La nature de l’âme et Marc-Aurèle

L'Image_et_le_Pouvoir_-_Buste_cuirassé_de_Marc_Aurèle_agé_-_3.jpg

Au lendemain de la fête juive Purim et en ce vendredi (saint) célébré par les chrétiens je laisse à mes lecteurs tout le loisir d’apprécier la teneur de cette pensée de Marc-Aurèle, Empereur romain et philosophe à ses heures (121 – 180 après JC).

« Si les âmes survivent, comment depuis l’éternité l’atmosphère peut-elle les contenir ? Et comment la terre peut-elle contenir les corps qu’on y ensevelit depuis si longtemps ? De même qu’ici-bas la transformation et la décomposition des corps, après un certain temps, fait de la place aux autres, de même les âmes lâchées dans l’atmosphère, au bout d’un moment, se transforment, se répandent et s’embrassent dans l’universelle raison génératrice et ainsi reprises, font de la place aux suivantes. Voilà ce qu’on pourrait répondre dans l’hypothèse de la survivance des âmes. Et pour les corps, il ne faut pas seulement compter ceux que l’on enterre mais aussi les animaux que nous et les autres espèces mangeons chaque jour. En effet, bon nombre d’êtres vivants sont consommés et pour ainsi dire ensevelis dans les corps de ceux qui s’en nourrissent ; et cependant, par transformation en sang, en air ou en feu, ils sont assimilés. Quelle est la voie de la vérité sur ce point ? C’est la distinction entre la matière et la cause formelle.« 

À l’évidence Marc-Aurèle ne croyait pas en l’existence de l’âme, un dogme déjà formulé par les Anciens et repris pour sa propre cause prosélyte par l’Eglise Chrétienne alors balbutiante comme elle adapta la plupart des festivités païennes dans le même courant idéologique. De même Marc-Aurèle ne croyait pas à la résurrection de la chair, un autre dogme de l’Eglise Chrétienne car, comme il le dit avec limpidité et élégance, les corps sont recyclés et par conséquent, dès leur passage de l’état de vie à l’état de mort, ils sont indifférenciés en matière élémentaire, le fameux « rien ne se crée, rien ne se perd » de Lavoisier, cité de mémoire. La suite de cette histoire de la mise en place de la religion chrétienne que vécut Marc-Aurèle, bien avant l’apparition de l’Islam qui procéda des mêmes tactiques rhétoriques, est d’abord l’invention invraisemblable d’un dieu en trois états, mais vraisemblable pour capter les esprits crédules encore habitués aux dieux païens. En effet puisqu’il était devenu impératif de convertir des polythéistes à une pratique religieuse ne faisant mention que d’un seul dieu, quel merveilleux subterfuge que la trinité ! Il fallait y penser en effet … Imaginer un dieu au centre de tout l’univers non pas une unique personne mais une sorte d’être hybride tridimensionnel ne pouvait que fasciner les croyants car il s’agissait d’une sorte de magie mais en réalité un montage idéologique grossier pour ensuite faire avaler n’importe quoi à ces êtres soumis indéfectiblement à l’autorité religieuse tels des grenouilles décérébrées. Ne parlons même pas des fadaises grotesques comme la transsubstantiation (le vin changé en sang et le pain en chair) ou la virginité de Marie, un autre dogme qui apparut plus tard.

On en revient donc à l’âme et c’est là que l’Eglise a fait très fort en exploitant pendant des siècles l’imbécillité des croyants parfois convertis de force à cette religion perverse. Il s’est agi de répandre la peur du châtiment éternel, de l’enfer, de la damnation de l’âme, de la résurrection promise seulement aux fidèles et non aux pécheurs. L’église chrétienne n’a eu de cesse de codifier la vie des croyants tout en leur prélevant au passage de lourdes taxes pour le salut de leur âme. Toute cette idéologie est parfaitement cohérente, car la religion chrétienne (et les religions quelles qu’elles soient) est la résultante d’une machination dont la finalité est l’exploitation des croyants. Et selon ses principes de prosélytisme tous les excès ont été autorisés sinon encouragés pendant des siècles depuis l’extermination de peuples entiers, les pillages de grande envergure, les viols, les destructions, les tribunaux, les tortures, les bains de sang … pour le salut des âmes.

