L’heure de Poutine est proche (Paul Craig Roberts)

Vladimir Poutine est le leader le plus impressionnant de la scène politique mondiale. Il a grandi dans une Russie corrompue par Washington et Israël pendant les années Eltsine, il en a survécu et a rétabli la Russie en tant que puissance mondiale. Il a géré avec succès les agressions américano-israéliennes contre l’Ossétie du Sud et contre l’Ukraine, en réintégrant, à la demande de la Crimée, la province russe dans la mère Russie (voir notes en fin de traduction). Il a toléré des insultes et des provocations sans fin de la part de Washington et de ses vassaux européens sans répondre ni par des insultes ni par des provocations. Il est conciliant et est devenu un pacificateur en position de force.

Il sait que l’empire américain basé sur l’arrogance et le mensonge échoue économiquement, socialement, politiquement et militairement. Il comprend que la guerre ne sert aucun intérêt russe.

Le meurtre par Washington – avec l’aide du Mossad – de Qasem Soleimani, un grand leader iranien, en effet, l’un des rares dirigeants de l’histoire du monde, a altéré le leadership de Trump et a mis la vedette sur Poutine. Les conditions sont donc réunies pour que Poutine et la Russie assument la remise en ordre du monde. Le meurtre de Soleimani par Washington est un acte criminel qui pourrait déclencher la Troisième Guerre mondiale, tout comme le meurtre serbe de l’archiduc autrichien a déclenché la Première Guerre mondiale. Seuls Poutine et la Russie avec l’aide de la Chine peuvent arrêter cette guerre que Washington a déclenchée.

Poutine a compris que la déstabilisation prévue par Washington et Israël de la Syrie visait la Russie (voir aussi la note en fin de traduction). Sans avertissement, la Russie est intervenue, a vaincu les forces mandées, financées et armées par Washington et a rétabli la stabilité en Syrie.

Vaincus en Syrie, Washington et Israël ont décidé de contourner la Syrie et de porter l’attaque contre la Russie en visant directement l’Iran. La déstabilisation de l’Iran sert à la fois Washington et Israël. Pour Israël, la disparition de l’Iran met fin à son soutien au Hezbollah, la milice libanaise qui a vaincu à deux reprises l’armée israélienne et empêché l’occupation par Israël du sud du Liban. Pour Washington, la disparition de l’Iran permettra aux djihadistes soutenus par la CIA de promouvoir une nouvelle instabilité en Fédération de Russie.

À moins que Poutine ne se soumette à la volonté des Américaine et des Israéliens, il n’a d’autre choix que de bloquer toute attaque conjointe de Washington et d’Israël contre l’Iran.

Le moyen le plus simple et le plus propre pour Poutine de le faire est d’annoncer que l’Iran est sous la protection de la Russie. Cette protection devrait être officialisée dans un traité de défense mutuelle entre la Russie, la Chine et l’Iran, avec peut-être l’Inde et la Turquie comme membres. C’est difficile à faire pour Poutine, car des historiens incompétents ont convaincu Poutine que les alliances ont toujours été des causes de guerre. Mais une alliance comme celle-ci empêcherait la guerre. Même le criminel fou Netanyahu et les néoconservateurs américains ne déclareraient pas la guerre à l’Iran, à la Russie et à la Chine en même temps, même s’ils étaient complètement ivres ou devenus fous, si de surcroit cette alliance incluait l’Inde et la Turquie. Cela signifierait la mort de l’Amérique, d’Israël et de tout pays européen suffisamment stupide pour participer à une agression israélo-américaine contre l’Iran.

Si Poutine n’est pas en mesure de se libérer de l’influence d’historiens incompétents, qui servent en fait les intérêts de Washington, et non ceux des Russes, il a d’autres options. Il peut calmer l’Iran en donnant à ce pays les meilleurs systèmes de défense aérienne russes avec des équipages russes pour former les Iraniens, présence qui servirait d’avertissement à Washington et à Israël qu’une attaque contre les forces russes est une attaque contre la Russie. Cela fait, Poutine peut alors insister pour atteindre une médiation. C’est le rôle de Poutine car il n’y a pas d’autres personnalité qui ait le pouvoir, l’influence et l’objectivité pour servir de médiateur. Le travail de Poutine n’est pas tant de sauver l’Iran que de sortir Trump d’une guerre perdue d’avance qui le détruirait. Poutine pourrait fixer son propre prix. Par exemple, le prix de Poutine peut être la renaissance du traité INF / START, le traité sur les missiles anti-balistiques, la suppression de l’OTAN des frontières russes. En effet, Poutine est bien placé pour exiger ce qu’il veut.

Les missiles iraniens peuvent couler n’importe quel navire américain n’importe où près de l’Iran. Les missiles chinois peuvent couler n’importe quelle flotte américaine n’importe où près de la Chine. Les missiles russes peuvent couler des flottes américaines partout dans le monde. La capacité de Washington à projeter le pouvoir au Moyen-Orient maintenant que tout le monde, les chiites et les sunnites et les anciens mandataires de Washington comme ISIS, détestent les Américains avec passion. Le Département d’État a ordonné aux Américains de quitter le Moyen-Orient. Sur combien d’hommes Washington peut-il compter au Moyen-Orient alors qu’aucun Américain n’y est en sécurité ?

Bien sûr, Washington a atteint un niveau d’arrogance stupide, et Poutine, la Chine et l’Iran doivent en tenir compte. Un gouvernement stupide est capable de se ruiner lui-même mais de ruiner aussi tous les autres. Il y a donc des risques à courir pour Poutine. Mais il existe également des risques pour Poutine de ne pas prendre les choses en main. Si Washington et Israël attaquent l’Iran, ce qu’Israël tentera de provoquer par un événement sous faux drapeau comme coulant un navire de guerre américain et blâmant l’Iran, la Russie sera de toute façon en guerre. Mieux vaut que l’initiative soit donc entre les mains de Poutine. Et c’est mieux pour le monde et la vie sur Terre que la Russie soit aux commandes.

Notes. Les habitants de la péninsule de Crimée ont voté librement pour être rattachés à la Russie. La Crimée était une province russe qui fut rattachée à l’Ukraine alors que ce dernier pays était partie intégrante du bloc soviétique. Alors que les pays occidentaux ont qualifié la décision du peuple de Crimée comme un annexion par la Russie méritant donc des sanctions commerciales il est surprenant de constater que jamais le Maroc n’a fait l’objet de sanctions de la part des Américains ou de leurs vassaux européens quand le Sahara Occidental a été annexé par Rabat. Il en est de même de l’île de Mayotte qui a été détachée de l’archipel des Comores à la suite d’un référendum – exactement comme en Crimée – pour être intégrée dans la République française, rattachement à la France qui ne fut jamais reconnu par l’ONU.

Pour ce qui concerne la Syrie, il existait un traité d’assistance liant la Russie à ce pays. La Russie a donc honoré ce traité en appuyant le gouvernement syrien pour combattre les terroristes financés par les puissances occidentales, puissances comprenant essentiellement les USA, la Grande-Bretagne et la France, qui ont illégalement foulé le sol syrien et ruiné ce pays. Dans la politique il ne peut pas y avoir deux poids et deux mesures.

Enfin, au niveau de la politique intérieure américaine, en cette période de campagne électorale, l’attitude du Président Trump vis-à-vis de son électorat évangéliste reste le problème majeur qui devra être suivi de très près au cours des prochains mois.

Je discutais hier avec une amie Polonaise. Visiblement les Polonais détestent Poutine et cette attitude est révélatrice de la propagande américaine ominprésente dans tous les pays d’Europe de l’est où l’opinion publique a été formatée par les services américains qui ont oeuvré pour se constituer un nouvel ennemi : la Russie. La Chine est un beaucoup plus gros morceau … Comme l’avait pressenti PCR il y a quelques années dans un article que j’ai traduit et qui figure dans mon blog, Obama puis Trump ont tout fait pour que le monde ne devienne pas multipolaire. Comme PCR l’expliquait les USA ont besoin d’une guerre pour redresser leur économie déclinante (voir le billet sur ce blog https://jacqueshenry.wordpress.com/2015/05/16/le-point-de-vue-geopolitique-de-paul-craig-roberts-pas-rejouissant/ ). Cependant un conflit bloquant les exportations de gaz et de pétrole depuis le Golfe Persique fera réagir la Chine, en premier lieu, mais aussi l’Inde et également le Japon dont tout le gaz naturel liquiéfié provient du Moyen-Orient. Le Japon, l’une des toutes première économies du monde, vassal numéro 1 des USA depuis Hiroshima et Nagasaki,ne pourra pas survivre plus d’un mois sans gaz et sans pétrole en provenance du Moyen-Orient. Est-ce que l’administration américaine est vraiment consciente de cette situation ? Enfin les alliés indéfectibles et contre nature des USA qui veulent imposer la démocratie – leur démocratie – dans le monde entier, c’est-à-dire Israël et l’Arabie saoudite, seront vitrifiés en quelques minutes. Israël n’est qu’un tout petit confetti dans le monde. Quelques bombes d’une puissance destructrice 100 fois supérieure à celle d’Hiroshima suffiront à rayer ce pays de la carte mondiale. Trump et Netanyau ont-ils vraiment apprécié le danger encourru en assassinant le numéro 2 du régime iranien ? On peut se poser de sérieuses questions. Quand un animal sauvage est blessé ses réactions deviennent imprévisibles, c’est le cas des Etats-Unis aujourd’hui.

