Que se passe-t-il en Corée (du sud) ?

Park_Geun-hye_(8724400493)_(cropped).jpg

Au mois d’août dernier l’affréteur Hanjin, le sixième plus gros de sa catégorie dans le monde, a fait faillite en entrainant de graves perturbations dans le monde entier depuis Los Angeles jusqu’à Rotterdam. L’affaire a été promptement dénouée par une aide massive du gouvernement coréen car Hanjin était considéré comme une compagnie « too-big-to-fail ». Quelques semaines plus tard, comme par un effet du hasard, les batteries des tablettes Samsung prennent feu précipitant cette société dans un embarras incommensurable. Dans le même temps des remous politiques faisant état d’une corruption généralisée dans les hautes sphères gouvernementales se font jour. Les Coréens finissent par descendre dans la rue par centaines de milliers pour manifester leur désapprobation à l’encontre de la présidente actuelle Park Geun-hye, digne descendante de son père Park Chung-hee, un despote controversé à la solde de la CIA.

Si on ajoute aujourd’hui la totale déconfiture des chantiers navals coréens, les deuxièmes du monde en volume et représentant plus de 7 % des emplois de la Corée, ça fait vraiment désordre. Les chantiers navals coréens se partagent entre les trois grands conglomérats Hyunday, Daewoo et Samsung, trois pouvoirs incontournables dans ce pays. Ces trois gigantesques entreprises appartiennent à des familles privées dont l’anonymat fait partie du non-dit de la vie politique coréenne et leur gestion est pour le moins opaque, de même que leurs relations incestueuses avec le monde politique coréen. Je n’en dirai pas plus car je ne suis pas journaliste d’investigation mais il y a ici un sujet intéressant à creuser.

Vient, comme par hasard aussi, l’affaire des missiles anti-missiles déployés par l’armée américaine sur le sol coréen à la fin du mois de septembre afin – faut-il le souligner – protéger les USA des missiles balistiques nord-coréens pouvant éventuellement transporter des bomb(inett)es au plutonium vers le sol américain. Il n’en a pas fallu plus pour que les relations commerciales entre la Corée et son premier partenaire, la Chine, entrent dans une période de grosse froidure. En effet, la couverture radar déployée par l’armée américaine qui est aussi un état dans l’état en Corée depuis la fin des évènements de 1954 n’a pas vraiment plu au gouvernement chinois. La dévaluation du renminbi au mois d’octobre n’a pas non plus vraiment aidé l’économie coréenne. Avec les troubles politiques récurrents, les scandales et la corruption, la Chine mais aussi le Japon, du moins pour le moment, se frottent les mains et attendent de voir ce qui va se passer.

Il ne faut pas oublier tout de même que la Corée est le leader mondial des « chips » électroniques et qu’une défaillance de Samsung, entre autres sociétés coréennes, pourrait être catastrophique pour le monde entier. Alors les deux principaux partenaires de la Corée, la Chine et le Japon, jouent pour l’instant en caressant le velours dans le bon sens. Il en ressort tout de même qu’en dehors des difficultés des chantiers navals qui ont vu ces six derniers mois leurs commandes plonger de plus de 89 % obligeant le gouvernement coréen, comme par hasard encore, à passer en urgence des commandes pour des petits bateaux en tous genres, l’affaire des missiles américains reste en toile de fond des déboires actuels de ce pays qui compte 50 millions d’habitants alors que son voisin en compte 27 fois plus et n’aime pas que les Américains orientent leurs radars vers le ciel chinois et également la Mer de Chine Méridionale. Si la Corée, comme les Philippines viennent de l’annoncer, ne tente pas de privilégier la Chine comme principal interlocuteur régional – elle n’a d’ailleurs pas trop le choix – et cesse d’être une marionnette des Américains, alors elle risque bien d’entrer dans de graves difficultés économiques. En se débarrassant de Park Geun-hye les dirigeants du « Deep State » coréen, en d’autres termes les grandes firmes industrielles et commerciales entre les mains d’une poignée de familles de haut rang, pourraient profiter du changement d’administration à Washington pour, soixante années plus tard, s’affranchir définitivement de la soumission sans condition aux USA, un peu comme le Japon d’ailleurs … Il ne faut pas oublier la corruption institutionnalisée qui ne transparait pas aux yeux des médias occidentaux et qui mine de l’intérieur la vie politique de ce pays.

Emblem_of_South_Korea.svg.png

Sources : diverses dont Reuters et Wolfstreet.com. Illustration Wikipedia

Les moulins à vent : un faux argument écologiste.

