La darse Candelaria à Tenerife : un cimetière de plates-formes pétrolières ?

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Repsol a jeté l’éponge, il n’y a rien à tirer des roches mères du plateau continental au large des îles Canaries. Comme pour améliorer la situation le baril de pétrole a chuté au point que des pays comme l’Angola, pays vers lequel devaient repartir après des réparations de maintenance ces plates-formes, ont cessé toute nouvelle prospection … Ces morceaux de ferraille monstrueux sont condamnés à un triste sort …

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Et quand il n’est plus possible d’acquiter les frais de mouillage, elles sont déplacées au large. Peut-être termineront-elles leur vie comme récifs artificiels …

Chronique de Lanzarote (24 mars 2012) (Fuerteventura, environnement, égouts, pétrole, Repsol, ordures ménagères, up-wheeling,…)

Comme je le disais dans un précédent billet, la compagnie Repsol a trouvé du pétrole au large de Lanzarote et Fuerteventura. Les permis d’exploitation ont été délivrés mais la population locale est très largement opposée à l’exploitation des hydrocarbures.
Il faut rappeler que le détroit, si l’on peut utiliser ce terme, qui sépare le Maroc des îles Canaries est le lieu d’un puissant phénomène d’up-wheeling résultant de la poussée des alizés sur l’océan. Ce phénomène consiste en une remontée des eaux froides profondes vers la surface. Or en vertu de la loi de Henry, cette eau froide est très riche en oxygène et sa remontée favorise la pullulation des poissons. Ce détroit entre les Canaries et le Maroc est une des zones les plus poissonneuses du monde. Elle est aussi un lieu de passage des grands cétacés (ou de ce qu’il en reste), un lieu de reproduction des dauphins et un immense vivier pour toutes sortes d’espèces halieutiques et benthiques.
Bref, la découverte de pétrole dans cette zone a eu l’effet d’une bombe pour tous les Canariens et en particulier pour les habitants de Lanzarote et de Fuerteventura car ils sont jaloux de la préservation de leur environnement marin exceptionnel puisque les gisements se trouvent à quelques dizaines de kilomètres de leur île.
Aujourd’hui, pratiquement toute la population sédentaire de l’île de Lanzarote manifestait contre l’exploitation pétrolière au large des côtes îliennes.

Parmi les banderoles, on pouvait lire « Non à Repsol, oui aux renouvelables ». Certains groupes du carnaval avaient ressorti leurs costumes et leurs tambours pour faire, comme il se doit dans toute manifestation populaire, du bruit et maintenir une ambiance festive. Je ne doute pas un instant que ces milliers de personnes venues de tous les coins de l’île vont continuer à se réjouir tard dans la nuit dans les bars. Mais bon, tout le monde sait que les Espagnols aiment bien la vie nocturne et je ne leur en veux pas du tout. Autant prendre les choses avec humour plutôt que de casser des vitrines comme c’est la règle en de pareilles occasions dans d’autres pays européens que je ne nommerai pas.

Cependant, je vais faire plusieurs remarques à propos du pétrole.

L’île de Lanzarote, où il ne pleut presque jamais, encore cette année il n’y aura pas de vin, est totalement dépendante du pétrole, non seulement pour les automobiles ou l’air conditionné mais surtout pour dessaler l’eau de mer, un processus très énergivore. Je me demande ce que feront les îliens quand le pétrole coûtera 300 dollars le baril.

Sur cette île, il est de bon ton d’avoir un gros quatre-quatre même si la plupart des routes sont parfaitement asphaltées (au fait l’asphalte c’est fait avec quoi?), j’ai même vu un Hummer ! Et puis pour le moment au moins l’essence est presque totalement détaxée, l’archipel dispose de sa propre raffinerie située dans la proche banlieue de Santa Cruz de Tenerife, propriété de Repsol d’ailleurs. Plusieurs fois par semaine des petits tankers livrent les produits raffinés et le fuel lourd pour la centrale électrique qui pollue le ciel avec une trainée de fumée brunâtre inquiétante.

Plus surprenant encore, les ordures ménagères et les déchets variés sont enfouis au milieu de l’île avec tous les risques de pollution à terme que constitue cette pratique inadmissible. Je rappelle que dans les petites îles des Caraïbes où la pluviométrie est insuffisante, les ordures sont brûlées pour produire de l’eau douce et de l’électricité. Ici, où les habitants sont si jaloux de leur environnement, les ordures sont enfouies dans le flanc d’un cône volcanique promis à une disparition certaine.
Pour parfaire cette image, les égouts, malgré les nombreuses zones marines préservées, sont directement rejetés à la mer au mépris de toutes les régulations européennes. Les îliens et leurs politiciens corrompus ont préféré multiplier les rond-points routiers avec les subventions européennes plutôt que de construire des réseaux d’égouts, des stations de relevage, des collecteurs et des unités de traitement des eaux usées générées par les milliers de touristes qui viennent chaque jour séjourner sur l’île ainsi que par les habitants locaux, comme moi qui suis résident.

Préservation de l’environnement ? Pas vraiment, mais ce que craignent aussi les Canariens, c’est la main-mise de cette manne pétrolière potentielle par Madrid laissant les îles Canaries se débrouiller pour survivre avec le tourisme. Je me suis hasardé à proposer à un Canarien anglophone de demander l’indépendance, comme a l’intention de le faire l’Ecosse, et de constituer une équipe démocratiquement choisie pour exploiter ce pétrole pour le bénéfice total des Canariens et seulement pour eux. J’ai cru qu’on me considérait comme un extra-terrestre. J’ai alors argumenté mon propos en laissant supposer que le Maroc découvre aussi du pétrole dans ses eaux territoriales, y compris au large du Sahara occidental annexé par le Maroc, ce qui est dans l’ordre de possibilités, la réponse a manqué de clarté car comment demander aux Marocains de préserver l’environnement comme prétendent s’en soucier les îliens ?

Les manifestations populaires de ce soir sont une répétition de celles qui auront lieu quotidiennement quand le pétrole commencera à se raréfier, ce qui sera inexorable avec toutes les conséquences économiques et sociales attendues et aisément prévisibles dès aujourd’hui. Alors l’Espagne exploitera le pétrole du plateau continental qui sépare l’archipel des Canaries du Maroc et plus personne ne manifestera …

Note : je voulais insérer une photo de la manifestation mais à quoi bon, toutes les manifestations se ressemblent …