Nouvelles de Tenerife : la raffinerie de pétrole de Santa Cruz

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Après le Japon voici un billet qui intéressera particulièrement mes lecteurs fidèles puisque le mouvement des « Gilets jaunes » français a débuté ainsi et s’est par la suite dégradé en se politisant. En rentrant de Tokyo à une heure tardive j’ai pris un taxi à l’aéroport pour rentrer dans mon modeste meublé en location. Je me suis surpris à parler en espagnol, pas parfaitement mais presque, avec le chauffeur. À une heure tardive c’est fou comme les chauffeurs ont envie de se confier ! Descendant de l’aéroport vers le centre-ville nous sommes passés près de la raffinerie de pétrole de Santa Cruz et il s’en dégageait une odeur d’oeuf pourri très lourde. Ce monsieur m’a informé que la raffinerie CEPSA, l’une des deux ou trois compagnies pétrolières espagnoles, avait été contrainte de fermer cette installation en raison de la pression constante des écologistes, considérant que ces dites odeurs intoxiquaient la population. Les grandes cuves de stockage du pétrole brut sont nettoyées avant d’être coupées en morceaux …

Cette petite raffinerie fut construite dans les années 1930 loin du centre ville. Elle était censée produire des distillats pour l’archipel des Canaries mais également pour le Rio de Oro, l’ex-colonie espagnole aujourd’hui annexée par le Maroc ainsi que quelques petits pays d’Amérique latine comme l’Uruguay. Il s’agissait donc d’une installation industrielle, la seule de l’archipel, d’une importance stratégique indéniable. Lors du grand développement touristique impulsé par le régime de Franco au début des années 1970 inexorablement cette raffinerie se trouva entourée par des constructions et elle est aujourd’hui au milieu de la ville telle une présence incongrue. En raison d’aléas de rentabilité le gouvernement espagnol la vendit à l’Emirat d’Abou-Dabi au milieu des années 1990, pays qui eut de ce fait le privilège de mettre un pied dans un marché stratégique et totalement exempt de taxes.

Comme pour toute raffinerie de pétrole il existe une ou deux torchères qui brûlent des gaz apparus fatalement au cours du processus complexe de raffinage comme le méthane et l’éthane. Or ces gros brûleurs, bien que relativement élevés, produisent des fumées noires et les groupements écologistes ont commencé à s’énerver. Pire encore le dégazage des grandes citernes de stockage du pétrole brut dégagent divers produits soufrés classés dans la famille des mercaptans. Ces produits sont, certes, toxiques à de très fortes concentrations mais considérablement dilués dans l’atmosphère par les vents marins ils ont encore la particularité d’être toujours très « odorants ». En effet, ces mercaptans présentent la particularité d’être détectables par les terminaisons olfactives d’un nez humain à des concentrations frolant la partie par milliard (ppb) c’est-à-dire rien du tout.

Il s’agit des composés utilisés pour « odoriser » le gaz naturel (méthane) qui n’a aucune odeur comme ce fut le cas aussi pendant de nombreuses années dans les villes européennes avec le « gaz à l’eau » produit à partir du charbon, composé d’oxyde de carbone (CO, à ne pas confondre avec le CO2) et d’hydrogène, deux gaz qui n’ont également pas d’odeur. Toujours est-il que les associations d’écologistes ont encore tiré la sonnette d’alarme en raison de ces odeurs totalement inoffensives, faut-il le répéter, et l’émirat d’Abou Dabi a jeté l’éponge. « Désodoriser » une raffinerie représente des investissements considérables mettant en péril la rentabilité de l’installation.

Alors que l’archipel des Canaries profitait de distillats et de gaz (propane et butane) à un prix très accessible, le plus bas d’Europe – les prix à la pompe pour le sans-plomb 98 sont à peine plus élevés que un euro – dans quelques semaines ce prix augmentera brutalement de 40 centimes d’euros, merci aux écolos comme me l’a si bien expliqué ce chauffeur de taxi. Cet évènement est l’exemple type de l’ingérence des partis « verts » dans la vie économique qui va appauvrir brutalement la population alors qu’il n’existe aucun fondement scientifique pouvant appuyer leur action.

Ce chauffeur de taxi, trop content de convoyer un client comprenant ce qu’il disait a ensuite parlé des magouilles invraisemblables baignant dans la corruption qui sont déjà décidées quand il s’agira d’urbaniser un terrain d’une cinquantaine d’hectares dominant la mer. Les promoteurs immobiliers vont tout simplement s’en donner à coeur joie et enrichiront au passage les politiciens locaux qui ont ficelé des projets grandioses déjà sur les planches à dessin (c’est une image). Merci aux écologistes qui vont certainement réclamer leur part du gâteau au passage !