Pendant des siècles il a fallu entretenir la peur, la peur de l’enfer promis aux âmes des pécheurs, des fautifs, de ceux qui ne suivaient pas les enseignements de l’église, car cette peur a permis à l’Eglise de Rome de rançonner les croyants et d’amasser des richesses invraisemblables entassées dans les caves du Vatican. Cette pratique a été reprise par les Mormons : chaque « croyant » de Joseph Smith doit laisser un mois de salaire par an à l’église mormon pour le salut de son âme. Il suffit de rouler sur Santa Monica Boulevard à West Los Angeles pour constater l’opulence de cette église d’un nouveau genre qui n’a fait que reprendre les principes économiques et bassement mercantiles de l’église chrétienne qui furent organisés dès les premiers siècles.

Capture d’écran 2016-03-18 à 21.41.54.png

Qu’en est-il aujourd’hui ? En deux ou trois mille ans le cerveau pourtant très malléable de l’homme n’a pas vraiment évolué et il est toujours aussi perméable à toutes sortes de prosélytismes et le dernier en date est le changement climatique. Il s’agit d’une nouvelle sorte de religion très bien organisée dont le but initial est de culpabiliser les populations crédules qui ignorent qu’elles sont manipulées par un pouvoir caché aux mains de quelques centaines de grandes multinationales pour lesquelles il n’a fallu qu’un clignotement de paupières pour comprendre qu’il y avait très, très gros à gagner avec cette peur nouvelle du changement climatique, la nouvelle peur millénaire parfaitement orchestrée par ces obscures puissances financières, exploitant les délires des marginaux des années 1970.

Tout a commencé avec la peur des essais nucléaires atmosphériques puis l’invention de l’effet néfaste des CFCs sur la couche d’ozone, ce fameux trou dont personne ne soupçonnait l’existence avant que des satellites en décèlent la présence. Ce fut la première campagne de désinformation de grande envergure de la NASA qui servit les intérêts d’une grande multinationale, la Dow Chemical Co, qui avait justement, comme par hasard, un substitut aux CFCs pour sauver l’humanité de ces vilains rayons UV dévastateurs.

Puis ce furent des accumulations de délires orchestrés par les organisations étatiques américaines dont encore la NASA avec les affirmations mensongères de James Hansen, pendant des années spécialiste de l’atmosphère de la planète Vénus, qui transposa en un modèle erroné ses observations vers l’atmosphère de la Terre. Curieusement, ce scientifique sembla ignorer l’effet de la gravité sur l’atmosphère d’une planète, qu’il s’agisse de Vénus ou de la Terre. Compte tenu de l’aura dont était entouré James Hansen, il n’en fallut pas plus pour construire un nouveau schéma de peur millénaire, le réchauffement climatique combiné à la théorie de l’effet de serre des gaz émis par l’activité humaine.

Cette nouvelle religion est née au tournant de ces années 70 et elle perdure aujourd’hui, elle est devenue institutionnelle, comme le devint la religion chrétienne durant le règne de Marc-Aurèle. Il fallait en effet que les institutions en place du temps de cet empereur se plient à la propagande de cette nouvelle religion comme aujourd’hui les gouvernements, les institutions internationales et les grandes corporations ont vendu leur âme à la cause du changement climatique. Marc-Aurèle, philosophe et fondamentalement polythéiste, en d’autres termes réfractaire à toutes sortes d’opinions transcendantales imposées, s’avoua finalement vaincu par la religion chrétienne car il reconnut à la fin de sa vie qu’il avait lui aussi peur de la mort et de l’au-delà.

