la mort par asphyxie d’environ 100’000 tonnes de poisson, 12% du total.

(ats / 06.07.2016 11h03)

Dans le genre malbouffe avec le saumon on ne ne peut pas faire mieux !

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Depuis que je me suis approché en Islande d’un élevage de saumons, je n’ai mangé que très rarement de ce poisson. L’odeur insupportable se dégageant de l’entrepôt de nourriture destinée à ces petites bêtes est restée gravée à jamais dans mes neurones. Il y a quelques jours un ami restaurateur venait de se faire livrer du saumon fumé prédécoupé et emballé sous vide en provenance du Chili. Je lui ai demandé de me découper non pas un morceau de saumon mais l’étiquette qui comme pour toute denrée alimentaire est censée préciser peu ou prou les ingrédients du truc en question. Je traduis pour les non hispanophones dont je fais partie les ingrédients qui ne sont pas du saumon :

sel de table, sucre, essence de graines d’aneth, huile de table, huile essentielle de poivre rouge, E551. Fumé avec des bois nobles. Jusque là rien de très alarmant encore que si on cherche la petite bête, pas le saumon mais ce qu’on a ajouté pour qu’il se conserve, on peut avoir des surprises. D’abord pourquoi ajoute-t-on du sucre, mes recherches se sont révélées infructueuses. Ensuite il n’y a aucune indication quant à la composition de l’huile de table. Il s’agit très probablement d’une huile de composition variée contenant un certain pourcentage d’huile de coton et également très probablement hydrogénée pour éviter tout phénomène de rancissement qui serait préjudiciable au goût recherché du saumon. Pour l’agent anti-agglomérant E 551 dit de « libération » si on traduit l’espagnol, il s’agit de nanoparticules d’oxyde de silicium produites industriellement et largement utilisées dans l’industrie agroalimentaire jusqu’à 15 mg par kilo de toutes sortes de denrées. Ce n’est pas beaucoup mais ce n’est pas très naturel non plus surtout quand on sait qu’une récente étude parue dans le périodique Cell Biology and Toxicology ( doi: 10.1007/s10565-014-9271-8 ) indique clairement que même à faibles doses les nanoparticules d’oxyde de silicium sont toxiques pour les cellules en culture et pas n’importe lesquelles, des fibroblastes humains d’origine pulmonaire foetale bien connus des biologistes, les WI-38. Certes il n’y a pas vraiment de danger pour les poumons quand on mange du saumon mais n’importe quel grincheux peut se préoccuper de l’effet de ces nanoparticules sur les fibroblastes et autres cellules buccales ou de l’oesophage … Reste le boucanage, autrement dit le fumage, avec de la fumée de bois nobles. C’est un procédé de conservation comme un autre qui n’a d’autre raison d’être que de stériliser la viande, les constituants de la fumée étant toxiques pour la plupart des bactéries. Est-ce que les industriels de l’aquaculture se préoccupent des bactéricides, des fongicides et des produits anti-parasites déversés par seaux entiers dans les cages emprisonnant les saumons ? Pas vraiment. Pas vraiment non plus pour ce qui entre dans le conditionnement des filets de saumon car le business est tellement immense que tous les coups tordus sont permis.

Conclusion : cette fois c’est définitif, je ne mangerai plus jamais de saumon !

Les poissons d’élevage ? Oui, en fermant les yeux !

