Où est passée l’inflation ?

Où est passée l’inflation ?

Je ne suis pas un économiste, loin de là car c’est une science inexacte dans la mesure où il est impossible de mettre en équation tous les paramètres qui sont, comme disent les spécialistes, les sous-jacents de l’évolution des marchés. Janet Yellen a déclaré il y a quelques jours qu’elle ne comprenait pas pourquoi, malgré la profusion de monnaie disponible à des taux jamais vus depuis 5000 ans, il n’y avait toujours pas d’inflation. Faut-il que cette personne qui compte parmi les plus puissantes du monde soit totalement dénuée de bon-sens ! Un bon-sens paysan comme on disait autrefois …

Pour qu’il y ait inflation des prix il faut que la demande surpasse l’offre. Quand il y avait des famines en Europe le prix du blé pouvait être multiplié par 5 en quelques mois car l’offre était inexistante. Aujourd’hui il n’y a plus de demande dans la plupart des pays de l’OCDE car dans tous ces pays le chômage est endémique et important, très important. Aux USA, le pays de Yellen, plus de 50 millions de personnes en âge de travailler n’ont pas d’emploi du tout et survivent uniquement avec des coupons d’alimentation généreusement distribués par le gouvernement fédéral et 50 autres millions de personnes également en âge de travailler ne trouvent que quelques heures de travail ici et là durant la semaine pour éventuellement arriver à s’acheter une boite de corned-beef chaque jour. Ce n’est pas ainsi que la demande et donc l’inflation peuvent être relancées dans le pays de Yellen qui n’a décidément rien compris.

En Europe l’image n’est pas plus flatteuse. En Italie, Espagne, France, Portugal, Grèce ou Belgique la situation est tout aussi alarmante qu’aux USA. Le taux de chômage dans ces pays, si il est fait abstraction des statistiques gouvernementales truquées, atteint entre 15 et 20 % de la population active. Même scénario, mêmes effets : une demande réduite à sa plus simple expression – les denrées de première nécessité – ne relancera pas l’inflation tant espérée par les gouvernements pour diluer la dette d’Etat.

Tant que les statistiques du chômage flirteront avec des chiffres de l’ordre de 20 % les salaires n’augmenteront pas puisque le marché du travail obéit aux mêmes lois que n’importe quelle autre denrée : trop de demandeurs d’emploi, pas question d’augmenter les salaires et par conséquent pas non plus d’augmentation de la demande de la part de ceux qui ont la chance d’avoir un emploi. C’est en quelque sorte un cercle vicieux d’où lequel les économies occidentales auront beaucoup de mal à s’extirper.

Puisque la demande est rachitique, les entreprises, confrontées à des marchés étriqués, n’investissent naturellement plus et n’embauchent également plus, d’où la persistance de ce chômage. Alors la politique des banques centrales consistant à inonder les marchés financiers de monnaie fraîchement imprimée est de ce fait totalement inefficace pour relancer l’économie, en d’autres termes l’emploi, la consommation et par voie de conséquence l’inflation.

Les taux d’intérêt proches de zéro, supposés stimuler l’économie – il est tentant, en théorie, d’emprunter à des taux ridicules – sont en réalité dévastateurs car ceux qui sont dans une situation économique précaire ne consommeront pas plus pour autant. Tout simplement parce que quand on n’a pas de revenus fixes on ne peut pas emprunter le moindre kopeck à son banquier. Ici à Tenerife, une île pourtant privilégiée par sa puissante industrie touristique et ses ressources agricoles inestimables, les pauvres restent pauvres mais les riches s’enrichissent en profitant de ces conditions ultra-favorables de crédit. Et l’inflation est un doux rêve. Vous voulez un exemple concret ? Tous les six jours je vais dans mon petit super-marché au coin de la rue acheter deux packs de bière (soit 8 litres) et un pack de 6 litres de lait entier (en réalité je bois beaucoup plus de 8 litres de bière en 6 jours et je n’ai aucune honte à l’avouer, d’autant plus que la bière ne coûte ici que 80 centimes d’euros le litre : où est l’inflation ?). Il m’en coûtait il y a un mois 10,14 euros. Depuis une semaine je débourse seulement 9,54 euros pour strictement le même achat : taux de déflation 5,9 % !

Il y a plus grave encore parmi les effets pervers des taux d’intérêt proches de zéro : les caisses de retraite n’arriveront plus à payer les pensions des retraités. Il ne faut pas croire que l’argent que j’ai épargné durant toute ma vie active (je suis retraité) pour me constituer une retraite complémentaire est resté dans une boite en fer blanc et que chaque mois ma caisse de retraite m’en met un peu sur mon compte en banque. Cette caisse de retraite a fait durant des années des placements avec mon épargne qui lui ont permis de rémunérer les retraités lorsque je travaillais et d’éventuellement réaliser quelques profits avec « mon argent ».

Aujourd’hui, en raison des politiques délirantes des banques centrales, ces mêmes caisses de retraite, qu’elles soient privées ou publiques, sont toutes au bord de la faillite puisqu’elles ne peuvent plus réaliser de profits sur les marchés financiers en raison de ces taux d’intérêt proches de zéro. Si les retraités actuels vont être un peu plus taxés pour tenter de sauver le système (c’est le cas de la France) il est inutile de douter un instant : les futurs retraités auront la vie très dure. Toutes les promesses qu’on leur tient aujourd’hui ne seront jamais honorées ! Seuls les grands favorisés de ce système financier perverti en profiteront, c’est-à-dire les riches qui sont devenus de plus en plus riches et les « nouveaux riches » qui ont accumulé des richesses extravagantes basées sur du vent à la Jeff Bezos ou Mark Zuckerberg mais cette classe de privilégiés n’est pas à l’abri d’une profonde crise économique, la « big one » qui se profile à l’horizon en raison de cette situation invraisemblable.

Reste le cas du Japon, pays que je connais pour au moins y séjourner deux fois par an et prétendre bien le connaître est un abus de langage. Il y a peu de chômage dans ce pays, à peine trois pour cent de la population active, des centaines de milliers d’offres d’emploi ne sont pas satisfaites et le Japon a déjà modifié les lois relatives aux demandes de visa de résident temporaire dans le but d’attirer une main-d’oeuvre étrangère sélectionnée. Et pourtant les salaires évoluent peu, la demande stagne et l’inflation n’est toujours pas au rendez-vous malgré les « QEs » de la BoJ. L’un des objectifs de Shinzo Abe quand il a été élu était d’atteindre une inflation de quelque 3 % et les économistes nippons ne voient toujours rien venir. Même une augmentation de la TVA n’a pas vraiment créé d’inflation ! Qu’en conclure alors ? Les « quantitative easing » sont contre-productifs en tous les cas en ce qui concerne l’inflation, car la demande ne progresse pas et tous les billets de banque fraîchement imprimés se retrouvent dans la poches des 0,01 %, aux USA, en Europe et très certainement au Japon aussi. Cette masse considérable de liquidités n’a pas pénétré les circuits économiques normaux, c’est peut-être la raison pour laquelle les politiques monétaires des banques centrales occidentales (Japon compris) n’ont pas atteint leur but : un miroir aux alouettes de plus et une grave erreur d’appréciation des gouverneurs de ces banques centrales …

Je répète que je ne suis pas économiste et je n’ai fait que relater dans ce billet mes impressions personnelles rassemblées au cours de nombreuses lectures sur un certain nombre de sites qui ne font pas partie des médias « main-stream ».