On aurait pu espérer que les progrès scientifiques et techniques comme par exemple le décryptage du fonctionnement du monde vivant introduiraient une certaine dose de rationalisme dans le cerveau des humains. Il n’en est rien, le cerveau humain, malgré sa complexité, n’a pas suivi l’évolution rapide des sciences et il reste perméable à l’irrationnel et aux faux prophètes (il n’y a pas de « vrais » prophètes non plus). La nouvelle peur climatique, irrationnelle et entièrement adossée à de la fausse science, procède des mêmes techniques idéologiques développées par les religions pour assoir leur pouvoir temporel. Pendant des siècles l’Eglise chrétienne fut un système totalitaire basé sur la peur avec une symbolique représentée par la croix, originellement un instrument de supplice ! L’Eglise de Scientologie Climatique a exploité les même vieilles recettes de la religion : la peur, la culpabilisation et le supplice de l’enfer promis à l’humanité toute entière si elle ne rachète pas ses fautes en limitant sa consommation d’énergie et en réduisant sa natalité. Le XXIe siècle a bien mal commencé en plongeant tête baissée et les yeux fermés dans un obscurantisme détestable. Peut-être bien que Marc-Aurèle, philosophe stoïcien austère, y retrouverait quelques-uns de ses principes …

Comment l’ocytocine (l’hormone de l’amour) peut aider à traiter l’angoisse ?

 

Le « conditionnement » à la peur est un phénomène psychologique bien décrit dans la littérature spécialisée. Quand on a par exemple été victime d’un accident de la circulation, le moindre crissement de pneus ravive immédiatement des souvenirs désagréables. Certains sons ou images restent intimement gravés dans la mémoire et sont interconnectés avec les régions du cerveau impliquées dans la peur, l’angoisse ou la souffrance. Et cette mémoire des signaux nous met dans une situation dont la finalité est de fuir le danger ou de se protéger instinctivement. La réécriture dans le cerveau d’autres évènements ayant une signification inverse de celle de l’expérience passée de la peur n’efface pas complètement cette information et toute perception d’un danger ravive la « vieille » peur toujours présente. La peur dite ancestrale des araignées ou des rats est-elle transmise génétiquement ? Nul ne le sait, mais ce qui vient d’être précisé à l’Université de Bonn en Allemagne permet de préciser le mécanisme de ce qu’on appelle « l’extinction » progressive de la mémoire de la peur qui reste l’une des causes premières de l’anxiété quand ce processus d’extinction est partiellement déficient.

La maîtrise de cette « extinction » des souvenirs de peur constitue l’un des traitements centraux de l’anxiété. Par exemple une personne éprouvant une phobie non maîtrisable des araignées peut se soumettre à une sorte d’apprentissage lui permettant de réduire et de maîtriser cette phobie. Après s’être familiarisé avec des araignées – en images ou en courtes vidéos – le sujet peut finalement arriver à tenir une tarentule dans sa main, ayant appris ou plutôt pris conscience lors de cet apprentissage que la tarentule est une araignée certes repoussante mais tout à fait inoffensive. C’est cette maîtrise consciente du danger qui permet une guérison. Cependant l’apprentissage est très long et une rechute est toujours à craindre car la mémoire a gardé quelque part des traces de la peur originale. Le phénomène d’extinction n’est pas total comme lorsqu’on « écrase » un fichier avec un autre fichier dans un ordinateur. C’est la raison pour laquelle les thérapeutes cherchent à améliorer ce processus d’extinction afin de pouvoir mieux traiter des patients maladivement anxieux car l’anxiété ne concerne naturellement pas que les araignées !

