Nouvelles du Japon : le peuplement du sud de l’archipel des Ryukyu

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Il y a 20000 ans une grande partie du nord de l’hémisphère nord était recouvert de glaciers. Ces glaces avaient recouvert près de la moitié des Îles Britanniques d’un côté du continent eurasien et une partie du nord du Japon qui était raccordé à l’extrême est de la Sibérie par des « ponts » de terre ferme. Des peuplades ont pu se rendre du continent vers l’île d’Hokkaido à pied sec à la faveur d’un épisode de climat relativement tempéré bien qu’au beau milieu de cette dernière grande glaciation, le niveau de la mer, plus bas qu’aujourd’hui de 130 mètres, ait autorisé cette traversée à pied. Cette migration date de 15000 à 18000 ans avant l’ère présente selon les datations qui ont pu être réalisées sur l’île d’Hokkaido.

Mais à la faveur de travaux effectués en 2007 sur l’île d’Ishigaki au sud d’Okinawa pour créer un nouvel aéroport des restes humains ainsi que des os d’animaux furent découverts dans une grotte située dans une couche de calcaire corallien. Leur datation avec la technique du Carbone-14 permit de situer leur présence entre 30000 et 20000 ans, donc bien avant l’arrivée des chasseurs-cueilleurs dans ce que serait par la suite l’île d’Hokkaido après la période de glaciation avec la remontée du niveau des océans séparant l’île de Sakhalin d’Hokkaido.

L’archipel japonais fut donc occupé entre 25-30000 ans par le sud et 15-18000 ans avant l’ère présente par le nord. De plus les recherches archéologiques ont été compliquées par le fait que vers 20000 ans avant l’ère présente deux gigantesques éruptions volcaniques, l’une dans le Kanto (région de Tokyo) dans le massif des montagnes Tanzawa et l’autre au sud de l’île de Kyushu dont il reste l’immense caldera de Aira. La presque totalité de l’archipel fut recouverte d’une épaisse couche de cendres parfois de plusieurs mètres d’épaisseur.

Sur le plan génétique près de 30 % de la population contemporaine du Japon dérive soit des Aïnous, descendants des peuples venus de Sibérie par Shakalin, soit dans une très modeste proportion des descendants des peuplades indigènes des îles Ryukyu encore appelés Uchinaanchu (Okinawa jin). Les migrations à partir de la péninsule coréenne sont toutes très postérieures à ces premiers peuplements et datent de l’ère dite Jomon.

Cependant aucune preuve n’a jamais pu être apportée pour déterminer la provenance des peuplade établies dans ces îles méridionales du district d’Okinawa. La seule hypothèse est que ces peuples venaient de l’île de Taiwan.

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L’île la plus à l’ouest de l’archipel des Ryukyu est Yonaguni jima. Elle peut être aperçue par temps clair du sommet des montagnes du nord de Taiwan mais est invisible depuis le bord de mer. Effectuer une traversée en ligne directe depuis Taiwan vers Yonaguni est impossible en raison du très fort courant appelé Kuroshio qui longe la côte est de Taiwan dont la direction est sud-nord. Une embarcation légère serait immédiatement déportée en direction de la péninsule coréenne. L’archéologue Yousuke Kaifu du Musée national de la nature de Tokyo a donc décidé d’appareiller depuis le sud de Taiwan, de maintenir en ramant un cap plein est et de se laisser porter par le courant, ce qui correspondra donc au même chemin que le plus court existant entre Taiwan et Yonaguni sur une carte, environ 70 kilomètres.

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La pirogue d’une longueur de 7 mètres a été creusée à l’aide d’outils en pierre à partir du tronc d’un arbre de un mètre de diamètre et l’archéologue effectuera cette traversée avec quatre coéquipiers dont un Maorais connaissant la navigation avec les étoiles sans sextant ni règle de Cras car aucun instrument moderne ne sera embarqué à bord de la pirogue.

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Cette expédition pourra donc lever deux énigmes (si elle réussit, on peut l’espérer) : 1. démontrer que le peuplement des Ryukyu provenait de Taiwan et 2. comment ces hommes du néolithique ont pu par la suite occuper tout l’archipel qui s’étend sur une distance de 1200 kilomètres de Taiwan à l’île de Kyushu. Bon vent !

Source : sciencemag.org