De plus en plus de cancers du pancréas en Europe, mais pourquoi ?

Capture d’écran 2014-04-25 à 20.21.47 Capture d’écran 2014-04-25 à 20.23.23 Il faut parfois 20 ans pour qu’un cancer du pancréas se déclare et il est alors naturellement bien trop tard. C’est la raison pour laquelle ce cancer est le plus souvent mortel (quelques % de survie à 5 ans) car les traitements administrés sont tous des tentatives de la dernière chance, il n’y a plus beaucoup d’alternatives possibles. Deux équipes de médecins des universités de Milan et de Lausanne ont épluché les statistiques des pays de l’Union Européenne et sont arrivé à la conclusion pas très réjouissante que le nombre de cancers du pancréas va continuer à progresser inexorablement alors que la plupart des autres types de cancer ont tendance à régresser mis à part les cancers du poumon chez les femmes. Les cancers pris en compte dans cette étude comprennent ceux de l’estomac, du poumon, du colorectum, du pancréas, du sein, de l’utérus y compris du col, de la prostate et les leucémies sur la période 1970 – 2009 avec des données additionnelles pour les six principaux pays de l’Union européenne, France, Allemagne, Italie, Pologne, Espagne et Grande-Bretagne jusqu’en 2011. De cette étude il ressort clairement que le nombre de cancers augmente année après année et tout ce que l’on peut raconter sur une alimentation saine et équilibrée supposée prévenir les cancers, par exemple du colon, n’a pas plus d’effet que les battements d’aile d’un papillon au milieu de la pampa argentine sur la météo dans le massif des Grisons. Force est de constater que le nombre de cancers du poumon croit chez les femmes alors qu’il décroit chez les hommes. Encore une fois il ne faut pas porter un jugement de valeur du genre les hommes sont plus sensibles aux campagnes contre le tabagisme que les femmes, ce qui ne veut rien dire du tout. Une des explications pourrait se trouver dans ces campagnes de sensibilisation au « genre » qui ne sont pas un fait particulier à la France. Le « genre » est aussi à l’ordre du jour dans d’autres pays européens et également aux USA. Pour le Japon (où je me trouve en ce moment à Tokyo pour ma plus grande satisfaction) les femmes sont des femmes qui parfois se promènent dans la rue ou dans le métro en kimono, quel autre accoutrement peut-il faire aussi subtilement ressortir la féminité qu’un kimono ? Le « genre » au Japon, ce sera pour plus tard. Si l’occurrence des cancers du poumon augmente chez les femmes l’explication est toute simple, ces dernières fument pour s’assumer et égaliser socialement les hommes, fumer c’est plus viril, et il y en qui n’hésitent pas à fumer le cigare ! C’est comme montrer ses seins couverts de décalcomanies ça fait aussi presque viril, je veux parler du mouvement hautement ridicule dit des « Femen » qui n’a pas encore réussi à me convaincre. Pour ne pas passer pour un horrible macho l’explication pourrait se trouver dans la combinaison pilule-tabac mais l’étude ne précise rien sur ce point précis … Pour l’augmentation des cas de cancers du pancréas, autant chez les femmes que chez les hommes, la situation est un peu plus complexe puisque pour parfaire cette étude il faudrait remonter 20 ans en arrière et disposer de données détaillées qui puissent expliquer ce phénomène. L’augmentation des diabètes de type 2 et l’obésité jouent certainement un rôle non négligeable mais ce sont des facteurs aggravants qui restent à prouver avec des statistiques détaillées. La prédisposition familiale au cancer du pancréas est par ailleurs considérée comme non significative du point de vue statistique, entendons-nous. Enfin, pour rendre encore la situation plus préoccupante il n’existe aucun test de dépistage du cancer du pancréas comme pour la prostate ou le colon. Il ressort donc de cette étude un sentiment de malaise inexpliqué sauf pour le cancer de la fumeuse. Source : doi:10.1093/annonc/mdu138 

Un espoir dans le traitement des cancers, enfin !!!

Plus de la moitié des cancers décrits et étudiés au niveau, je dirai moléculaire, puisque c’est ainsi qu’on finira par découvrir le mécanisme des cancers et peut-être un traitement universel, sont reliés à une mutation du gène exprimant une protéine appellée P53. 459px-P53

(en jaune la molécule linéaire d’ADN en double hélice, crédit Wikipedia)

Dans le cas du cancer du col de l’utérus, très commun chez la femme, il est reconnu que c’est un virus du genre papilloma qui est impliqué, et ce virus a l’incroyable faculté d’inactiver la protéine P53 déclenchant alors un cancer. Pour le cancer du poumon des fumeurs, dont je fais partie, le gène de la protéine P53 serait muté par les goudrons et autres particules fines contenues dans la fumée de cigarette (comme les gaz d’échappement des moteurs diésel mal réglés). Mais qu’est-ce que cette protéine assez grosse puisqu’elle pèse 53000 daltons, l’unité de mesure du poids d’une molécule chimique. C’est un facteur de régulation de l’expression des gènes contenus dans l’ADN et la P53 intervient quand l’ADN a été endommagé par exemple par les rayons ultra-violets pour stopper une expression anarchique des gènes, ou encore quand la cellule vieillit et se met aussi à faire n’importe quoi. Un genre de protection interne sophistiquée qui protège les cellules et donc l’ensemble de l’organisme. Un dernier rôle de cette protéine est d’indiquer donc à la cellule qu’elle doit mourir plutôt que de se multiplier anarchiquement.

Or dans la moitié des cancers étudiés finement au niveau moléculaire, cette protéine est mutée et n’agit plus correctement, d’où l’apparition de cancers.

Comme c’est un gros truc assez compliqué, pour tenter d’étudier son fonctionnement et éventuellement dans un but ultime d’agir par voie téhrapeutique sur la protéine modifiée, une équipe pluridisciplinaire de l’université de Californie à Irvine composée de cristallographes, de chimistes, de biologistes et de modélisateurs sur ordinateurs, ce genre d’extraterrestres qui jouent avec la forme des objets sur leur ordinateur pour par exemple faire des films d’animation en 3D, ont finalement mis au point un programme pour faire une screening haute fréquence de milliers de molécules chimiques simples et existantes non pas avec un robot comme cela est utilisé couramment dans les laboratoires de recherche des grandes firmes pharmaceutiques, mais avec un ordinateur. L’idée était de trouver un composé chimique qui soit capable d’interagir avec la P53 mutante pour rétablir sa fonction de régulation. Pour le moment une vingtaine de molécules variées ont été repérées et vont faire l’objet d’études complémentaires. Une molécule naturelle isolée des lichens aurait pu faire l’affaire mais malheureusement elle est difficilement synthétisable, il s’agit de l’acide stictique, un drôle de truc avec plein de cycles. ncomms2361-f4

L’acide stictique rétablissant la structure active de P53, crédit http://www.nature.com

Et pourtant cette molécule, une fois ajoutée à des cellules tumorales en culture, stoppe la multiplication anarchique de ces dernières, la preuve que la protéine P53, altérée dans ces cellules, a recouvré sa capacité de régulation de l’expression des gènes, car l’étude a montré clairement que l’acide stictique se fixait bien sur la protéine P53. Il s’agit d’une immense avancée dans l’espoir d’un traitement quasi universel des cancers, au moins ceux occasionnés par une mutation de cette protéine.

Finalement la recherche pluridisciplinaire fait encore la preuve de son efficacité dans un domaine aussi crucial que la recherche sur le cancer …

Sources : Université d’Irvine et http://www.nature.com

Crédits photos : Wikipedia et http://www.nature.com