Encore une décision démagogique de la Commission européenne

La directive de la Commission européenne datant de 2019 relative à l’interdiction de tous les objets en matière plastique à usage unique vient d’entrer en vigueur ce 3 juillet 2021. Elle devient donc obligatoire et toute entreprise productrice de ces objets ou toute société utilisant ces dits objets pourront être lourdement sanctionnées. Il s’agit des verres en polystyrène et de leur couvercle en polyéthylène-téréphtalate (PET), des assiettes, cuillères, fourchettes et couteaux en plastique, des « pailles » pliables ou non pour aspirer un liquide, des petites barquettes également en polystyrène largement utilisées par la restauration rapide, des sacs en plastique, petits ou grands, non réutilisables, des boites avec alvéoles pour les œufs également en polystyrène, bref un ensemble de produits que des centaines de millions de personnes utilisent quotidiennement en Europe. L’Agence européenne de l’environnement, organisme à l’origine de cette décision de la Commission n’a pas pour l’instant mis ses gros doigts dans tous les objets à usage unique utilisés en médecine y compris les masques dont le port est encore obligatoire dans de nombreux pays, épidémie coronavirale oblige. Les filtres des cigarettes sont également inclus dans cette longue liste et comme les fabricants de cigarettes ont eu largement le temps depuis 2019 de se préparer pour la mise au point de filtres biodégradables ils vont donc payer pour les éliminer, comprenez : le prix des cigarettes va augmenter. Tous ces objets à usage unique doivent donc être remplacés par leurs équivalents biodégradables d’origine naturelle …

C’est facile à décréter sur le papier et d’un revers de main, cependant les conséquences pourraient être en totale contradiction avec l’esprit initialement vertueux de cette décision de la Commission européenne. La plupart des pays occidentaux ont mis au point les techniques permettant de recycler une grande majorité de matières plastiques pour fabriquer de nouveaux objets de toutes sortes. Cependant fabriquer de novo à partir de pétrole ces mêmes objets est plus rentable. Il faudrait que le prix du pétrole sur le marché internationale atteigne 200 dollars/baril pour que le recyclage de ces matières plastiques devienne profitable. Donc, à quelques rares exceptions près comme pour le PET, les matières plastiques sont utilisées comme combustibles pour produire de l’électricité et dans ce « circuit court » seuls les coût de la collecte et du transport interviennent en théorie car ils sont pris en charge par les contribuables.

Le pétrole, LA bête noire des écologistes, a pourtant amélioré la biosphère par le passé. Il est intéressant et non caricatural de citer ici quelques exemples. La chasse à la baleine n’a plus aucune justification puisque la graisse de baleine utilisée pour fabriquer des lubrifiants mais également prisée par les parfumeurs a été remplacée par des produits pétroliers. Les éléphants, les ours polaires et bien d’autres animaux sauvages ne frôlent plus l’extermination car on fabrique des produits ressemblant à de l’ivoire, des fourrures synthétiques ressemblant à celle des ours polaires ou des bébés phoques aussi appelés « blanchons » et des cuirs en simili-peau de crocodile. Des forêts entières ont été épargnées car le charbon puis le pétrole ont remplacé le bois comme combustible et le béton armé les grandes poutres de bois pour la construction, les animaux de trait, chevaux, mules et autres bœufs et zébus ont été remplacés par des tracteurs alors que ces animaux étaient de gros consommateurs de nourriture. La mécanisation agricole a réduit la main-d’oeuvre humaine dans des proportions inimaginable avant l’apparition des premières machines dont la complexité n’a cessé d’augmenter. Enfin des milliers d’hectares de terres agricoles ont été libérées car elles étaient auparavant utilisées pour la production de plantes tinctoriales car les pigments colorés sont maintenant fabriqués à bas prix par la pétrochimie. Je voudrais glisser ici un exemple qui va soulever une polémique : pourquoi abattre des milliers chênes centenaires pour reproduire à l’original la charpente de la cathédrale Notre-Dame de Paris alors que des matériaux composites légers et résistants pourraient être utilisés avantageusement ?

Voilà donc le paradoxe qui échappe aux écologistes : le pétrole a largement contribué à la reforestation des pays occidentaux, à un retour à l’état sauvage de nombreuses terres pourtant arables, à la préservation d’espèces animales qui à la fin du dix-neuvième siècle étaient au bord de la disparition. Il va donc être nécessaire maintenant comme conséquence de cette décision de la Commission européenne de trouver des alternatives à tous les produits en matière plastique à usage unique. Il est évident que l’esprit de la réglementation européenne est de préserver la nature mais inévitablement il sera fait appel à des produits d’origine agricole, fibres, bois et autres produits strictement biodégradables. Il ne sera plus question de parler d’économie circulaire si chère aux agitateurs écologistes mais de retour en arrière technologique ou de retour vers des industries coûteuses en énergie telle que les verreries et le verre consigné comme dans les années 1950-1960 qui a disparu au profit des bouteilles en PET. Il est un point incontournable qu’il ne faut pas ignorer : toutes ces mesures entraineront un surcoût qui sera à la charge des consommateurs. Encore une mesure démagogique qui aggravera la pauvreté des plus démunis …

Comment la « stratégie de la culpabilisation » entrave la résolution de problèmes sociétaux complexes.

Article de Judith Curry intitulé « The game of blame », littéralement le jeu du blâme, que l’ai traduit par « stratégie de la culpabilisation », mais il existe d’autres traductions, paru sur son blog le 7 décembre 2020

La culpabilisation à cause du changement climatique

Le changement climatique d’origine humaine est un problème émergent causé principalement par l’abondance et l’usage des combustibles fossiles pour fournir une énergie fiable et bon marché. Dans son livre The Moral Case for Fossil Fuels (liens en fin de billet), le théoricien de l’énergie Alex Epstein décrit les avantages que le développement du charbon, du pétrole et du gaz naturel ont eu sur l’humanité, notamment une santé améliorée, une durée de vie accrue et une expansion du bien-être matériel (lien). L’économiste Richard Tol a évalué l’avantage sur les individus du carbone, qui est la valeur des services énergétiques produits par les combustibles fossiles. Il constate que le bénéfice pour les personnes du carbone est bien supérieur au coût social du carbone qui cause des dommages par le changement climatique. Ces bénéfices sont liés aux avantages d’une énergie abondante et fiable.

Alors, qui est à blâmer pour les émissions de combustibles fossiles et le changement climatique d’origine humaine ? Les consommateurs et les industries qui exigent de l’énergie électrique, des transports et de l’acier, produits à partir de combustibles fossiles, ou les fournisseurs de services publics d’électricité et les fabricants de moteurs à combustion interne et à réaction utilisant des combustibles fossiles, ou les sociétés pétrolières / gazières et charbonnières qui produisent des combustibles fossiles, ou bien

les gouvernements qui ont le pouvoir de réglementer les émissions de combustibles fossiles ?

La responsabilité du changement climatique d’origine humaine est parfois imputée aux gouvernements nationaux. La décision « Urgenda » (lien) a ordonné au gouvernement néerlandais d’intensifier ses actions climatiques pour réduire les émissions. Dans le procès civil « Juliana », le gouvernement fédéral américain a été accusé d’avoir refusé de signer le protocole de Kyoto, refusé d’adopter une taxe sur le carbone et un projet de loi sur le commerce et de se retirer de l’Accord de Paris sur le climat. Cependant, le plus souvent dans les litiges civils, la responsabilité est portée aux sociétés pétrolières / gazières et charbonnières qui produisent les carburants.

Le rôle de la science du climat dans le jeu de la responsabilité du carbone est intéressant. En tant que fondement de la responsabilité, un élément clé est le lien de causalité entre l’acteur et le préjudice. La responsabilité repose également sur la capacité de prévoir le préjudice, en termes de compréhension scientifique. Et enfin, la responsabilité a trait à la capacité de prévenir le préjudice. Les développements récents de la science d’attribution cherchent à identifier la culpabilité d’un individu ou d’un groupe de sociétés pétrolières / gazières et charbonnières en ce qui concerne l’élévation du niveau de la mer, l’acidification des océans et les événements météorologiques extrêmes.

