Nouvelles du Japon

Le premier juin j’avais laissé un billet relatant les démêlés judiciaires de Roche et Novartis en raison d’une sorte d’entente cordiale entre ces deux laboratoires pour engranger plus de profits mais ce n’était que la face cachée de l’iceberg de corruption de ces géants de la pharmacie qui inondent le monde de médicaments pas toujours efficaces, et il n’y a pas que les firmes suisses. Heureusement que des universitaires honnêtes finissent parfois (au péril de leur vie) par dénoncer les mœurs anti-scientifiques pour le moins surprenantes de ces laboratoires et Novartis et Roche sont loin d’être une exception. Le scandale du trucage systématique des essais cliniques réalisés par Novartis au Japon a finalement trouvé son épilogue avec l’arrestation d’un des responsables d’essais cliniques d’un hypotenseur comme le relate la dépêche d’agence suivante :

Novartis Japon: un ex-employé arrêté, soupçonné de falsification de résultats

Tokyo (awp/afp) – Un ancien employé japonais de Novartis a été arrêté mercredi, soupçonné d’avoir falsifié des résultats cliniques pour exagérer les effets bénéfiques d’un médicament contre l’hypertension. Selon un porte-parole du parquet nippon, Nobuo Shirahashi, 63 ans, a été appréhendé en lien avec le scandale qui avait éclaté l’an dernier, lorsque deux universités japonaises avaient dénoncé la manipulation de résultats cliniques réalisés sous leur égide sur le médicament contre l’hypertension Diovan. Un chercheur de Novartis avait participé à ces recherches en cachant son affiliation, et avait maquillé les résultats pour affirmer que ce médicament était non seulement efficace contre l’hypertension artérielle mais aussi contre les angines de poitrine et les attaques cérébrales. Novartis Pharma avait utilisé ces résultats pour promouvoir ce médicament, commercialisé sous le nom de Diovan au Japon où il génère plus de 100 milliards de yens (700 millions d’euros) de revenus annuels. Ce produit est vendu dans plus d’une centaine de pays. Suite à un autre scandale concernant cette fois un traitement contre la leucémie, le géant pharmaceutique bâlois avait balayé début avril son équipe de direction au Japon et promis « un changement culturel ». Le chef de sa division mondiale de médicaments, David Epstein, était venu en personne à Tokyo annoncer le renvoi de trois hauts dirigeants: la numéro un de Novartis Holdings Japan, Hiroko Ishikawa, celui de Novartis Pharma (branche médicament), Yoshiyasu Ninomiya, et le chef de sa branche d’étude sur les cancers, Kazuo Asakawa. Tous avaient été remplacés par des étrangers.

(AWP / 11.06.2014 08h57)

Ce n’est pas parce que cette affaire peu reluisante s’est passée au Japon que la corruption est plus courante dans ce pays puisque ce sont justement des universitaires indépendants qui ont alerté les autorités de régulation. Falsifier ou « arranger » des résultats d’études cliniques voire les inventer de toute pièce est tellement simple si on est un spécialiste d’Excel et ça peut rapporter tellement gros que le jeu en vaut la chandelle. C’est la raison pour laquelle les laboratoires pharmaceutiques ne s’encombrent pas de principes. Mais leurs pratiques sont finalement dangereuses pour les malades et on ne peut hélas que constater que personne ne semble s’en émouvoir outre mesure et un scandale comme celui du Diovan révélé au grand jour en cache une multitude d’autres qui sont mieux dissimulés après avoir fait le ménage en coupant quelques têtes pour amuser la galerie. Le business recommence très vite « as usual ». Et si un petit naïf ose dénoncer ces pratiques il risque sa vie ! Et comme les régulateurs sont tous corrompus par cette corporation la situation est loin d’être assainie. Qu’on se souvienne du Tamiflu mais également de la modification des « normes » admissibles pour le taux de cholestérol imposée par ces mêmes laboratoires pharmaceutiques pour vendre encore plus de statines. L’ensemble du système est corrompu et ce sont les contribuables qui paient avec l’accord du ministre de la santé non seulement corrompu mais incompétent !

Tous pourris !

