Amour conjugal et sexe : un harmonieux compromis …

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John Updike disait : « Le sexe c’est comme l’argent, seulement un peu trop c’est suffisant ». Pour mes lecteurs je rappelle que Updike est l’auteur, parmi de nombreuses autres nouvelles, des « Sorcières d’Eastwick » paru en 1984. Ce roman lui valut des critiques acerbes des mouvements féministes bien qu’étant au contraire une satire du machisme. Mais cette sorte de boutade d’Updike est tout à fait appropriée pour qualifier les résultats de plusieurs études relatives à la fréquence des relations sexuelles dans un couple hétérosexuel stable et leur implication dans la consolidation du bonheur conjugal pour dire les choses brièvement (voir le premier lien) et il ressort de cette première étude ayant impliqué plusieurs dizaines de milliers de personnes que chez un couple représentatif de la « moyenne statistique » la fréquence des rapports sexuels la mieux adaptée pour l’harmonie et le bien-être conjugal est de 1 rapport par semaine. L’étude révèle également que cette impression de bien-être – appelez cela comme vous voudrez – procédant d’une relation hebdomadaire correspond quantitativement à une différence de salaire vers le haut de 25000 dollars par an par comparaison avec des couples ayant une activité sexuelle seulement une fois par mois.

Que mes lecteurs ne se méprennent pas, ce n’est pas moi qui affirme une telle quantification mais les auteurs de l’article cité en référence en fin de billet. D’autre part cette évaluation est basée sur la différence de confort de vie entre un couple moyen (statistiquement) ayant un revenu annuel de 50000 dollars et un couple moyen ayant un revenu annuel de 75000 dollars. Selon les auteurs de l’étude un rapport sexuel hebdomadaire correspond à cette différence de revenu annuel. J’avoue personnellement (et mes lecteurs ne me contrediront pas) qu’il faut avoir l’esprit un peu compliqué pour faire de tels rapprochements …

Donc ces résultats ne contredisent par la boutade d’Updike : la fréquence des relations sexuelles dans un couple hétérosexuel « moyen » peut être parfaitement quantifiée en termes de bien-être que procurerait une augmentation de salaire de 50000 à 75000 dollars par an ! Bref, je n’ai pas très bien compris comment les auteurs arrivent à évaluer le bien-être conjugal (well-being) à 25000 dollars par an, c’est-à-dire un « bonus » de 480 dollars par rapport sexuel, bonus d’autant plus élevé que le salaire du couple est élevé … Curieusement l’étude ne prend jamais en considération les sentiments et l’affection, en d’autres termes ce que l’on appelle communément et tout simplement l’amour. Je me suis alors demandé si ce bien-être apporté par les relations sexuelles qui paraissent parfaitement normales dans un couple n’était pas plutôt un renforcement des sentiments et de l’amour conjugal. Comme on dit : l’amour n’a pas de prix ! Cette étude datant de 2014 a donc évalué l’amour conjugal en termes de dollars, c’est un peu peu dérisoire.

Au début de l’année 2017 (voir le deuxième lien) une autre étude du même genre réalisée en Suisse (Fribourg) et au Canada (Toronto) par trois femmes psychologues a au contraire indiqué clairement que l’activité sexuelle chez les couples stables avec enfants renforçait indéniablement la relation amoureuse et la stabilité du couple et donc cette sensation de bien-être conjugal. Ce que ces travaux, semble-t-il plus sérieux que ceux de la précédente étude, montrent que la fréquence des rapports sexuels est directement liée au bien-être conjugal et réciproquement, ce que les autres études n’ont même pas effleuré, c’est-à-dire qu’il faut des sentiments et de l’amour dans un couple pour faire souvent l’amour, il ne faut pas avoir peur des mots et appeler un chat un chat !

Les partisans de la théorie du « genre » hurleront de colère puisque les couples homosexuels (hommes ou femmes) ont été exclus de cette étude car il n’existait pas de paramètres suffisamment fiables pour les intégrer dans l’échantillonnage des couples hétérosexuels, et la majorité des couples participants à l’étude, dont l’âge variait entre 18 et 60 ans, avaient ou avaient eu des enfants. Pour les auteurs de cette étude l’activité sexuelle régulière dans un couple, depuis une fois par mois jusqu’à plus de 6 fois par semaine, constitue le facteur prépondérant de la stabilité de ce couple en induisant sans contestation possible ce bien-être conjugal qu’Anaïs Nin a si bien résumé par cette simple phrase :

« Seuls les battement à l’unisson du coeur et du sexe peuvent conduire à l’extase » (Only the united beat of sex and heart together can create ecstasy)

Sources : https://doi.org/10.1177/1948550615616462 et https://10.1177/0146167216684124 via Project Syndicate

Les poils du cul, une histoire de chien !