Les Majors du carbone

Une nouvelle vague de contentieux privés sur le climat a été motivée par la publication de l’étude « Carbon Majors » de Richard Heede (lien). Les recherches de Heede montrent que près des deux tiers des émissions de carbone anthropiques provenaient de seulement 90 entreprises et industries gérées par les gouvernements. Parmi elles, les huit premières entreprises représentent 20 pour cent des émissions mondiales de carbone provenant des combustibles fossiles et de la production de ciment depuis la révolution industrielle. Quatre des huit entreprises appartiennent à des gouvernements nationaux, tandis que les quatre autres sont des multinationales.

Les recherches de Heede ont marqué un tournant dans le débat sur la répartition des responsabilités en matière de changement climatique. Bien que le travail de Heede ait aidé à identifier des accusés individuels ou des groupes de défenseurs liés au changement climatique, il n’a pas résolu la question de savoir si ces émetteurs sont responsables d’impacts et d’événements spécifiques liés au changement climatique.

Arriver à un résultat climatique dangereux comprend une chaîne causale basée sur l’augmentation du CO2 atmosphérique et de la température de surface moyenne mondiale. En retraçant les émissions des entreprises au fil du temps, Ekwurzel et al. (2017, lien) attribuent des fractions d’accumulation de CO2 dans l’atmosphère, d’augmentation de la température atmosphérique et d’élévation du niveau de la mer aux « Majors du carbone ». Ekwurzeil et coll. évoque dans les conclusions l’idée d’étendre cette logique d’attribution aux événements météorologiques extrêmes. Un article récent de Lickey et al. (2019, lien) tente d’attribuer l’acidification des océans aux Carbon Majors.

La science de l’attribution, ou causalité, n’est pas du tout simple. Il y a en effet deux questions spécifiques : si les modèles climatiques sont des sources valides de preuves juridiques pour l’attribution / la cause du changement climatique et aussi l’importance de déterminer la causalité partielle dans le contexte de la variabilité naturelle du climat.

Partage de la culpabilité

L’attribution des dommages liés aux conditions météorologiques, au changement climatique ou à l’élévation du niveau de la mer est compliquée par l’existence de causes multiples. En supposant qu’un certain pourcentage du dommage peut être attribué à juste titre aux émissions de combustibles fossiles, est-il sensé d’attribuer ce dommage au sens juridique aux producteurs de combustibles fossiles, par exemple les sociétés de charbon et de pétrole / gaz ?

David Victor ( https://deepdecarbon.ucsd.edu/people/victor.html ) est un leader d’opinion mondial sur la politique du changement climatique et la transformation des systèmes énergétiques qui est nécessaire pour un avenir sobre en carbone. Victor a rejeté le travail de Heede sur les « Carbon Majors » dans le cadre d’un « récit plus large pour essayer de créer des méchants », cherchant à faire la distinction entre les producteurs comme étant responsables du problème et tous les autres comme victimes. Victor a déclaré: « Franchement, nous sommes tous les utilisateurs et nous sommes donc tous coupables ». [lien]

Dans le même article, Richard Heede (auteur du rapport Carbon Majors) admet que la responsabilité est partagée. Il a déclaré: « En tant que consommateur, je suis responsable de ma propre voiture, etc … Mais nous vivons une illusion si nous pensons que nous faisons des choix, car l’infrastructure fait à peu près ces choix pour nous ». Heede fait valoir un point clé en disant que l’infrastructure fait à peu près les choix pour nous. La demande en combustibles fossiles est tirée par les infrastructures de services publics d’électricité et de transport. Les consommateurs individuels et les entreprises sont confrontés à un nombre limité d’autres options, à moins qu’ils ne renoncent à l’électricité du réseau et ne se prévalent pas des systèmes de transport fonctionnant aux combustibles fossiles. Les consommateurs individuels et les entreprises sont responsables de la demande de services publics d’électricité et de transport, mais sont sans doute indifférents à la source d’énergie électrique ou de transport, à condition qu’elle soit abondante, fiable, sûre et économique.

S’il n’y avait pas de demande en combustibles fossiles, alors il n’y aurait pas lieu de culpabiliser les « Carbon Majors ». Le fait qu’il existe une demande continue et croissante de combustibles fossiles indique que la question du blâme n’est pas simple. Le passage des combustibles fossiles aux combustibles plus propres n’est ni simple ni bon marché, en raison des infrastructures. Pour l’énergie électrique, cela comprend les infrastructures de production et de transport. Pour le transport, cela comprend les moteurs de véhicules et leur fabrication ainsi que les infrastructures de ravitaillement. David Victor déclare: « Créer un récit qui implique la culpabilité de l’entreprise par opposition à la résolution de problèmes ne résoudra rien ». Pour progresser, il faut mettre l’accent sur la résolution des problèmes, mais l’aspect exact de l’infrastructure dépend des technologies disponibles et prévisibles, de l’économie et des politiques publiques.

Analogie avec Covid-19

La pandémie de SRAS-CoV-2 fournit une étude de cas intéressante concernant le « blâme » ou culpabilisation. On considère généralement que l’origine du virus s’est produite à Wuhan, en Chine. Cependant, il est difficile de blâmer la propagation mondiale du virus sur Wuhan. Alors que les statistiques de Covid-19 en provenance de Chine sont incomplètes et ont été jugées non fiables, la Chine semble avoir fait un meilleur travail pour contenir la propagation interne du virus que de nombreux autres pays. Actuellement, le « blâme » se concentre sur les émetteurs qui ne respectent pas les exigences de confinement et de port de masque, ainsi que sur les politiciens qui ne respectent pas les mesures qu’ils imposent aux populations.

Avec l’avènement des vaccins anti SRAS-CoV-2, la discussion sur la pandémie est désormais dominée par le vaccin, l’origine de la maladie recevant peu d’attention. Le remède à la pandémie est technologique, sous forme de vaccins, pas un changement de comportement mondial (bien que le changement de comportement ait fonctionné dans certaines régions et pays plus petits). Dans de nombreux pays, les modifications comportementales visant à limiter la transmission qui étaient associées à des confinements obligatoires n’ont tout simplement pas fonctionné, pour des raisons d’impossibilité économique, de problèmes de bien-être psychologique associés à l’isolement et de non-viabilité politique générale.

Conclusion

Dans le contexte du débat sur le climat, la leçon du Covid-19 est la suivante. Une solution technologique (analogue au développement du vaccin) en termes de meilleure production et transmission d’électricité réduirait rapidement le « jeu du blâme » climatique en résolvant les problèmes environnementaux causés par la combustion de combustibles fossiles. Souffrir d’une alimentation électrique insuffisante ou d’une alimentation électrique trop chère ou peu fiable (analogue aux solutions coercitives anti-Covid) est économiquement dommageable et politiquement non viable.

Encore une fois, la solution est la résolution de problèmes par des nouvelles technologies, pas par le blâme. Si l’isolement et l’austérité peuvent être invoqués pendant de courtes périodes, ce ne sont pas des solutions. Le jeu de blâme Covid-19 n’a pas empêché de trouver une solution (c’est-à-dire un vaccin). Cependant, la hâte de blâmer les entreprises de combustibles fossiles et de les punir empêche une transition sensée loin des pires impacts des combustibles fossiles sur l’environnement.

Une transition sensée implique l’utilisation continue de gaz naturel relativement propre et facilement distribuable, évite les investissements massifs dans les infrastructures de l’énergie éolienne qui présentent des avantages nets douteux sur le cycle de vie des éoliennes et le développement d’une infrastructure énergétique améliorée pour le XXIe siècle, abondante, sûre, fiable, économique et propre. Comment établir la priorité parmi ces derniers et dans quelle mesure l’une ou l’autre de ces technologies doit-elle l’emporter sur les autres ? Définissons-nous « propre » uniquement en termes d’émissions, ou incluons-nous également l’exploitation minière, l’exploration, l’utilisation des terres, les problèmes liés au cycle de vie, etc …?