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Lorsque j’étais en post-doc au Salk Institute, le patron m’avait désigné un technicien, un grand blond bronzé qui s’intéressait à ce que je lui demandais de faire dans le laboratoire un peu comme moi de mes premières paires de chaussettes. Comme je constatais qu’il ne montrait absolument aucun intérêt à ce qui se passait dans le laboratoire, je finis par me résigner à lui demander ce qu’il pouvait faire de ses journées en dehors des quelques quatre ou cinq heures, au mieux les meilleurs jours, de présence dans le laboratoire. Il me répondit qu’il était très occupé par sa ferme. Une ferme ! Que mes lecteurs oublient immédiatement l’idée que je puisse affabuler, ce ce que je relate est la stricte vérité. Mon technicien, qui ne travailla jamais vraiment au cours des trois mois de son bref séjour dans le laboratoire, possédait une ferme marine qu’il louait à l’Etat de Californie dans la baie de La Jolla, au nord de San Diego. Excellent sportif, il plongeait en apnée pour équiper les 10 acres de fond marin en piquets sur lesquels il accrochait des petits paniers métalliques contenant des petits ormeaux. Il avait passé des mois sinon des années pour aménager cette ferme avec des milliers de pieux qu’il avait planté dans les sédiments de la baie par quinze mètres de fond et des paniers qu’il avait confectionné lui-même avec du fil de fer et il commençait à récolter les premiers bénéfices de son travail. Un panier rempli d’une vingtaine de ces coquillages que l’on appelle abalones en Californie, ormeaux en Bretagne, lui permettait à l’époque de s’assurer un revenu presque quotidien frisant les 100 dollars de l’époque. Autant dire qu’il était bien plus riche que moi et que son travail de technicien de laboratoire de biologie ne l’intéressait nullement.

Cela se passait il y a plus de 35 ans et aujourd’hui les fermes marines se sont tellement développé de par le monde que le tonnage, toutes espèces confondues, provenant de l’aquaculture en eau douce et en mer a dépassé celui de l’élevage bovin et est en passe de surpasser l’ensemble des élevages d’animaux de la ferme en atteignant déjà en 2012 la bagatelle de 95 millions de tonnes, 25 % de plus de la moitié de tous les poissons sauvages pêchés dans les océans. Parallèlement les prises de poissons déclinent depuis environ cinq ans non pas en raison d’un supposé changement climatique mais tout simplement parce que la pêche intensive diminue mécaniquement si l’on peut dire les prises, un phénomène particulièrement évident avec le thon ou la morue.

Il est donc évident que les fermes marines et en eau douce ont un bel avenir devant elles puisqu’on estime que la demande en poissons continuera à augmenter dans les prochaines années d’environ 2 % par an. En d’autres termes, dans les années à venir, l’augmentation de la consommation de poissons proviendra exclusivement des fermes marines et également en eau douce. Par exemple l’élevage des tilapia, un poisson commun dans le Nil, atteint déjà 5 millions de tonnes rien qu’en Chine.

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Pratiquement toutes les crevettes consommées de par le monde proviennent d’élevages intensifs situés aux Philippines, en Thaïlande, et à un moindre degré au Texas ou en Floride. Le saumon sauvage est réservé aux élites qui peuvent se permettre de payer pour cette rareté des prix extravagants. La presque totalité du saumon provient d’élevages intensifs répartis dans tous les pays où l’eau de mer est froide, depuis l’Alaska, la Colombie Britannique jusqu’à l’Orégon, l’île d’Hokkaido au Japon, l’Ecosse, la Norvège ou encore l’Islande et la Patagonie, un gigantesque business dont il vaut mieux ignorer les détails. La Chine produit plus de 40 millions de tonnes de carpes chaque années dans des conditions sanitaires qu’il est préférable également de ne pas mentionner. La Chine est le premier producteur de poissons d’élevage du monde et la grande majorité de ces derniers est vendue vivante sur les marchés, faut-il le rappeler.

