La rougeole revient sur la sellette

Capture d’écran 2017-08-01 à 16.31.59.png

Après la mort en France le 27 juin dernier d’une jeune femme en état de détresse respiratoire provoqué par la rougeole se pose à nouveau le problème de la vaccination obligatoire. Cette personne faisait partie des « gens du voyage » et n’était pas vaccinée. Il est inacceptable que des personnes meurent de ce genre de maladie très bien prévenue par la vaccination rougeole-oreillons-rubéole. La rougeole n’est pas une maladie bénigne puisque l’OMS a répertorié ces six derniers mois 3300 cas de rougeole en Europe et 35 morts dont un enfant de six ans le 22 juin en Italie auxquels il faut ajouter ce dernier décès au CHU de Marseille-Nord. La rubéole provoque des malformations foetales chez les femmes enceintes et les oreillons peuvent conduire à des complications variées dont des méningites, des pancréatites ou une infertilité permanente chez l’homme. Que les « gens du voyage » ne se vaccinent pas est une chose mais que des mouvements anti-vaccins persistent à promouvoir le refus de la vaccination sous prétexte qu’un escroc comme Andrew Wakefield a lié la vaccination à l’autisme en est une autre. Il n’existe aucune preuve scientifique d’un lien de cause à effet entre l’autisme et la vaccination et prétendre le contraire est une attitude anti-scientifique et criminelle. D’autres mouvements prônant de laisser la nature faire son oeuvre sont également des criminels !

Devant cette situation la France a décidé de rendre obligatoire dès 2018 la vaccination contre 11 maladies faisant suite à l’obligation par la loi de la vaccination des enfants en âge d’être scolarisés en Italie, pays où la rougeole a été particulièrement dévastatrice ces six derniers mois. En France 79 cas ont été dénombrés depuis le 1er janvier de cette année. Alors que depuis 2008 le nombre de parents réfractaires à la vaccination de leurs enfants a atteint près de 30 % 24000 cas de rougeole ont été répertoriés par les autorités sanitaires dont 1500 ont conduit à des hospitalisations de longue durée et dix personnes en sont mortes. Inacceptable selon le premier ministre français …

Sources : OMS, illustration : The Independent

Les « antivaxxers » ont atteint leur but, semer la terreur !

Capture d’écran 2015-02-09 à 12.27.40

Et naturellement les politiciens s’en mêlent …

Il y a quelques semaines 6 employés de Dysneyland Anaheim, le plus vieux parc d’attraction de ce genre, se sont retrouvés lourdement malades : ils avaient été contaminés par un visiteur inconnu ayant la rougeole. L’enquête, si tant est qu’on puisse en réaliser une qui soit fiable, n’a pas pu déterminer l’origine de ce visiteur. Toujours est-il que plus de 100 cas de rougeole ont été signalés dans 14 Etats américains quelques jours plus tard. Et la situation continue à s’aggraver sans que l’on ne sache trop quelles mesures prendre. L’idéal serait de tout simplement mettre en prison ou condamner à de lourdes amendes les parents refusant de vacciner leurs enfants car la rougeole peut éventuellement dégénérer en encéphalite exposant un enfant et même un adulte à de graves dommages cérébraux. Qu’à ce là ne tienne les antivaxxers continuent leur campagne surréaliste indiquant sans aucune preuves à l’appui que la vaccination, et pas seulement celle dirigée contre rougeole « serait » l’une des causes de l’autisme. C’est vraiment n’importe quoi. Un commentateur de Slate a même écrit que, je cite : « l’issue de cette campagne anti-vaccins est beaucoup plus grave que la constitution d’un petit groupe de terroristes qui tirent sans distinction en se bouchant les oreilles ».