J’attends toujours un argument moral qui justifie, au nom de la « crise climatique », d’empêcher le développement du réseau électrique dans les régions les plus pauvres d’Afrique qui puisse soutenir le développement d’une économie avancée. Je soupçonne d’attendre longtemps une telle justification, car il n’y en a pas. Jouer le « jeu du blâme » du carbone est une excuse pour punir certaines entreprises sans réellement résoudre les problèmes de société. L’effet net est la souffrance continue dans les pays en développement, l’incapacité à faire beaucoup de progrès dans la réduction des émissions et certainement l’incapacité à « améliorer » le climat de quelque manière que ce soit.

https://www.moralcaseforfossilfuels.com

https://en.wikipedia.org/wiki/Juliana_v._United_States

https://climateaccountability.org/carbonmajors.html

https://link.springer.com/article/10.1007/s10584-017-1978-0

https://iopscience.iop.org/article/10.1088/1748-9326/ab5abc/meta

https://www.sciencemag.org/news/2016/08/just-90-companies-are-blame-most-climate-change-carbon-accountant-says

Le grand « reset » basé sur l’énergie verte est voué à l’échec.

Avant propos. Après la pandémie coronavirale les « forces de l’ombre » ont immédiatement embrayé sur le climat et la situation préoccupante qui doit être traitée aussi efficacement que cette pandémie. Je fais de l’humour mais les chefs d’Etat européens ont insisté à l’issue de leurs négociations marathon que les capitaux débloqués pour aider les pays européens les plus fragilisés devraient respecter des « critères climatiques », je n’invente rien. On ne peut que s’attendre à de très mauvaises surprises. Ci-après figure la traduction d’un article de Gail Tverberg, une actuaire partageant en partie les thèses de Jean-Marc Jancovici au sujet de l’énergie et du pic pétrolier. On ne sait d’ailleurs pas trop si Jancovici s’inspire des thèse de Gail Tverberg ou l’inverse dans la mesure où Tverberg travaillait dès le début des années 1970 pour une compagnie d’assurance américaine, elle est donc bien plus âgée que Jancovici. Diplômée de l’Université de Chicago Tverberg s’est intéressée au cours de sa carrière à l’évolution des prix de l’énergie. Elle n’a jamais dissimulé sa sympathie pour les mouvements écologistes dont en particulier Greenpeace et elle est convaincue de l’imminence du réchauffement climatique. Ce long article que j’ai pris la peine de traduire puisqu’il ne figure nulle part en français a le mérite d’être clair et semble-t-il objectif. Pour Gail Tverberg, c’est du moins ce que j’ai compris, coronavirus ou pas, c’est le marché qui décidera et les décisions politiques ne pourront pas influer sur les tendances économiques à moins de continuer à détruire les économies occidentales. Dès lors l’épicentre mondial de l’économie se déplacera vers l’Extrême-Orient, et il est inutile de le nier c’est déjà le cas. J’ai inséré quelques remarques et précisions entre parenthèses et en italique.

Il semble qu’une réinitialisation d’une économie devrait fonctionner comme la réinitialisation d’un ordinateur : éteignez-le et rallumez-le : la plupart des problèmes devraient être résolus. Cependant, cela ne fonctionne pas vraiment de cette façon pour l’économie. Examinons quelques-uns des malentendus qui amènent les gens à croire que l’économie mondiale peut évoluer vers un avenir à énergie verte.

[1] L’économie ne ressemble pas vraiment à un ordinateur qui peut être allumé et éteint : l’économie est plutôt comparable à un corps humain mort, une fois éteinte.

Un ordinateur est quelque chose qui est fabriqué par des humains. Il y a un début et une fin au processus de création. L’ordinateur fonctionne parce que l’énergie sous forme de courant électrique le traverse. Nous pouvons couper et rallumer l’électricité. D’une manière ou d’une autre, presque comme par magie, les problèmes de logiciels sont résolus et le système fonctionne mieux après la réinitialisation qu’avant (ce qui n’est pas toujours le cas).

Même si l’économie ressemble à une construction faite par les humains, elle est vraiment extrêmement différente. En termes de physique, c’est une « structure dissipative ». L’économie ne peut « croître » qu’en raison de sa consommation d’énergie, comme le pétrole pour alimenter les camions et l’électricité pour alimenter les machines.

Le système s’auto-organise en ce sens que de nouvelles entreprises sont créées en fonction des ressources disponibles et du marché apparent des produits fabriqués à partir de ces ressources. Les anciennes entreprises disparaissent lorsque leurs produits ne sont plus nécessaires. Les clients décident de ce qu’ils achètent en fonction de leurs revenus, du montant de la dette dont ils disposent et du choix des produits disponibles sur le marché.

Il existe de nombreuses autres structures dissipatives. Les ouragans et les tornades sont des structures dissipatives. Les étoiles aussi. Les plantes et les animaux sont des structures dissipatives. Les écosystèmes de toutes sortes sont des structures dissipatives. Toutes ces choses grandissent pendant un certain temps et finissent par s’effondrer. Si leur source d’énergie est supprimée, ils échouent assez rapidement. La source d’énergie pour les humains est la nourriture de divers types; pour les plantes, c’est généralement la lumière du soleil (avec le CO2 comme aliment de base).

Penser que nous pouvons éteindre et rallumer l’économie revient presque à supposer que nous pouvons ressusciter les êtres humains après leur mort. C’est peut-être possible dans un sens religieux. Mais supposer que nous pouvons le faire avec une économie nécessite un énorme acte de foi.

[2] La croissance économique est assujettie à un modèle fini, plutôt que simplement augmenter sans limite.

De nombreuses personnes ont développé des modèles reflétant le fait que la croissance économique semble se produire par vagues ou par cycles. Ray Dalio montre un graphique décrivant sa vision du cycle économique dans un aperçu de son prochain livre « The Changing World Order ». La figure 1 est le graphique de Dalio, avec quelques annotations que j’ai ajoutées en bleu.

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Les modélisateurs de toutes sortes aimeraient penser qu’il n’y a pas de limites dans ce monde. En réalité, il y a de nombreuses limites. C’est le fait que les économies doivent contourner ces limites qui conduit à de tels cycles. Quelques exemples de limites incluent des terres arables inadéquates pour une population croissante, l’incapacité de lutter contre les agents pathogènes et un approvisionnement énergétique qui devient excessivement coûteux à produire. On peut s’attendre à ce que les cycles varient rapidement, à la fois à la hausse et à la baisse du cycle plus rapidement.

Le danger d’ignorer ces cycles est que les chercheurs ont tendance à créer des modèles de croissance économique future et de consommation d’énergie future qui sont loin d’être synchronisés avec ce à quoi on peut vraiment s’attendre. Les modèles précis doivent inclure au moins une version limitée du dépassement et de l’effondrement sur une base régulière. Les modèles de l’économie future ont tendance à être basés sur ce que les politiciens aimeraient croire ce qui se produira, plutôt que sur ce que l’on peut s’attendre à ce qu’il se produise dans le monde réel.

[3] Les prix des produits de base se comportent différemment à différents stades du cycle économique. Au cours de la seconde moitié du cycle économique, il devient difficile de maintenir les prix des matières premières suffisamment élevés pour les producteurs.

Il est communément admis que la demande de produits énergétiques sera toujours élevée, car tout le monde sait que nous avons besoin d’énergie. Ainsi, selon cette croyance, si nous avons la technologie pour extraire les combustibles fossiles, les prix finiront par augmenter suffisamment pour que les ressources en combustibles fossiles puissent être facilement extraites. Beaucoup de gens craignent que nous ne « manquions » de pétrole. Ils s’attendent à ce que les prix du pétrole augmentent pour compenser les pénuries. Ainsi, de nombreuses personnes pensent que pour maintenir un approvisionnement adéquat, nous devrions nous préoccuper de compléter les combustibles fossiles par l’énergie nucléaire et les énergies renouvelables.

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Si nous examinons les prix du pétrole (graphique 2), nous voyons qu’au moins récemment, ce n’est pas ainsi que les prix du pétrole se comportent réellement. Depuis la flambée des prix du pétrole en 2008, le gros problème est que les prix tombent trop bas pour les producteurs de pétrole. À des prix bien inférieurs à 100 dollars le baril, le développement de nombreux nouveaux champs pétrolifères n’est pas économique. Les bas prix du pétrole sont particulièrement un problème en 2020, car les restrictions de voyage associées à la pandémie de coronavirus réduisent la demande (et les prix) de pétrole même en dessous de ce qu’ils étaient auparavant.

Curieusement, les prix du charbon (figure 3) semblent suivre un modèle très similaire aux prix du pétrole, même si l’on pense généralement que le charbon est disponible en grande quantité, et que le pétrole est généralement considéré comme en état de pénurie.