Les sanctions de Trump pour stopper le gazoduc Nordstream 2 volent en éclat !

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Le contenu de ce billet est une traduction d’un article de Mish Shedlock paru sur son site moneymaven.io le 28 décembre 2019. Pour connaître ce qui se passe dans la réalité en Europe il est nécessaire d’aller à la pêche aux informations en dehors de la presse main-stream nord-américaine, européenne et en particulier française. Voici donc le billet de Mish à qui j’envois à cette occasion mes meilleurs voeux pour 2020. Entre parenthèses et en italiques quelques ajouts de votre serviteur pour la bonne compréhension du texte.

Comme prévu l’intervention de Trump dans les affaires intérieures de l’Allemagne et de l’Union Européenne a explosé. Non seulement Trump n’a pas réussi à interrompre le gazoduc NordStream2 entre la Russie et l’Allemagne mais la Russie continuera sa construction. De plus l’irritation du gouvernement allemand est devenue tellement paroxysmique que la Chancelière en appelle à tous les pays d’Europe pour mettre en place un pare-feu contre les sanctions américaines.

La Russie et non plus la Suisse obtiendront de l’argent pour terminer le gazoduc.

La décision américaine bi-partisane – Républicains + Démocrates du Congrès – lancée la semaine dernière a menacé de sanctions à l’encontre des entreprises travaillant à l’achèvement de ce plus grand projet d’infrastructure énergétique d’Europe qui, selon les USA et certains pays européens pourrait donner à la Russie un certain contrôle sur les approvisionnements énergétiques du continent et augmenter les revenus d’un Kremlin de plus en plus belliqueux. Cette décision a poussé la société suisse de pose de tuyaux sous-marins Allseas Group SA à cesser toute son activité dans ce projet de 10 milliards de dollars quelques semaines seulement avant d’être terminé. Ce projet est censé doubler les expéditions de gaz russe vers l’Allemagne par le géant russe Gazprom. Malgré l’annonce de cet arrêt de la société suisse, le ministre russe de l’énergie Alexander Novak a déclaré jeudi dernier à une agence de presse publique que seuls 160 kilomètres sous la mer restaient à terminer et que ces travaux seraient achevés dans quelques semaines en utilisant des navires russes. Pour ce faire le poseur de tuyaux sous-marins de Gazprom Akademik Cherskiy, actuellement en Extrême-Orient, serait amené en Mer Baltique pour achever les travaux.

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Un pare-feu contre les USA est nécessaire.

La décision des États-Unis a provoqué une profonde indignation en Allemagne, incitant les hauts fonctionnaires et les politiciens a appeler à une approche coordonnée pour protéger les intérêts stratégiques des membres de l’Union européenne contre les futures sanctions américaines. Ce nouveau différend ajoute à la tension dans l’alliance occidentale depuis que l’administration Trump a adopté une série de mesures de politique étrangère, y compris le retrait de ses troupes de Syrie, les tarifs commerciaux (sur certains produits allemands et français) et le retrait de certains accords internationaux (en particulier celui concernant le nucléaire iranien) sans consulter ses alliés. Certains hauts responsables allemands affirment que le renforcement des défenses européennes contre les sanctions américaines pourrait nécessiter une coopération plus étroite avec la Russie et la Chine à un moment où le Président Trump fait pression sur ses alliés de l’UE pour qu’ils se rangent aux côtés de Washington dans ses différends commerciaux, technologiques et commerciaux avec la Chine.

« Washington traite l’UE comme un adversaire. Il en va de même pour le Mexique, le Canada et ses alliés en Asie. Cette politique provoquera des contre-réactions à travers le monde » a indiqué un haut responsable allemand.

Traiter tout le monde comme un adversaire.

Dans le cerveau de Trump, en matière de commerce il y a un gagnant et un perdant. En réalité les accords sont conclus quand les deux parties pensent en tirer quelque chose. Les sanctions, les intimidations et les menaces n’aident en rien. Trump voulait que l’UE achète plus de gaz naturel liquéfié (LNG) américain mais cela aurait été beaucoup plus coûteux pour l’UE alors elle a résisté aux sanctions américaines. Résultat : ce sont les entrepreneurs russes qui obtiendront les capitaux nécessaires pour achever le projet NordStream2. Les sanctions que désirait au plus haut point le Président Trump pourraient bien conduire l’Europe, emmenée par l’Allemagne à trouver un moyen viable pour contourner les sanctions américaines. Espérons tous que ce sera le cas.

Une claque en plein visage ?

Trump peut arriver à parfaire sa politique « America First » à tout prix mais il doit aussi se préparer aux réponses de l’UE, du Canada, du Mexique et aussi de la Chine. Il ne faut pas trop compter sur une réaction violente de l’Allemagne qui soit couronnée de succès car la stratégie commerciale de Trump est véritablement enfermée dans une tête en béton à l’abri des gifles politiques même bien méritées.

Commentaire. L’année 2020 pourrait constituer une opportunité pour que les pays européens renforcent leur solidarité pour contrer les décisions américaines d’hégémonie commerciale. Pour réagir contre Trump qui va devoir faire face aux élections présidentielles il faut que les Européens adoptent la même attitude que Trump, celle d’un adolescent dans la cour d’une école du Bronx, quartier new-yorkais d’où est issu Donald Trump : l’intimidation, et si ce n’est pas suffisant l’agressivité. Il en va de l’avenir économique de l’Allemagne confrontée aux barrières douanières mises en place contre les automobiles made in Germany, mais il en va aussi de l’avenir économique de la France. Malheureusement pour la France la politique ultra-atlantiste du Président français pourrait bloquer toute tentative allemande pour resserrer les membres de l’UE afin de se renforcer contre cette hégémonie américaine qui, avec l’extraterritorialité de son système juridique, est devenue insupportable. Enfin un autre paramètre pourrait brouiller les cartes : confronté à une nouvelle campagne électorale, Trump ne peut pas se permettre de passer pour un « pro-russe » en laissant le projet Nordstream2 se terminer sans réagir. La balle est donc dans le camp européen et à n’en pas douter la Chancelière allemande fera tout ce qui est en son pouvoir pour que ce projet aboutisse afin de pouvoir valoriser les investissements gigantesques réalisés dans les énergie éoliennes en y adjoignant des centrales électriques avec des turbines à gaz … gaz provenant à bas coût de Russie. S’il n’apparaît aucune solidarité entre les pays de l’UE afin de contrer l’hégémonie commerciale américaine, une véritable attitude voyous, alors l’Allemagne fera cavalier seul et s’affirmera comme leader de facto de l’Europe, ce qui pourrait signifier la désagrégation progressive de l’Union Européenne, CQFD.

La ville de Pevek (Sibérie orientale) maintenant alimentée en électricité nucléaire flottante …

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Le 8 octobre dernier le sujet du billet de ce blog était la centrale nucléaire flottante russe Akademia Lomonosov. Après avoir quitté le port de Mourmansk et parcouru plus de 4700 kilomètres dans l’océan arctique, l’A.Lomonosov a atteint sa destination la ville de Pevek dans la province (Okrug) de Chukotka. Sur place les installations portuaires étaient prêtes à accueillir le navire. Le 19 décembre à 11 heures du matin, heure de Moscou, l’Akademia Lomonosov a été connecté au réseau entièrement rénové de Pevek. Symboliquement le sapin de Noël (artificiel car il n’y a pas d’arbres dans cette région arctique) dressé pour l’occasion hautement symbolique.

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Cette centrale nucléaire produit également de la vapeur pour le chauffage domestique et des bâtiments municipaux et dans quelques mois une unité de dessalage d’eau de mer permettra d’alimenter la ville en eau douce. Le réseau électrique est enfin en cours de raccordement avec le réseau électrique de la ville de Bilibino où se trouve également une petite centrale nucléaire toujours dans le même province de Chukotka et également au delà du cercle polaire qui de ce fait vient d’être arrêtée.

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L’ensemble de ces installations fait partie du programme de développement de la route du nord reliant éventuellement Mourmansk à Vladivostok par mer. L’A.Lomonosov est une première mondiale. Les réacteurs ont été testés durant une année à Mourmansk avant de recevoir leur certification finale.

