Du nouveau à propos du resveratrol

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On a beaucoup disserté ces dernières années à propos de l’effet bénéfique du resveratrol, un polyphénol abondant dans la peau du raisin noir, sur le maintien des fonctions cognitives lors du vieillissement. Puis l’engouement pour ce produit a disparu faute de preuves ou en tous les cas puisque s’administrer du resveratrol par voie orale, c’est-à-dire en buvant du vin, aurait rapidement conduit à un état d’ébriété permanent. S’imposer des louches de peaux de raisin noir n’est pas non plus indiqué pour la digestion. Le vin rouge contient en effet de ridicules quantités de cette molécule dont les effets sur les neurones ont été bien établis. Le resveratrol présente de multiples effets bénéfiques au niveau du cerveau et en particulier en restreignant les phénomènes inflammatoires qui se manifestent par une hypertrophie des astrocytes induisant une régression des micro-capillaires irriguant les neurones dont en particulier ceux de l’hippocampe. Les conséquences de ce phénomène inflammatoire sont essentiellement une diminution de la neurogenèse qui est essentielle pour le maintien des fonctions cognitives dont la mémoire et l’humeur générale.

Les effets in vitro du resveratrol étaient prometteurs et dès lors que cette molécule traverse la barrière cérébrale il fallait montrer sans ambiguité son effet sur le cerveau de rats « vieillissants » en étudiant les fonctions cognitives de ces derniers après traitement avec du resveratrol. Les rats ne vivent pas très longtemps et leur « vieillesse » débute aux alentours de 24 à 25 mois. L’idée a donc été de traiter des rats par injection péritonéale de resveratrol avant qu’ils ne commencent à vieillir pour observer si ce traitement pouvait avoir un effet sur le maintien des fonctions cognitives lors du vieillissement quelques mois plus tard. Une méthode très bien documentée pour tester la mémoire des rats est de les faire nager dans un bassin circulaire où se trouve une plate-forme située à quelques centimètres sous la surface de l’eau qu’ils doivent trouver afin de ne pas se noyer. Un repère lumineux leur permet de se situer dans le bassin et après plusieurs apprentissages les rats mémorisent la position de la plate-forme salvatrice :

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Lors de l’apprentissage l’expérimentateur enregistre la vitesse avec laquelle le rat nage et le temps qu’il lui faut pour atteindre la plate-forme. Ces données sont ensuite comparées pour un groupe de rats témoins et le groupe ayant subi un traitement pharmacologique. Au début de l’expérience, les deux groupes, témoin et test, ont été comparés comme le montre l’illustration ci-dessous tirée du Scientific Report de Nature ( doi:10.1038/srep08075 ) disponible en ligne. Les rats témoins et le groupe allant servir de test n’étaient pas vraiment différents :

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On a donc traité les rats tests pendant 4 semaines avec du resveratrol puis attendu 4 autres semaines et procédé enfin au deuxième test dit « Morris water maze » décrit plus haut et mis au point pour étudier l’apprentissage associatif qui donne une bonne indication des fonctions cognitives mais également de l’aptitude des rats à surmonter leur peur car nager jusqu’à la mort sans trouver cette plate-forme peut conduire à un état d’affolement conduisant à la dépression. L’étude a clairement montré qu’une injection quotidienne de 8,4 mg par kg de resveratrol pendant 4 semaines avait des effets spectaculaires sur les facultés cognitives des rats « vieillissants » étudiées avec ce test de nage en bassin circulaire.

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Après traitement avec ce polyphénol de peau de raisin, les rats tests étaient moins sujets à la panique s’ils ne trouvaient pas la plate-forme sans pour autant nager significativement plus vite que les rats témoins. C’était une première indication que leur taux de cortisol était resté normal contrairement aux rats témoins qui, paniquant en ne trouvant pas la plate-forme d’autant plus qu’ils sont vieillissants, sécrètent des quantités massives de ce stéroïde directement lié au stress mais aussi aux phénomènes inflammatoires, mais ce point n’a pas été soumis à des investigations détaillées car ce n’était pas le but de l’étude.