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En comparant les figures 2 et 3, nous constatons que les prix du pétrole et du charbon ont atteint un sommet en 2008, puis ont fortement reculé. Le moment de cette baisse des prix correspond à la «crise de la dette» à la fin de 2008 qui est illustrée à la figure 1.

Les prix ont ensuite atteint un autre sommet en 2011, après plusieurs années de Quantitative Easing (QE). Le QE vise à maintenir le coût d’emprunt à un niveau bas, encourageant le recours à davantage de dette. Cette dette peut être utilisée par les citoyens pour acheter plus de produits fabriqués avec du charbon et du pétrole (comme des voitures et des panneaux solaires). Ainsi, le QE est un moyen d’augmenter la demande et donc de contribuer à augmenter les prix de l’énergie. Au cours de la période 2011-2014, le pétrole a pu mieux maintenir son prix que le charbon, peut-être en raison de sa pénurie d’approvisionnement. Une fois que les États-Unis ont mis fin à leur programme de QE en 2014, les prix du pétrole ont chuté brutalement (figure 2).

Les prix étaient très bas en 2015 et 2016 pour le charbon et le pétrole. La Chine a stimulé son économie et les prix du charbon et du pétrole ont pu augmenter à nouveau en 2017 et 2018. En 2019, les prix du pétrole et du charbon chutaient à nouveau. La figure 2 montre qu’en 2020, les prix du pétrole ont de nouveau chuté, à la suite de toute la destruction de la demande causée par tous les arrêts économiques provoqués par la pandémie. Les prix du charbon ont également chuté en 2020, selon Trading Economics ( https://tradingeconomics.com/commodity/coal ).

[4] Les prix bas depuis la mi-2008 semblent conduire à la fois au pic du pétrole brut et au pic du charbon. La production de pétrole brut a commencé à baisser en 2019 et devrait continuer de baisser en 2020. L’extraction du charbon devrait commencer à baisser en 2020.

Dans la dernière section, j’ai montré que le pétrole brut et le charbon ont tous deux le même problème : les prix ont tendance à être trop bas pour que les producteurs réalisent un profit en les extrayant. Pour cette raison, les investissements dans de nouveaux puits de pétrole sont réduits et des mines de charbon non rentables sont fermées ( https://www.oilandgas360.com/coronavirus-threatens-to-hobble-the-u-s-shale-oil-boom-for-years/ , https://www.argusmedia.com/en/news/2115543-china-outlines-coal-capacity-plan-for-2020 )

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La figure 4 montre que la production mondiale de pétrole brut n’a pas beaucoup augmenté depuis 2004. En fait, la production de l’OPEP n’a pas beaucoup augmenté depuis 2004, même si les pays de l’OPEP font état de réserves de pétrole élevées et, en théorie, ils pourraient pomper plus de pétrole s’ils le voulaient.

Au total, les données de BP montrent que la production mondiale de pétrole brut a chuté de 582 000 barils par jour si on compare 2019 à 2018. Cela représente une baisse de 2,0 millions de barils par jour de la production de l’OPEP, compensée par des augmentations plus faibles de la production aux États-Unis, au Canada et Russie. La production de pétrole brut devrait encore baisser en 2020, en raison de la faiblesse de la demande et des prix.

En raison de la faiblesse des prix du charbon, la production mondiale de charbon est sur un plateau cahoteux depuis 2011. Les prix semblent être encore plus bas en 2020 qu’en 2019, exerçant une pression à la baisse supplémentaire sur l’extraction du charbon en 2020.

[5] Les modélisateurs ont oublié le fait que l’extraction de combustibles fossiles disparaîtrait à cause des bas prix, laissant presque toutes les réserves et autres ressources dans le sol. Les modélisateurs ont plutôt supposé que les énergies renouvelables seraient toujours une extension d’un système alimenté par des combustibles fossiles.

Ce que la plupart des gens ne comprennent pas, c’est que les prix des produits de base sont fixés par les lois de la physique, de sorte que l’offre et la demande sont en équilibre. La demande est vraiment très proche de «l’abordabilité» (néologisme déduit de « affordability »). S’il y a trop de disparité salaire / richesse, les prix des matières premières ont tendance à baisser trop bas. Dans un monde globalisé, de nombreux travailleurs ne gagnent que quelques dollars par jour. En raison de leurs bas salaires, ces travailleurs faiblement rémunérés n’ont pas les moyens d’acheter une grande partie des biens et services du monde. L’utilisation de robots a tendance à produire un résultat similaire car les robots ne peuvent pas réellement acheter des biens et des services fabriqués par l’économie.

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Ainsi, les modélisateurs examinant le rendement énergétique de l’énergie investie (energy return on energy invested, EROI) pour l’éolien et le solaire ont supposé qu’ils seraient toujours utilisés à l’intérieur d’un système alimenté par des combustibles fossiles qui pourrait fournir un équilibrage fortement subventionné pour leur production intermittente. Ils ont fait des calculs comme si l’électricité intermittente équivaut à l’électricité qui peut être contrôlée pour fournir de l’électricité lorsque cela est nécessaire. Leurs calculs semblaient suggérer qu’il serait utile d’installer des énergies éolienne et solaire. Ce qui a été oublié, c’est que cela n’était possible que dans un système où d’autres carburants permettraient un équilibrage à un coût très bas. (EROI : https://en.wikipedia.org/wiki/Energy_return_on_investment )

[6] Le même problème de faible demande conduisant à des prix bas affecte des produits de toutes sortes. En conséquence, il est peu probable que de nombreuses ressources futures sur lesquelles les modélisateurs comptent, et sur lesquelles les entreprises dépendent pour emprunter, ne soient pas vraiment disponibles.

Des productions de toutes sortes sont affectées par une faible demande et des prix de vente bas. Le problème à l’origine des prix bas semble être lié à une spécialisation excessive, à une utilisation excessive des biens d’équipement pour remplacer la main-d’œuvre et à une mondialisation excessive. Ces questions sont toutes liées aux besoins d’une économie mondiale qui dépend d’un haut niveau de technologie. Dans une telle économie, une trop grande partie de la production de l’économie est consacrée à la production d’appareils et à la rémunération de travailleurs hautement qualifiés. Il en reste peu pour les travailleurs non qualifiés.

Les bas prix de vente des produits de base empêchent les employeurs de payer des salaires adéquats à la plupart de leurs travailleurs. Ces bas salaires, à leur tour, alimentent les soulèvements que nous avons constatés ces dernières années. Ces soulèvements font partie des «Révolutions et guerres» évoquées dans la figure 1. Il est difficile de voir comment ce problème disparaîtra sans un changement majeur de «l’ordre mondial», mentionné dans la même figure.

Étant donné que le problème des bas prix des produits de base est très présent, notre capacité à produire des batteries de secours de toutes sortes, y compris la capacité de fabriquer des batteries, devrait devenir un problème croissant. Les produits de base, comme le lithium, souffrent de prix bas, tout comme les prix bas du charbon et du pétrole. Ces bas prix entraînent des baisses de leur production et des soulèvements locaux (cf. les évènements de Bolivie et https://www.benchmarkminerals.com/lithiums-place-in-chiles-social-unrest/ ).

[7] Prises isolément les énergies renouvelables intermittentes ont une utilité très limitée. Leur vraie valeur est proche de zéro.

Si l’électricité n’est disponible que lorsque le soleil brille ou lorsque le vent souffle, l’industrie ne peut pas planifier son utilisation. Son utilisation doit être limitée aux applications où l’intermittence n’a pas d’importance, comme le pompage de l’eau pour que les animaux la boivent ou le dessalement de l’eau. Personne n’essaierait de fondre des métaux avec de l’électricité intermittente parce que les métaux se solidifieraient au mauvais moment, si l’électricité intermittente disparaissait soudainement. Personne n’alimenterait un ascenseur avec de l’électricité intermittente, car une personne pourrait facilement être piégée entre les étages. Les propriétaires n’utiliseraient pas l’électricité pour alimenter les réfrigérateurs, car il est fort probable que les aliments se gâtent lorsque l’électricité est coupée pendant de longues périodes. Les feux de signalisation fonctionnent parfois, mais pas d’autres.