Les médecins se sentent directement visés car ils n’ont pas su (ou voulu) convaincre les parents de procéder aux vaccinations officiellement obligatoires, dont celle contre la rougeole, maladie dont aucun cas n’avait été répertorié en 2013 sur le territoire américain. Un série d’études portant sur des dizaines de milliers d’enfants n’a pas pu prouver que l’autisme était lié à la vaccination contre quelque maladie que ce soit et non pas seulement la rougeole. Les activistes anti-vaccins se basent sur des déclarations tonitruantes de charlatans qui entrent dans la catégorie de la « mauvaise science » consistant à manipuler des données disparates et à établir une soit-disante corrélation effet-cause entre autisme et vaccins. L’origine de ce mouvement qui défie le bon sens est un article publié dans The Lancet en 1998 par un dénommé Andrew Wakefield, article dont la validité scientifique fut dénoncée par la suite par l’Editeur en Chef du Journal. Wakefield fit de la mauvaise science en faisant du « cherry-picking » ou cueillette de cerises. Cette expression résume la mauvaise science en question : on choisit des données qui n’ont le plus souvent aucun lien entre elles pour constituer un ensemble à partir duquel on va échafauder une conclusion crédible, la démonstration de l’hypothèse et l’hypothèse elle-même étant connues avant même qu’on ait commencé à constituer le panier de cerises en ayant choisi les plus mûres ou les plus rouges sur diverses branches de l’arbre, en d’autres termes avant même d’avoir procédé à la moindre expérimentation ou au début du commencement d’une quelconque observation … Ça s’appelle de la mauvaise science, on pourrait dire de la malhonnêteté organisée. Séralini en est un exemple français récent, il savait que ses rats développeraient des tumeurs avec l’âge et il aurait pu tout aussi bien réaliser les mêmes expériences biaisées avec n’importe quel produit ou aliment comme par exemple des Kinder Surprise.

Cette attitude est malheureusement de plus en plus répandue dans tous les domaines et non pas seulement en médecine. Je pense tout de suite à l’extraordinaire imposture du changement climatique supposé provoqué par l’utilisation de combustibles fossiles. Si les émissions de CO2 devaient effectivement modifier le climat dans 50 ans ou plus, il est raisonnable de penser que dans un demi-siècle toute l’électricité ou presque sera produite par des réacteurs nucléaires de quatrième génération et tous les véhicules automobiles légers seront électriques. Les émissions de CO2 ne présentent donc à terme qu’un danger minime pour l’humanité, si danger il y a. Par contre les campagnes tonitruantes des antivaxxers représentent pour des centaines de millions de personnes un réel danger de mort immédiat !

La vaccination contre la variole n’est plus obligatoire puisqu’on considère que la maladie a été éradiquée de la planète grâce à la vaccination systématique. Il faut absolument rappeler ici que la variole, entre 1900 et 1979 a tué trois cent millions de personnes dans le monde et défiguré des centaines de millions d’autres ayant survécu à la maladie. Sans vaccination la variole continuerait à tuer plus que toutes les guerres réunies. Mais il faut aussi mentionner l’immense succès de la vaccination combinée contre la rougeole, les oreillons, la rubéole et le tétanos ou encore la diphtérie, des maladies qui ne sévissent plus que dans les pays dits « pauvres ». Mais, si on ne se soucie pas trop de ces pays « pauvres », quand une épidémie de rougeole apparaît dans un pays « riche » parce que des terroristes anti-vaccins y sévissent, alors ça fait très désordre ! Les vaccinations contre les hépatites A et B ont déjà réduit significativement les cas de carcinome hépatocellulaire à Taiwan, pays où ces virus sont endémiques. Les campagnes de vaccination systématique contre ces deux virus a réduit de 90 % les cas d’hépatites et de 50 % les cas de cancers du foie.