Sources : ZeroHedge et partielle (illustration) The Barents Observer

Pour les curieux la ville de Pevek est la plus septentrionale du monde. Elle compte près de 5000 habitants après une période plus faste (plus de 12000 h) lors de l’exploitation de minerai d’uranium aujourd’hui abandonnée. Il reste encore des mines d’or et d’étain en exploitation.

Le chef-d’oeuvre russe en Syrie : tout le monde sort gagnant du conflit.

Il y a quelques jours, peu après l’intervention de la Turquie au delà de sa frontière avec la Syrie, je discutais avec un ami au sujet des évènements de Syrie et j’ajoutais en conclusion que je ne comprenais plus rien, tout paraissait trop complexe pour moi. Fort heureusement un article de Federico Pieraccini (journaliste et écrivain free-lance) paru sur le site Strategic Culture (strategic-culture.org) m’a permis d’y voir un peu plus clair. Voici donc une traduction de cet article qui, je pense, éclairera aussi mes fidèles lecteurs.

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« Moscou et Damas ont toujours affirmé qu’ils s’opposaient à toute forme de partition ou à toute présence étrangère illégale en Syrie ».

Moscou a réussi à maintenir des contacts avec toutes les parties impliquées dans le conflit syrien, même en dépit de sa position contre la partition du pays et la présence étrangère illégale. Des pourparler trilatéraux entre l’Iran, la Turquie et la Russie ont eu lieu à Astana, à l’invitation de Moscou. Poutine a réussi à réunir à Sotchi le gouvernement syrien et des groupes d’opposition pour discuter de l’avenir de la Syrie. À Genève Moscou a réussi à jouer un rôle de médiateur entre Damas et la communauté internationale, protégeant ainsi la Syrie de la corruption diplomatique des États-Unis et des autres ennemis de la Syrie. La Turquie, uniquement à la suite de sa défaite en Syrie, se trouve maintenant dans un dialogue actif avec Moscou et Téhéran. Alors qu’Ankara endure une détérioration de ses relations avec Washington et d’autres capitales européennes, Moscou voit là une grande opportunité de rapprocher la Turquie de Damas.

L’opération diplomatique russe était complexe et demandait beaucoup de patience mais grâce aux négociations supervisées par la Russie ainsi qu’au courage des soldats syriens la quasi-totalité des poches terroristes disséminées sur le territoires syrien ont été progressivement annihilées. Outre la province d’Idlib, le principal problème de Damas résidait dans l’occupation américaine dans le nord-est du pays, sous prétexte de protéger les Kurdes (SDF) du « régime Assad » ainsi que de « combattre Daesh ».

Erdogan se trouve actuellement coincé dans une économie en déclin, menacé par ses alliés – l’achat de systèmes anti-missile russes S-400 a irrité beaucoup de gens à Washington et à l’OTAN – et il a désespérément besoin de présenter à sa population une sortie du conflit syrien en forme de victoire. C’est peut-être la principale raison justifiant la décision d’Erdogan d’intervenir en Syrie sous prétexte que le YPG est une organisation terroriste liée au PKK afin de créer une zone tampon le long de la frontière turquo-syrienne puis de déclarer « missions accomplie » pour redorer sa popularité. Avec Trump, Erdogan cherche à détourner l’attention du Président trop occupé par la procédure de destitution (encore un autre canular). C’est ainsi que Trump a décidé d’un mini-retrait des troupes américaines stationnées dans les zones syriennes à majorité kurde, laissant ces derniers à leur destin. Il est vrai que Trump ne prête que peu d’attention à SDF – c’était plutôt l’affaire du parti démocrate américain – et il a ainsi retiré une partie des troupes américaines en déclarant au passage que l’Amérique avait remporté une victoire, pour la énième fois, contre Daesh.

Trump, à longueur de tweets rageurs, dénonce les folles dépenses du Pentagone et le coût exorbitant des conflits passés dans lesquels l’Amérique était impliquée pour justifier le retrait des troupes américaines de Syrie pour justifier son objectif « Amérique d’abord » à l’approche des élections. Et malgré les propos très durs de la Maison-Blanche l’administration américaine a résolu le conflit interne au sein de l’OTAN en rétablissant un dialogue lors de la visite du vice-Président accompagné du secrétaire d’Etat Pompeo à Ankara. En réalité l’accord entre les Kurdes (SDF) et Damas est la conclusion du long travail diplomatique orchestré par Moscou qui avait pour but de favoriser cette réconciliation pour parachever la reconquête de l’ensemble du territoire syrien par Damas. De fait ni Washington ni Ankara n’ont eu l’occasion d’empêcher Damas de réunifier le pays. Moscou a toujours pensé que les États-Unis et la Turquie chercheraient un moyen de se sortir du problème syrien tout en déclarant une semi-victoire. C’est ce que Poutine et Lavrov ont concocté pour donner à leur sortie un semblant de victoire. Diplomatiquement c’est un véritable chef-d’oeuvre.

Trump déclarera certainement qu’il ne s’intéresse que très peu à un pays situé à 11000 kilomètres de Washington et Erdogan se déclarera satisfait, mais avec un peu de réticence, que la frontière turquo-syrienne soit tenue par l’armée syrienne garantissant ainsi la sécurité de son pays vis-à-vis des Kurdes. Poutine a sans doute conseillé à Assad et aux Kurdes d’entamer un dialogue dans l’intérêt commun de la Syrie. Il aurait probablement convaincu Erdogan et Trump de la nécessité d’accepter ce plan. Cet accord récompense donc Damas et Moscou en sauvant les Kurdes tout en laissant à Erdogan et à Trump un semblant de dignité en s’extrayant d’une situation difficile à expliquer aux citoyens américains et turcs.

L’armée russe conjointement avec l’armée arabe syrienne a entamé des patrouilles le long de la frontière turquo-syrienne, surtout dans le but d’éviter tout affrontement direct entre les armées turque et syrienne. Si Ankara met fin dans les prochains jours à ses opérations militaires Damas reprendra le contrôle des champs de pétrole.

Le monde aura alors assisté à l’un des plus grands chefs-d’oeuvre diplomatiques jamais connus en se rapprochant d’une issue au conflit syrien qui ravage le pays depuis sept ans.

Bref commentaire. Que font encore les quelques soldats des armées française et britannique en Syrie ? Jamais Assad n’a demandé l’assistance militaire de la France ou le la Grande-Bretagne. Il n’y a jamais eu d’accord d’assistance mutuelle entre la France et la Syrie contrairement aux accords avec la Russie. La présence de la France et de la Grande-Bretagne sur le sol syrien est donc illégale. Ces deux pays devront un jour rendre des comptes devant l’opinion internationale de même que les USA …

Notes. YPG : organisation kurde de protection du peuple, FDS (SDF en anglais) : forces démocratiques syriennes kurdes dont le bras armé est l’YPG, PKK : parti des travailleurs du Kurdistan officiant en Turquie, lié à l’YPG. Il est facile de comprendre que le rapprochement récent entre Damas et les Kurdes signe la fin prochaine du conflit. Subissant la pression de Moscou l’YPG a donc été contraint de déposer les armes et le PKK se trouvera ainsi isolé en Turquie. Il y aura certainement encore quelques soubresauts mais la marche vers la paix est engagée et ne peut plus être arrêtée.

Pour se faire une autre idée de la complexité des questions syrienne et kurde je conseille à mes lecteurs de lire les trois articles de Thierry Meyssan parus ces derniers jours sur son site voltairenet.org où on comprendra l’implication française dans cette région, implication plutôt malsaine : https://www.voltairenet.org/article207884.html

Les centrales nucléaires flottantes : un bel avenir potentiel.

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Le 14 septembre dernier l’Akademik Lomonosov, parti de Mourmansk, a atteint Pevek, son port de destination dans la Chukotka à l’extrême nord-est de la Sibérie parcourant 4700 kilomètres dans les eaux glacées de l’Arctique. L’Akademik Lomonosov est une centrale nucléaire flottante constituée de deux réacteurs KLT-40S du même type que ceux se trouvant dans les brise-glace à propulsion nucléaire capable de générer 70 MW électriques et 50 Gcalories/heure d’énergie thermique ce qui est suffisant pour assurer la consommation électrique d’une ville de 100000 habitants ainsi que le chauffage de l’ensemble des habitations.

L’A. Lomonosov, vaisseau de 144 mètres de long et 30 mètres de large, déplace 21500 tonnes et comprend un équipage de 69 personnes. Les deux réacteurs conçus par OKBM Afrikantov ont été assemblés à l’institut de recherche et développement de Nizhniy Novgorod. Les cuves, générateurs de vapeur et turbines sont de conception russe. La durée de vie prévue de cette centrale électrique flottante et prévue être d’au moins 40 ans. Le rechargement en combustible – de l’uranium enrichi – s’effectuera tous les 12 ans ce qui nécessitera le retour du navire à Mourmansk, son port d’attache, qui dispose d’installations spécialisées pour gérer et retraiter le combustible des quelques 12 brise-glace nucléaires russes.

