Conséquences inattendues ? Les cas de la polio et du Covid-19

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Article de Jim Steele paru sur le site wattsupwiththat.com le 30 mars 2020.

Nous devons considérer les conséquences médicales involontaires des blocages sociaux dans l’espoir d’empêcher la propagation de COVID 19. Les conséquences involontaires sont illustrées par les épidémies de polio passées qui ont laissé certains de mes camarades de classe estropiés. Pour les plus gravement atteints, un ventilateur n’était pas suffisant, il fallait un poumon d’acier pour que les enfants puissent respirer. Le virus de la polio existe probablement depuis des milliers d’années, mais au XXe siècle, de graves épidémies de polio ont commencé. Pourquoi ?

En 1992, le Dr Krause de l’Institut national de la santé a écrit : «Il existe de nombreux exemples d’anciens virus qui ont provoqué de nouvelles épidémies à la suite de changements dans les pratiques humaines et les comportements sociaux. La poliomyélite épidémique est apparue dans la première moitié du XXe siècle lorsque l’assainissement moderne a retardé l’exposition du virus jusqu’à l’adolescence ou à l’âge adulte, période à laquelle elle a provoqué une infection du système nerveux central et une paralysie sévère. Avant l’introduction de l’assainissement moderne, l’infection à poliomyélite était acquise au cours de la petite enfance, période à laquelle elle causait rarement la paralysie mais fournissait une immunité à vie contre l’infection et la paralysie ultérieures de la polio plus tard dans la vie. Ainsi, ce sont l’assainissement et l’hygiène qui ont aidé à prévenir les épidémies de typhoïde mais ont aussi favorisé l’épidémie de polio paralytique. »

En effet, ce sont les personnes les plus riches avec des niveaux de vie plus élevés qui étaient les plus touchées par les épidémies de polio, car leurs enfants avaient été isolés des souches plus douces durant leur prime enfance avec des mesures d’hygiène.

Comme c’est le cas pour tous les virus dont le génome est un ARN simple brin de même polarité dite positive que les ARN messagers (comme c’est le cas pour le coronavirus-19 alors que le génome des virus Influenza HxNy est un ARN simple brin de polarité négative) ils mutent très plus rapidement et il existe différentes souches. Certains provoqueront des effets bénins tandis que d’autres pourraient être mortels. La virulence d’une souche peut dépendre de l’âge et de la santé d’une personne. Il existe plusieurs souches de virus grippal, de sorte que les vaccins sont ajustés chaque année. Trois principales souches de poliovirus ont été identifiées. Les vaccinations ont éradiqué deux types et maintenant des groupes comme le Rotary Club financent des travaux pour éradiquer le type restant présent. L’observation selon laquelle une exposition précoce aux virus de la poliomyélite a fourni une immunité à vie soulève la question de la lutte contre le COVID 19. Dans quelle mesure isoler les personnes les empêche-t-il de devenir naturellement immunisées lorsqu’elles sont infectées par une souche légère?

Plus la population de personnes naturellement immunisées est grande, plus le «coupe-feu» qui empêche la propagation d’une souche plus mortelle est important. Tout comme la distanciation sociale minimise la croissance exponentielle d’une souche mortelle, elle empêche également la croissance exponentielle des personnes naturellement immunisées. Dans l’affirmative, une approche plus ciblée serait peut-être préférable. Notre population âgée est la plus vulnérable et est souvent confinée dans des établissements surpeuplés. Les personnes dont l’état de santé est compromis devraient s’isoler. Nous devons absolument minimiser la propagation à ces personnes vulnérables. Peut-être que disposer d’un hôpital pour se spécialiser en COVID et un autre pour les soins médicaux non-COVID est une bonne stratégie. Il n’est pas judicieux d’arrêter les soins médicaux pour un nombre beaucoup plus grand de personnes souffrant d’autres problèmes graves par peur de propager le COVID 19. Et est-il sage de mettre tout le monde en quarantaine ?

Le fait que de nombreuses personnes ont été testées positives pour le virus COVID 19 mais n’ont présenté aucun symptôme suggère qu’il existe diverses souches légères qui pourraient naturellement conférer une immunité. Ces réactions bénignes sont principalement observées chez les personnes de moins de 50 ans. Cependant, une fois que les cohortes plus jeunes auront acquis l’immunité, elles seront moins vulnérables en vieillissant.