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L’une des dernières espèces de poissons candidate prometteuse des fermes marines est le cobia, un cousin du saumon (Rachycentron canadum) dont l’élevage est tellement prometteur que la plus grande ferme marine au monde vient d’être mise en place au large des côtes du Panama côté Pacifique. D’ors et déjà cette exploitation produit environ 1500 tonnes de ce poisson à la chair recherchée par les plus grands restaurants. Le problème est l’exploitation de telles fermes éloignées des côtes car elle nécessite une logistique appropriée et de la nourriture et c’est sur ce dernier point que réside tout le problème de l’aquaculture marine. S’il faut continuer à décimer les océans pour nourrir des poissons d’élevage le jeu en vaut-il la chandelle comme on dit ? Des recherches pourraient mettre un terme à ce massacre aveugle comme des plantes transgéniques riches en acides gras oméga-3 pour produire des tourteaux susceptibles d’être des matières premières pour les élevages de poissons marins ( https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/01/25/ogm-et-poissons-delevage/ ) afin de stabiliser cette pêche sans discernement qui décime les plateaux continentaux intensément chalutés à cette unique fin. Il n’en reste pas moins que pour produire un kilo de poisson d’élevage il faut en moyenne 1 kilo de nourriture, c’est presque magique, alors qu’il faut 2 kilos pour produire la même quantité de viande de poulet, 3 kilos pour produire 1 kilo de viande de porc et environ 7 kilos de nourriture pour produire un kilo de viande de bœuf. Pour l’élevage du saumon les recherches récentes ont permis de réduire significativement l’apport de nourriture provenant de la pêche en mer. Un saumon aujourd’hui dans votre supermarché préféré a été nourri avec une mixture à plus de 90 % d’origine végétale, le reste étant d’origine marine avec quelques additifs comme des carotènes d’origine naturelle, il ne faudrait pas tout de même que la chair du saumon soit blanche comme celle de la morue, et quelques antibiotiques, fongicides et autres produits permettant de combattre les parasites qui affectionnent tout particulièrement le saumon surtout quand il se trouve dans un espace confiné. Pour ce qui est de la qualité sanitaire de la moindre crevette congelée de provenance inconnue il vaut mieux ne pas être trop regardant. Bref, à moins de désertifier l’ensemble des océans, il faut se résigner à manger des poissons, des crustacés et autres crevettes, les homards sont devenus un souvenir, en fermant les yeux et en ne se posant surtout pas trop de questions. Et c’est pourtant l’avenir car nous n’avons pas le choix …

Source : National Geographic, illustrations NG et Wikipedia

Le géo-engineering ne plait pas aux écolos ! Et pourtant …

Lorsque l’on s’éloigne des côtes, l’océan devient bleu sombre, presque noir, l’eau est d’une limpidité rivalisant avec les eaux de source les plus pures et naturellement il n’y a aucune vie, pas un poisson, pas un oiseau pour éventuellement signaler la présence de nourriture. Parfois l’immense étendue marine est troublée par un cétacé remontant des profondeurs où il a tenté vainement de trouver quelque provende hypothétique. Car la haute mer est désertique en terme de vie. Et pourtant il y a du soleil et n’importe quelles bactéries ou diatomées photosynthétiques pourraient pulluler puisque le CO2 est abondant, surtout depuis que l’homme, de par ses activités industrielles, en rejette dans les airs, mais ce qui manque le plus c’est la présence de certains ions minéraux présents près des côtes en raison du lessivage de la terre ferme par les rivières mais presque totalement absents en haute mer. On peut naviguer pendant des milliers de kilomètres dans ce désert aqueux et salé sans jamais voir la moindre trace de vie. Ce qui manque à la vie c’est un peu plus de fer et aussi un peu plus de silicium, c’est à peu près tout.

L’Atlantique Nord est quelque fois ensemencé au gré des vents par la poussière provenant du désert saharien, les Canariens en savent quelque chose, ils appellent ce vent de poussière du désert « la calima », et des milliers de tonnes de particules sub-microscopiques peuvent parfois traverser l’océan depuis la Mauritanie jusqu’à la Floride. Il arrive alors qu’une « explosion » de plancton puisse être observée au large, très loin des côtes, favorisant la vie. Le plancton est en effet le premier élément soutenant la vie maritime. Le alevins de toutes les espèces de poissons s’en nourrissent comme les larves de crustacés et c’est le tout début de la chaine alimentaire marine. Pas assez de fer, pas de vie, pas de fixation de gaz carbonique par photosynthèse et dans 200 millions d’années pas de massifs des Bauges ou de Chartreuse surgissant du fond des mers …