La compagnie d’énergie nucléaire russe Rosatom étudie déjà une deuxième génération de centrales nucléaires flottantes équipées de deux réacteurs RITM-200M d’une puissance totale de 100Me. La Russie opère 41 réacteurs nucléaires répartis sur 9 sites. Onze de ces réacteurs sont du type Chernobyl et deux autres, opérationnels, sont des surrégénérateurs, un troisième réacteur de ce type étant en construction. Sept autres réacteurs seront bientôt opérationnels. L’A. Lomonosov s’ajoute donc à cette liste et place la Russie parmi les leaders mondiaux de l’énergie nucléaire civile. L’avantage du réacteur nucléaire flottant réside en trois points. D’une part il s’agit de l’application directe d’une technologie éprouvée avec les brise-glace nucléaires, d’autre part la mobilité de ce type de source d’énergie présente de nombreux avantages. Par exemple ce type de petite centrale nucléaire modulaire (la production en série de tels réacteurs peut être envisagée) peut être installé sur un fleuve, par exemple parmi ceux traversés par la ligne ferroviaire du trans-sibérien, dans une région trop sismique pour envisager la construction d’une centrale nucléaire comme dans la péninsule du Kamtchatka à très forte sismicité ou encore pour suppléer en énergie des villes isolées des réseaux existants comme le gisement de gaz Shtokman dans la mer de Barentz ou encore le développement des sites gaziers et pétroliers de la Péninsule de Yamal. Mais Rosatom pourrait aussi équiper des villes comme Sebastopol, Novorossiysk ou Vladivostok avec de telles installions en supplément des infrastructures existantes.

Les applications de tels réacteurs modulaires flottants sont multiples comme par exemple dans l’archipel du Cap Vert en fournissant, outre de l’électricité, de l’eau par dessalage de l’eau de mer. En effet le A. Lomonosov dispose à bord de sa propre unité de dessalage d’eau de mer et l’archipel du Cap Vert souffre cruellement du manque d’électricité mais également d’eau potable et pour l’irrigation. Ce type de petite unité de production électrique est donc promis à un avenir non négligeable qui pourrait changer profondément la perception de la production d’énergie dans de nombreuses parties du monde.

Source : ZeroHedge

Notes. Les réacteurs KLT-40S sont des réacteurs à eau pressurisée utilisant de l’uranium enrichi à 14,1 % pour se conformer aux traités de non-prolifération des armements nucléaires. Les réacteurs utilisant de l’uranium enrichi jusqu’à 90 % sont réservés aux sous-marins car ils sont très compacts.

Accueillant des visiteurs je ne pourrai peut-être pas assurer une mise en ligne régulière de billets sur ce blog dans les prochains jours. Que mes fidèles lecteurs m’en excusent.

Les histoires racontées par les médias commencent à dépasser même la crédulité des Américains

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Traduction d’un article de Paul Craig Roberts paru sur son blog le 15 Juin 2019. Ces deux derniers jours ont été émaillés par des développements intéressants. Les USA ou Israël ont frappé un navire japonais avec des petites roquettes et ont tenté de rendre responsables des mines iraniennes. L’armateur japonais a mis fin à ce « faux » évènement. Il a fait remarquer que les dégâts se trouvaient au dessus de la ligne de flottaison et non pas au dessous et que des membres de l’équipage ont vu s’approcher des objets volants.

Dans les pages du New-York Times, David Sanger, un journaliste en général peu fiable à mon avis, a révélé – ce qu’une personne comme moi ayant une expérience de Washington longue d’un quart de siècle considérerait comme une information sensible pour la sécurité nationale – que Washington introduisait un programme malveillant dans le réseau électrique russe. Qui a divulgué une telle information sensible pour la sécurité nationale ? Pourquoi cette personne, ayant divulgué une telle information à un journaliste, ne serait-elle pas poursuivie et arrêtée ? Pourquoi Sanger lui-même, comme Julian Assange, n’est-il pas arrêté ? Donner de telles informations à la Russie après les avoir rendues publiques n’a aucun sens car cela permet à la Russie de détecter et éliminer de tels logiciels malveillants.

Comme cela n’a aucun sens, la question est de savoir si l’histoire de Sanger est correcte ou bien si la NSA veut améliorer son image de marque avant qu’elle ne devienne une victime avec Brennan, Comey et Hillary Clinton dans le cadre de la tentative de « Russiagate » du Président Trump. L’histoire de Sanger perd toute sa crédibilité lorsqu’il réitère l’allégation réfutée selon laquelle : l’Agence russe de recherche sur internet est le groupe se trouvant au coeur du piratage informatique lors des élections de 2016 aux Etats-Unis. Ce fut l’une des quatre opérations que son soi-disant petit groupe de la Russie avait organisées autour des élections de mi-mandat. Les responsables ont parlé publiquement de ces incidents bien qu’ils n’aient fourni que très peu de détails.

Ray McGovern, William Binney et d’autres professionnels du renseignement à la retraite ont prouvé de manière concluante qu’il n’y avait pas eu de piratage informatique. Les informations révélées par Wikileaks provenaient de fuites provenant du Comité national démocrate (DNC). Comment est-il possible que David Sanger ne le sache pas ? Comment son éditeur du New-York Times l’ignore ?

Liens : https://www.lewrockwell.com/2019/06/no_author/the-gulf-of-credibility/

https://www.nytimes.com/2019/06/15/us/politics/trump-cyber-russia-grid.html?ref=cta&nl=top-stories?campaign_id=61&instance_id=0&segment_id=14339&user_id=c57a8c2d498023b54c8a416a37b2bb8a&regi_id=21653813ries , et aussi

https://consortiumnews.com/2019/06/13/ray-mcgovern-doj-bloodhounds-on-the-scent-of-john-brennan/

Commentaire. Les mensonges répétés de la CIA, de la NSA, du Pentagone et du FBI sont devenus tellement grossiers qu’ils procurent une image ternie des USA au monde entier, sauf aux USA, en Grande-Bretagne, en Arabie saoudite et en Israël, et peut-être aussi auprès de quelques autres pays européens, en France peut-être ? … Illustration : centrale électrique à cogénération (chauffage urbain) dans la banlieue de Moscou (source NYT).

La Russie et la Chine font bloc pour contenir l’impérialisme américain

Voici la traduction d’un article de Federico Pieraccini paru sur le site strategic-culture.org . Les ajouts en italique permettent une meilleure compréhension du texte.

Fort heureusement le monde d’aujourd’hui est très différent de celui de 2003 et les décrets de Washington pour déterminer l’ordre mondial sont devenus moins efficaces. Cependant, malgré la nouvelle division plus équilibrée du pouvoir entre plusieurs puissances, Washington apparaît de plus en plus agressif envers ses alliés et ses ennemis, d’ailleurs quel que soit le Président en place. La Chine et la Russie ont pris la tête de cette transition historique tout en veillant à éviter une guerre directe avec les Etats-Unis. Et pour réussir dans cette entreprise ils ont choisi une stratégie hybride associant diplomatie, soutien militaire à leurs alliés et garanties économiques aux pays attaqués par Washington.

Les USA considèrent que la planète entière est leur terrain de jeu. La doctrine militaire et politique américaine est basée sur le concept d’hégémonie libérale comme l’a expliqué le politologue John Mearsheimer. Avec le temps cette attitude impérialiste a créé un front coordonné et semi-officiel de pays résistants à cette hégémonie libérale. Les récents évènements survenus au Vénézuela montrent bien pourquoi la coopération entre ces pays contre-hégémoniques est essentielle pour accélérer la transition d’une réalité unipolaire à une réalité multipolaire au sein de laquelle les dommages causés par l’impérialisme américain sont atténués.

Moscou et Pékin, après une période de relations complexes durant la guerre froide, ont réussi à concilier leurs grands objectifs pour les prochaines années. Le rapprochement vers lequel ils sont arrivés tourne principalement autour de l’atténuation du chaos que Washington a provoqué dans le monde.

Le principe directeur de l’appareil de renseignement militaire américain est que si un pays ne peut pas être contrôlé (tel que l’Irak après l’invasion de 2003) il doit être détruit pour éviter qu’il ne tombe dans le camp sino-russe. C’est ce que les Etats-Unis ont tenté de faire en Syrie et qu’ils entendent faire avec le Vénézuela.