Récemment, dans le New England Journal of Medicine, le Dr Fauci a écrit : «Si l’on suppose que le nombre de cas asymptomatiques ou peu symptomatiques est plusieurs fois plus élevé que le nombre de cas signalés, le taux de létalité peut être considérablement inférieur à 1%. Cela suggère que les conséquences cliniques globales de Covid-19 pourraient finalement être plus proches de celles d’une grippe saisonnière sévère (qui a un taux de létalité d’environ 0,1%) ou d’une grippe pandémique (similaire à celles de 1957 et 1968 dont il a été fait mention sur ce blog) plutôt que une maladie similaire au SRAS ou au MERS, qui ont eu des taux de létalité de 9 à 10% et 36%, respectivement. »

Le Dr John Ioannidis est professeur de médecine, de recherche et de politique de la santé et de science des données biomédicales à la Stanford University School of Medicine, directeur du Stanford Prevention Research Center et codirecteur du Meta-Research Innovation Center de Stanford

Il a écrit un article d’opinion « Un fiasco en devenir » ? Alors que la pandémie de coronavirus s’installe, nous prenons des décisions sans données fiables suggérant une réaction excessive.

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Contrairement au modèle de l’Imperial College suggérant que plus d’un million d’Américains pourraient mourir, Ioannidis a soutenu: «Si nous supposons que le taux de létalité parmi les personnes infectées par le SRAS-CoV-2 est de 0,3% dans la population générale – une estimation de milieu de gamme de l’analyse du cas « Diamond Princess » – et que 1% de la population américaine est infectée (environ 3,3 millions de personnes), cela se traduirait par environ 10 000 décès. Cela ressemble à un nombre énorme, mais il est enfoui dans le bruit de fond de l’estimation des décès dus à une «maladie saisonnière de type grippal ». Si nous n’avions pas eu connaissance d’un nouveau virus et si nous n’avions pas vérifié les individus avec des tests de PCR, le nombre total de décès dus à une «maladie de type grippal» ne semblerait pas inhabituel cette année. Tout au plus, nous aurions pu remarquer avec désinvolture que la grippe de cette saison hivernale 2019-2020 semble être un peu plus mortelle que la moyenne. Le modèle de l’Imperial College et d’Ioannidis sera testé prochainement, car le nombre de décès par COVID américain s’élevait déjà à 2 871 au 30 mars.

Néanmoins, il sera difficile de déterminer l’efficacité d’un verrouillage de la société si le COVID-19 se comporte comme la grippe. Les infections grippales baissent de façon spectaculaire à partir du mois d’avril. Par rapport au réchauffement saisonnier, un verrouillage peut avoir un effet minimal. Peut-être qu’en inhibant la propagation d’une immunité naturelle, nous pourrions préparer le terrain pour une autre grande vague de COVID 19 l’année prochaine. Ce sont des questions qui doivent être débattues.

Liens. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/1509258

http://polioeradication.org/polio-today/polio-prevention/the-virus/

https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMe2002387

https://www.statnews.com/2020/03/17/a-fiasco-in-the-making-as-the-coronavirus-pandemic-takes-hold-we-are-making-decisions-without-reliable-data/

https://www.kff.org/news-summary/u-s-u-k-shift-covid-19-responses-in-light-of-imperial-college-report-modeling-prevention-strategies-impacts-on-disease-spread/

Pendant 25 ans, en tant que directeur du Campus de terrain dans la Sierra Nevada de l’Université de Californie à San Francisco, Jim Steele a ouvert les yeux et les oreilles d’innombrables étudiants à la magie de la Sierra Nevada en Californie. Dans son premier livre, Landscapes and Cycles, An Environmentalist’s Journey to Climate Skepticism, Steele compare les effets des changements de paysage, des cycles naturels et du changement climatique sur les ours polaires, les baleines, les morses, les pingouins, les grenouilles, les pikas, les papillons et les écosystèmes marins. Bien qu’il soit sage de penser à l’échelle mondiale, toute la faune réagit localement et toutes les régions de la terre se comportent très différemment de ce que pourrait suggérer une statistique moyenne à l’échelle mondiale. Malgré les histoires d’horreur des médias relatives aux calamités du changement climatique, de nombreuses espèces ont bénéficié de ces récents changements en s’adaptant remarquablement beaucoup plus rapidement qu’on ne l’imaginait.

Note. Le taux de mortalité est égal au nombre de morts rapporté à l’ensemble de la population alors que le taux de létalité est le nombre de morts rapporté au nombre de personnes détectées comme séro-positives.

Une nouvelle forme de polio ?

