Le pétrole ça rapporte aussi mais autrement

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Depuis la chute des cours du pétrole, tant l’exploration pétrolière que tout le business qui concerne l’extraction de cet or noir s’est presque figé au point que une multitude de sociétés qu’on qualifie de para-pétrolières se trouvent en grande difficulté. Plus de commandes, des faillites à répétition, des hedge-funds qui abandonnent la partie, et des équipements qui viennent rouiller dans des ports accueillants contre monnaie sonnante en contre-partie.

C’est exactement ce qui se passe dans la darse nord du port de Santa Cruz de Tenerife où mouillent depuis des mois deux bateaux d’exploration (les deux derricks jumeaux sur la photo), deux plate-formes en piteux état alors que le projet de construction d’un rig (au niveau des deux grues sur la photo) est arrêté depuis maintenant deux ans.

Visuellement ce n’est pas attirant mais le port autonome de la ville s’en tire pas trop mal puisque ce business lui rapporte tout de même la coquette somme de deux cent mille euros chaque jour … jusqu’à ce que les propriétaires de ces équipements ne puissent plus payer. Alors le tout sera vendu comme ferraille au plus offrant. Cette dernière possibilité est problématique dans la mesure où le marché de l’acier s’est également effondré et personne, pas même en Europe, ne s’intéressera à de tels amas de tôle, promis à la piteuse destinée d’un éventuel récif artificiel …

Pétrole contre bananes … ou l’inverse (Iles Canaries)

Hier eurent lieu des manifestations contre la prospection pétrolière au large des îles Canaries, entre Fuerteventura et Lanzarote et le continent africain. Les Marocains et les Mauritaniens n’ont pas d’état d’âme et ont déjà commencé l’exploitation pétrolière au large de leurs côtes. En ce qui concerne l’archipel canarien peuplé de « mangeurs de bananes », l’action permanente auprès de la foule crédule des ONG comme Greenpeace ou le WWF , ils draguent le client (ou plutôt sa bourse) dans la rue sans aucune gène, a finalement payé. Les Canariens sont contre toute prospection pétrolière dans « leurs eaux », point à la ligne ! Le gouvernement central (Madrid) avait donné son feu vert à la prospection tant aux Canaries que près des Baléares au début de la semaine ce qui aurait, disent certaines mauvaises langues précipité l’abdication du Roi, lui grand protecteur des animaux surtout des éléphants mais la rumeur n’a pas été vérifiée …

Bref le port de Santa Cruz de Tenerife qui souffre d’une sous-activité chronique depuis la crise immobilière qui a violemment frappé l’ensemble de l’Archipel n’a rien trouvé de mieux que d’offrir des facilités de mouillage dans les darses désertées par les porte-containers aux compagnies pétrolières qui opèrent tant en Mauritanie qu’au Maroc, y compris l’ancien Rio de Oro devenu Sahara Occidental et annexé par le Maroc pour cause de pétrole, tout le monde le sait ! Le mouillage est facturé 75000 euros par jour, c’est mieux que rien du tout …

Pour illustrer ce propos voilà à quoi ça ressemble une plateforme pétrolière en vraie grandeur :

 

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Liens : http://eldia.es/index2.htm et http://www.laprovincia.es

 

Scènes banales de la vie quotidienne (le 11 mars 2014)

J’étais complètement à court d’inspiration pour écrire un billet sur mon blog. Rien d’intéressant ! Les habituelles jérémiades de Fabius qui veut sévir parce que la Russie aurait annexé la Crimée, le troisième anniversaire de « Fukushima », quand on pense qu’il faudra plus de trente ans avant qu’on puisse avoir une petite idée de ce que le combustible est devenu dans les réacteurs, sans parler de l’eau contaminée qui s’accumule dans des dizaines de milliers de réservoirs fuyards, c’est tout ce qui a frappé les esprits, les OGM, les pesticides, la vague de chaleur sur l’Europe, la centrale au charbon de GDF-Suez en Italie qui a déjà fait des milliers de morts, et j’allais oublier les cancers de la thyroïde dans la province de Fukushima, mais si ! C’est nouveau, ça vient de ressortir pour ce troisième anniversaire et enfin l’avion de Malaysia Airlines qui reste toujours introuvable, vraiment rien d’intéressant, point barre.

