Mauvaise nouvelle : la malaria résiste à tous les médicaments connus

 

Après la tuberculose, le staphylocoque et le gonocoque, c’est maintenant le Plasmodium falciparum qui a fini par se construire une résistance à l’artemisinine, le dernier médicament présentant une efficacité pour combattre ce parasite. Il s’agit du résultat d’une mutation sur un seul gène appelé PfKelch. La souche est apparue dans la région de la ville de Pailin au Cambodge en 2008 et s’est répandue progressivement jusqu’au delta du Mékong en débordant sur la partie est de la Thailande, le sud du Laos et l’est du Vietnam supplantant toutes les autres souches sensibles à l’artemisinine combinée à la piperaquine, une bisquinoline déjà ancienne. Les autorités sanitaires ne disposent plus d’aucun moyen pour combattre le falciparum et cette résistance devient de ce fait une préoccupation internationale pour laquelle il n’existe pas de solution à ce jour.

En l’absence de produits tuant le parasite et sachant que l’homme est le réservoir naturel de ce dernier, il continuera à se répandre d’autant plus vite que de nombreux pays où sévit la malaria ne disposent pas d’insecticides ou en ont interdit l’usage à grande échelle sous la pression des écologistes. Il faut avoir souffert soi-même de cette saleté (ce qui est le cas de votre serviteur) pour comprendre la gravité de la situation et le comportement stupide des « protecteurs de la nature ». Le fait que l’artémisinine ne soit plus efficace revêt un caractère d’une extrême gravité car il faudra peut-être dix ans pour trouver un autre produit efficace. Et la malaria continuera à tuer massivement … à moins, par exemple de réintroduire l’usage massif du DDT ! Quant à la mise au point d’un vaccin, autant rêver.

Source et illustration : The Lancet (www.thelancet.com/infection vol. 17, Octobre 2017)

Paludisme : bientôt impuissants devant ce fléau !

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Si l’épidémie de fièvre Ebola intéresse les médias alors qu’elle progresse et continue à tuer dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, au compteur environ 700 morts depuis le début de l’épidémie, le paludisme (malaria) à Plasmodium falciparum, la forme la plus meurtrière de la maladie, fait toujours autant de ravages dans le monde et intéresse moins les mêmes médias, préoccupés par Gaza, le Donbass et l’Irak. Pourtant depuis l’Asie jusqu’à l’Afrique environ 2000 personnes meurent chaque jour, en particulier des enfants. Les laboratoires pharmaceutiques avaient trouvé une ultime parade avec l’artémisinine, une molécule présente dans une herbe (Artemisa annua) connue de la pharmacopée traditionnelle chinoise. La molécule est beaucoup trop complexe pour être synthétisée à un prix abordable et son extraction à partir de la plante reste encore la seule source disponible. Pourtant, malgré tous les efforts, le Plasmodium a fini par devenir résistant à cette molécule comme il l’est déjà à la plupart des autres médicaments connus pour le combattre.

Une souche de Plasmodium super-résistante originaire de l’ouest du Cambodge a déjà atteint le Bangladesh et l’Inde avec les dégâts prévisibles qui font frémir les autorités locales. Il suffirait d’un cas en Afrique de malaria à falciparum résistant à l’artémisinine et aux autres anti-paludéens pour que la situation devienne catastrophique. Rien à voir avec le virus Ebola qui tue plus vite que son ombre et ne se transmet donc que de manière limitée, fort heureusement d’ailleurs, même si plus de la moitié des personnes atteintes en meurent. Pour la malaria à falciparum, il y a le moustique vecteur, l’Anophèle, dont on peut contrôler encore, mais jusqu’à quand ( ? ), la progression à l’aide d’applications massives d’insecticides car les autorités sanitaires sont vraiment prises de panique. Il semble qu’il y ait mise en commun des intérêts du moustique et du parasite qui deviennent progressivement tous deux résistants aux quelques armes qui restaient encore disponibles pour les combattre !

Les analyses d’ADN mettant en évidence les changement spécifiques liés aux résistances du Plasmodium ne permettront que de cartographier la progression de la maladie à titre documentaire mais la progression attendue du désastre est vraiment alarmante. La multi-thérapie déjà adoptée par les personnels soignants risque de voir son efficacité disparaître par l’apparition rapide des résistances. Pour organiser une réelle campagne d’éradication les volontés politiques sont absentes et les moyens financiers également car le challenge consiste à contrôler la progression du parasite dans de vastes régions essentiellement rurales, objectif quasiment impossible à atteindre. Si la fièvre Ebola tue toujours en Afrique de l’Ouest, quand le falciparum résistant à pratiquement tous les composés chimiques arrivera en Afrique ce seront des dizaines de millions de personnes qui risqueront presque instantanément leur vie. La malaria à falciparum est la première maladie dans le monde en terme de décès, et elle a encore de beaux jours devant elle … Et si la théorie du réchauffement climatique s’avérait exacte alors tous les pays dits « tempérés » seraient atteints de plein fouet !

Source : The Guardian. Illustration : enfants malades à la frontière Thaïlande-Birmanie auxquels on prélève une goutte de sang pour effectuer le test dit de la goutte épaisse. Un simple observation microscopique par un infirmier exercé permet de diagnostiquer sans ambiguité la maladie.

