Le psoriasis et l’urushiol : même cause et mêmes effets

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Les plantes de la famille des Anacardiacées ont la fâcheuse propriété de contenir dans leurs feuilles une molécule très fortement allergène et quand on se frotte malencontreusement sur une de ces feuilles d’apparence anodine on peut souffrir pendant plusieurs semaines d’une dermatite dite vésiculo-pustuleuse hyperallergique. Il s’agit de l’urushiol du nom japonais de l’arbre à laque ( urushi, Toxicodendron vernicifluum, ). L’urushiol est une substance collante et huileuse qui s’incruste sur la peau et si on tente de l’éliminer en se savonnant énergiquement on aggrave la situation par frottements. Tout pour plaire …

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C’est en tentant d’expliquer la propriété allergène de l’urushiol qu’une équipe de biologistes de l’Université Monash en Australie a découvert le mécanisme d’action d’une protéine des membranes cellulaires appelée CD1a, très abondante dans la peau au niveau des cellules dites de Langerhans, dont on ignorait la fonction exacte. Il s’agit d’un composant du système d’histocompatibilité qui se lie à des acides gras et si ces derniers ne sont pas étrangers à l’organisme il ne se passe rien. Dans le cas de l’urushiol la réponse conséquente à la liaison de cette molécule avec la protéine CD1a est presque immédiate, particulièrement spectaculaire et douloureuse.

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Les souris, animaux de laboratoire largement utilisés pour toutes sortes d’expérimentations, ne synthétisent pas de CD1a et sont donc inutiles pour étudier les propriétés allergèniques de produits nouveaux ou déja connus pour être des allergènes. C’est en modifiant le patrimoine de souris pour les obliger à produire la protéine CD1a que ces dernières sont devenues sensibles à l’urushiol. Ces mêmes souris ont été utilisées pour étudier le psoriasis, une réaction auto-immune, et en bloquant la protéine CD1a à l’aide d’anticorps monoclonaux spécifiquement dirigés contre celle-ci il a été possible d’obtenir une amélioration du psoriasis et … de l’effet de l’urushiol ! Ces travaux ont été réalisés dans le cadre d’une collaboration entre l’Université Monash à Melbourne et la Harvard Medical School. Comme quoi les plantes sont toujours utiles pour élucider les mystères de la santé …

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Source : Monash University News Desk, Illustrations Wikipedia et Monash University

Et si on parlait des « biosimilaires »

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L’un des domaines les plus prometteurs de la pharmacologie moderne est celui des anticorps monoclonaux à usage thérapeutique mais aussi celui de divers facteurs de croissance normalement produits par l’organisme. Il y a là de nombreuses applications pour traiter des maladies réfractaires à tout traitement médicamenteux. Par exemple le Filgrastim (Neupogen de la société Amgen) est un analogue du facteur de stimulation des granulocytes produit par modification génétique de la bactérie Escherichia coli dans le génome de laquelle on a introduit le gène de ce facteur (G-CSF) d’origine humaine. Les applications sont essentiellement orientées vers une stimulation des lignées rouge et blanche de la moelle osseuse lors de chimiothérapies liées à certaines formes de cancers. Le premier « biosimilaire » homologué est un autre G-CSF de la société Sandoz (Novartis) appelé Zarxio. Bien que considéré comme « similaire » il est en tous points identique au Neupogene.

Lorsqu’un laboratoire pharmaceutique met au point la production d’un tel produit, vendu le plus souvent à un prix exorbitant, il est évident qu’entre la date de dépôt du brevet, l’approbation par les autorités compétentes et la commercialisation (AMM) il peut se passer près d’une dizaine d’années voire plus. Toute copie « générique » du produit est appelée « biosimilaire », un terme peut-être vague mais qui précise pourtant qu’il peut y avoir quelques infimes différences avec le produit initial. En effet, un brevet ne décrit pas nécessairement les secrets de fabrication dans leur détail. La fabrication d’un anticorps monoclonal ou d’un facteur de croissance à partir de cellules humaines en culture ou de bactéries transgéniques est simple sur le papier mais la réussite finale dépend aussi et surtout de la maîtrise par les personnels constituant les équipes de production d’une multitude de détails expérimentaux qui ne peuvent faire l’objet d’une protection industrielle à l’aide d’un brevet. L’automatisation des procédés de production n’est pas non plus brevetable. Le produit similaire fabriqué par un autre laboratoire n’est donc pas totalement identique.

Devant les coûts monstrueux de ces médicaments d’un nouveau genre aux multiples applications, les autorités compétentes (FDA ou EFSA, pour les USA et l’Europe) sont encouragées par les organismes de protection sociale et de santé publique ou privée pour homologuer de plus en plus de « biosimilaires » afin d’arriver à une diminution des coûts de traitement. C’est ce que vient de faire pour la deuxième fois la FDA avec l’Inflectra un biosimilaire du Remicade, deux anticorps monoclonaux utilisés pour le traitement de maladies auto-immunes comme l’arthrite rhumatoïde ou la maladie de Crohn. Le Remicade (Infliximab, illustration ci-dessus) a été mis au point par des universitaires de l’Université de New-York et développé par Centocor (Janssen) alors que l’Inflectra a été développé par la société de biotechnologie Celltrion et est produit et vendu par Pfizer.

La bataille est enragée car le traitement coûte environ 20000 dollars par an et il y a très gros à gagner : la maladie de Crohn, un inflammation du gros intestin, l’arthrite rhumatoïde, la spondylite enkylosante et le psoriasis sont loin d’être des maladies orphelines et le marché est particulièrement juteux, de l’ordre de 8 milliards de dollars par an aux USA et 25 milliards dans le monde ! On comprend dès lors que les homologateurs soient stimulés par les compagnies d’assurance-maladie privées ou les organismes publics de protection sociale. Ces deux produits, des anticorps chimères homme-souris, bloquent l’action d’un facteur appelé TNF-alpha, une cytokine impliquée dans les inflammations systémiques caractéristiques des maladies auto-immunes.

Il reste pourtant clair que le développement d’autres « biosimilaires » est coûteux et demande plusieurs années. Envisager une diminution conséquente du coût des traitements relève encore de l’utopie car par exemple le « biosimilaire » du Neupogen coûte environ 15 % moins cher que le produit authentique. Autant dire qu’il est évident que les laboratoires pharmaceutiques feront tout ce qui est en leur pouvoir pour préserver la manne que représentent ces produits nouveaux quitte à s’entendre en toute illégalité sur les prix à fixer. Encore une fois il est également évident que les profits passent avant l’intérêt des malades … et des contribuables.

Source : http://www.fda.gov/NewsEvents/Newsroom/PressAnnouncements/ucm494227.htm

Illustration : Remicade et Inflectra (Wikipedia)