Le Liban est un exemple de pays dont le système électrique ne fonctionne que par intermittence. Il est difficile d’imaginer qu’un autre pays veuille imiter le Liban. Le manque d’approvisionnement en électricité fiable a contribué à l’apparition des manifestations au Liban ( https://english.alarabiya.net/en/features/2019/10/25/Daily-power-cuts-expensive-generators-Electricity-woes-spark-Lebanon-protests )

[8] Le véritable coût de l’énergie éolienne et solaire a été caché à tout le monde, en utilisant des subventions dont le coût total est difficile à déterminer.

Chaque pays a sa propre façon de subventionner les énergies renouvelables. La plupart des pays accordent à l’éolien et à l’énergie solaire une subvention de priorité. Les investisseurs reçoivent également une rémunération à taux fixe. Ces deux éléments sont des subventions. Aux États-Unis, d’autres subventions sont enfouies dans le système fiscal. Récemment, il a été question d’utiliser le QE pour aider les fournisseurs d’énergie éolienne et solaire à réduire leur coût d’emprunt.

Les journaux rapportent régulièrement que le prix de l’énergie éolienne et solaire est à la «parité du réseau», mais ce n’est pas du tout comme si on comparait deux pommes dans un panier. Pour être utile, l’électricité doit être disponible lorsque les utilisateurs en ont besoin. Le coût du stockage est beaucoup trop élevé pour nous permettre de stocker l’électricité pendant des semaines ou des mois quand elle est produite.

Si nous devions utiliser l’électricité intermittente comme substitut aux combustibles fossiles en général, nous aurions besoin d’utiliser l’électricité intermittente pour chauffer les maisons et les bureaux en hiver. Le soleil est abondant en été, mais pas en hiver. Sans stockage, on ne peut même pas compter sur les panneaux solaires pour fournir aux propriétaires de la chaleur pour préparer le dîner après le coucher du soleil le soir. Une quantité incroyablement gigantesque de stockage serait nécessaire pour stocker la chaleur de l’été à l’hiver.

La Chine précise qu’elle dispose de 42 milliards de dollars de subventions non remboursables pour l’énergie propre, et ce montant augmente chaque année. Les pays s’appauvrissent maintenant et les impôts qu’ils peuvent percevoir sont moins élevés en raison de l’appauvrissement des populations. De ce fait leur capacité à subventionner un système électrique coûteux et peu fiable disparaît. ( https://www.bloombergquint.com/technology/china-has-a-42-billion-clean-energy-debt-and-it-s-getting-worse ).

[9] L’énergie éolienne, solaire et hydroélectrique ne représente aujourd’hui qu’un peu moins de 10% de l’approvisionnement énergétique mondial.

Nous nous faisons des illusions si nous pensons que nous pouvons nous en sortir avec un si petit approvisionnement énergétique total.

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Peu de gens comprennent ce qu’une petite part de l’énergie éolienne et solaire du monde fournit aujourd’hui. Les montants indiqués à la figure 6 supposent que le dénominateur est l’énergie totale (y compris le pétrole, par exemple) et pas seulement l’électricité. En 2019, l’hydroélectricité représente 6,4% de l’approvisionnement énergétique mondial. Le vent représente 2,2% et le solaire 1,1%. L’ensemble des trois représente 9,7% de l’approvisionnement énergétique mondial.

Aucun de ces trois types d’énergie n’est adapté à la production d’aliments. Le pétrole est actuellement utilisé pour labourer les champs, fabriquer des engrais, des herbicides et des pesticides, et pour transporter les produits de l’agriculture réfrigérés jusqu’au marché.

[10] Peu de gens comprennent à quel point l’approvisionnement énergétique est important pour donner aux humains le contrôle sur d’autres espèces et agents pathogènes.

Le contrôle d’autres espèces et agents pathogènes a été un effort en plusieurs étapes. Ces dernières années, cet effort a impliqué des antibiotiques, des antiviraux et des vaccins. La pasteurisation est devenue une technique importante dès les années 1800.

Le contrôle humain sur d’autres espèces a commencé il y a plus de 100 000 ans, lorsque les humains ont appris à brûler de la biomasse pour de nombreuses utilisations, notamment pour la cuisson des aliments mais aussi pour effrayer les prédateurs ce qui a conduit à la destruction de forêts entières pour améliorer leur approvisionnement alimentaire. Dans mon article de 2018, « Supplemental energy puts humans in charge », j’ai exposé les preuves de l’importance du contrôle du feu par les humains. Dans les couches inférieures d’une grotte en Afrique du Sud, les grands félins étaient les dominateurs : il n’y avait pas de dépôts de carbone provenant du feu et des os humains rongés étaient dispersés autour de la grotte. Dans les couches supérieures de la même grotte, les humains avaient clairement pris le contrôle de l’espace. Il y avait des dépôts de carbone provenant de feux et des os de grands félins qui avaient été rongés par les humains étaient éparpillés autour de la grotte ( https://ourfiniteworld.com/2018/08/02/supplemental-energy-puts-humans-in-charge/ ).

Nous avons affaire au COVID-19 aujourd’hui. Les hôpitaux d’aujourd’hui ne sont possibles que grâce à un mix énergétique moderne. Les médicaments sont très souvent fabriqués à partir de pétrole. Les équipements de protection individuelle sont fabriqués dans des usines du monde entier et expédiés là où ils sont utilisés, généralement en utilisant du pétrole pour le transport.

Conclusion

Nous semblons en effet nous diriger vers une grande réinitialisation. Cependant, il y a peu de chances que l’énergie verte puisse jouer le plus qu’un petit rôle. Les dirigeants sont souvent confus dans leurs décisions en raison de la modélisation erronée qui a été effectuée. Étant donné que l’approvisionnement mondial en pétrole et en charbon semble décliner à court terme, les chances que la production de combustibles fossiles augmente un jour aussi haut que les hypothèses formulées dans les rapports du GIEC semblent très minces.

Il est vrai que certains appareils à énergie verte peuvent continuer à fonctionner pendant un certain temps. Mais, alors que l’économie mondiale continue de se dégrader, il sera de plus en plus difficile de fabriquer de nouveaux équipements d’énergie renouvelable et de réparer les systèmes existants. On peut s’attendre à ce que les prix de gros de l’électricité restent très bas, d’où la nécessité de continuer à subventionner les énergies éolienne et solaire.

La figure 1 indique que nous pouvons nous attendre à davantage de révolutions et de guerres à ce stade du cycle. Au moins une partie de ces troubles sera liée aux bas prix des produits de base et aux bas salaires. La mondialisation tendra à disparaître. La réparation des lignes de transport de l’électricité deviendra un problème croissant, tout comme de nombreuses autres tâches associées à la disponibilité de l’approvisionnement en énergie.

Source : https://ourfiniteworld.com/2020/07/17/why-a-great-reset-based-on-green-energy-isnt-possible/

Commentaire de votre serviteur. L’exposé de Gail Tverberg est sans appel. Sa conclusion est effrayante mais on n’est pas obligé d’y croire. Je reste optimiste quant à un sursaut de sagesse et de lucidité de la part du monde politique qui selon cette conclusion devrait craindre pour son avenir car à un moment ou à un autre les peuples se retourneront contre les politiciens. Mes lecteurs savent que je suis un fervent partisan de l’énergie nucléaire or Gail Tverberg ne mentionne jamais cette source d’énergie électrique dans son exposé. De mon point de vue un « grand reset » énergétique consisterait en une décision de dimension mondiale pour développer à une vitesse accélérée l’énergie nucléaire en privilégiant les « SMR », petits réacteurs nucléaires modulaires, adaptés aux réseaux d’électricité existants. Des organismes intergouvernementaux tels que l’IAEA pourraient voir étendre leurs missions pour contrôler le cycle du combustible ainsi que la sécurité des installations. Sans développement massif de l’énergie nucléaire l’humanité signe son arrêt de mort en se donnant les moyens d’éviter le scénario catastrophe de Ray Dalio (fig. 1) car l’énergie nucléaire est la seule alternative plausible d’autant plus qu’avec le développement attendu des réacteurs à neutrons rapides les réserves en uranium et thorium permettraient à l’humanité de vivre avec les standards de vie actuels pendant des dizaines de milliers d’années. La notion de « monde limité » (finite world) revêt alors une signification contestable.