Le Moyen-Orient est une région qui attire l’attention de la planète entière depuis un certain temps car Washington souhaite clairement appuyer ses alliés israélien et saoudien. Israël poursuit une politique étrangère visant à démanteler les États iranien et syrien et l’Arabie saoudite poursuit la même stratégie en alimentant de plus une scission au sein du monde arabe découlant de ses différences avec le Qatar. Depuis des décennies Washington soutient les décisions de politique étrangère d’Israël et de l’Arabie saoudite pour deux raisons bien spécifiques : satisfaire l’influence du lobby israélien à Washington et nécessité de veiller à ce que l’Arabie saoudite vende du pétrole aux USA facturé en dollars afin de préserver le rôle de la devise américaine en tant que monnaie de réserve mondiale.

Maintenir le rôle du dollar US comme monnaie de réserve mondiale est essentiel pour que Washington puisse conserver son statut de superpuissance et sa stratégie hybride dirigée contre ses rivaux géopolitiques. Les sanctions financières sont un bon exemple illustrant la manière d’agir de Washington en utilisant le système financier et économique mondial basé sur le dollar US comme une arme dirigée contre ses ennemis. Au Moyen-Orient l’Iran est la cible principale avec des sanctions dont le but est d’empêcher cette république islamique d’échanger avec les systèmes bancaires étrangers. Avec la Syrie, Washington a menacé les compagnies étrangères de sanctions si elles concluaient des contrats avec Damas pour reconstruire le pays. Elles ne seraient alors plus habilitées à travailler aux USA.

Pékin et Moscou ont choisi une stratégie diplomatique claire : ils rejettent conjointement les innombrables motions présentées par les USA, la Grande-Bretagne et la France au conseil de sécurité des Nations-Unies condamnant l’Iran et la Syrie et la Russie maintient sa présence militaire en Syrie (dans le cadre d’accords bilatéraux d’assistance) et les efforts économiques de la Chine, bien qu’ils ne soient pas encore pleinement visibles en Iran et en Syrie, seront essentiels pour raviver ces pays détruits par des années de guerre infligées par Washington et ses alliés (européens). La stratégie de la Chine et de la Russie au Moyen-Orient vise à défendre la Syrie et l’Iran par la voie diplomatique en utilisant le droit international, droit que les USA et ses alliés dans la région continuent à manier allègrement (à leur profit). L’intervention militaire russe en Syrie a joué un rôle essentiel dans la lutte contre l’agression inhumaine lancée contre la Syrie et elle a mis un terme à celle-ci. La Russie a également tracé une ligne rouge qu’Israël ne pourra pas franchir dans son projet d’attaquer l’Iran. La défaite des Etats-Unis en Syrie a créé un précédent encourageant pour le reste du monde : Washington a été contraint d’abandonner ses plans pour éliminer Assad.

À l’avenir on se souviendra que la Syrie marque le début de la révolution multipolaire, pays dans lequel les Etats-Unis étaient confinés dans leur action militaro-conventionnelle à la suite des actions coordonnées de la Russie et de la Chine. La contribution économique de la Chine satisfait des besoins urgents comme la fourniture de nourriture, de médicaments et de capitaux à tous les pays assiégés par Washington. Tant que le système financier mondial restera ancré au dollar US Washington restera en mesure de causer beaucoup de dégâts aux pays réfractaires à ses diktats.

Les effets des sanctions économiques américaines varient d’un pays à l’autre. La Fédération de Russie a tiré parti de ces sanctions en refinançait la totalité de sa dette extérieure (celle détenue par des non résidents en se débarrassant de ses réserves de devises en dollars US pour dans le même temps acheter massivement de l’or). La Russie s’est aussi organisée pour produire chez elle ce qui était jusque là importé de l’étranger. La stratégie à long terme de la Russie consiste à s’ouvrir à la Chine et à d’autres pays asiatiques ce qui aura pour conséquence de réduire ses contacts avec des pays hostiles européens comme la France ou l’Allemagne.

À la faveur de l’initiative chinoise d’investissements massifs dans le projet « Initiative Ceinture et Routes » (Belt and Road Initiative, BRI) l’hégémonie du dollar US est menacée à moyen et long terme. De plus les initiatives chinoises dans les domaines des infrastructures, de l’énergie,du transport ferroviaire, des routes et des technologies dans des dizaines de pays de par le monde, combinées au besoin continu et croissant en pétrole entraineront une consommation de plus en plus importante en pétrole actuellement payé en dollars US. De plus Moscou occupe une position privilégiée et entretient de bonnes relations avec tous les principaux producteurs de pétrole et de gaz, du Qatar à l’Arabie saoudite en passant par le Nigéria, l’Iran et le Vénézuela. Les bonnes relations entre Riyad et Moscou visent à créer une sorte d’OPEP+ incluant la Russie.

Une attention toute particulière doit être accordée à la situation au Vénézuela, l’un des plus importants pays de l’OPEP. Riyad a envoyé à Caracas au cours des dernières semaines un pétrolier transportant deux millions de barils de pétrole et Mohammed bin Salman (MBS) a adopté une position neutre vis-à-vis du Vénézuela pour maintenir une équilibre prévisible entre Washington et Caracas. Ces initiatives dirigées par Moscou et Pékin ont pour objectif de réduire l’utilisation du dollar US par les pays participant à la Belt and Road Initiative et adhérant au cadre OPEP+ et cette diversification par rapport au dollar pour couvrir les transactions financières dans les domaines de l’investissement, du pétrole et du gaz naturel liquéfié entrainera l’abandon progressif du dollar à la suite d’accords supprimant progressivement le dollar US. Pour l’instant Riyad ne semble pas vouloir perdre la protection de l’armée américaine mais les récents évènement concernant l’affaire Khashoggi et l’inscription avortée de Saudi Aramco tant aux bourses de New-York que de Londres ont ébranlé la confiance de la famille au pouvoir envers ses alliés américains. Lorsque MBS et Poutine se sont rencontrés en marge du G20 à Buenos-Aires, il s’agissait d’un message clair envoyé à Washington concernant l’avenir du pétro-dollar.

Le processus d’Astana est l’aboutissement des efforts militaires, diplomatiques et économiques de Moscou et Pékin. La Turquie a été l’un des principaux pays à l’origine de l’agression contre la Syrie mais Moscou et Téhéran l’ont incorporée dans le processus visant à contenir le chaos régional engendré par les USA. Grâce à des accords conclus en Syrie instituant des zones de « déconfliction » Damas a avancé ville après ville pour débarrasser le pays des terroristes financés par les Etats-Unis, l’Arabie saoudite et Ankara (mais aussi la Grande-Bretagne et la France). Quant au Qatar, ce minuscule pays finance l’économie de la Turquie et en retour Ankara assure une protection militaire à Doha. De ce fait le Qatar s’éloigne du camp israélo-saoudien en bénéficiant par ailleurs des efforts de la Russie et de la Chine dans les domaines énergétique, diplomatique et militaire. Doha a adopté cette attitude d’ouverture vers Moscou et Pékin à cause de la guerre diplomatique et économique déclenchée contre le Qatar par Riyad, une autre conséquence du chaos créé par Washington sur ses alliés dans la région, Israël et l’Arabie saoudite.

Ainsi Washington perd son influence militaire dans la région à cause de la présence de Moscou ce qui pousse naturellement les alliés traditionnels des Américains à s’engager dans le camp des pays opposés à Washington. La défaite diplomatique et militaire des Etats-Unis dans la région permettra à terme de changer la structure économique où une réalité multipolaire prévaudra, où des puissances régionales telles que l’Egypte, la Turquie, l’Arabie saoudite et l’Iran deviendront obligées d’interagir économiquement avec l’ensemble du continent eurasiatique dans le cadre de l’initiative « Belt and Road ». Le principe de base pour Pékin et Moscou est le recours à des moyens militaires, diplomatiques et économiques pour contenir les Etats-Unis dans leur volonté incessante de tuer, voler et de détruire.

En Asie Pékin a usé de la diplomatie pour faciliter les discussions entre les deux Corées (comme les deux Allemagnes elles finiront bien par se réunir), accélérer les discussions entre Séoul et Pyongyang, excluant ainsi les acteurs externes tels que les USA qui n’ont que l’intention de saboter ces discussions. La composante militaire chinoise a également joué un grand rôle, même si Pékin ne l’a jamais utilisée comme la Russie en Syrie. les options de Washington vis-à-vis de la péninsule coréenne étaient fortement limitées en raison du fait que la frontière avec la Corée du Nord est constituée d’énormes forces nucléaires et conventionnelles, en d’autres termes la dissuasion offerte à la Corée du Nord par la Chine et la Russie. Décider d’un conflit armé avec la Corée du Nord était une option peu pratique pour les USA.

Comme par le passé, les effets de l’embargo américain financier total imposé à la Corée du Nord par les Américains en raison des activités nucléaires de ce pays furent très largement allégés par la bouée de sauvetage économique provenant de Moscou et de Pékin. La diplomatie sino-russe très habile auprès de la Corée du Sud a eu un effet très positif comme cela fut le cas avec la Turquie. La Corée du Sud semble en effet dériver progressivement vers le monde multipolaire emmené par La Russie et la Chine avec des perspectives importantes et des perspectives de réunification des deux Corées. De plus cet effort diplomatique a contrecarré les efforts de Washington pour semer le chaos aux frontières russo-coréenne (la Russie partage une frontière commune avec la Corée du nord) et sino-coréenne.