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Depuis que je me suis replongé avec délices dans une activité sexuelle soutenue avec ma « novia » – en français on dirait « petite amie » – j’ai finalement découvert à quoi servait le système pileux, pubien mais pas seulement. Ma copine – fiancée en espagnol – avait, quand je l’ai rencontrée, pour habitude de mettre ses poils pubiens à zéro ou presque, réduisant ainsi la partie la plus attirante de son anatomie, le mont de Vénus que Brassens glorifiait dans ses chansons, à une sorte de paillasson infréquentable sur lequel toute ascension était pour le moins risquée. Nos premiers ébats répétés se soldèrent pour moi par une irritation douloureuse du pourtour de mes attributs sans os, j’ai dit un mot dans un précédent billet au sujet de cette histoire d’os. Ayant signifié sans détour à ma novia qu’il lui fallait s’abstenir dorénavant de raser de près cet endroit précis de son corps quelques jours suffirent pour que la situation redevienne supportable. Les poils pubiens n’existent donc que pour le confort … de l’homme.

Le temps passant et nos jeux d’alcôve se diversifiant je découvris avec un certain agacement que ma petite amie se rasait aussi l’entre-cuisses et l’entre-fesses, mes lectrices du genre féminin auront compris au sujet de quelle partie de l’anatomie je disserte. Bref, pour des raisons esthétiques qui me semblent obscures, ma copine avait pour habitude de se raser également ces parties cachées de son académie fort plaisante. Je lui ai fait comprendre, maintenant que mon espagnol a dépassé le stade de la classe de troisième des collèges – en un an ce fut une prouesse pour votre serviteur – que ce rasage de son système pileux à ces endroits précis était tout autant irritant mais pour d’autres parties de mon anatomie typiquement masculine, en particulier dans certaines positions dûment répertoriées dans le Kama Sutra. Mes lectrices (et mes lecteurs) comprendront, en espagnol on dit « perrito » et dans les îles aux chiens, les Iles Canaries, c’est assez approprié …

En parlant de chiens j’ai fait découvrir à ma petite amie qui paradoxalement l’ignorait que le mot Canaries n’avait rien à voir avec les oiseaux du même nom. Quand les navigateurs phéniciens arrivèrent dans cet archipel, selon Hérodote, ils découvrirent des sauvages, les Guenches, probablement des Berbères venus d’Afrique du Nord guidés par les gerbes de feu du volcan El Teide que l’on peut voir par temps clair du continent africain, et des chiens, beaucoup de chiens, des podencos canarios (illustration, Wikipedia) qui existent toujours, une race très recherchée pour la chasse au lapin sans fusil … Les Guenches ont été totalement exterminés par les Espagnols au XIVe siècle, un des premiers génocides répertoriés sur notre planète, les chiens ont survécu à ce massacre et fort heureusement ma novia est d’origine andalouse, mais ça n’a rien à voir …

Quelle vie de chien quand on est tombé amoureux ! Note : un de mes lecteurs assidu m’a fait remarqué qu’il n’avait pas saisi le sens de mon billet. Pour plus de précision le mot « perrito » se traduit en français par « petit chien » et dans le contexte de ce billet il s’agit de « levrette » …

La nature est admirablement bien faite

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Quand une femme et un homme font l’amour ils ignorent qu’ils initient un processus complexe qui permettra quelques jours plus tard, en cas de fécondation, au tout jeune fœtus de s’implanter avec succès dans l’utérus. Ce fœtus est en effet un corps étranger pour la mère et il devrait en tout état de cause être rejeté par le système immunitaire, or il n’en est rien comme on le sait. Au cours de la grossesse, ce sont les productions massives d’hormone chorion-gonadotrope (HCG) et de progestérone par le placenta qui altèrent la réponse immunitaire de la femme. Mais il y a un laps de temps d’environ une semaine entre le moment où l’ovocyte est fécondé et celui où la production par le tout nouveau placenta se développant rapidement après l’implantation dans l’utérus de l’embryon. C’est le corps jaune qui remplit partiellement cette fonction. Le corps jaune est une structure de l’ovaire qui a pour rôle de produire également des quantités importantes de progestérone durant la phase lutéale du cycle menstruel, après l’ovulation, justement pour éventuellement atténuer la réponse immunitaire de la femme en cas de fécondation.