Par les temps qui courent, le CO2 « en excès », la vraie bête noire des écologistes de tout poil, pourrait être efficacement piégé par le plancton si les conditions salines étaient favorables. Or pour ce faire, il faut engraisser la mer, comme on chaule un sol acide ou qu’on ajoute du nitrate d’ammonium, du potassium et du phosphate pour améliorer les rendements agricoles. Après tout, la mer est aussi un milieu vivant et rien n’empêche d’améliorer la vie qui pourrait s’y développer avec des apports judicieux de fer et de silicium. Pourquoi le fer, tout simplement parce qu’il entre dans la compositions de pigments impliqués dans la photosynthèse. Or un résidu abondant de la production industrielle de l’aluminium et du titane dont on ne sait quoi faire est le sulfate de fer, un candidat parfait pour fertiliser l’océan. En y ajoutant un peu de silicate c’est magique ! C’est ce qu’a fait l’Alfred Wegener Institute au milieu des années 2000 en répandant l’équivalent de 10 mg de sulfate de fer par mètre carré dans l’océan Antarctique pour ne pas énerver les écologistes qui refusent qu’on intervienne sur l’équilibre salin des océans. Il a fallu aux auteurs de cette étude près de 7 ans pour pouvoir publier leurs résultats dans le journal Nature (voir le DOI en lien) qui comme chacun sait est un des « organes » politico-scientifiques d’ONG telles que Greenpeace et WWF, l’éditeur en chef de Nature ne s’en cache d’ailleurs pas. Bref, la polémique a donc enflé jusqu’à un point tel qu’il est maintenant devenu pratiquement impossible d’obtenir une autorisation pour effectuer des recherches dans ce domaine. Et pourtant les travaux des spécialistes du Wegener Institute étaient parfaitement clairs : l’ensemencement de l’océan avec un mélange de sulfate de fer et de silicate de sodium favorisait l’apparition massive de plancton photosynthétique qui fut suivie en détail par les scientifiques. L’expérience en vraie grandeur en pleine mer montra qu’en seulement quelques jours la fixation de l’acide carbonique dissous dans l’eau de mer était réelle puisque le plancton en fin de vie tombait rapidement au fond de l’océan à plus de 3000 mètres de profondeur.

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Nonobstant les réticences des agitateurs protecteurs de la nature qui ont influencé les instances administratives américaines en obtenant que toute expérimentation en vraie grandeur d’ensemencement de l’océan avec du fer soit sévèrement réprimée ou soumise à des conditions draconiennes, ce que l’on appelle en termes savant du géo-engineering, la Haida Salmon Restoration Corporation (HSRC) basée en Colombie Britannique a réalisée une expérience du même genre qui n’est pas sans rappeler celle du Wegener Institute mais dans un tout autre but. La communauté Haida, environ 4000 personnes, vit essentiellement du saumon de rivière remontant les nombreux torrents de l’île Gwaii aussi appelée l’Île de la Reine Charlotte au large des côtes de la Colombie Britannique. Les prises de saumon varient d’une année à l’autre mais sont en déclin sensible depuis un certain nombre d’années. Ce qui a motivé l’HSRC à procéder à une expérience de géo-engineering était tout à fait fortuit. L’éruption de plusieurs volcans des îles Aléoutiennes en 2010 a eu pour résultat une augmentation notoire des prises de saumon en 2011 et 2012. Or les cendres volcaniques sont habituellement riches en fer et l’HSRC a été sponsorisée par un entrepreneur américain pour se lancer en 2012 dans une expérience en vraie grandeur d’ensemencement des eaux immédiatement au large de l’île de Gwaii avec 120 tonnes de sulfate de fer et des silicates répandus sur 35000 kilomètres carrés dans le but de stimuler la croissance du plancton et ainsi la croissance des alevins de saumon qui se nourrissent essentiellement de ce plancton au cours des premières semaines de leur vie marine après avoir redescendu le cours des rivières. Le but de cette expérimentation n’était pas de séquestrer du CO2, l’affaire aurait pu passer inaperçue et éventuellement réjouir les écologistes, mais de vérifier si la croissance des saumons, et donc leur viabilité, était vraiment stimulée par cette opération d’un nouveau genre. Au cours de la saison dernière, une année après cet essai en vraie grandeur, le nombre de saumons capturés a quadruplé, passant de 50 à 226 millions autour de l’île Gwaii et dans la rivière Fraser, plus au sud mais aussi en Colombie Britannique, les captures sont passées de 25 à 72 millions de saumons. Pas besoin de faire plus de commentaires les chiffres parlent d’eux-mêmes.

