Le système des retraites japonais : un exemple à suivre en France ? Pas vraiment.

De retour dans « mon île » mes pensées vont toujours vers le Japon. Ainsi, plus au fait de l’actualité européenne et en particulier française, il me revient en mémoire le système de retraites japonais alors que la France s’enfonce dans un marasme social inquiétant provoqué par la réforme du système de retraite français. Ce dossier brûlant a été confié à un grand commis de l’Etat qui s’est révélé être beaucoup plus un profiteur du système qu’un « commis » au sens gaullien du terme comme par exemple Marcel Boiteux, Président d’EDF, que j’eus le privilège de rencontrer brièvement rue Murat à Paris. Ce genre de personnage n’existe plus en France et c’est bien regrettable. Donc le scandale Delevoye, en regard duquel l’ « affaire Fillon » apparait comme une minuscule incartade d’enfant de l’école primaire, a envenimé la rancoeur du peuple qui se sent floué par la mafia qui dirige la France aujourd’hui. Fillon aurait pu être reconnu comme un « grand commis de l’Etat », aujourd’hui tout l’appareil dirigeant du pays est corrompu. Cette corruption a été institutionnalisée par des lois que les politiciens ont mis en place à leur propre avantage afin, en toute impunité donner libre cours à leurs magouilles en tous genres.

Le but ultime du gouvernement est de mettre la main sur les retraites par capitalisation constituées par certaines corporations qui ne croient plus depuis longtemps à la pérennité du système par répartition imaginé par le Comité National de la Résistance au sortir de la deuxième guerre mondiale, système qui ne peut fonctionner que si le taux de natalité est suffisamment élevé afin que les générations accédant au marché du travail soient assez étoffées pour financer la retraite de ceux qui quittent ce marché du travail. Or depuis près de 50 ans le taux de natalité s’est effondré en France et le système du CNR ne fonctionne plus pour cette simple raison démographique. L’expert Delevoye a imaginé des mécanismes de restauration du système des retraites très complexes qui n’ont pas d’autre but que de spolier l’ensemble des Français.

La seule solution qui était encore viable il y a à peine 5 ans aurait été d’instaurer en France un système généralisé de retraite par capitalisation, les charges sociales acquittées par les salariés, les entreprises et les indépendants, artisans, commerçants et agriculteurs, permettant de constituer cette capitalisation. Le système français par répartition ne profite pas à l’économie puisqu’il est déficitaire : voilà l’un des maux de l’économie de la France qui ne dispose pas des capitaux nécessaires pour investir et créer des emplois, ce qu’un système par capitalisation aurait précisément pu faire.

Le cas du Japon est exemplaire dans la mesure où les retraites sont exclusivement constituées par capitalisation. Les capitaux réunis sont gigantesques et sont investis dans l’industrie japonaise. Ce sont des institutions financières privées qui gèrent en partie les investissements et elles sont tenues de réaliser des profits afin d’abonder ces fonds. Il s’agit entre autres de BlackRock, le plus important gestionnaire de fonds de pension du monde. Cette société financière non bancaire a d’ailleurs été contactée par le gouvernement français en vue d’obtenir des conseils relatifs à la réforme des retraites en cours de gestation, et c’est significatif des intentions de l’Etat français. Brièvement la loi japonaise précise que chaque année le gouvernement et les grandes entreprises industrielles et commerciales font les comptes des sous qui restent dans les caisses. Si le montant des capitaux disponibles pour payer les retraites a augmenté, les retraites augmentent et s’il a diminué les retraites diminuent. Libre à ceux qui décident de se constituer un capital supplémentaire d’en prendre soin en en prenant acte, un peu comme les systèmes d’assurance-vie si chers aux Français.

Il y a cependant un gros risque pour les souscripteurs français de contrats d’assurance-vie : ou bien ce seront les compagnies d’assurance qui, acculées par des taux d’intérêt trop bas sur les marchés, se serviront dans le bas de laine de leurs clients ou bien ce sera le gouvernement qui s’en chargera de par la loi comme cela fut le cas avec le Front populaire en 1936.

Par conséquent, et j’en revient au Japon, il arrive que des « petits » retraités japonais se trouvent dans l’obligation de trouver des « petits boulots » pour arrondir leurs fins de mois mais ce n’est pas un problème au Japon puisqu’il y a une pénurie criante de main-d’oeuvre, ce qui n’est pas le cas de la France avec plus de 7 millions de chômeurs. Ainsi il est courant de voir au Japon des septuagénaires assurer la sécurité des passages pour piétons aux alentours des écoles. Il sont rémunérés quelques milliers de yens pour ce travail. Et s’ils restent encore « bon pied, bon oeil » ils osent tirer des fibres optiques sur les réseaux de câbles dans les rues.

