Un immense espoir pour sauver la banane

Depuis la fin des années 1990 une nouvelle souche de champignon phytopathogène, un fusarium (Fusarium oxysporum TR4), détecté pour la première fois en Asie du Sud-Est a atteint maintenant l’Australie, la Chine, l’Indonésie et jusqu’au Liban en passant par le Mozambique. Cette situation est d’autant plus inquiétante que le champignon s’est adapté à tous les fongicides connus y compris utilisés en cocktails et à très haute dose. Toutes les précautions de protection des plantations encore épargnées se sont avérées inefficaces et la panique s’installe progressivement chez les producteurs, en particulier en Afrique, la bananes étant parfois pour certains pays leur seule source de devises.

Devant l’urgence les biologistes, en particulier à l’Université de Brisbane, ont recherché quels pouvaient être les gènes associés à la résistance à ce champignon. Ils ont découvert deux gènes de résistance, l’un (RGA2) présent dans les bananiers dits « sauvages » qui n’ont pas de valeur commerciale mais font partie de la famille des Musa, nom scientifique du bananier et l’autre (Ced9) exprimé par le nématode bien connu des biologistes le Caenorhabditis elegans, un gène qui, pour faire court, inhibe la mort des cellules végétales lors d’une attaque par les champignons phytopathogènes. Ces deux gènes ont été introduits dans des plants de bananiers Cavendish sous le contrôle d’un promoteur d’expression issu du maïs et un certain nombre de lignées stables ont été établies d’abord au laboratoire et depuis trois ans des essais plein-champ ont été réalisés dans une plantation des Territoires du Nord à une cinquantaine de kilomètres au sud de Darwin sous la direction constante des spécialistes de l’Université de Brisbane.

Ce lieu particulier a été choisi car toutes les plantations locales de bananiers sont infestées par le TR4 depuis plusieurs années et cet environnement constitue en quelque sorte un contrôle idéal pour détecter une résistance parmi ces lignées génétiquement transformées. Les essais plein-champ ont été menés durant plusieurs années car le champignon peut rester à l’état latent durant de longues semaines. parmi toutes les lignées deux d’entre elles se sont révélées totalement résistantes au TR4 qu’elles contiennent l’un ou l’autre des gènes mentionnés ci-dessus ou voire les deux gènes.

La banane est le premier fruit commercialisé dans le monde entier en termes de tonnage et de valeur et ce résultat, le premier dans le monde, de l’établissement de lignées de bananes Cavendish résistantes au fusarium constitue une avancée majeure et un immense espoir pour les cultivateurs. Il reste cependant deux étapes essentielles à franchir. D’une part les propriétés des fruits au niveau du goût et de leur aptitude à la conservation. Ces travaux sont en cours de finalisation. L’autre étape critique est l’acceptation par les autorités de régulation d’un bananier transgénique pour un usage commercial mondial. Devant la catastrophe annoncée de l’infestation par le fusarium de toutes les bananeraies du monde (pour l’instant les Amériques sont encore épargnées par cette souche TR4) quelle sera l’attitude du consommateur quand il ne trouvera plus que des bananes génétiquement modifiées sur les étals de son super-marché habituel ? En ces temps de propagande insidieuse, mensongère et délétère des organisations écologistes qui ont exigé l’étiquetage des produits d’origine transgénique il est presque assuré que le public réagira négativement car pour lui une plante transgénique est fondamentalement dangereuse alors qu’il n’existe aucune preuve scientifique permettant de confirmer cette dangerosité.

Source et illustrations : Université de Brisbane et 10.1038/s41467-017-01670-6

Et aussi sur ce blog : https://jacqueshenry.wordpress.com/2016/08/28/la-banane-en-reel-danger-de-mort/