Les USA semblent perdre leur élan impérialiste plus particulièrement en Asie et au Moyen-Orient, non seulement sur le plan militaire mais également sur les plans diplomatique et économique.

La situation en Europe et au Vénézuela est différente. Ce sont deux régions où Washington exerce toujours un poids géopolitique plus important qu’au Moyen-Orient ou en Asie. Dans les deux cas l’efficacité de la résistance sino-russe – en termes de diplomatie, d’économie et de présence militaire est plus limitée pour des raisons différentes qui seront abordées dans un prochain article.

La « soviétisation » des médias occidentaux, cui bono ? Les USA …

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Voici la traduction aussi fidèle que possible d’un article de Patrick Armstrong paru sur le site Strategic Culture le 8 janvier 2019. Patrick Armstrong fut entre 1984 et 2008 analyste auprès du Département de la Défense nationale canadien et conseiller à l’Ambassade du Canada à Moscou. Il est un des meilleurs spécialistes occidentaux de l’ex-URSS et de la Russie.

Les principaux personnages des Pickwick Papers de Charles Dickens se rendent dans le comté fictif d’Eatanswill comme observateurs lors d’une élection que se disputent les candidats du Parti bleu et du Parti buff. La ville est passionnément divisée sur tous les sujets possible entre les deux candidats. Chaque parti a son propre journal : la Gazette d’Eatanswill est bleue et entièrement consacrée à l’éloge des Bleus et au dénigrement des Buffs qui sont perfides et méchants. L’Indépendant d’Eatanswill est tout aussi passionné. Aucun pro-Buff ne supporte de lire la Gazette calomnieuse et aucun pro-Bleu n’osera lire cet imprimé vil et faux qu’est l’Indépendant. Comme c’est toujours le cas avec Dickens tout est exagéré mais précis. Les journaux étaient outrancièrement partisans avant que le « journalisme » ne fut inventé. Puis advinrent les écoles de journalisme, l’éthique journalistique et l’objectivité journalistique : le « real-journalism » comme jes journalistes l’appellent. Le « Journalisme » est devenu une profession de diplômés. Il n’accepte plus les amateurs, les dilettantes ou les romanciers en herbe ni les magnats comme Lord Copper qui savait ce qu’il voulait et payait pour que ce soit imprimé.

Mais en dépit de cette prétention d’objectivité et d’éthique de la profession il y avait toujours des Lord Copper comme il y en avait à Eatanswill. D’autres Lord Copper sont arrivé puis partis, des grands empires de presse ont apparu puis disparurent et il y avait une grande variété de propriétaires de presse et de médias. Et les lecteurs qui étaient ni Bleu ni Buff pouvaient facilement se forger une opinion sur ce qui se passait réellement.

À l’époque de l’Union Soviétique la presse était sous contrôle, il n’y avait pas de presse libre, il y avait un seul propriétaire. Les tendances variaient légèrement entre le journal de l’armée, le journal du Parti, le journal du gouvernement et le journal pour la population qui était consacré à la littérature et au sport et ils disaient tous la même chose à propos des sujets importants. Les deux principaux journaux étaient la Pravda (« la vérité ») et les Izvestiya (« les nouvelles »). Cette situation a rapidement conduit à ce trait d’humour : « pas de vérité dans la Pravda et pas de nouvelles dans les Izvestiya ». Toutes les informations étaient assez grossières, il y avait beaucoup de gros capitalistes avec des chapeaux haut-de-forme et des sacs de pièces d’or dans chaque main. Les vêtements de l’Oncle Sam étaient dégoulinants de bombes et la devise était : « pas de problèmes ici, des problèmes là-bas ». La propagande n’était pas vraiment couronnée de succès et la plupart des lecteurs de ces deux journaux en étaient arrivés à penser que les médias soviétiques mentaient à la fois au sujet de l’URSS et au sujet de l’Occident.

Mais les temps ont changé. Alors qu’il y a encore 30 ans 50 sociétés contrôlaient 90 % des médias américains, aujourd’hui ce ne sont plus que 6 sociétés qui contrôlent les médias papier, électronique et télévisuel américains. Il en résulte que sur de nombreux sujets d’actualité il y a une totale uniformité d’analyse. Quel média occidental a affirmé que les dix points suivants sont exacts ?

1. Le peuple de Crimée est plutôt heureux de faire partie de la Russie.

2. Les USA et leurs alliés ont fourni d’énormes quantités d’armes aux djihadistes.

3. Les élections en Russie sont le reflet des sondages d’opinion.

4. Il y a un nombre effrayant de nazis bien armés en Ukraine.

5. Assad est très populaire en Syrie.

6. Les USA et leurs alliés ont détruit Raqqa.

7. La version officielle de l’affaire Skripal est dénuée de signification.

8. la situation en Ukraine est bien pire qu’avant Maidan.

9. La Russie, en réalité, avait déjà des milliers de militaires en Crimée avant Maidan.

10. Il existe un documentaire au sujet de Browder dont il a censuré la divulgation (voir le lien en fin de billet).

Je n’ai cité que ces dix points mais en cherchant un peu il en existe de dizaines d’autres. Parfois un entrefilet en sixième page sauve l’objectivité des journalistes mais la majorité de l’opinion occidentale répond qu’il ne croit pas à cette objectivité. Les sujets d’actualité sont couverts d’une seule voix par les médias occidentaux. Sans cesse un scandale révèle que des « journalistes » sont généreusement remerciés pour écrire des histoires qui conviennent. Mais après des révélations, ces derniers avouent leur partialité ou prétendent que leur histoire révélait des faits qui ne s’étaient jamais produit et le navire médiatique continue à voguer calmement en passant parfois par dessus bord des passagers. La couverture de certains sujets est presque fausse à 100 %. Et là la Russie, Poutine, la Syrie et l’Ukraine se distinguent avec une grande partie de la couverture médiatique de la Chine et de la Russie. Beaucoup d’informations concernant Israël ne sont pas autorisées. L’histoire de la collusion de la Russie dans les élections américaines est admise comme fictive mais en privé seulement par un organe de presse qui couvre ce sujet en permanence. Tout ce qui concerne Donald Trump est tellement aromatisé que c’est devenu immangeable. Les médias américains répètent sans cesse qu’il faut rester vigilants « contre la guerre de désinformation en Russie » et chaque jour on s’approche du mono-média « One correct opinion » et ceci pour les meilleures motivations possibles. Les médias occidentaux ont plutôt acquis un parfum soviétique.

Ainsi donc, dans un pays (le Canada mais aussi la plupart des pays occidentaux, au sens large l’Europe et l’Amérique du Nord) où l’initiative d’intégrité utilise nos impôts pour nous assurer que nous n’ayons plus jamais de pensées imprécises ou que nous n’ayons plus de pensées répréhensibles (dans l’affaire Skripal les révélations apparaissaient presque à chaque minute) nous devons totalement nous fier à « Free Media TM« . Tout dépend de ce qui vous intéresse. S’il s’agit de sports ces médias mentionnent les athlètes russes drogués à la différence des braves asthmatiques occidentaux ou des corps préparés pour la plage, pas des toxicomanes russes bien sûr mais uniquement des Américains en bonne santé, le signaler semble assez raisonnable comme de signaler dans la page météo qu’il y a eu une explosion de gaz en Sibérie ou encore dans la page spectacles les critiques de films mais surtout pas ceux de ces méchants russes. La presse occidentale est devenue une fusion étrange de l’Eatansville Gazette et de l’Indépendant d’Eatanswill : les Bleus et les Buffs sont des bons et les autres, surtout les Russes, sont des mauvais !

Donc comme on dit en Russie Что делать ? Que faire ? Eh bien je suggère que nous tirions un enseignement de l’Union soviétique : les citoyens de l’URSS étaient beaucoup plus sceptiques au sujet de leurs médias que ne le sont mes voisins, mes amis, les membres de ma famille aujourd’hui à propos des médias occidentaux. Je formule donc trois suggestions.

1. Il faut lire entre les lignes et c’est un art difficile qui demande beaucoup d’apprentissage et de pratique. Les dissidents peuvent envoyer des indices de l’intérieur du Ministère de la Vérité (Minitrue dans le roman de George Orwell). Par exemple il est difficile d’imaginer que quelqu’un puisse dire sérieusement « comment la Russie de Poutine a changé l’humour en arme offensive ». Ce truc a probablement été écrit pour se moquer de la panique des « officiels russes ». J’ai déjà spéculé sur le fait que les rapports de renseignements sur l’ingérence de la Russie étaient truqués.