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Novartis est accusé de corruption aux USA pour avoir incité les pharmacies sous contrat à proposer le Myfortic dont les prescriptions sont remboursées par les assurances Medicare et Medicaid moyennant des espèces sonnantes et trébuchantes, peut-être des francs suisses fraichement imprimés. Le billet de banque le plus imprimé dans le monde occidental est le billet de 500 francs suisses ! Le Myfortic est un traitement prescrit après une transplantation rénale et il constitue une belle rente de situation, suivez mon regard. Même certains patients ont été corrompus par la firme suisse, un comble. Parallèlement Novartis suggérait fortement la prescription de l’Exijade pour combattre les surcharge en fer des dialysés en attente d’un greffon, une sorte d’arrangement gagnant-gagnant illégal. Et le juge fédéral Colleen MacMahon à New-York a rejeté les objections de Novartis qui pourrait payer jusqu’à un milliard de dollars d’amende.

Toujours la bande des Suisses, cette fois en Italie et bientôt aux USA : Novartis et Roche sont accusés de pratiques anticoncurrentielles en ayant empêché l’usage de l’anti-cécité des seniors (dégénérescence maculaire) et aussi anticancéreux Avastin de Roche au profit du Lucentis de Novartis, ce dernier étant plus cher que le précédent. Cette fois l’amende pourrait atteindre 1,2 milliards d’euros. Il faut rappeler que l’Avastin et le Lucentis sont deux molécules très proches mises au point par Genentech, toutes deux inhibiteurs de l’angiogénèse, et l’entente très cordiale entre Novartis et Roche a consisté à introduire une différence marketing fantaisiste et artificielle entre ces deux spécialités pour mieux arnaquer l’assurance maladie italienne. On comprend que le gouvernement italien n’a pas trop apprécié le procédé.

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L’Avastin et le Lucentis sont également dans le collimateur de la justice américaine car il semble incompréhensible que le traitement avec l’Avastin coûte 50 dollars par injection alors que le même traitement avec le Lucentis revient à 2000 dollars exactement dans le même but et pour deux molécules pratiquement identiques. La différence de prix est presque obscène mais les médecins ont tout intérêt à prescrire la spécialité la plus chère, eux aussi poussent à la dépense. Toujours est-il que le surcoût pour l’assurance maladie américaine est de 1 milliard de dollars par an et les Italiens n’ont pas attendu les décisions américaines et ont parfaitement raison de sévir devant ces pratiques mafieuses …

Avec le Tamiflu, les statines, les antidépresseurs, on n’est jamais déçu avec les agissements frauduleux des firmes pharmaceutiques !

Sources : Reuters et The Washington Post

Quand le Tamiflu fait voler des oiseaux noirs … hallucinant !

Roche HQ in Basel, Switzerland

Le titre de ce billet n’est pas une plaisanterie. Ma petite-fille, à Tokyo, sous traitement au Tamiflu, pour une rhino-pharyngite banale, prescrit par le médecin (japonais), un paranoïaque des médications, voyait des oiseaux noirs l’attaquer. Elle avait des hallucinations. C’est justement hallucinant d’apprendre de Cochrane Collaboration (voir le lien, disponible aussi en français) que la société Roche, propriétaire du Tamiflu a délibérément éludé, caché et truqué les données des essais cliniques en phase 3 relatives au Tamiflu. L’argument de Roche était soit-disant une réduction des complications pulmonaires lors d’un traitement de la grippe avec le Tamiflu. Or Cochrane a finalement obtenu sous la pression de plus de 14000 scientifiques académiques « toutes » les données (ou presque) relatives à ces essais cliniques. La surprise est d’abord que Roche n’a pas enfreint la loi en dissimulant ses essais car ces derniers sont effectués dans la plus pure opacité et c’est parfaitement légal. On hallucine complètement !

Les doutes sur l’efficacité du Tamiflu ont été révélés en 2009 avec la menace d’une pandémie grippale. Les pays de l’OCDE ont dépensé des dizaines de milliards de dollars pour se munir de stocks de Tamiflu mais les gouvernements anglais et australien, dans le doute, ont mandaté Cochrane Collaboration pour effectuer une étude détaillée sur l’efficacité clinique du Tamiflu et, Ô stupeur, le pot-aux-roses s’est montré être de taille. Les statistiques provenant des hôpitaux ne montraient en rien une amélioration des malades traités avec le Tamiflu. De plus un médecin japonais, Keiji Hayashi révéla que l’étude sur laquelle s’était basé Cochrane Collaboration pour donner son avis autorisé sur l’efficacité du Tamiflu provenait d’une unique étude provenant de Roche agrégeant 10 précédents essais cliniques d’évaluation. Or deux essais cliniques seulement avaient été publiés, les autres avaient purement et simplement été passés au broyeur ! Complètement hallucinant !