L’hormone de l’amour ou ocytocine (voir le billet de ce blog du 13 octobre 2014) est aussi un puissant anxiolytique et c’est dans cette direction que des scientifiques du département de psychiatrie de l’Université de Bonn ont cherché à comprendre le mécanisme de la peur, sa mémorisation et le processus d’extinction. L’équipe dirigée par le Professeur René Hurlemann a exploré la réponse du cerveau au conditionnement pavlovien de l’extinction de la peur et de l’anxiété et parallèlement l’effet de l’ocytocine sur ce processus. Les sujets anxieux présentent en effet une sorte de découplage entre l’amygdale, première région du cerveau et le cortex préfrontal, l’autre région du cerveau, impliquées dans le « traitement cérébral » de l’anxiété. Etudier un effet de l’ocytocine est en effet relativement aisé dans la mesure où l’administration de cette hormone polypeptidique se fait par simple spray nasal. En effet l’ocytocine parcourt le trajets des nerfs olfactifs directement en contact avec l’extérieur et se retrouve immédiatement dans le cerveau sans pour autant que l’hypophyse ait participé à cet effet.

Soixante-deux sujets de sexe masculin en bonne santé, c’est-à-dire ne présentant pas de problèmes psychologiques et n’ayant pas utilisé de substances psychotropes, constituant un échantillon homogène selon une série de critères socio-économiques et non fumeurs, ont été choisis en les laissant dans l’ignorance de la nature des tests auxquels ils seraient soumis. Au cours du conditionnement des stimuli visuels neutres ou accompagnés d’une décharge électrique construisaient par effets répétés un réflexe dit de Pavlov en associant une image à l’aspect défavorable avec une décharge électrique. Cette première partie du test consistait donc à conditionner les sujets selon la terminologie de Pavlov.

La moitié des sujets étaient ensuite traités avec un spray nasal d’eau saline isotonique, les témoins placebo, ou d’une solution saline contenant de l’ocytocine. On leur faisait endurer une nouvelle série de tests mais en les soumettant également à une analyse par imagerie en résonance magnétique nucléaire fonctionnelle. Comme dans la première partie du test les images étaient montrées à l’aide d’un visionneur tridimensionnel attaché au visage comme ceux utilisés dans certains jeux vidéo. L’imagerie fonctionnelle fut basée sur le contraste dépendant du taux d’oxygène sanguin, une approche devenue maintenant classique pour suivre l’activité cérébrale. Durant la phase d’extinction plusieurs régions du cerveau semblent coopérer et cette activité est commandée par la partie droite de l’amygdale. Ce couplage fonctionnel n’est évident que durant la phase précoce de l’extinction. L’ocytocine amplifie ces connexions en particulier avec le cortex préfrontal droit mais réduit sensiblement l’activité au niveau de l’amygdale droit, le centre de la peur bien que cette même hormone ait tendance à exacerber la réponse à la peur des chocs électriques au début de la phase d’extinction.

Capture d’écran 2014-11-18 à 08.52.27

Ces résultats ouvrent la voie à de nouvelles thérapies pour les sujets chroniquement anxieux d’autant plus que l’ocytocine peut également faciliter l’échange entre le patient et le médecin traitant et ainsi augmenter les chances de succès du traitement.

Capture d’écran 2014-11-18 à 08.53.08

Dans les deux illustrations ci-dessus d’imagerie fonctionnelle par résonance magnétique basée sur la consommation d’oxygène les taches colorées résultent de la différence de contraste calculée entre les sujets traités avec de l’ocytocine (OXT) ou un placebo (PLC). Une région du cortex préfrontal droit (PFC) est fortement activée en présence d’ocytocine (ocytocine > placebo) alors qu’au contraire l’amygdale droit est moins activé en présence d’ocytocine (ocytocine < placebo). Ces résultats montrent pour la première fois quelles sont les régions du cerveau directement impliquées dans la perception de la peur, l’amygdale, et dans le processus d’extinction, le cortex préfrontal, et le rôle de l’ocytocine dans ces deux fonctions. L’exploration fine du fonctionnement du cerveau réserve donc encore bien des surprises !

Source : Biological Psychiatry ( http://dx.doi.org/10.1016/j.biopsych.2014.10.015 ) article aimablement communiqué par le Professeur René Hurlemann qui est vivement remercié ici, illustration tirées de l’article.