Il en est de même de l’HPV (virus du papillome), principale cause des cancers du col de l’utérus, de l’oropharynx et de l’anus. En Australie, la vaccination a déjà montré ses effets bénéfiques et on attend à terme une amélioration qui aboutira à l’élimination de centaines de milliers de cas de cancers particulièrement agressifs et mortels. Inutile de mentionner la poliomyélite : en 1988 l’OMS nota encore 350000 cas, en 2013 seulement 500. L’Inde a totalement éradiqué cette maladie lourdement handicapante alors qu’elle persiste encore au Pakistan. Il existe un vaccin contre le rotavirus A, considéré comme le virus le plus facilement transmissible. Chaque hiver les pouvoirs politiques s’agitent en brandissant la menace d’une épidémie de gastroentérite. Certes la mortalité due directement au rotavirus est nulle mais il a été clairement montré que si l’on vaccinait les enfants systématiquement contre ce virus l’incidence familiale de cas de gastroentérites diminuerait considérablement et le coût social de cette maladie bénigne serait grandement diminué. L’illustration ci-dessous montre, puisqu’il y est fait mention d’une comparaison entre Ebola et rougeole que la dangerosité de la rougeole n’est pas nulle mais qu’elle entre dans la catégorie des maladies pour lesquelles la vaccination est nécessaire.

Capture d’écran 2015-02-09 à 18.11.29

Au Japon, la vaccination contre la tuberculose est obligatoire comme 8 autres vaccins – l’OMS préconise 11 vaccins mais peu de pays suivent les recommandations de cet organisme – et il n’y a plus aucun cas de tuberculose répertorié par les autorités sanitaires japonaises alors que c’est loin d’être le cas dans d’autres pays de l’OCDE y compris en France. Les antivaxxers ont d’ailleurs décrié l’efficacité du BCG qui serait parait-il inadapté, vieux et peu efficace, il n’y a qu’à considérer les statistiques du Japon ! Pourtant la tuberculose tue près de 70 % des personnes qui contractent cette maladie, presque autant qu’Ebola …

Il y a également l’aspect financier que les antivaxxers passent soigneusement sous silence, comme les écologistes passent sous silence le coût financier pharaonique pour les usagers finaux de l’installation de centaines de milliers de moulins à vent pour produire de l’électricité par intermittence afin de satisfaire leurs lubies. À côté des données irréfutables concernant l’efficacité des vaccins – sauf pour les antivaxxers – la vaccination a permis d’économiser plus de 6 milliards de dollars en 2013 aux USA uniquement en considérant le coût des traitements, le versement d’indemnités d’arrêts de maladie et la surcharge financière pour les entreprises en raison d’absences au travail n’étant pas pris en compte dans cette statistique !

L’aspect le plus glauque de cette phobie des vaccins est l’obscène récupération par les politiciens, en particulier par des Républicains comme le Sénateur Rand Paul (Kentucky) qui déclara tout de go à la télévision le 2 février à propos de la vaccination obligatoire (voir le lien), je cite : « Les Etats n’ont aucun droit de propriété sur les enfants. Les enfants appartiennent aux parents. C’est une question de liberté ». En d’autres termes les parents peuvent se mettre hors-la-loi en refusant de faire vacciner leurs enfants, ils en ont le droit. Quant à considérer que la vaccination obligatoire porte atteinte à la liberté, l’argumentation de Rand Paul est plutôt spécieuse. À l’évidence on nage ici dans la plus sordide démagogie électoraliste …

Les pseudo-scientifiques en tous genres continueront à promouvoir la fausse science en dépit des évidences et si personne ne réagit contre ces terroristes d’une espèce exécrable soutenus par des politiciens tout aussi écoeurants dans leur démagogie, appuyés par des organisations transnationales pour lesquelles le malthusianisme du « Bon Sauvage » à la Rousseau et le retour à la nature sont leurs piliers de réflexion, ce pourrait être infiniment dommageable pour des milliards de personnes. Et de toute évidence et pour toutes ces raisons la régression intellectuelle, le mensonge, l’imposture et l’obscurantisme s’installent outre-Atlantique mais aussi dans bien d’autres pays de par le monde …