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Le sulfate de fer est virtuellement sans valeur commerciale, seuls les coûts de transport et d’épandage dans la mer doivent être considérés en regard des profits potentiels pour la pêche au saumon. De plus la séquestration concomitante du CO2 peut être aussi prise en compte comme un plus économique. Or l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (International Union for Conservation of Nature) s’est immédiatement insurgée en clamant haut et fort que cette pratique était illégale car elle ne devait pas être réalisée dans un but commercial mais uniquement dans un but scientifique. Pire, l’ETC Group, un groupement d’activiste dont le slogan pour le moins ambigu est « la conservation et le développement durable de la diversité culturelle et écologique et des droits de l’homme », considère que tout doit être évité pour que l’humanité n’échappe à la nécessité du rationnement carboné ! En d’autres termes, enrichir même de manière infinitésimale les océans avec du fer, 10 mg par mètre carré ou mètre cube – c’est du pareil au même, l’humanité toute entière pourrait être déculpabilisée et continuerait alors à brûler des combustibles fossiles, et ça c’est pas politiquement correct ! La situation est devenue à ce point surréaliste qu’on se demande bien quelle en sera l’issue. A court d’arguments les irréductibles de la protection de la nature utilisent des moyens de persuasion qui vont à l’encontre des principes basiques de l’économie et aussi des droits de l’homme qu’ils veulent pourtant protéger jalousement. Depuis des millénaires, l’homme n’a cessé de domestiquer la nature, au nom de quel principe faudrait-il qu’il régresse et choisisse de s’appauvrir ? Que ces idéologues illuminés par je ne sais quelle révélation aillent demander leur avis aux Indiens Haida, ils seront certainement bien reçus !

Liens :

http://www.haidasalmonrestoration.com/index.php/science/geoengineering

Illustration : Chaetoceros atlanticus (Alfred Wegener Institute)

doi:10.1038/nature11229

Saumon transgénique : belle bataille en perspective !!!