 

« Changement climatique » : Bill Gates est pragmatique et il a raison

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Bill Gates, bien connu pour ses nombreuses initiatives philanthropiques, fait de plus en plus de déclarations relatives au climat. Il a clairement dit que l’efficacité du désinvestissement dans les entreprises impliquées dans l’extraction des combustibles fossiles, en d’autres termes la vente des actions de celles-ci, est totalement inefficace dans la lutte contre le réchauffement climatique. Gates a déclaré dans le Financial Times que « ce désinvestissement, aujourd’hui, a probablement eu pour résultat zéro tonnes de réduction des émissions de carbone« . En réalité la situation est beaucoup plus complexe qu’une simple relation en désinvestissement dans ces entreprises et la réduction des émissions de carbone. Si les investisseurs veulent réellement influer sur la politique de ces compagnies, il y a d’autres approches possibles.

Ce mouvement de désinvestissement dans les entreprises impliquées dans l’extraction, la transformation et la commercialisation des combustibles fossiles a pris naissance dans les campus universitaires américains en 2011 et ce mouvement s’est répandu globalement sous l’impulsion de groupes activistes d’ultra-gauche qui en étaient les initiateurs. Maintenant ce sont les institutions financières, les gestionnaires de fonds de pension, les municipalités et certains gouvernements qui participent à ce mouvement. Selon des travaux réalisés à l’Université d’Oxford l’ampleur de ce mouvement de désinvestissement est sans précédent dans l’histoire économique récente. Si les activistes ayant promu ce mouvement ont alerté l’opinion publique en stigmatisant ces compagnies impliquées dans l’énergie, les effets de ce désinvestissement n’ont pas eu l’effet escompté sur ces dernières. Les effets ont été très limités.

Considérons le marché des actions. La nature même de ce marché implique que si quelqu’un veut vendre les actions d’une compagnie comme Shell ou Exxon qu’il détient il lui faut trouver un acheteur. Dans ces conditions la transaction n’affectera pas la société concernée, en particulier si un investisseur se porte acquéreur pour réaliser des profits. Se focaliser sur les obligations peut avoir un impact plus important. Les entreprises dont il est question ici doivent investir et elles dépendent donc des prêts bancaires pour envisager de nouvelles prospections et productions ou pour refinancer leurs dettes existantes. Les volumes d’émission de dettes sont sans commune mesure en regard du capital de ces sociétés. Si certaines banques refusent désormais de financer la dette de ces entreprises, d’autres acteurs financiers sont toujours disposés à investir dans ce domaine. Et les chiffres dans ce secteur de l’énergie parlent d’eux-mêmes : entre 2010 et 2018 plus de 5000 milliards de dollars ont été investis dans la dette des entreprises liées à l’énergie fossile selon le cabinet d’études Dealogic. Il est donc clair que ces mouvements de désinvestissement n’ont aucun impact sur le fonctionnement de ces entreprises.

Quelle stratégie adopter par les investisseurs soucieux de préserver le climat ?

Ces investisseurs peuvent tenter de modifier l’attitude ce ces compagnies comme par exemple en ayant un droit de regard sur leur « business model ». Cette approche demande une longue patience car opérer un changement de politique économique pour ces entreprises vers une attitude moins intensive en carbone peut demander des années. On ne voit pas trop comment des entreprises comme Total ou Glencore peuvent profondément modifier leur « business model » pour le rendre moins « carbon-intensive » dans la mesure où justement le « carbone » est au centre de leur activité. Les investisseurs ont donc une marge de manoeuvre particulièrement étroite. Les actionnaires de leur côté peuvent tenter des actions contre la direction des entreprises si celles-ci restent récalcitrantes à toute modification de leur modèle économique. Tout ce que les actionnaires peuvent exiger ce sont des rapports détaillés relatifs à l’évolution des émissions de carbone si possible sur une base annuelle. Mais là encore ils courent le risque majeur d’une diminution conséquente de leurs dividendes. Jusqu’à présent les assemblées générales des actionnaires de ces entreprises ont répugné à envisager de telles actions.

Il reste donc une seule possibilité : influencer les politiciens.

L’un des leviers sur lequel les décideurs politiques peuvent agir se situe au niveau des consommateurs, qu’il s’agisse de personnes physiques ou d’entreprises. Ce levier est ce qu’il est commun d’appeler les « taxes carbone » dans leur ensemble, qu’il s’agisse des droits négociés sur le marché international du carbone ou les taxes directes. Cependant si les entreprises peuvent aisément gérer les droits d’émission de carbone qu’elle répercuteront sur les consommateurs, les taxes directes se heurteront au mécontentement populaire au niveau individuel et au niveau des petites entreprises qui n’ont pas d’accès direct au marché des droits d’émission à moins de s’adresser à des organismes financiers. La conséquence sera identique : un renchérissement des coûts des productions et des services. Les aides financières des Etats pour inciter les consommateurs à une plus grande modération dans leurs émissions de carbone, il s’agit là des subventions pour abandonner les véhicules automobiles classiques (moteurs à combustion interne diesel ou essence) ont atteint sur la période 2013-2015 138 milliards de dollars chaque année pour l’ensemble des pays du G20 alors que seulement 3 milliards de dollars ont été consacrés chaque année sur cette même période pour le financement de projets d’énergie propre. Ces données ont été communiquées par le WWF, et Les Amis de la Terre US.

L’attitude des entreprises liées à la production et la commercialisation d’énergies carbonées fossiles ne peut pas changer du jour au lendemain sans courir le risque d’une catastrophe économique de grande ampleur. Si les émissions de carbone se sont stabilisées ou ont très légèrement diminué ces dix dernières années ce n’est pas la conséquence d’un changement d’attitude des grandes entreprises impliquées dans l’énergie mais d’un ralentissement généralisé de l’économie mondiale comme le montre l’illustration ci-dessous.

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Le rêve des gauchistes qui ont initié le mouvement de désinvestissement en 2011 ne se réalise pas car il est totalement déconnecté des réalités économiques. Vouloir sauver le climat provoquera la misère pour des centaines de millions de personnes qui au contraire aspirent à un meilleur niveau de vie et l’appauvrissement de tous les autres. Si les banques et les investisseurs décident de restreindre l’accès des grandes compagnies de l’énergie aux financements qui leur sont nécessaires pour poursuivre leurs activités normalement, c’est-à-dire sans contraintes environnementales impossibles à atteindre, alors à terme il y aura une pénurie mondiale de ces sources d’énergie pour l’instant irremplaçables, car une économie moderne ne peut pas fonctionner avec une énergie intermittente. Les activistes qui prônent une « société sans carbone » rêvent, et au final ils seront eux-mêmes les victimes de leurs rêves.

Inspiré de très loin d’un article paru sur le site schroders.com

Le pic pétrolier, c’est pour quand ?

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Le rapport de l’Agence Internationale de l’Energie (IEA) datant de 1998 prévoyait un « pic pétrolier » pour l’année 2010. On est en 2019 et durant l’année écoulée pas moins de 6 gisements extrêmement prometteurs ont été découverts en 2018 : Guyana, Brésil, Mexique, Texas, Chypre et Mer de Barents (Norvège). Il faut ajouter à ces découvertes celles « promises » par les analyses de logging au Ghana, en Mauritanie, en Namibie et en Afrique du Sud mais aussi sur le plateau continental dans la zone économique exclusive de Madagascar et enfin au large de la Guyane française.

En ce qui concerne l’Afrique du Sud, un nouveau venu dans le club des producteurs de pétrole, les réserves probables semblent être considérables. La première découverte faite par Total dans des couches du Crétacé inférieur à 170 kilomètres des côtes est partculièrement prometteuse puisque le premier forage jusqu’à 3600 mètres de profondeur a permis d’estimer les réserves sur le bloc concerné appellé Brulpadda à plus de 1 milliard de barils équivalents pétrole de condensats mais surtout de gaz. Les fonds marins varient entre 200 et 1800 mètres de profondeur mais Total a acquis une solide expérience en Mer du Nord dans le domaine de l’exploitation en eaux profondes et en forage off-shore profond en particulier autour des Iles Shetland.