Sources : Business Insider ( http://www.businessinsider.com/vaccinations-kids-school-anti-vaxxers-2015-2#ooid=k4OGtvcjq8opexFd2b9tXycCZXevrQqn )

http://scienceblogs.com/insolence/2015/02/03/is-republican-party-becoming-antivaccine-party/

Lire aussi : http://stm.sciencemag.org/content/6/253/253ps11.full

Des bienfaits de la vaccination (rougeole)

Morbillivirus_measles_infection

En ce XXIe siècle qui bénéficie des avancées de la biologie, produire un vaccin propre et efficace est devenu une routine tant la biologie moléculaire a rendu cette technologie accessible avec des coûts de production sans cesse décroissants. Au milieu des années 90 il existait environ 7 vaccins communément prescrits et souvent obligatoires pour les enfants entrant à l’école maternelle ou dans une crèche. Aujourd’hui il y a 14 vaccins disponibles et les protocoles d’immunisation contre certaines maladies infantiles comme la rougeole incluent une première injection dès la plus tendre enfance, quelques semaines seulement après la naissance. Pourtant, puisque la rougeole a été mentionnée, cette maladie dont le vaccin est parfaitement toléré et dont l’efficacité n’a jamais été remise en cause tue entre deux cent cinquante et cinq cent mille enfants chaque année et pour toutes maladies confondues contre lesquelles il existe un vaccin plus de 4 millions d’enfants meurent chaque année dans le monde. La rougeole est en effet une maladie virale souvent mortelle dans les pays tropicaux, les statistiques de l’OMS indiquent que près d’un tiers des enfants meurent de complications neurologiques ou de pneumonie associée. Or la vaccination est efficace et depuis 1965, date de l’apparition du premier vaccin, les épidémies de rougeole sont devenues de vieux souvenirs.

Pourtant, depuis quelques années, en particulier aux USA, des mouvements obscurantistes rejettent toute idée de vaccination y compris contre la rougeole ou encore la poliomyélite, sous prétexte qu’il faut laisser la nature faire son travail. Une équipe de médecins de l’Université du Michigan, étudiant les variations annuelles du nombre de naissance, a découvert un peu par hasard l’incidence de la vaccination sur l’apparition d’épidémies de maladies virales et en particulier de la rougeole. En analysant les données d’état civil des pays occidentaux, Europe et Amérique du Nord, durant les 78 dernières années et sur 730 millions de naissances, il est apparu que les naissances étaient plus fréquentes en automne qu’au printemps. L’explication est multifactorielle et englobe le revenu des ménages, le niveau culturel, les différences ethniques, l’effet des vacances ou des mois de pluie ou de froid et même les variations saisonnières de la qualité du sperme. Parallèlement à cette augmentation statistiquement significative des naissances en automne, l’apparition d’épidémies de maladies virales infantiles était également corrélée avec quelques mois de retard. Cette étude a aussi clairement montré que pour la rougeole en particulier les épidémies étaient d’autant plus importantes que la vaccination n’était pas systématiquement réalisée dès les premières semaines après la naissance. En conséquence, les épidémies les plus remarquables avaient lieu à la fin de l’hiver avec une amplitude directement liée au nombre d’enfants non vaccinés et ceci depuis 1965. Cette constatation peut paraître évidente mais en réalité, les enfants non vaccinés servent de réservoir pour la propagation de la maladie y compris auprès des adultes non vaccinés et n’ayant pas contracté cette maladie durant leur enfance !

unvaccinated-infants-act-as-kindling-to-fuel-epidemics-orig-20140401

Sans que cette étude le préconise clairement, il ressort donc qu’une vaccination très précoce soit souhaitable avec un rappel vers le sixième mois. Cette précaution permettrait de contrôler les épidémies printanières de la maladie. Cependant, en particulier en Afrique, il est clair que la rougeole continuera à tuer des enfants surtout ceux qui sont HIV positifs et pour lesquels la vaccination n’a que peu d’efficacité.

Sources : University of Michigan News, illustration Wikipedia