L’origine des religions ( 2 ) Les évènements climatiques ?

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L’apparition des croyances en une entité supérieure à l’homme, un facteur contribuant à l’organisation sociétale des groupes humains, reste obscure. Le mystère des grottes profondes a certainement contribué à la conceptualisation d’un être suprême à qui on doit le respect ou au moins une dévotion et une reconnaissance. À la surface de la Terre, pour rester plus matérialiste, ce fut d’abord et avant tout autre paramètre la disponibilité en nourriture qui induisit l’apparition de rites célébrant le Soleil, puis la pluie avec la manifestation terrifiante des orages. Dès la sédentarisation des chasseurs-cueilleurs avec l’apparition de l’élevage et de l’agriculture, ces deux facteurs essentiels à la vie, Soleil et pluie, permit la structuration de la notion d’êtres supérieurs et de divinités appropriées à l’organisation des groupes humains en les moralisant. Il y eut en effet très tôt dans l’évolution des sociétés humaines des dieux bons et des dieux mauvais reflétant le bien et le mal existant dans ces groupes humains.

Pour tenter d’établir une corrélation entre les paramètres climatiques favorables à la culture et l’élevage et la nature des êtres supérieurs vénérés ou invoqués dans des rites « religieux » 389 groupes humains ont été étudiés. Bien que l’on ait tendance à ne considérer que quatre ou cinq grandes religions dans le monde, il existe une multitude de pratiques relevant parfois de la magie mais toutes faisant référence à l’existence d’un être transcendantal le plus souvent lié à l’agriculture et/ou l’élevage et donc aux conditions climatiques. Ces « dieux » remplissent une fonction moralisatrice car ils sont considérés par les « anciens » ou les chefs ou encore les sorciers comme des exemples que les sociétés doivent suivre.

L’étude réalisée par une collaboration internationale entre USA, Canada, Australie et Nouvelle-Zélande et parue dans les PNAS en open access ( http://www.pnas.org/cgi/doi/10.1073/pnas.1408701111 ) et schématisée par l’illustration ci-dessus indique clairement une répartition régionale sans interpénétration entre dieux moralisateurs (points bleus) et déités ou esprits sans influence moralisatrice (points rouges) sur les sociétés humaines étudiées. La liste de ces sociétés est intéressante à parcourir et disponible en suivant le lien ici : http://www.pnas.org/content/suppl/2014/11/05/1408701111.DCSupplemental/pnas.1408701111.sd01.csv . L’illustration indique en grisé foncé les zones de pluviosité élevée et donc de production végétale satisfaisante pour soutenir la vie. On a en effet coutume de dire dans les pays tropicaux et équatoriaux qu’il suffit de se baisser pour se nourrir. L’Amérique du Nord constitue un exemple particulier d’animisme lié à l’abondance de nourriture dans les grandes plaines et de la même abondance sur la côte ouest en raison de la richesse de la mer et des forêts. Les zones intertropicales sont également largement dominées par des pratiques religieuses ne faisant pas intervenir d’être suprême moralisateur car la pluviométrie et l’abondance de nourriture atténuent les éventuels désordres sociétaux.

La partie nord de l’Afrique, depuis le Sahel, et l’Europe sont dominées par des pratiques religieuses impliquant des divinités supérieures moralisatrices. Elles correspondent à des sociétés pratiquant pour la plupart l’élevage en parallèle à une agriculture dont une grande partie est destinée à l’élevage. La propriété individuelle étant considérée comme une valeur sociétale la base de l’organisation de ces groupes humains reposait sur des valeurs morales devant être respectées à l’image du (des) dieu(x) moralisateur(s). Cette étude a montré une parfaite cohérence entre la pratique de l’élevage et de l’agriculture organisée avec une notion de propriété individuelle et cette vénération d’un être suprême ayant pu prendre toutes les identités possibles.

Cette étude montre donc que la notion de divin était originellement conceptuelle et a contribué, au cours de l’évolution des sociétés humaines, à établir des règles de vie en communauté à l’inverse de la magie et du chamanisme qui n’ont que très peu contribué à l’organisation de ces sociétés.

Source : PNAS