2. Tentez de déceler ce que l’on ne vous dit pas. Souvenez-vous qu’il y a 2 ans Alep était une énorme histoire alors que plus personne n’en parle aujourd’hui. On devrait se demander pourquoi il n’y a plus aucunes informations au sujet d’Alep. Ah ! Il y a celle-ci ( https://www.youtube.com/watch?v=TZqQO1_HUc4 ). Houps, c’est une source russe, ce n’est pas du vrai journalisme ! En voici une sur Euronews : https://www.youtube.com/watch?v=Ey8DgEcEPws . Visiblement aucune de ces deux vidéos ne coïncide avec la destruction du dernier hôpital d’Alep ni avec l’affirmation de la brutalité d’Assad il y a 2 ans :

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(capture d’écran d’un titre de The Sun du 9 décembre 2016)

Voilà pourquoi la ville d’Alep n’est plus d’actualité dans les médias occidentaux. Il faut toujours se demander pourquoi un « grand évènement » disparaît soudainement : c’est une preuve très solide qu’il s’agissait d’un mensonge ou d’un non-sens.

3. La plupart du temps, après avoir vu, entendu ou lu une information dites-vous que la vérité c’est probablement le contraire, en particulier quand tous les médias dispensent la même information. C’est toujours bon de vous poser la question : cui bono ? Qui va profiter du fait que vous allez croire à une fausse information ? Il est déprimant de constater le succès d’un bon gros mensonge universellement repris par tous les médias. Milosevic, incroyablement diabolisé, a finalement été reconnu comme innocent, de même que Qaddafi n’a jamais bombardé son propre peuple, et les mêmes sortes de mensonges se répandent pour les ennemis du moment comme Assad. Croyez toujours l’opposé à moins d’avoir de très bonnes raisons.

Durant la Guerre Froide on croyait que les systèmes occidental et soviétique convergeaient et qu’ils se rencontreraient au centre, pour ainsi dire. Peut-être qu’ils se sont rencontrés mais ils se sont surtout croisés. Ainsi les médias occidentaux, jadis raisonnablement libres et multiples ressemblent maintenant aux médias soviétiques contrôlés et uniformisés et nous, Occidentaux, nous devons utiliser les méthodes des citoyens soviétiques d’alors pour comprendre le monde. Souvenez-vous toujours que les dirigeants soviétiques affirmaient que leurs médias étaient libres, libres de « fake-news qui plus est !

Commentaire de ma part et que j’assume totalement . Je regarde les titres du Figaro, du Monde, du Guardian, du Telegraph, du Temps, de la Libre Belgique ou encore des Echos chaque jour et je tente de retrouver le contenu de ces titres sur des sites alternatifs comme WolfStreet, ZeroHedge, MishTalk, le Réseau Voltaire que l’on m’a reproché de consulter (et c’est significatif de l’intoxication omniprésente par les médias en Europe) et RT.News en anglais ou RT.France. Enfin je regarde Mediapart et Lemedia et bien d’autres blogs. Au final j’arrive à me faire une idée et discerner ce qui est vrai de ce qui est faux. L’exposé de Patrick Armstrong est édifiant et il fait apparaître le totalitarisme orchestré par les USA pour prendre possession de l’Europe, le gros morceau, et de tous les autres états qui sont déclarés par Washington des menaces pour la sécurité intérieure américaine, c’est facile comme prétexte. Usant de son extraterritorialité juridique – contraire à la Charte des Nations-Unies – en prétextant que le dollar en circulation dans le monde entier est la monnaie des USA, Washington asservit le plus de pays possible pour s’opposer en premier lieu à la Russie, à l’Iran et à la Chine. Il faut rester lucide et comprendre et oser le dire ce sont les évangélico-sionistes ( excusez le pléonasme) qui dirigent la politique américaine. C’est en réalisant des recoupements d’informations que j’en suis arrivé à cette conclusion. Les démocraties sont en danger et il est urgent de réagir. Souvenons-nous de l’affaire Pierucci qui a abouti à la vente d’Alstom-énergie aux Américains, transaction ignominieuse chapeautée par Macron. Sous un faux prétexte – une fake-news, la justice américaine extraterritorialisée a fait plonger le cours de l’action d’Alstom en se basant sur de fausses informations soigneusement concoctées par la justice américaine. Les Français ont ensuite élu le traître à la nation, qui a cautionné cette honteuse transaction, à la tête de l’Etat !

https://en.wikipedia.org/wiki/Bill_Browder

Géopolitique : le mystère du rouble

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Traduction d’un article de Tom Luongo paru sur le site ZeroHedge le 28 décembre 2018.

Le rouble russe est reparti à la hausse cette semaine passée à la faveur de la déroute mondiale des cours des actions et des matières premières provoquée par la hausse des taux d’intérêt de la Réserve Fédérale américaine. La banque centrale de Russie avait réagi auparavant de manière un peu excessive à la hausse de l’inflation alors que l’économie mondiale va évoluer en 2019 chaotiquement dans un contexte géopolitique incertain. Les prix du pétrole évoluent parallèlement au cours des actions alors que les marchés sont entrés dans une phase de grande volatilité en prévision d’une récession mondiale. En temps normal le cours du rouble est très fortement lié à l’évolution des prix du pétrole. Pourtant le rouble n’a pas du tout, ces dernières semaines, réagi à la baisse considérable du cours du Brent.

Alors que le cours du Brent a accusé une baisse de 38 % depuis octobre, le rouble a fluctué dans une fourchette de 4 % pour un taux de change de 67 % pour un dollar. C’est une stabilité étonnante compte tenu de la volatilité du cours du Brent. Depuis le début de l’année 2018 le rouble a surréagi à l’intensification des sanctions imposées par les USA, en particulier au moment où l’intensification des sanctions à l’encontre de l’Iran et du Vénézuela avait maintenu les cours du pétrole à un niveau élevé.

Perspectives sur les cours du pétrole.

Le cours du rouble s’est redressé cette dernière semaine alors que la volatilité des cours du pétrole s’accentuait. En effet, en raison du volume de l’offre le cours du Brent ne peut pas durablement être maintenu au dessus de 65 dollars le baril. Et ce cours n’est pas non plus supportable en dessous de 40 dollars pour à peu près tout le monde, l’Arabie saoudite en raison de ses contraintes budgétaires ou encore les entreprises de « fracking » américaines acculées à des dettes gigantesques.

Depuis que le rouble a flotté à la fin de l’année 2014 la Russie a été de moins en moins impactée par les fluctuations des prix du pétrole, parce que les coûts domestiques sont payés en roubles et que les revenus en dollars sont compensés par un rouble plus faible. Ce sont les dépenses publiques qui pâtissent des baisses de prix du pétrole. Mais d’autre part les cours élevés lors d’une partie de cette année 2018 a rempli les coffres de la Russie qui a dégagé un excédent budgétaire de 2,1 % du PIB. La Russie dispose d’un système d’auto-budgétisation basé sur les recettes tarifaires du pétrole et alors le budget sera ajusté en fonction des prix anticipés du pétrole. Donc, compte tenu des 1,2 millions de baril/jour communiqués à l’OPEP il ne faut pas s’attendre à ce que le gouvernement russe envisage un baril à 80 dollars en 2019 et c’est ici un signal baissier.

L’énergie représente la majeure partie des exportations russes mais cette proportion diminue régulièrement au fur et à mesure que d’autres industries deviennent matures. En 2017 le pétrole et le gaz représentaient un peu moins de 60 % des exportations contre 69 % en 2014. Si le prix des hydrocarbures augmente en 2019 cette part pourrait également augmenter mais les exportations hors hydrocarbures ont atteint en 2018 un record de 147 milliards de dollars selon une déclaration de Andrey Slepnev, Directeur Général du Russian Export Center. C’est un fait nouveau important. Le choc des sanctions américaines et la baisse des prix des hydrocarbures aurait dû affecter le cours du rouble comme celà a été le cas avec la lire turque et ce devait être l’espoir de Capitol Hill. Or ce ne fut pas le cas et cela montre bien la part croissante du commerce russe hors zone dollar : les exportations russes continuent à croître grâce au rouble faible et à la stature d’homme d’Etat de Poutine. Et l’effet direct est d’encourager davantage de pays disposés à se soustraire aux sanctions américaines à commercer directement avec la Russie.

La vraie guerre idéologique.

Trump et Poutine sont maintenant en guerre idéologique sur la manière de faire du commerce. Trump a choisi un comportement mafieux consistant à punir les gens qui veulent faire des affaires avec d’autres pays que les USA alors que Poutine s’inspire d’un Dale Carnegie cherchant des victoires commerciales là où il pourra y parvenir. Trump a le bâton, Poutine propose les carottes … Il est triste de constater ce que sont devenus les Etats-Unis. Trump est persuadé qu’il pourra refaire l’Amérique à son image. Il dit souvent que son pays doit être respecté. Mais ce n’est pas ce que l’on perçoit en observant le monde politique américain. En fait c’est tout le contraire : Trump veut être obéi et il considère que le pouvoir américain doit être respecté. Mais ce n’est pas le cas, c’est du ressentiment, et il devrait être assez intelligent pour comprendre ça ! Trump sape la seule chose qui fait du dollar un dollar, la stabilité et la confiance.