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On ne dira plus IPCC mais IPAMR

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Il va falloir s’habituer à un nouvel acronyme qui vient de sortir, l’IPAMR parce que l’IPCC ne fait plus vraiment recette même si les derniers soubresauts de cette bête immonde et coûteuse viennent de tenter de prouver que les vagues de froid rigoureux qui ont traversé le continent nord-américain cet hiver sont sans aucun doute dues au changement climatique qui aurait provoqué un réchauffement des eaux du Pacifique Ouest … avec 95 % de certitude. Désormais, il y a plus urgent dans l’urgence, le climat ça peut attendre, l’IPAMR, prononcez « aïe pi et aime are » qui veut dire Intergovernmental Panel on AntiMicrobial Resistance, est un nouveau bidule des Nations-Unies pour fédérer les efforts internationaux sur la résistance des super-bactéries à tous les antibiotiques connus. On peut supporter une vague de froid, une vague de chaleur, des pluies diluviennes, une sécheresse prolongée, la météorologie, qui n’a rien à voir avec le climat, a toujours et fort heureusement réservé des surprises, mais aller à l’hôpital se faire extirper un vulgaire kyste adipeux sur la joue droite et mourir quelques jours plus tard d’une infection généralisée ça fait carrément peur. Ce genre de mésaventure n’est pas de la science-fiction au rabais mais la triste réalité : les hôpitaux et les cliniques sont devenus des endroits dangereux à fréquenter car ils sont infestés de toutes sortes de bactéries contre lesquelles il n’existe plus aucun moyen de lutte efficace.

En se référant à l’éradication de la variole qui est le résultat d’un effort global, Jeremy Farrar, Directeur du Wellcome Trust Medical Charity, considère que les autorités internationales dont l’OMS ont fait preuve de négligence pour ne pas dire de laxisme depuis plus de 20 ans en n’incitant aucune action internationale de grande envergure pour combattre par exemple la bactérie la plus dangereuse, le MRSA, le staphylocoque doré résistant à la méthicilline qui tue plus que le SIDA, au moins aux USA, avec 19000 décès par an à la suite d’hospitalisations et plus de 5000 en Grande-Bretagne également chaque année pour les mêmes raisons. Et la situation est identique en Europe continentale, en Australie et au Japon, de quoi être effrayé. Et il n’y a pas que le MRSA, bien d’autres bactéries deviennent résistantes et la situation empire inexorablement.

Des souches de E.coli sont aussi multirésistantes, les parasites ne sont pas en reste puisqu’une nouvelle souche de Plasmodium falciparum vient d’être identifiée comme résistante à tous les médicaments anti malaria connus à ce jour, le virus du SIDA dont on espérait être venu à bout fait aussi partie du club des « super bugs » puisque les anti-viraux deviennent inefficaces, sans oublier la tuberculose, la chaude-pisse, les pneumocoques, etc … Cauchemardesque !

Finie la peur du changement climatique, cette fois c’est du sérieux, la situation n’est pas appuyée sur des théories fumeuses mais sur le constat quotidien d’une triste réalité : si vous allez à l’hôpital pour un petit bobo ou pour subir une intervention chirurgicale vous avez de plus en plus de chances de finir à la morgue en urgence. La moindre pose d’un cathéter pour une chimio-thérapie anticancéreuse, une dialyse rénale, un banal coup de bistouri peuvent tout simplement signifier votre arrêt de mort ! Les gènes de résistance aux beta-lactames se sont répandu à une vitesse imprévisible probablement en provenance de l’Inde tout comme la malaria résistante a maintenant atteint l’Afrique de l’Ouest en provenance d’Asie. Ce n’est qu’en 2007 que l’OMS a mis en place une sorte de cellule de crise à la suite de l’épidémie de grippe aviaire mais rien n’a été fait pour les multi-résistances aux antibiotiques car la situation est trop alarmante pour qu’on en parle ouvertement. Les pays scandinaves, le Vietnam et les Pays-Bas ont imposé des règles très strictes concernant l’usage d’antibiotiques et ce sont les rares pays où l’on puisse constater une incidence de maladies nosocomiales inférieure aux autres nations. Par contre dans des pays comme l’Inde ou encore l’Egypte, selon l’OMS, la vente totalement dérégulée d’antibiotiques a favorisé l’apparition de résistances multiples.

Qui sont les responsables de cette situation terrifiante, un peu tout le monde. Les médecins en premier lieu prescrivent trop d’antibiotiques par confort mais aussi les patients eux-mêmes sont complices de leur médecin car ils trouveraient anormal une ordonnance ne mentionnant aucun antibiotique. Les pharmaciens peu regardants ne rechignent pas à vendre des antibiotiques sans ordonnance car le client paie cash, mais oui, c’est la réalité ! Viennent ensuite les contributeurs indirects des apparitions de résistances aux antibiotiques que sont les vétérinaires et les éleveurs d’animaux en tous genres, depuis les truites et les crevettes jusqu’aux chevaux de course en passant par tous les animaux de la ferme, veaux, vaches, cochons, couvées, chiens et chats … Certes les résistances aux antibiotiques ne datent pas d’aujourd’hui puisque la majorité d’entre eux a été découverte dans le sol, le pénicillium de Fleming provenait du sol et les bactéries qui le côtoyaient n’en mourraient pas, elles étaient résistantes naturellement à la pénicilline. C’est cette impression de confort procurée par les antibiotiques et leur usage le plus souvent sans justification réelle qui a tout simplement aggravé la situation et renversé le problème. En quelque sorte la nature reprend possession de ses droits et l’humanité toute entière risque gros, beaucoup plus qu’avec le changement climatique qui va devenir très vite un lointain souvenir !

Sources : Reuters et Nature News Room, illustration Nature. doi:10.1038/509555a