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J’ai eu le privilège il y a bien des années d’aller dîner chez Jonas Salk, l’inventeur du vaccin anti-poliomyélite, tout simplement parce que sa compagne était l’ultime maîtresse de Pablo Picasso, un française. Et au cours de ce dîner très informel il y avait également mon patron au Salk Institute (Prix Nobel de médecine, également Français, et Francis Crick (Prix Nobel avec James Watson pour la découverte de la structure de l’ADN) dont l’épouse était française. La langue adoptée au cours de cette soirée fut naturellement le français car Salk maîtrisait parfaitement la langue de Voltaire. Salk avait donc mis au point le vaccin antipolio, une maladie qui faisait des ravages dans la jeunesse américaine et dont le Président Kennedy souffrait des séquelles. Cette maladie fut presque éradiquée dans le monde et il ne reste plus que quelques foyers au Bangladesh et en Afghanistan, un espoir réel pour le bien-être de l’humanité toute entière. Car cette maladie tue rarement mais les séquelles sont terribles pour l’ensemble de la société. La vaccination est toujours obligatoire et c’est une excellente décision d’un point de vue sanitaire.

La poliomyélite se déclare le plus souvent comme une sorte de grippe mais ce n’est pas une grippe car le virus attaque les nerfs moteurs et provoque des paralysies parfois irréversibles. Depuis quelques semaines plus de 60 cas répartis dans 22 états américains de paralysies des membres chez des enfants à la suite d’un petit rhume ont été répertoriés. Soixante-cinq autres cas sont toujours en cours d’évaluation. Cette nouvelle maladie qui ressemble étrangement à la polio a été dénommée par le CDC (Center for Disease Control) myélite flacide aigüe. Déjà en 2014 et 2016 des cas similaires ont été décrits et un entérovirus apparenté à celui de la poliomyélite appelé D68 (EV-D68) a été considéré comme la cause de cette nouvelle maladie. Le fait que seulement quelques enfants soient atteints de paralysie sévères et parfois irréversibles n’est pas encore très clair. Ce qui est acquis est que le virus se transmet par la salive et les sécrétions nasales en provoquant tous les symptômes d’un rhume léger que le corps médical diagnostique comme tel.

Jusqu’à ce jour un seul patient a été diagnostiqué comme porteur du virus dans son liquide céphalo-rachidien ce qui trouble encore plus le corps médical qui ne sait pas diagnostiquer dans les temps cette nouvelle maladie. À la fin de l’année 2016 vingt-neuf enfants dans 12 pays européens différents ont aussi été diagnostiqués comme souffrant de cette même attaque virale paralysante. Des biologistes de l’Université du Colorado à Denver, ville où eut lieu la plus sévère épidémie de myélite flacide aigüe en 2016 a montré que cette souche de virus provoquait des paralysies chez la souris en attaquant les cellules neuronales et que la présence du virus pouvait être facilement vérifiée dans le mucus provenant de la trachée.

La ressemblance avec la polio qui ne provoquait des paralysie que dans moins de 1 % des cas est troublante. Peut-être existe-t-il une prédisposition génétique. Le CDC a rapproché ces cas de ceux de l’entérovirus 71 qui provoque des inflammations de la muqueuse buccale et peut également être à l’origine de myélite flacide aigüe. Pour l’instant il n’existe pas de vaccins contre l’EV-D68 mais en existera-t-il un à l’avenir compte tenu de la rareté des cas de paralysie ? Nul ne le sait.

Source et illustration : Science

Encore une histoire de vaccins et d’autres maladies négligées

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À l’époque de mes grands-parents, tous nés avant la fin du XIXe siècle, il n’existait ni vaccins ni antibiotiques pour se prémunir d’une mort certaine provoquée par de nombreuses maladies qui décimaient parfois des villages entiers. Au cours de mes recherches généalogiques je pus constater que par exemple au tout début du XVIIIe siècle, durant le mois de janvier de l’année 1703, les trois quarts de la population du village dont sont originaires mes ancêtres paternels disparurent. Les registres paroissiaux ne mentionnent pas les causes de cette épidémie mais aujourd’hui une telle situation, d’autant plus au fin fond de la campagne savoyarde, ne pourrait pas se reproduire aussi dramatiquement. Ce genre d’épidémie existe encore malheureusement dans certains pays du monde et ceci malgré les progrès constants de la médecine.