Comme je le précisais dans un précédent billet la société japonaise fonctionne très bien car tout le monde se sent solidaire de l’avenir de son pays et du bon fonctionnement de son économie. Il y a cependant un aspect de l’économie qui pourrait mettre en danger le système par capitalisation comme l’ont souligné certains analystes économiques. Il s’agit de la politique des taux zéro, voire négatifs, mise en place par les banques centrales. Les gestionnaires des gigantesques fonds de pension japonais sont donc confrontés à un choix. Ou bien les rentiers, entendez les retraités, sont spoliés (on dit euthanasiés dans le langage des économistes) ou bien les gestionnaires de ces fonds de pension trouvent des investissements profitables auprès des industriels afin d’assurer la pérennité du système. Paradoxalement les investissements réalisés par les gestionnaires des fonds de pension se trouvent dans une meilleure position, pour ce faire, que les banques qui n’ont plus d’autre choix que de proposer aux entreprises des prêts à des taux relativement élevés puisque les marchés financiers sont atones.

Si le monde politique français avait le moindre soupçon de curiosité il s’inspirerait du système japonais. Mais c’est impossible. Depuis l’ère Mitterand la France est devenue un pays socialo-marxiste (maintenant c’est un pays socialo-écolo-marxiste) et elle est engluée dans ses institutions et ses lois qui constituent un terrain favorable à la corruption ainsi qu’à la pression des « partenaires sociaux » – encore un concept inventé par le CNR – totalement corrompus et déconnectés des réalités modernes. Rien ne pourra être changé et le pays continuera à s’enfoncer inexorablement. Tous les rentiers seront spoliés et leur pouvoir d’achat disparaîtra, alors l’économie du pays s’effondrera de plus belle et ce sera le chaos. Voilà ce que la gauche française a créé avec son cortège de corruptions et son manque total de vision à long terme. Comme le dit si bien H16 ce pays est définitivement foutu et il ne reste aux électeurs, retraités ou non, que leurs yeux pour pleurer puisqu’ils ont voté pour des politiciens corrompus et incompétents.

Notes. Le Japon est le deuxième pays du monde pour le nombre de brevets déposés chaque année. C’est la conséquence directe de l’excellence des universités et des instituts techniques de ce pays. L’innovation est donc au centre des préoccupations économiques du pays, un terreau très favorable aux investissements qui sont le fait des initiatives privées et non pas du gouvernement comme c’est le cas en France, pays où le monde politique veut tout diriger. Pour l’innovation « à la japonaise » ce n’est pas le cas en France, pays où les universités et les écoles d’ingénieurs ne forment que très peu de véritables créateurs et si par hasard il en apparaît ces derniers fuient la France pour d’autres cieux plus favorables à leur épanouissement, notamment au Japon ! Juste un exemple à ce sujet : j’ai eu l’occasion de rencontrer à Tokyo il y a quelques jours une équipe d’animateurs 3D et d’informaticiens de grande classe tous français émigrés au Japon parce que l’environnement leur est propice pour développer leurs projets de haut vol compte tenu de la proximité de grandes entreprises telles que Sony ou Mitsubishi, entreprises sérieusement intéressées par la créativité des Français dans ce domaine.

Pour conclure ce billet le remplacement des générations, pour être optimal et permettre la pérennité du système de répartition des retraites en France, requiert des offres d’emploi pour les jeunes diplômés. Or ce n’est pas le cas : près de 60 % des jeunes diplômés français ne trouvent pas de travail. Au Japon, pratiquement 98 % des jeunes diplômés trouvent un emploi à la sortie des universités ou des instituts techniques, les 2 % restants choisissant de poursuivre les études ou leurs recherches. De l’autre côté des tranches d’âge, contrairement à la France où les entreprises sont asphyxiées par les charges sociales et les taxes, l’âge de départ à la retraite relève du choix des employés. Les agents de l’Etat japonais peuvent continuer à travailler jusqu’à 80 ans et le départ à la retraite reste dans le domaine du choix des employés. Fixer un âge pivot pour le départ à la retraite est une autre absurdité qui n’est instituée que pour brider les libertés des citoyens. En définitive le gouvernement français a globalement tout faux au sujet du projet de modification du système de retraites tel qu’il existe aujourd’hui. Il ne peut pas être viable, c’est un fait, mais ce n’est certainement pas cette pseudo-réforme qui le rendra pérenne.