Capture d’écran 2015-05-08 à 16.07.54

Depuis que Samsung a annoncé à grand renfort de publicité la construction d’une usine géante de semi-conducteurs, toutes sortes de questions se sont posé sur l’opportunité et le bien-fondé d’un tel projet. Or il se trouve que Samsung (Corée), déjà le second fabricant de LEDs derrière Nichia (Japon), veut prendre le contrôle mondial des LEDs car la première activité de cette usine géante sera la production des chips utilisées pour la fabrication des LEDs. Osram (Allemagne), Philips (Pays-Bas) et General Electric (USA) ont vu progressivement leur secteur éclairage en perte de vitesse à tel point que ces deux dernières sociétés vont tout simplement abandonner ce secteur. Il est donc tout à fait compréhensible que Samsung veuille se positionner dans ce secteur comme leader mondial pour s’accaparer le marché d’Osram.

Que s’est-il passé dans le secteur de l’éclairage ces cinquante dernières années, tout simplement une évolution ou plutôt une révolution quand les LEDs ont été mises au point pour émettre de la lumière blanche trichromatique, certes un peu blafarde et crue, mais extrêmement avantageuse en terme de consommation d’énergie :

Capture d’écran 2015-05-08 à 16.06.04

L’éclairage consomme dans le monde entre 20 et 30 % de l’électricité produite et émet environ 6 % des « gaz à effet de serre ». J’ai bien mentionné entre guillemets ces gaz car mes lecteurs savent très bien que je ne crois pas à cette histoire d’effet de serre. Si on remplaçait tous les éclairages existants par des LEDs la consommation d’énergie électrique correspondante serait réduite de 40 % soit une économie de 100 milliards de dollars chaque année et en termes d’émission de carbone cela correspondrait à celle des trois quarts de tous les véhicules automobiles circulant aux USA ! Attention, ces données sont valables pour les USA. Autant dire que la contribution de l’éolien et du solaire apparaît dérisoire par comparaison : 6,5 et 2,5 % à l’horizon 2020 pour ce qui concerne encore les USA. Cette estimation est sensiblement identique pour la plupart des pays de l’OCDE selon une étude réalisée par la société Philips en 2013. Les LEDs mettent en jeu un semi-conducteur qui convertit directement l’électricité en photons, alors que la lampe à incandescence comme son nom l’indique utilise l’électricité pour chauffer un filament et l’éclairage fluorescent résulte d’une excitation d’un gaz par passage d’un courant à haut voltage. Cette même technologie des LEDs a permis de s’affranchir des écrans d’ordinateurs ou de télévisions encombrants et énergivores. La durée de vie des LEDs de nouvelle génération (Nichia, Samsung, MLS Electronics) est estimée à 20 ans alors que les lampes dites à basse énergie qui contiennent du mercure ont une durée de vie de au mieux cinq années.

L’abandon progressif des lampes à incandescence en Europe et au Japon, puis en Russie, en Chine et au Brésil notamment, a précipité les problèmes économiques d’Osram, Continental, General Electric ou Philips qui étaient assis sur la rente de situation des lampes à incandescence d’une durée de vie de deux ans en moyenne.

La conversion généralisée vers les LEDs va se précipiter, leur prix a baissé de 20 % en 2014 bien qu’elles soient encore dix fois plus coûteuses que les lampes à incandescence ou à halogènes. Comme il faut trois ans pour amortir ce surcoût, selon une étude de l’Institut McKinsey (voir le lien en fin de billet) il est d’ors et déjà rentable de remplacer les lampes à faible consommation en énergie par des LEDs. Les écologistes, jamais en reste dans leurs actions idéologiquement orientées vers une diminution drastique consommation de toute forme d’énergie, ont de facto obtenu l’interdiction des lampes compactes à faible consommation car elles contiennent du mercure et sont donc nocives pour l’environnement. À ce sujet il est très révélateur de constater que le Tea Party Nord-Américain s’est opposé en vain aux décisions prises par le législateur sous la pression des mouvements écologistes. Cette orientation a justement précipité la débâcle économique des activités éclairage de Philips, Siemens et General Electric.

On comprend donc parfaitement que Samsung se lance dans un investissement de l’ordre de 8 milliards de dollars pour une usine géante de production de semi-conducteurs sans mentionner explicitement qu’une grande partie de la production de cette usine sera consacrée aux LEDs. Finalement les économies d’énergie électrique réalisables en généralisant l’usage des LEDs rendent dérisoires les investissements pharaoniques dans les énergies renouvelables à grands renforts d’impôts et taxes diverses. Le mélange des genres que pratiquent les écologistes est révélateur de leur double langage car ils n’exposent qu’un aspect de leur idéologie surannée tout en dissimulant la vérité des faits qui sont en désaccord avec leurs thèses malthusiennes. Analysée globalement, cette histoire de CO2, de changement climatique et de consommation d’énergie est un faux problème. C’est peut-être la raison pour laquelle on a décerné le Prix Nobel de physique 2014 aux trois scientifiques japonais qui ont découvert les LEDs: Shuji Nakamura, Isamu Akasaki et Hiroshi Amano. Ils ont par leur invention très largement contribué au bien-être futur de l’humanité …

Source : Bloomberg

http://www.mckinsey.com/~/media/mckinsey/dotcom/client_service/automotive%20and%20assembly/lighting_the_way_perspectives_on_global_lighting_market_2012.ashx )