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L’Afrique du Sud pourrait à relativement court terme devenir auto-suffisante en gaz alors qu’elle est dépendante de ses importations aujourd’hui. Alors le fameux « pic pétrolier » agité comme un spectre maléfique va-t-il être encore repoussé à une date ultérieure ? Ce concept, plutôt qu’une réalité, est utilisé à des fins de propagande car les incertitudes sur les réserves de pétrole sont considérables. Les Etats ne communiquent pas de données précises et les « majors » du pétrole peuvent sous-estimer comme sur-estimer leurs prévisions. Enfin nul ne connait précisément les réserves en hydrocarbures liquides ou gazeux de la Russie, même pas les Russes, car une grande partie du territoire nationale est encore inexploré. On reparlera donc du pic pétrolier plus tard et tout ce qui est écrit à ce sujet doit être considéré avec précaution …

Sources : Reuters et Total, illustration Total

Les « trumperies » du Donald

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En anglais trump veut dire atout pour les joueurs de carte et c’est à se demander si le Président américain dirige son pays comme un joueur de poker tente de dominer le jeu qu’il partage avec trois autres partenaires. Pour ce qui concerne ce billet les trois autres partenaires de cette partie de poker sont l’Europe, la Chine et la Russie. Dans le cas présent il ne s’agit plus d’une partie entre amis où le point vaut un dollar mais des milliards de dollars entre nations. Cependant il connait les cartes des autres joueurs et de plus ils n’ont pas tous des dollars en poche. Sur le tapis vert il y a des euros, des roubles et des yuans et ça complique sérieusement la situation.

Pour cet embargo douanier sur l’acier décrété par la Maison-Blanche – il faut appeler les choses par leur nom – on peut se demander à juste titre si Trump a bien compris la situation internationale. Il suffit de quelques graphiques pour se faire une idée de l’immense erreur que Trump a commis en voulant taxer outre mesure l’acier importé sur le territoire américain. Car les USA dépendent d’importations d’acier sous forme de tôles, de poutres, de linéaires laminés, bref, sans importations massives d’acier les capacités de production domestique ne permettent pas d’alimenter l’industrie américaine et en particulier l’industrie automobile. Deux graphiques (source Worldsteel : https://worldsteel.org/media-centre/press-releases/2018/world-steel-in-figures-2018.html ) en disent plus que n’importe quel texte.

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Les deux principaux producteurs d’acier sont la Chine et le Japon mais ces deux pays exportent essentiellement vers les USA une partie de leur production. En effet les USA, bien que produisant un peu plus de 80 millions de tonnes d’acier (2017) en utilisent 130 millions pour leur industrie. Ces droits de douane vont à n’en pas douter avoir un impact néfaste sur l’activité économique américaine.

Quelques mots au sujet des autres « tromperies » de Washington. Selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA) les USA sont devenus les premiers producteurs d’hydrocarbures, avant l’Arabie saoudite et la Russie. La Maison-Blanche a même déclaré que grâce aux techniques de fracture hydraulique des roches mères en particulier dans le bassin de Bakken (Dakota) les USA étaient autosuffisants depuis près de 18 mois. À tel point que les USA ont déjà commencé à exporter du gaz naturel liquéfié vers la Pologne. Mais où est le lézard puisque l’agence internationale de l’énergie, quant à elle, indique (chiffres de 2017) que les USA importaient toujours 7,9 millions de barils de pétrole par jour. Enfin, s’il s’agissait de favoriser l’industrie américaine il est important de noter que la plupart des entreprises, petites ou grandes, impliquées de la fracturation des roches mères sont endettées et qu’à l’instar de Tesla elles n’ont encore jamais dégagé de bénéfices et leurs dettes sont adossées sur le pétrole qu’elle produiront dans le futur. N’importe quel investisseur comprend que le lézard est vraiment gros.

On ne peut que conclure que Donald Trump a tiré les mauvaises cartes dans cette partie de poker menteur pour l’économie américaine qui, elle, va à terme se retrouver toute nue. On appelle ce genre de jeu du strip-poker …

L’Europe va plonger avant la fin de cette année dans une crise économique majeure

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Alors que l’Iran a déposé un recours auprès de la Cour de Justice Internationale (organisme dépendant des Nations-Unies) pour obtenir la suspension des sanctions US contre ses exportations de pétrole, l’Union Européenne se prépare au choc économique qu’elle devra subir lorsque les sanctions américaines seront entièrement appliquées le 4 novembre prochain. Les intentions américaines sont claires : réduire à zéro les exportations de pétrole iraniennes et mettre à genoux l’économie et la finance iraniennes. La conséquence sera une augmentation du prix du pétrole et les décisions de la Maison-Blanche affecteront les économies de bien d’autres pays. Les pays de l’Union Européenne encaisseront le choc ou bien se battront-elles contre les USA ?

L’Iran est le troisième plus important producteur de pétrole de l’OPEP après l’Arabie Saoudite et l’Irak avec une production quotidienne de 4 millions de barils. En ce moment de vastes régions du monde, Amérique du Nord, Europe et Asie du Sud-Est entrevoient une embellie économique qui a eu pour conséquence une augmentation de consommation de pétrole de 1,5 millions de barils par jour depuis 2017, augmentation qui a eu pour effet une augmentation du prix du pétrole. Comme l’Iran l’a déjà signalé, s’il est contraint de réduire ses exportations à zéro (l’objectif de la Maison-Blanche) l’OPEP ne pourra pas faire face à la demande des pays importateurs. La conséquence sera une tension sur les prix qui aura pour effet d’entraver la croissance économique de tous les pays importateurs. Les USA doivent donc s’assurer, avant de mettre en place leur embargo sur le pétrole iranien, que le marché mondial du pétrole soit approvisionné. Mais à la vue de la demande actuelle en pétrole cet objectif n’est qu’un voeu pieux car les exportations du Vénézuela s’effondrent et l’OPEP a conclu un accord avec la Russie pour réduire de 1,8 millions de barils par jour la production par rapport à celle de 2017.

Les firmes pétrolières occidentales cessent déjà leurs opérations en Iran et les sanctions américaines atteignent les pays alliés des USA en particulier l’Union Européenne. Le bloc européen est dépendant des importations de pétrole à hauteur de 98 % et avec un euro qui commence à se déprécier par rapport au dollar, une augmentation du prix du pétrole ne pourra qu’aggraver la situation économique de l’Europe. Un pétrole plus coûteux va tout de suite compliquer la situation de l’économie allemande, fer de lance de l’ensemble de l’économie européenne. La politique exportatrice de l’Allemagne est en effet très sensible aux chocs économiques extérieurs. Les commandes de produits manufacturés allemands ont déjà considérablement réduit et selon des enquêtes récentes réalisées auprès des entreprises allemandes celles-ci indiquent qu’une augmentation du prix du pétrole sera gravement dommageable pour l’ensemble du tissu industriel allemand.

Si l’Europe doit craindre un effet négatif des sanctions contre l’Iran, la législation extra-territoriale américaine doit être également redoutée par les entreprises européennes : en se retirant du marché iranien elles vont de facto perdre des dizaines de milliards de dollars en raison des accords d’investissements sur le long terme ayant été conclus depuis la mise en place du traité qui a été dénoncé par les USA. Le cas de Total est emblématique. Cette société a signé un accord pluriannuel de 5 milliards de dollars avec l’Iran pour l’exploitation de l’immense gisement gazier de South Pars. Aujourd’hui Total se bat pour désinvestir en Iran avant la date du 4 novembre 2018. Dans cette perspective Total et Shell viennent de cesser toute importation de pétrole iranien. Les autres raffineurs européens ont également sensiblement réduit leurs achats de pétrole iranien alors que les gouvernement des pays européens tentent d’imaginer un statut de blocage des sanctions américaines pour protéger les entreprises européennes actives sur le sol iranien. Jean-Claude Junker a par exemple déclaré que « c’est une devoir pour l’Union Européenne de protéger le marché en Iran en particulier des petites et moyennes entreprises européennes ». Cette décision est entrée en vigueur le 7 août mais elle n’est pas claire car Bruxelles négocie toujours une protection de ces entreprises de taille moyenne. La décision européenne n’est pas seulement une résistance de principe mais elle repose sur une nécessité économique.