Durant la phase folliculaire, du premier au quatorzième jour du cycle, il y a une production soutenue de cellules immunitaires T de type 1 stimulées par l’interféron gamma et au cours de la phase lutéale, du quatorzième ou vingt-huitième jour du cycle, cette production glisse vers la production de cellules immunitaires T de type 2 stimulées par l’interleukine 4. C’est un peu compliqué mais pour faire court les cellules T de type 1 favorisent la réponse immunitaire alors que les cellules T de type 2 modèrent cette réponse. On pourrait alors conclure que la production de progestérone par le corps jaune puisse jouer un rôle direct dans ce changement au niveau des cellules immunitaires T. Il y a un petit « plus » et c’est là que la nature fait bien les choses.

Pour que tout se passe bien car la synchronisation entre la fonction du corps jaune et celle du placenta est critique pour éviter un rejet de l’embryon la nature a inventé une sorte de mécanisme de sécurité. Une étude récente parue dans le Journal Fertility and Sterility a été réalisée sur 30 femmes en bonne santé, ne suivant aucun traitement hormonal comme par exemple des anticonceptionnels, fertiles et ne suivant par ailleurs aucun traitement susceptible de perturber leur système immunitaire. Seize d’entre elles étaient sexuellement inactive et les quatorze autres vivaient une activité sexuelle quotidienne et satisfaisante avec leur partenaire. Au cours d’un cycle menstruel complet des prélèvements de salive permirent de suivre les teneurs en estradiol, progestérone, interféron gamma et interleukine 4. Il s’est avéré qu’au cours de la phase lutéale du cycle les femmes sexuellement actives quotidiennement exprimaient significativement plus de cellules T suivies par la teneur en interleukine 4 et plus de progestérone que les femmes sexuellement inactives. De plus le rapport progestérone/estradiol était très significativement augmenté avec l’activité sexuelle. Pour ce qui concerne les immunoglobulines les IgA diminuaient et les IgG augmentaient par rapport aux femmes abstinentes. Ce que le Docteur Tierney Lorenz du Kinsey Institute à l’Université de l’Indiana en conclut est que l’activité sexuelle qui est le préalable à la reproduction contribue aussi à « préparer » la femme à recevoir le corps étranger qu’est le fœtus en cas de fécondation. Ces observations permettent donc d’expliquer comment l’organisme ne rejète pas le fœtus entre le moment où le corps jaune ne produit plus de progestérone et la relève par le placenta. Ces changements dans le statut immunitaire de la femme n’ont pas seulement lieu durant la phase d’ovulation mais perdurent tout au long du cycle menstruel. Faire l’amour contribue donc à préparer la femme à la grossesse en contribuant à ce glissement du système immunitaire vers une meilleure tolérance du fœtus.

Illustration : Kinsey Institute. Sources :

http://dx.doi.org/10.1016/j.physbeh.2015.09.018

http://dx.doi.org/10.1016/j.fertnstert.2015.09.001

Le syndrome du célibat (au Japon … et ailleurs)

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Une étude réalisée par le Planning familial japonais et relatée par le Japan Times est inquiétante non pas seulement pour le Japon mais également pour nombre de pays développés qui voient leur démographie chuter de façon alarmante comme l’Allemagne ou l’Italie pour en citer deux. La baisse de natalité dans ces deux derniers pays est en effet plus violente que celle observée au Japon et a également précédé la situation japonaise. Les raisons de la situation japonaise ont pu être déterminées précisément en interrogeant 1134 personnes âgées de 16 à 49 ans. Ce n’est pas un hasard des nombres si 49 % des personnes ayant participé à l’étude ont répondu d’emblée ne pas avoir eu de relations sexuelles durant le mois précédant leur interrogatoire. À peu de choses près c’est le même comportement pour les femmes et les hommes : 50,1 % contre 48,3 % et globalement en deux ans ces pourcentages ont augmenté de 5 points.

