Pollution au plomb : un autre débat inattendu.

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Il existe encore en France et d’autres pays européens de nombreux logements anciens dans lesquels les adductions d’eau sont constituées de tuyaux en plomb, installées au tout début du XXe siècle et qui permettaient d’afficher fièrement au bas des immeubles « eau et gaz à tous les étages ». Le gaz (« à l’eau ») était également acheminé et distribué avec des tuyaux en plomb. J’avais acheté un vieil appartement dans le centre de Lyon et les arrivées de gaz et d’eau étaient en plomb. J’ai eu l’occasion d’apprendre à réaliser une soudure plomb-cuivre pour restaurer l’installation à l’intérieur de cet appartement. Finalement je suis arrivé à réaliser cette soudure bien que n’étant nullement plombier de mon état. Là où la situation se complique au sujet du plomb dont j’ai laissé mes impressions au sujet du chantier de Notre-Dame de Paris sur ce blog est que cette omniprésence de tuyaux en plomb en particulier dans une immense majorité d’immeubles tant à Paris que dans d’autres grandes villes françaises et européennes est la perturbation induite par la présence de chlore dans l’eau, un état de fait qui ne date qu’après la fin de la deuxième guerre mondiale.

En effet, il existe dans l’eau que l’on boit des traces de manganèse et ces traces vont perturber le processus naturel de protection contre une éventuelle pollution de cette eau par des oxydes de plomb avec la couche de carbonate de plomb qui se forme à l’intérieur des tuyaux. Et c’est là qu’intervient le rôle du chlore, en réalité les radicaux hypochlorite fortement oxydants, pour transformer une infime partie du carbonate de plomb en oxyde de plomb PbO2. La présence de manganèse, indispensable pour de nombreuses voies métaboliques essentielles dans notre organisme accélère d’un facteur 100 l’oxydation du carbonate de plomb déposé sur les parois des tuyaux en oxyde que l’on va finalement ingérer en buvant l’eau du robinet. Quand les spécialistes de la qualité de l’eau, après s’être rendu compte que l’hypochlorite (l’eau de Javel pour faire plus simple) amplifiait la formation d’oxyde de plomb, ils ont remplacé cette forme de chlore par de la chloramine. Curieusement ils ont observé que la formation d’oxyde de plomb dépendait de la composition de l’eau et qu’invariablement cette formation dépendait étroitement de la présence de manganèse dans l’eau.

L’oxyde de plomb ne se voit pas à l’oeil nu quand on remplit un verre d’eau mais il s’agit en fait d’une forme insoluble du plomb qui a longtemps été utilisée par les peintres comme pigment. Il ne faut pas confondre l’oxyde de plomb avec la céruse, un pigment blanc de formule PbCO3.Pb(OH)2, combinaison d’un carbonate et d’un hydroxyde du même métal également utilisé en peinture et interdit en raison de sa toxicité comme le PbO2 où le plomb se trouve à l’état Pb(IV), qui ingéré sera rapidement transformé dans l’estomac en chlorure tout aussi toxique qui va s’accumuler dans l’organisme – nos reins sont incapables de l’éliminer – et provoquer le saturnisme.

Source et illustration : Environmental Science and Technology, https://doi.org/10.1021/acs.est.8b07356