Nos ancêtres vivent toujours dans l’océan …

Le plus vaste écosystème de la planète est l’océan et quand on se trouve au large, il semble qu’il n’y a aucune trace de vie, l’eau est presque noire avec parfois de très fines particules de poussière provenant d’un continent lointain mais il n’y a aucun poissons et donc pas d’oiseaux, apparemment pas de vie, une sorte de désert aquatique. Il m’est arrivé de me baigner au large, loin de toute terre habitée, dans une eau parfaitement limpide, en pensant qu’il y avait 4000 mètres de cet univers sombre au dessous de ma modeste carcasse.

Pourtant cette eau est peuplée de bactéries qui puisent leur énergie du soleil pour assimiler le gaz carbonique dissous, quelques photons et les sels minéraux de l’eau de mer font le reste. C’est ce qu’on appelle scientifiquement le picoplancton photosynthétique par opposition au plancton proprement dit qui est constitué de milliers d’espèces différentes parfois visibles à l’oeil nu. Le plancton incapable d’utiliser la lumière pour survivre (comme les plantes terrestres) se nourrit de ces bactéries, les plus petits organismes capables de transformer l’énergie solaire.

Ces microorganismes appelés cyanobactéries constituent le premier maillon de la chaine alimentaire océanique en étant eux-mêmes dévorés mais surtout en sécrétant des petites « gouttes » de matière contenant toutes sortes d’éléments nutritifs pour d’autres organismes. On ne savait pas pourquoi ces bactéries, les Prochlorococcus et les Synechococcus, excusez du peu, se vidaient de leurs réserves en pure perte, on connaissait ce type d’excrétion avec des bactéries couramment trouvées sur notre peau ou dans notre tube digestif, mais on ignorait totalement que ces descendants directs des premières formes de vie terrestre en faisaient de même. Et ces petites vésicules (voir la photo) représentent un apport carboné et donc une fixation de carbone loin d’être négligeables si l’on considère l’ensemble des océans.

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Les Prochlorococcus sont les organismes vivants photosynthétiques les plus simples que l’on puisse trouver et la signification de cette excrétion peut être expliquée en considérant que ce sont des leurres pour les virus et également un véhicule pour transférer des informations génétiques au sein de cette population de bactéries. Par microscopie électronique, des bactériophages (virus) ont été trouvés attachés à ces gouttelettes d’un centième de microns de diamètre.

Pour la petite histoire, on considère que les Prochlorococcus comptent parmi les plus anciennes bactéries, les archéobactéries, qui possèdent des pigments utilisés pour la photosynthèse retrouvés dans aucun autre être vivant, un forme particulière de chlorophylle ainsi qu’un carotène primitif. Ces bactéries ont un ADN qui code pour à peine 2000 protéines différentes alors que les algues unicellulaires les plus simples expriment déjà plus de 10000 gènes. L’océan garde donc en son sein les traces de l’apparition de la vie sur la terre qui s’appuyait sur le soleil comme le font aujourd’hui les algues, le phytoplancton et les plantes terrestres et ces bactéries jouent un rôle essentiel dans le cycle du carbone.

Source : MIT