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Après 18 années de patientes mises au point, le saumon génétiquement modifié pour grossir deux fois plus vite que naturellement va très probablement être autorisé à la vente par la FDA dans les prochains jours. Sur 150 millions de tonnes de poissons consommés chaque année dans le monde plus de 60 millions proviennent de l’aquaculture, l’un des secteurs agricoles dont la croissance est la plus rapide. A l’aquaculture en eau douce et en mer de poissons, il faut également ajouter les fermes de crevettes, une activité très lucrative. En dehors de l’Alaska et de quelques rivières d’Ecosse et d’Irlande, le saumon est essentiellement élevé dans des fermes marines. Cette véritable industrie génératrice de devises est d’ailleurs bénéfique puisque le saumon sauvage remontant les rivières pour aller frayer est en fin de vie et sa chair de mauvaise qualité. Enfin la pêche sportive au saumon sauvage est préjudiciable à la survie de l’espèce puisque les femelles prêtes à pondre ne sont pas relâchées comme le voudrait un code de bonne conduite du pêcheur mais gardées pour en déguster la chair et les œufs. En élevage captif le saumon atteint une taille commercialisable au bout de trois années et c’est la raison pour laquelle ce poisson, même d’élevage, reste encore couteux. Et c’est aussi pour cette raison que la société AquaBounty basée dans le Massachusetts a développé un saumon génétiquement modifié pour sur-exprimer l’hormone de croissance. Il ne s’agit pas d’un saumon capable de se reproduire mais d’un hybride issu du croisement d’un mâle sauvage et d’une femelle  génétiquement modifiée triploïde dont la descendance est stérile. C’est un peu le cas de figure du maïs transgénique hybride F1 dont j’ai parlé dans quelques-uns de mes billets. Comme pour le maïs, le saumon génétiquement modifié pour grossir plus rapidement, en dix-huit mois et non trois années, se reproduit donc très mal et il ne présente pas les performances musculaires nécessaires pour remonter jusqu’aux frayères au bout des rivières car il n’a pas passé la majeure partie de sa vie en eau océanique salée. Le saumon transgénique sur-exprime l’hormone de croissance de l’espèce de saumon appelé Chinook dont le gène a été introduit avec un promoteur correspondant isolé d’une anguille. Le génome du saumon de près de 40000 gènes a donc été modifié sur le promoteur d’un seul gène. Pas vraiment de quoi fouetter un chat ! Et pourtant les associations d’écologistes sont à l’affut de la décision de la FDA qui devrait donc statuer dans les prochains jours sur la commercialisation de ce saumon qu’on retrouvera sur l’étal des supermarchés avec une étiquette précisant qu’il a été génétiquement modifié, que ça peut être mauvais pour la santé, que la chair risque de ne pas avoir le même goût, qu’on peut attraper un cancer en le dégustant ou devenir sourd ou changer de sexe ou avoir une poitrine pousser si on est un homme et si on est une femme avoir la barbe qui pousse et l’apparition d’un pénis à la place du clitoris, qu’on peut voir des écailles (de saumon) pousser sur la peau, qu’on peut avoir une nageoire qui se met à pousser au milieu de la raie des fesses, que sais-je encore … Les associations écologistes en tous genres fourbissent leurs armes grotesques puisque l’introduction de ce saumon dans le commerce serait une première : le premier animal génétiquement modifié destiné à la consommation humaine. Or, en dix-huit années d’étude et dix générations de saumon transgénique, toutes les études réalisées prouvent que la chair de ce saumon est indiscernable de celle du saumon de l’Atlantique élevé dans des fermes marines. Afin de prévenir toute prolifération (improbable) de ce saumon et son croisement avec un saumon sauvage, l’aquaculture sera strictement effectuée dans des bassins aménagés sur la terre ferme sans communication directe avec l’océan ou une quelconque rivière, selon une exigence sine qua non de la FDA. Mais ce n’est pas suffisant pour les écologistes qui considèrent que ce saumon génétiquement modifié portera atteinte à la santé humaine et sur ce point il est intéressant d’établir un parallèle entre les tourteaux de soja (transgénique) importés des USA pour nourrir le bétail européen et une tranche de saumon (génétiquement modifié) dans son assiette. En vingt ans de retour d’expérience, on n’a pas été capable de détecter le moindre effet adverse sur le bétail nourri avec des tourteaux de soja génétiquement modifié, et pourtant on mange du bœuf nourri avec ces tourteaux, même en France, pays sauvagement opposé aux plantes génétiquement modifiées (on sait que le ministre actuel de l’environnement et de l’énergie a gaspillé son énergie personnelle pendant des années pour faucher des plantes transgéniques) … Il est raisonnable de penser que pour le saumon, et bientôt la truite et d’autres poissons, il en sera de même pour la santé humaine, une innocuité totale. Mais une belle bataille se prépare contre ce saumon et aussi contre le bon sens le plus élémentaire.

Source et crédit photo : The Telegraph