Par contre et bien plus intéressant, le resveratrol a induit une neurogenèse de longue durée en suivant l’apparition d’un marqueur spécifiques des neurones nouvellement formés. Le resveratrol a stimulé la micro-vascularisation au niveau de l’hippocampe, réduit l’hypertrophie des astrocytes et l’activation de la microglie, deux phénomènes liés à une inflammation et bien caractérisés dans les maladies neuro-dégénératives. Enfin le resveratrol n’a pas altéré le volume de l’hippocampe.

Ce faisceau de résultats parfaitement bien établis indique que le resveratrol peut constituer un traitement préventif à l’apparition de la maladie d’Alzheimer en préservant la vascularisation et la neurogenèse dans l’hippocampe et en particulier dans le gyrus denté, une zone de l’hippocampe impliquée dans la mémoire à court terme, l’une des fonctions cognitives la première altérée lors de l’apparition de la maladie d’Alzheimer et aussi dans l’apparition de la dépression. Il est important de noter que le gyrus denté est l’une des rares structures du cerveau où a lieu une neurogenèse soutenue durant toute la vie. Or cette fonction chute dramatiquement lors de l’apparition des troubles cognitifs précurseurs des maladies neuro-dégénératives.

Reste à passer aux essais cliniques chez l’homme. Mais si le mal est déjà fait il est probable que le resveratrol n’aura plus aucune action. Toutes proportions gardées un traitement préventif consistant à se faire injecter au niveau du péritoine près d’un gramme par jour de resveratrol pendant une ou plusieurs années serait une très lourde approche pour se prémunir contre la maladie d’Alzheimer sans oublier d’éventuels effets secondaires qui ne manqueraient pas d’apparaître avec ce genre de traitement très contraignant.

Encore une « mode » battue en brêche : le Resveratrol

 
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On a presque encensé les vertus extraordinaires du resveratrol, un don du dieu Bacchus que je vénère chaque jour en buvant un (ou deux) verre(s) de rouge à sa santé. Il était question que ce composé polyphénolique présent dans la peau du raisin rouge était la seule explication plausible de l’exception française, un des rares derniers faits qui puisse encore attirer les étrangers après la tour Eiffel, le Château de Versailles et celui de Chambord. Boire du vin rouge français, celui que les sénateurs ont classé patrimoine national, serait bénéfique pour la santé et pourtant des empêcheurs de picoler en rond de la Johns Hopkins University ont démontré qu’il n’en est rien, les effets bénéfiques du resveratrol c’est du pipeau, une pure invention.

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Pour démonter ce mythe qui ne concerne pas seulement le gros rouge mais également le cassis, le chocolat noir, l’arachide et quelques racines de plantes d’origine japonaise, une équipe de biologistes a étudié en détail une population de Toscane, région d’Italie d’où est originaire le Chianti et le Professeur Richard Semba ne mâche pas ses mots : « la croyance était que certains aliments et boissons contenant du resveratrol sont bons pour la santé, on n’a rien trouvé de tout ça ! ». Après 15 années d’étude et de suivi des urines de 783 personnes au delà de l’âge de 65 ans et toujours prêtes à lever le coude, la présence des résidus du métabolisme de cette molécule dans l’organisme a été mise en regard des données médicales de cette population essentiellement rurale. Tous étaient des gens normaux, entendons le ainsi, ne s’administraient pas de suppléments vitaminiques, ne suivaient aucun régime particulier et n’étaient pas sous un quelconque traitement médicamenteux. Durant l’étude, un tiers de ces vieux buveurs de vin moururent de leur bonne mort. En établissant une relation entre les causes de ces décès et les quantités de métabolites urinaires du resveratrol allant de la plus faible teneur à la plus forte aucune corrélation ne put être établie, que ce soit au niveau de la CRP (C-reactive protein), un marqueur de l’inflammation, des IL-6 et IL-1 beta, des interleukines qui interviennent dans la réponse immunitaire ou encore du TNF (tumor necrosis factor) supposé jouer un rôle dans la régression des tumeurs et favorisé par le resveratrol et enfin des taux de cancers variés et de maladies cardio-vasculaires. En conclusion de cette étude, aucun effet positif du resveratrol sur la santé n’a pu être décelé. Le vin rouge (et le chocolat) dont il ne faut pas abuser n’ont pas d’effet particulier sur la santé … 

C’est donc la fin scientifiquement prouvée du « french paradox » et les sénateurs devront revoir leur copie à la vue de ces travaux.

Source : Johns Hopkins University