Et pourtant j’ai fini par me sentir sollicité par un hasard inattendu comme d’ailleurs tous les hasards. Ce matin (donc hier 11 mars), vers 11 heures, après avoir rituellement bu mon café au soleil, tout de même avec un petit vent du nord désagréable, je suis revenu dans mon meublé, loué à un agent immobilier qui en est propriétaire, et j’ai constaté que la compagnie des eaux m’avait déconnecté. Plus d’eau ! Tout de suite une grosse panique. Dans ce genre de situation on comprend à quel point on est devenu dépendant de services basiques comme l’électricité, le téléphone et l’eau, en quelque sorte trois fluides essentiels pour la survie. On peut se passer de téléphone, surtout le cellulaire que j’utilise rarement et que je considère comme étant un parasite aussi nocif qu’une tique, on peut se passer de télévision tout aussi bien, d’ailleurs je n’ai pas de télévision chez moi et je m’en porte très bien ! L’eau c’est une utilité, comme disent les Anglo-saxons, vraiment basique. On en a besoin pour se laver les dents, le cul et les mains au minimum deux fois par jour sans oublier la douche matinale. Pour aggraver la situation, comme je ne parle pas vraiment l’espagnol, j’ai sollicité l’aide d’une amie francophone qui a aussi d’autres choses à faire et j’ai pu identifier le problème. Mon propriétaire qui ne loue ses possessions immobilières qu’aux étrangers pour éviter les problèmes avait tout simplement oublié de payer la facture d’eau ! Mon amie francophone, je viens de le dire, lui a carrément soufflé dans les bronches pour lui faire comprendre que tout Canarien qu’il est (mangeur de bananes) il pourrait avoir un peu de respect pour ses locataires, surtout les étrangers.

Bref, je suis allé in extremis à 19 heures payer la facture (que je n’avais jamais reçu) dans ce qu’on appelle ici un estanco, un peu comme un conveni au Japon, avec les références complexes qu’avait communiqué mon propriétaire à mon amie francophone pour que la compagnie des eaux puisse dans la demi heure qui suit le paiement débloquer mon compteur. Une référence à dix chiffres et une autre à douze caractères ainsi que le montant exact à payer, 49,61 euros dont 21,35 euros de taxe de coupure et de raccordement. Je me ferai un plaisir de soustraire ces 21,35 euros de ma prochaine facture d’électricité.

J’ai finalement pu m’entretenir directement avec mon propriétaire et je lui ai signifié que si une telle mésaventure arrivait avec l’électricité je le trainerais immédiatement en justice, je connais en effet un très bon avocat qui parle fort heureusement anglais. Quand on sait que la compagnie des eaux se résigne à couper l’eau après six mois d’impayés, il y a quelques questions à se poser surtout quand on est un « pauvre » locataire de meublé étranger et qu’on s’adresse à un loueur qui ne loue qu’à des étrangers pour ne pas avoir de problèmes d’impayés ! C’est renversant … Autre nouvelle, j’ai reçu un mail du consulat de France à Madrid m’informant qu’un nouveau consulat va ouvrir à Santa Cruz (l’ancien consul a disparu de la circulation parce qu’il avait « oublié » de payer les charges sociales de sa société impliquée dans l’énergie dite verte, on a parlé de plusieurs centaines de milliers d’euros. Je ne sais pas comment les consuls sont rémunérés pour leur représentativité aléatoire, mais ça fait mauvais effet. Ce message m’indiquait que si je devais renouveler mon passeport je devrais aller à Madrid. C’est bon ! Un aller-retour (125 euros pour les résidents canariens) et le timbre fiscal, ça le fait ! Ce mail m’a tout de même rappelé que je m’étais fait voler mon précédent passeport en Thaïlande en 2005 et je me suis demandé si lors de mon prochain embarquement pour le Japon je ne vais pas demander à la fille du check-in si mon passeport est bien authentique. Il serait tout de même logique que les agences de voyage comme toutes les compagnies aériennes soient connectées à la base de données d’Interpol qui tient à jour plus de 40 millions de passeport volés ou perdus. Triste perspective puisque je sais selon mon billet d’avion que je volerai de Rome à Narita dans un Boeing 777 d’Alitalia, un avion très confortable au demeurant … Comme quoi une banale coupure d’eau vous égare.

Au détour d’une conversation : les narines blanches !

