Brève. Changement de paradigme géopolitique ?

Joe Biden et Vlad Poutine vont tailler le bout de gras à Genève dans quelques jours et que vont-ils se raconter ? En 2015 je relatais sur ce blog les commentaires de Paul Craig Roberts, fameux analyste politique américain. Il mettait en garde l’administration américaine contre son antagonisme injustifié à l’égard de la Russie, ce qui a conduit les années suivantes à un rapprochement entre la Chine et ce pays. Les Etats-Unis ont pris conscience que cette politique anti-russe exacerbée par la soi-disante annexion de la Crimée par la Russie allait être catastrophique. Il y a quelques jours le Président Biden a levé toutes les sanctions américaines contre les entreprises participant au projet NordStream-2. Ce projet sera donc opérationnel durant l’automne prochain. Madame Merkel a donc gagné la partie et cédera son siège de chancelière auréolée des remerciements de la part de son peuple car le gaz russe est la seule solution pour que l’industrie allemande perdure. Simultanément les revendications de l’Ukraine sont balayées d’un revers de main.

Au menu des discussions entre Joe et Vlad il y aura donc la levée des sanctions contre la Russie qui apparaissent contre-productives en raison du positionnement anti-chinois de l’administration américaine. D’ailleurs Poutine se sent menacé sur ses marches orientales par une véritable invasion chinoise de Kabarovsk à Yakoutsk et les vues chinoises sur le transsibérien pour la mise en place de la route de la soie sont préoccupantes. Bref, si la Maison-Blanche cède aux demandes du Kremlin (et réciproquement) alors une sorte de normalisation entre les USA, l’Europe et la Russie pourra être envisagée car le temps presse. Quoi de plus normal que la Russie se rapproche de l’Europe. C’était l’analyse réaliste du Général de Gaulle.

Il y a un autre facteur jouant en faveur de ce rapprochement : la présence russe au Moyen-Orient. L’Occident a perdu la guerre en Syrie et les Etats-Unis ont perdu la guerre en Afghanistan. Sans laisser le champ totalement libre à la Russie il est raisonnablement de penser que la Russie peut jouer un rôle majeur pour tempérer les velléités hégémoniques de la Turquie. Pour la Russie la Turquie est inscrite dans son histoire qui date du XVIIe siècle et même avant car dès le règne du Tsar Nicolas Premier la défense de la chrétienté orthodoxe est une véritable obsession pour les Russes. Le conflit latent actuel entre la Turquie et la Grèce, bastion de la religion orthodoxe européenne avec la Serbie, concentre l’attention de la Russie. Après le camouflet des Américains en Afghanistan force est de constater que les Russes ont parfaitement bien compris comment combattre le Jihad qu’ils ont connu sur leur propre territoire et il serait souhaitable que Biden comprenne l’avantage stratégique que possèdent les Russes au Moyen-Orient.

Enfin, il est évident que de nombreux points devront ensuite être abordés pour atteindre une véritable normalisation des relations entre le bloc occidental et la Russie. L’URSS et la guerre froide font partie du passé, le présent et l’avenir doivent être envisagés avec plus de sérénité et de pragmatisme. Il en va de l’avenir du monde occidental car ni l’Europe, ni la Russie ni l’Amérique du Nord ne pourront échapper au rouleau compresseur chinois sans s’unir. C’est pourquoi cette rencontre revêt une importance à ne pas négliger. Malgré cet espoir il ne faut pas non plus être dupe, ce sommet ne sera suivi d’aucunes décisions et ce ne sera pas une surprise. Illustration : le parc La Grange à Genève où aura lieu la rencontre Biden Poutine.