Tous les travaux de Cochrane Collaboration sont disponibles en ligne et indiquent clairement comment les essais sont analysés, n’importe quel lecteur peut aisément comprendre comment les essais ont été effectués et peut émettre des critiques en contactant directement cette organisation internationale sans but lucratif. C’est ce qu’a fait Hayashi, halluciné par la malhonnêteté flagrante des laboratoires Roche qui, sentant le danger, ont obligé Cochrane Collaboration a signer un agrément de confidentialité, ce qui est contraire à la philosophie de cette organisation. Le directeur des affections respiratoires de Cochrane s’émut de cette situation et ses demandes réitérées d’éclaircissement de la part de Roche restèrent lettres mortes. Et pour cause, il est tout à fait légal d’exiger un accord de secret pour un médicament en cours de développement et pas question de laisser un laboratoire ou une organisation indépendants effectuer des essais sans l’accord du propriétaire du produit. Pourtant des résultats contradictoires commencèrent à semer une certaine confusion. D’abord une efficacité loin d’être prouvée auprès des malades selon la FDA (Food and Drug Administration), mais au contraire reconnue par un autre organisme nord-américain, le CDCR (Center for Disease Control and Prevention), alors que l’équivalent japonais ne se prononçait pas et que l’EMA (European Medicine Agency) plaidait plutôt en faveur de Roche. Ces avis contradictoires révèlent l’effet très efficace, non pas du Tamiflu, mais de la pression exercée directement par les laboratoires Roche sur ces organismes auxquels le législateur fait appel pour les certifications des médicaments. Cochrane n’en est pas restée là et une analyse plus fine des données fournies par Roche montrèrent que les essais avaient été conduits avec des sujets dans des environnements qui n’avaient rien à voir avec les conditions hospitalières réelles, en d’autres termes l’efficacité clinique n’était pas prouvée, loin de là. De plus, et là on hallucine, la règle du double-aveugle était transgressée, les pilules de placebo ayant une couleur différente que celle des pilules de matière active ! Pire, l’évaluation de l’état respiratoire des sujets ayant participé aux études n’était pas jugée par un médecin, généraliste ou spécialiste peu importe, mais selon la propre évaluation de ces participants, proprement hallucinant ! Il n’y a pas un grand effort à faire pour comprendre quel degré de truquage Roche avait atteint, du genre  si la pilule est bleue vous dites que vous vous sentez mieux, si elle est verte déclarez que vous n’avez pas ressenti d’amélioration, aussi simple que ça, hallucinant ! Naturellement si les participants avaient l’impression d’être attaqués par des oiseaux noirs, ça ne relevait pas de la mission ultime de l’étude …

Finalement Cochrane Collaboration a obtenu quelques documents des laboratoires Roche en … 2013 et 30 milliards de dollars plus tard dépensés en pure perte. Le dernier rapport de Cochrane Collaboration publié le 10 avril 2014 indique que le Tamiflu n’a aucun effet sur les complications respiratoires consécutives à une grippe, qu’il n’a jamais réduit les hospitalisations pour « faits » de grippe, qu’il réduit les symptômes de la grippe d’une durée d’une demi-journée à au mieux une journée ! Hallucinant quand on prend en considération les effets secondaires multiples de ce médicament. Le Tamiflu provoque des vomissements (45 personnes sur 1000), des maux de tête (31 sur 1000), des troubles psychiatriques comme des oiseaux noirs hitchcockiens (11 personnes sur 1000), ça fait tout de même une personne sur dix qui souffre d’effets secondaires parfois sévères et cela sans que le virus soit vraiment affecté, hallucinant ! Et quand on sait que Roche a fabriqué suffisamment de Tamiflu pour que 80 % de la population de la planète puisse être traitée, on apprécie la puissance de la peur irrationnelle que représente la grippe dans les esprits, peur qui est admirablement exploitée par les laboratoires pharmaceutiques quitte à mépriser les règles éthiques les plus élémentaires ainsi que les codes de bonne conduite scientifique ! Hallucinant !