Les raisons de ce comportement sexuel désertique sont intéressantes : 21,3 % des hommes mariés et 17,8 % des femmes également mariées incriminent la fatigue au travail. Près d’un quart des femmes mariées trouvent que le sexe est ennuyeux et 18 % des hommes mariés qu’ils n’y trouvent que peu ou pas du tout d’intérêt. Pire encore, une autre étude a montré que 27 % des Japonais et 23 % des Japonaises ne sont pas intéressés par une relation amoureuse. Entre 18 et 34 ans, 61 % des hommes et 49 % des femmes n’ont aucune relation amoureuse et dans cette même tranche d’âge 36 % des hommes et 39 % des femmes n’ont jamais eu de relations sexuelles.

Pour ce qui concerne le Japon, le désintérêt pour une relation intime provient des caractéristiques d’une économie hautement développée et de plus d’une forte inégalité entre hommes et femmes : selon le World Economic Forum le Japon se classe 104e sur 140 pour l’égalité des sexes (des genres pour être politiquement correct), soit juste entre l’Arménie et les Maldives. Les « Office-ladys » sont soumises à une intense pression quand elles se marient et se retrouvent enceintes et le plus souvent leur évolution de carrière est définitivement bloquée. Il y a une expression spécifiquement utilisée pour les femmes mariées exerçant une activité professionnelle, ce sont des « oniyome » qui peut se traduire par des femmes mariées démoniaques, c’est tout dire ! Du coup la plupart des femmes privilégient leur carrière professionnelle à la création d’un foyer : à 20 ans une femme japonaise a 25 % de chances de ne jamais se marier et 40 % de chances de ne jamais avoir d’enfants, c’est réjouissant.

Il y a un autre paramètre à prendre en considération pour expliquer la situation japonaise et qui en surprendra plus d’un, la timidité ou plutôt la réserve des hommes japonais vis-à-vis des choses du sexe. Manquer de maturité sexuelle a des conséquences sur la vie sociale et surtout professionnelle or quand on sait qu’un Japonais célibataire sur 4 est encore puceau à 30 ans, ces laissés-pour-compte de la vie représentent un réel problème de société. Devant cette situation, Shingo Sakatsume qui ouvrit un institut pour éduquer des personnes sévèrement handicapés à connaître une vie sexuelle à peu près satisfaisante en 2008 a franchi une nouvelle étape dans ce domaine non plus pour handicapés mais pour des hommes parfaitement normaux. Il s’agit de la Virgin Academia (voir le lien). Les hommes adultes et parfaitement normaux sauf en ce qui concerne leur vie sexuelle sont soumis à un exercice plutôt inattendu. C’est un cours de dessin. Un fille se déshabille devant eux – la plupart n’ont jamais vu une femme nue « en vrai » – et elle choisit une posture telle que les « élèves » puissent découvrir tous les détails de l’anatomie féminine afin de se familiariser avec un corps de femme et venir à bout de leurs inhibitions et de leur timidité. Ainsi ils peuvent envisager après quelques mois trouver enfin l’âme sœur, mois durant lesquels ils doivent noter tous leurs rendez-vous romantiques et faire part de leurs succès et de leurs échecs à un conseiller.

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Pour toutes ces raisons la population japonaise diminue : en 2014, selon les statistiques gouvernementales il y a eu 1 million de naissances pour 1,3 million de décès et à ce rythme la population du pays aura diminué de 20 millions de personnes dans 25 ans, je n’ai pas refait le calcul. Ces prévisions démographiques considérées comme inexorables, à moins que le gouvernement n’adopte des mesures drastiques pour inciter les Japonais à se marier et avoir des enfants, rendront le poids de la dette insupportable pour les générations à venir et le poids économique et politique du Japon s’évanouira parallèlement, mais on peut en douter pour d’autres raisons qui n’ont rien à voir avec la désaffection des Japonaises et des Japonais pour les choses du sexe …

Il ne faut naturellement pas oublier de mentionner la Chine et l’Inde qui sont sur la voie de gros problèmes démographiques devenus incontrôlables en raison des politiques adoptées ou respectivement des traditions. La politique de l’enfant unique en Chine va accélérer le vieillissement de la population du pays : dans moins de 50 ans la moitié de la population aura disparu. En Inde, le déséquilibre entre hommes et femmes – beaucoup plus d’hommes que de femmes, 4 % de différence – fait que le mariage est devenu un rêve physiquement et financièrement inaccessible. La natalité dans ce pays est en baisse continue du fait d’une désaffection pour le mariage. En Chine c’est la course à l’argent qui fait que les jeunes en âge de se marier et de procréer choisissent le travail plutôt que le mariage qui n’est en aucun cas, bien au contraire, un ascenseur social. Trois bombes démographiques qui changeront la face de cette région du monde dans moins de trois décennies.