Poutine de son côté a choisi d’ignorer Trump et de tisser des relations commerciales qui lient la Russie et ses voisins. À Washington les néoconservateurs hystériques crient de manière incohérente qu’il faut « anihiler l’infuence russe ». C’est simplement un message codé pour dire : « nous voulons que la Russie soit pauvre, faible et incapable de se défendre afin que nous puissions la prendre en charge ».

La réalité est toute différente : chaque pipe-line construit entre la Russie et l’Europe, l’Inde ou la Chine réduit la probabilité de conflits entre ces pays et la Russie. De ce point de vue la Russie utilise ses immenses ressources énergétiques pour sauvegarder son avenir. C’est la « diplomatie du pipe-line » et la position de Washington découle de cette théorie dépassée des « grandes puissances » sur la façon de jouer le grand jeu de la géopolitique.

La Russie connaît trop bien l’esprit belligérent des USA et des élites européennes à son égard. Ce pays a fait avec pendant des siècles et Poutine sait très bien, comme n’importe quel étudiant en histoire, qu’il a le temps et que ce temps est son meilleur allié. Lorsque l’on considère le paysage géopolitique on doit considérer la tendance générale, les joueurs autour de la table et leurs motivations. Pour la Russie l’objectif est une voie indépendante qui ne la réduit pas à la merci des impératifs politiques américains. Personne n’est jamais sorti indemne d’un conflit économique avec les USA mais ce n’est pas vraiment l’objectif. L’objectif de la Russie c’est de minimiser les dommages et de rétablir des relations locales solides qui se sont délabrées après la chute de l’URSS.

Le Premier Ministre russe Dmitri Medvedev a finalement dit clairement que les leaders politiques de son pays ont tourné une page dans leur manière de penser. Il a déclaré que les sanctions américaines avaient poussé Moscou et Pékin à utiliser leurs propres monnaies dans leurs échanges commerciaux « ce qui aurait dû être fait il y a plus de dix ans ». « Commercer en roubles est une priorité absolue, ce qui, soit dit en passant, devrait à termer transformer le rouble, monnaie convertible, en une monnaie de réserve » a aussi déclaré le Premier Ministre russe. Et cette position explique les nombreuses entrevues de Poutine pour construire un zone commerciale en Asie avec le rouble comme alternative au dollar.

La tendance géopolitique est donc claire, l’Occident est surendetté. La chasse aux taxes pour renflouer les budgets se poursuivra sans fin. Les Etats-Unis ne sont intéressés que par le maintien de leur pouvoir. C’est exactement ce que veut dire Trump par son « Make America Great Again ». Et il fera tout pour atteindre cet objectif ce qui rend la politique nord-américaine agressive, violente et vindicative. Et ce n’est pas une recette sur le long terme pour atteindre une stabilité économique et politique. Ce que l’administration Trump craint au plus haut point est que la Russie soit capable de mettre en place un système institutionnel et monétaire parallèle fonctionnant en dehors du contrôle américain.

Mais là où Trump se trompe est que les peuples réagissent aux provocations. Chaque fois que le dollar devient plus cher c’est une occasion de plus où un pays décide de ne plus l’utiliser. Ainsi un rouble stable, insensible aux sanctions et aux fluctuations brutales des cours du pétrole facilite grandement ces prises de décisions. Chaque jour apportant une nouvelle transaction réglée en roubles ou une autre cargaison de pétrole payée en yuans et échangé contre de l’or est un autre jour qui rapproche de la réalité géopolitique de demain.

Source : ZeroHedge, illustration ZeroHedge

Les américains sont-ils toujours crédibles ?

Les américains sont-ils toujours crédibles ?

Après avoir dénoncé l’accord de Paris – c’était leur droit – les USA ont continué dans la même veine en dénonçant l’accord sur le nucléaire iranien sachant parfaitement que cet acte aurait des conséquences considérables pour l’ensemble des pays européens. Ces derniers semblent tétanisés à l’idée d’outrepasser la décision américaine, pays qui fait la pluie et le beau temps avec son inique pouvoir d’extraterritorialité quand il y a des dollars en jeu. Sans vouloir être vulgaire la Maison-Blanche nous tient tous par les couilles. Les Chinois et les Russes l’ont compris avant l’Union européenne et ils ont conclu des accords de swap entre eux. Le Japon, bien qu’ayant également conclu des accords de swap yuan-yen, subit la pression constante de Washington pour ne pas trop énerver son « occupant » et quand je dis « occupant » c’est tout simplement parce que de facto les USA occupent le Japon depuis 1945. Idem pour la Corée du Sud. Toute initiative diplomatique pouvant déboucher sur un rapprochement voire une réunification avec la partie nord-coréenne est scrutée à la loupe par les chiens de garde de Washington car il faudra que ce processus leur convienne. Pour l’ensemble de l’Europe c’est blanc-bonnet et bonnet-blanc.

Venons-en à l’OTAN. C’est un magnifique outil d’asservissement de l’ensemble de l’Europe occidentale par les Américains. Lors de l’effondrement du bloc soviétique, Russes et Américains s’étaient mis d’accord pour que l’OTAN ne s’étende pas aux ex-pays satellites de Moscou. Qu’à cela ne tienne, les Américains ne se sont pas privés pour installer des troupes et des armements à quelques kilomètres de la frontière russe tout en fomentant le coup d’Etat de Kiev.

Non contents de n’avoir dénoncé que trois accords Washington vient aussi de se retirer unilatéralement d’un important traité avec la Russie relatif au non-déploiement de missiles de portée intermédiaire porteurs de charge nucléaire. C’est ce fou de John Bolton, un faucon à moustache (les pires), conseiller à la sécurité nationale qui l’a exigé. Ce triste individu travaille pour le complexe militaro-industriel à qui il faut donner un os à ronger. L’accord sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (500-5000 km) appelé en français FNI, forces nucléaires à portée intermédiaire, avait été conclu entre la Russie, à l’époque encore l’Union Soviétique, et les USA et avait eu pour avantage de détendre quelque peu les relations entre les deux blocs. Bolton affirme que la Russie s’est dotée d’un vecteur appelée par l’OTAN 9M729 qui est en violation directe avec le FNI. Or Moscou nie farouchement que ce missile soit effectivement orienté vers l’Europe, si tant est que ce missile existe. Pour Washington la situation est plutôt ardue car il faudra bien qu’un des pays d’Europe accepte d’ « héberger » sur son sol des missiles nucléaires d’une portée de 500 à 5000 km. De plus ce fameux complexe militaro-industriel américain n’a pas les moyens de développer une parade équivalente au 9M729 s’il existe réellement, il faut le répéter car c’est peut-être encore une affabulation de Bolton et de l’administration américaine.

Dans la réalité la dénonciation de ce traité est dirigée non pas à l’encontre de la Russie mais plutôt envers la Chine qui dispose depuis peu de missiles de portée intermédiaire surnommés « tueurs de porte-avion » et sans la capacité de menacer le territoire chinois avec des outils conventionnels, c’est-à-dire des missiles balistiques ou de croisière, Washington perd un levier important dans le bras de fer engagé avec Pékin pour la domination de la région Asie-Pacifique. Cette dénonciation du traité FNI est donc une menace pour la Chine qui devra tôt ou tard négocier avec les USA au sujet d’une limitation des armements. Si tel était le cas les USA bénéficieraient alors d’un soutien de la Russie dans la perspective du renouvellement de l’accord Start concernant les missiles balistiques de longue portée à tête nucléaire qui doit être renégocié en 2021.

Pour bien faire « mûrir » la Chine et la préparer à cette éventualité les USA ont aussi violé les accords de l’OMC – encore des accords bafoués ouvertement – en sanctionnant lourdement la Chine avec des droits de douane parfois exorbitants. Cependant cette arme économique pourrait bien se retourner contre les consommateurs américains dont près de 100 millions n’ont pas les moyens financiers d’acheter des produits « made in USA » et n’ayant pas d’autre choix que d’acheter des produits « made in PRC ». Tout est presque clair. L’aigle impérial américain est à bout de souffle et son hégémonie mondiale est sérieusement remise en cause. La partie de poker à trois (l’Europe n’est que figurant autour de la table et c’est bien regrettable) entre la Chine, la Russie et les USA n’est pas terminée mais pourrait mal se terminer pour l’Empire américain.

Inspiré d’un article paru dans Le Temps de Genève.