Ce véritable scandale du Tamiflu a tout de même permis de faire évoluer la situation sur les essais cliniques. L’open data est déjà mis en place de manière contraignante au moins en Grande-Bretagne et en Australie et très bientôt aux USA et au Canada. Il faut espérer que l’Union Européenne adoptera la même attitude nonobstant le puissant lobbying des compagnies pharmaceutiques. Quant à la France et le Japon, l’open data n’est pas encore à l’ordre du jour, hallucinant !

 

Sources : The Telegraph, illustration de Bloomberg et

http://www.cochrane.org/features/tamiflu-relenza-how-effective-are-they

Ce billet a été publié sur le site MN dimanche 13 avril http://www.mauvaisenouvelle.fr/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tamiflu : encore un scandale !!!

En ces temps de frimas, de tempête et d’ensoleillement parcimonieux, le spectre d’une épidémie de grippe plus ou moins meurtrière a conduit les gouvernements, et pas seulement le gouvernement français, à constituer des stocks d’antiviraux dont le plus connu est le Tamiflu en vertu du principe de précaution afin que les politiciens ne soient pas accusés de négligence.

Tamiflu

 

Le Tamiflu est produit par le laboratoire Roche sous licence exclusive et c’est ce même laboratoire pharmaceutique qui a réalisé les essais cliniques. Pourtant il y a un gros hic puisque jamais Roche n’a divulgué les résultats des essais au public, c’est-à-dire aux organismes gouvernementaux autorisant la mise sur le marché du médicament. Curieuse situation qui a fini par émouvoir, si on peut parler ainsi, certains parlementaires britanniques considérant que constituer des stocks de ce produit était très coûteux pour la société alors qu’aucune évidence de l’efficacité du produit n’avait été clairement fournie par les laboratoires Roche. L’OMS a pourtant tiré à plusieurs reprises la sonnette d’alarme en constatant d’une part une résistance par exemple de la souche H1N1 (en 2009) mais également de la souche H5N1 pour laquelle le traitement avec le Tamiflu nécessitait des doses plus élevées.

Or, et c’est là le problème, augmenter les doses expose les malades à des effets secondaires qui outrepassent les propriétés curatives du produit. Les effets secondaires peuvent justement être mortels ! Pour ne citer que quelques-uns d’entre eux, ce qui fait déjà froid dans le dos, il y a des risques d’hépatite, de chocs anaphylactiques, d’arythmie cardiaque, de nécrose épidermique, de convulsions, de syndromes neuropsychiatriques variés pouvant être durablement invalidants ou encore de colites hémorragiques, rien que ça !

Or les laboratoires Roche se sont bien gardé de publier les détails des essais cliniques, même pas 40 % de ces derniers ont été rendus publics et mis à la disposition du législateur, et encore, uniquement ceux qui se sont révélés positifs ou presque. Au Japon, les médecins prescrivent du Tamiflu aux enfants malgré le fait qu’un certain nombre d’entre eux en soient morts ces dernières années en se suicidant à la suite de désordres psychiques liés au traitement par cette drogue, mais qu’à cela ne tienne, la médecine comporte aussi son côté business qui se mesure en grande partie par le volume des prescriptions.

Une étude récente et indépendante de la Cochrane Collaboration en Grande-Bretagne montrant que le Tamiflu ne réduisait en rien ni les complications des voies respiratoires inférieures ni le nombre d’hospitalisations pour faits de grippe a donc entrainé une réaction plutôt agressive de certains membres du parlement britannique qui se demandent s’il est réellement justifié d’avoir constitué pour 424 millions de livres sterling de stocks de Tamiflu. Qu’en est-il des autres pays, y compris le Japon, nul ne le sait …

Le Tamiflu et son usage inconsidéré constitue donc encore un scandale sanitaire uniquement dû au fait que le laboratoire Roche a consciencieusement caché les résultats des études cliniques. Cette société devrait être poursuivie pour crime contre l’humanité !

Source partielle : The Guardian