Le premier grand succès de la vaccination est incontestablement l’éradication de la variole qui décima des peuples entiers du temps des Conquistadors en particulier, une arme infiniment plus redoutable que le mousquet ou l’épée ! Émergèrent également les antibiotiques avec Alexander Fleming et la pénicilline (1930) suivie des sulfamides au cours des années 1930 et 1940. Aujourd’hui le monde entier se trouve confronté à la résistance de certaines bactéries à tous les antibiotiques connus en raison d’un usage abusif de ces derniers. De plus il n’existe pas de vaccins pour se protéger contre ces bactéries résistantes et la situation est donc doublement alarmante de même qu’il n’existe pas d’antibiotiques (antiviraux) efficaces pour soigner une maladie d’origine virale à quelques très rares exceptions près.

Un autre grand succès de la vaccination est la presque totale éradication de la poliomyélite après la vaccination systématique contre cette maladie virale handicapante et parfois mortelle depuis la mise au point d’un vaccin par le Docteur Jonas Salk en 1952. Selon les statistiques de l’OMS moins de 40 enfants ont été paralysés par la polio dans le monde en 2016, essentiellement dans trois pays où cette maladie reste endémique, le Pakistan, l’Afghanistan et le Nigeria.

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Un troisième grand succès de la vaccination est l’éradication totale du continent nord-américain de la rubéole. Il n’existe pas de données récentes de l’OMS au sujet des pays de l’OCDE dans lesquels il est systématiquement conseillé aux femmes en âge de procréer de se faire vacciner contre cette maladie en raison des graves malformations foetales qu’elle provoque si ces dernières n’ont pas reçu le vaccin rougeole-oreillons-rubéole dans leur enfance. En 2016, dans le monde, 120000 enfants sont nés malformés, sourds ou aveugles en raison de cette maladie contractée par la mère en cours de grossesse. Il y a donc encore beaucoup de travail pour sensibiliser les populations afin que les femmes soient vaccinées systématiquement contre cette maladie.

Venons-en à trois parasitoses qui font l’objet de campagnes d’éradication systématique dans le monde et pour lesquelles il n’existe pas de vaccin. La dracunculose (voir le lien sur ce blog) ou encore « ver de Guinée » est en passe d’être éradiquée des pays infestés grâce à l’action de la fondation Carter. En 1989 il y avait 892926 cas en Guinée équatoriale uniquement et depuis le début de l’année 2017 seulement trois cas ont été identifiés dans ce même pays :

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La filariose lymphatique ou éléphantiasis également provoquée comme la dracunculose par un ver cette fois dont les larves sont inoculées par des moustiques a fait l’objet d’une vaste campagne d’éradication par voie médicamenteuse, le réservoir du parasite étant exclusivement l’homme. L’objectif peut-être ambitieux est d’éradiquer ce parasite aux alentours de 2020. Le traitement chimiothérapeutique consiste en une prise annuelle par toute la population concernée d’une combinaison de deux drogues tuant les micro-filaires. Il y a encore 81 pays dans le monde (Afrique et Asie) où cette parasitose est endémique. En 2015 six pays ont été officiellement reconnus comme nettoyés de ce parasite. Il s’agit du Cambodge, des Iles Cook, de l’archipel des Maldives, de Niue, du Sri Lanka et du Vanuatu. Vingt-neuf pays sont encore activement surveillés et l’objectif d’éradication totale pourrait être atteint durant la décennie 2020, toujours selon l’OMS.

Enfin l’onchocercose (voir le lien sur ce blog) ou cécité des rivières dont le véhicule est cette fois une mouche fait l’objet d’une campagne d’éradication dans 36 pays d’Afrique sub-saharienne et d’Amérique du Sud. Les larves du ver parasite sont sensibles au Mectizan, gracieusement fourni par les laboratoires Merck à la Fondation Carter qui est activement impliquée dans l’éradication de cette parasitose. Les résultats sont encourageants car la Colombie a été officiellement nettoyée de ce parasite en 2013, l’Equateur en 2014, le Mexique en 2015 et le Guatemala en 2016. Il reste encore beaucoup de travail pour éliminer totalement cette maladie invalidante.

Sources : Cartercenter.org et OMS. Autres lectures sur ce blog :

https://jacqueshenry.wordpress.com/2016/02/07/la-dracunculose-deuxieme-maladie-bientot-eradiquee-de-la-planete/

https://jacqueshenry.wordpress.com/2015/05/11/des-smartphones-pour-combattre-lonchocercose-et-le-loa/ Illustration : distribution de médicaments pour l’éradication de la filariose lymphatique en Afrique