Je suis allé ce soir, contrairement à mes habitudes car je ne suis pas du tout un noctambule, boire un verre avec une amie francophone de longue date, en fait depuis que j’ai élu domicile dans les Iles Canaries, et nous avons parlé de choses et d’autres comme de vieux amis peuvent le faire devant une bière ou un café quand on n’a que le loisir de partager un moment privilégié pour échanger nos expériences passées à la terrasse d’un café avec une température extérieure de 25 degrés et une petite brise de mer de trois à cinq nœuds rafraichissante mais pas trop. Cette amie m’a raconté une histoire incroyable que j’ai eu quelque peine à imaginer. Il y a quelques années, un bateau de Greenpeace a mouillé dans le port de plaisance de Santa Cruz de Tenerife pendant « un couple » de semaines selon cette amie qui a appris le français quand ses parents habitaient à Lausanne, canton de Lausanne, Confédération Suisse, à une époque durant laquelle beaucoup d’Espagnols s’étaient expatrié pour fuir la dictature franquiste. Nous n’avons pas parlé de Franco mais de Greenpeace. Mon amie Maria-Carmen, c’est un prénom très répandu en Espagne, est allée visiter le bateau de Greenpeace quand il mouillait dans le port des yachts de Santa Cruz et elle m’a tout de suite dit ceci, je n’invente rien : « ils avaient tous l’air drogués, ils avaient les narines blanches ». Je n’avais jamais entendu cette expression avant cette conversation de ce soir qui avait abouti à parler du bateau de Greenpeace parce que nous parlions auparavant du vraquier turc qui est en souffrance depuis près de trois ans dans le port. Le Bateau de Greenpeace n’est pas resté en souffrance et mon amie Maria-Carmen m’a posé une question à laquelle j’ai été incapable de donner une réponse : « De quoi vivent tous ces drogués ? ». Pour les Espagnols, les narines blanches ça veut dire les amateurs de coke … Suivez mon regard fuyant vers les steppes russes où seront bientôt envoyés les trente terroristes accusés à raison de piraterie par le gouvernement russe, n’en déplaise au premier ministre français qui a tenté d’intervenir auprès de son homologue russe aujourd’hui. Les « narines blanches », je n’en reviens toujours pas … De quoi vit cette organisation, tel fut alors alors l’objet de notre conversation. J’émis quelques hypothèses du genre « ils ont des sympathisants prêts à sacrifier femme, maîtresses et enfants pour leur cause » mais elle ne parut pas convaincue, elle pensait benoitement que ces pourfendeurs du progrès technique et scientifique vivaient en vendant des macramés … Quelle image poétique de cette organisation de « narines blanches » … Je n’épiloguerai pas sur cette conversation qui m’a conduit à écrire ce billet, ni sur le témoignage sans aucune arrière pensée malsaine  d’une brave Espagnole qui lutte pour payer son loyer et qui m’a ému. Elle m’a suggéré sans aucune malice que « ces gens-là doivent vivre de trafic de drogue ». Aucun commentaire de ma part.

Et le pétrole des îles Canaries ?

Dans le port de Santa Cruz de Tenerife, le terminal de containers appellé Candelaria est totalement inactif et cela depuis le début de la crise financière de 2009. Des portiques de levage de containers ont même été découpés en morceaux pour revendre l’acier, c’est dire en quelques mots le marasme que traverse l’archipel. Pourtant deux plates-formes pétrolières sont en construction dans la darse, des objets flottants insolites et gigantesques qui partiront dans quelques mois se positionner au large du Sahara occidental, ancienne colonie espagnole annexée par le Maroc et également entre le Maroc et les îles Canaries du Nord, Lanzarote et Fuerteventura. Car il y a du pétrole et peut-être aussi du gaz exploitables. Chevron, la quatrième « major » pétrolière du monde est déjà sur site pour démarrer les premiers forages, ayant signé un accord pour l’exploration (et l’exploitation) d’un bloc de plus de 11 000 miles carrés, 75 % des profits revenant à Chevron et le reste au gouvernement marocain. On ne connait pas encore précisément quelles sont les potentialités de cette zone partagée entre le Maroc (Sahara occidental inclus) et l’archipel des Canaries. Mais si les hydrocarbures sont exploitables, les Canariens se reposeront peut-être la question de savoir si oui ou non ils exploiteront « leur » pétrole. En dehors du tourisme et des bananeraies, la seule activité industrielle de Tenerife est le raffinage pétrolier, alors pourquoi ne pas attirer une « major » pour au moins connaître le potentiel, côté canarien, du plateau continental ? Il faudra du temps pour que les écologistes locaux se renient ou plutôt se rendent à la réalité des faits si le Maroc devient soudain un producteur de pétrole important.

En attendant, le port commercial de Santa Cruz est bien désert …