Sources : Reuters et http://www.japantimes.co.jp/news/2015/01/19/national/japanese-couples-going-without-sex/#.VZki_mBx3IP

http://www.ipss.go.jp/site-ad/index_english/nfs14/Nfs14_Singles_Eng.pdf

http://reports.weforum.org/global-gender-gap-report-2014/rankings/

http://www.ibtimes.com/japan-population-problem-government-adopts-paternity-leave-nursery-school-measures-1854084

http://www.whitehands.jp/virginacademia.html

Mères allaitantes et sexe : libido plus intense ou stratégie relationnelle ?

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Curieuse question que s’est posé Michelle Escasa-Dorne de l’Université du Colorado en étudiant le comportement sexuel de femmes mariées à Manille aux Philippines. L’étude a englobé 86 femmes mariées allaitant et encore en aménorrhée, 48 femmes allaitant et étant réglées et 106 femmes mariées sans enfants et normalement réglées. Toutes étaient âgées de moins de 35 ans et avaient suivi une éducation normale, vivaient dans les faubourgs de Manille près de centres de santé et avaient accepté de répondre à un questionnaire un peu indiscret relatif à leur comportement sexuel avec leur époux. Il faut rappeler ici que les Philippines est un pays très catholique et que la fidélité conjugale est un devoir sinon une obligation religieuse. Mais là n’est pas la question.

La littérature scientifique faisait état d’une chute de la libido chez les mères après avoir donné naissance à leur enfant, trop préoccupées par les soins prodigués à ce dernier, et que cette chute de libido se traduisant par sinon une absence du moins une rareté dans les rapports sexuels n’était due qu’à cette occupation de mère allaitante et plus encline à s’occuper de son enfant que son époux. L’étude réalisée par le Docteur Escasa-Dorne démontre qu’il n’en est rien. On aurait pu croire que les femme allaitantes et en aménorrhée seraient plus disposées à un rapport sexuel dans la mesure où le risque de grossesse est amoindri. Ce sont au contraire les mères avec leur enfant au sein et réglées qui sont les plus actives sexuellement, y compris en comparaison des femmes mariées nullipares et normalement réglées. Ces mêmes femmes ont aussi déclaré être encore plus actives sexuellement qu’avant de se retrouver enceintes.

Puisqu’on cherche à trouver une explication logique à tout comportement humain comme dans le cas présent largement instinctif, il n’y a qu’un pas vite franchi pour en trouver une : une stratégie consistant à maintenir une relation étroite avec son partenaire dans le but de s’assurer un avenir confortable pour la progéniture. En quelque sorte une sorte d’instinct de conservation qui se traduit par une disponibilité sexuelle plus soutenue ou énoncé différemment la nécessité de préserver le couple pour assurer un avenir à l’enfant. Comme l’indique le tableau 2 de l’article relatant cette étude, c’est l’engagement entre partenaires du couple qui est le facteur prépondérant dans l’activité sexuelle et non le désir, l’amour, ou encore la recherche d’orgasmes ou de satisfaction. On se trouve donc devant un comportement strictement instinctif qui n’est justifié que par le maintien de la cohésion du couple en vue d’assurer la survie de la cellule familiale. Il faut enfin noter que dans cette étude la majorité des enfants au sein étaient âgés de 9 mois et plus, un détail qui n’a pas été relevé par l’auteur de l’étude (voir le lien) et qui pourrait à lui seul expliquer ce comportement particulier de la mère. En effet à cet âge l’enfant a besoin d’une alimentation plus différenciée que le lait maternel pour son développement et cette simple nécessité de disponibilité en nourriture peut expliquer ce comportement. On retrouve peut-être ici les comportement primordiaux de nos ancêtres chasseurs-cueilleurs qui étaient assurés de toujours trouver une partenaire sexuelle active et consentante à condition peut-être qu’ils subviennent à la survie de l’enfant … et de sa mère, au prix de quelques sacrifices l’obligeant à délaisser un instant son enfant pour satisfaire son partenaire. En effet, la sécrétion de prolactine a tendance à diminuer le taux de testostérone chez la mère allaitante et donc par voie de conséquence la libido, mais ce n’était pas le but de cette étude.

Source : DOI 10.1007/s12110-015-9223-x , Human Nature en accès libre, illustration Marie Cassat « Mère et Enfant » (1906)