En effet l’Europe va se trouvée confrontée à deux défis avant la fin de cette année : non seulement les sanctions américaines contre l’Iran qui prendront effet le 4 novembre mais fin octobre les sanctions contre le géant russe de l’aluminium Rusal prendront également effet. Ainsi les pays membres de l’UE seront exposés à deux chocs : une raréfaction du pétrole et de l’aluminium, un véritable ouragan pour les indicateurs économiques.

Exactement comme pour l’Iran les USA n’ont pas consulté leurs partenaires européens en mettant en place au mois d’avril les sanctions contre Rusal. Presque immédiatement les marchés de la bauxite et de l’aluminium métal sont devenus chaotiques avec des prix à la hausse qui vont se répercuter sur les consommateurs finaux. Les acteurs du marché de l’aluminium de chaque côté de l’Atlantique ont tenté de rechercher d’autres fournisseurs sans grand succès et les négociants ont accepté d’emblée une augmentation de 20 % de l’aluminium métal. En Allemagne l’autorité Wirtschafts Vereinigung Metalle qui représente 655 entreprises métallurgiques a averti du risque de voir de nombreuses petites entreprises baisser le rideau en raison de l’augmentation du prix de l’aluminium mettant en danger une multitude d’autres petites et moyennes entreprises du pays. Le futur d’une myriade de petites entreprises sous-traitantes de grosses entités industrielles comme Daimler ou Volkswagen qui représentent 13 % de la force de travail européenne pourrait être compromis. Elles représentent, seulement en Allemagne, 60 % des emplois … Avec une augmentation prévisible du prix du pétrole autant dire que l’économie européenne – et allemande en particulier – va vivre une période noire avec des conséquences sur l’emploi incalculables.

La politique commerciale américaine choisie par le Président Donald Trump est clairement en conflit avec les intérêts essentiels des pays membres de l’Union Européenne : le pétrole et l’aluminium sont essentiels pour maintenir la santé de l’économie. Cette rafale de sanctions décidée par la Maison-Blanche doit être prise pour ce qu’elle est réellement : une menace existentielle pour la multitude d’entreprises européennes qui concourent au maintien de l’Union Européenne. Il reste à espérer que les autorités de Bruxelles ne baisseront pas leur culotte devant la Maison-Blanche (l’expression est de mon cru, en anglais « One can hope the Europeans will not waver in their determination to stand up to the White House« ).

Traduction par votre serviteur d’un article de Scott Belinski paru sur le site Oilprice.com il y a trois jours. Les ajouts entre parenthèses ne sont pas de l’auteur mais de votre serviteur pour une meilleure compréhension du texte original.

L’évolution à venir du prix du pétrole : de quoi être inquiet …

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Le premier janvier 2020 les bateaux devront réduire l’utilisation de fuels lourds riches en soufre d’une teneur de 3,5 % à seulement 0,5 %. Il s’agit d’une décision de l’Organisation Maritime Internationale (IMO) dont l’objectif est de réduire les émissions d’oxydes de soufre dans l’atmosphère. Cette décision prise au début de l’année 2017 pourrait avoir de graves conséquences sur l’ensemble de l’économie mondiale, conséquences qui n’ont pas été mesurées par le monde politique ni naturellement prévues par l’ensemble de l’industrie pétrolière ni par les transporteurs de fret maritime. Quand on sait que plus de 80 % des marchandises sont transportées par mer et que les moteurs des bateaux brûlent du fuel lourd visqueux présentant des propriétés lubrifiantes indispensables pour le bon fonctionnement de ces moteurs diesel deux-temps l’ensemble de ces deux professions, armateurs et pétroliers, vont devoir prendre des dispositions particulièrement lourdes financièrement.

Les gaz de combustion des bateaux peuvent être équipés de scrubbers pour piéger les oxydes de soufre. Il s’agit d’installations injectant des produits neutralisant les oxydes de soufre comme par exemple de la chaux et cette opération peut être effectuée en milieu humide ou semi-humide. Il faut cependant stocker les condensats aqueux qui devront ensuite être traités à terre. Tout celà a un coût. Modifier les moteurs pour qu’ils puissent fonctionner avec des distillats plus légers ayant une teneur en soufre conforme aux directives de l’IMO va non seulement occasionner des surcoûts pour les compagnies maritimes mais également poser un réel problème pour les raffineurs car non seulement ils ne sauront plus comment disposer de ces huiles lourdes riches en soufre dont le principal marché – à plus de 60 % – est le transport maritime mais elles ne disposent pas des capacités de raffinage pouvant assurer un approvisionnement suffisant pour les quelques 45000 bateaux sillonnant les mers dans le monde.

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L’autre solution encore plus coûteuse pour les affrêteurs est d’utiliser du gaz naturel liquéfié comme combustible. Or cette solution nécessite de revoir l’ensemble des systèmes de propulsion des bateaux. Autant dire que même Maersk, le plus gros affrêteur du monde, ne peut pas se permettre d’envisager des investissements aussi conséquents. La situation présente est donc la suivante : attendre de voir ce qui va se passer dans la réalité après le premier janvier 2020 car il sera difficile de contrôler tous les bâteaux individuellement et il n’existe pas à l’heure actuelle de systèmes de détection satellitaires fiables pour suivre les émissions des bateaux sur toutes les mers du globe.

Quelles vont être les conséquences sur l’économie mondiale ? Elles vont être tout simplement catastrophiques et dévastatrices. Tout d’abord le transport maritime va entrer en directe concurrence avec les autres marchés du fuel léger pauvre en soufre, les trains, les véhicules automobiles et les petites centrales électriques d’appoint qui sont tenues de par la loi d’utiliser ce genre de combustible. Il va donc y avoir un renchérissement conséquent du prix du fuel léger puisque la demande sera divertie vers le transport maritime, secteur économique qui utilise près de 5 % du pétrole extrait dans le monde.

Malgré la désaffection des consommateurs, en particulier européens, pour la motorisation diesel, les capacités de raffinage seront loin d’être suffisantes pour répondre à cette demande. Dès le début de l’année 2020 tous les distillats de pétrole, qu’ils soient légers ou lourds, verront leurs prix augmenter substantiellement. Les compagnies pétrolières et les raffineurs chercheront à s’approvisionner en pétroles pauvres en soufre comme le WTI (West Texas Intermediate), le LLS (Light Louisiana Sweet) ou encore le Brent de la Mer du Nord. Il en résultera une augmentation généralisée du prix du baril de pétrole mondial qui, selon certains analystes, atteindra au moins 200 dollars. (Source : pkverlegerllc.com)

D’autres études dont celle de la Columbia University sont plus optimistes mais cette dernière insiste sur le fait qu’en moyenne 20 % du contenu d’un baril de pétrole ne trouvera plus d’acheteur, justement ce fuel lourd, soufré et visqueux utilisé aujourd’hui pour la propulsion maritime. Les raffineurs ne disposent pas de capitaux pour aménager des installations de cracking, de purification et de raffinage ultérieur de ces fractions lourdes et ils devront stocker ces résidus en attendant des jours meilleurs car les technologies n’existent tout simplement pas aujourd’hui … Il faut donc s’attendre à un renchérissement de tous les produits pétroliers ce qui ne va pas être très favorable à une économie mondiale déjà en perte de vitesse.

Sources et illustrations : https://www/pkverlegerllc.com/assets/documents/180704200CrudePaper.pdf et energypolicy.columbia.edu

Politique-fiction : les « évènements » d’Algérie

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À la suite de mon billet relatif aux terres rares j’ai poursuivi ma réflexion en relisant l’histoire car effectuer ce genre d’exercice est parfois une source de surprises. Il ne faut pas lire cette histoire telle qu’elle est enseignée au collège, certainement pas, car elle a été lissée et parfois profondément modifiée par les technocrates dans de nombreux pays européens et en particulier en France pour la rendre conforme aux aspirations modernes. Il est triste de constater cette violation du patrimoine de l’humanité toute entière car notre histoire fait partie de nous-mêmes, de ce qui a fait ce que nous sommes aujourd’hui bien que souvent nous n’en soyons pas conscients.

C’est à l’issue d’une conversation avec une amie « pied-noire » un peu houleuse, pas cette amie mais la conversation, au sujet de la crise algérienne qui en fut l’objet, que m’est venu à l’esprit cette réflexion qui n’est pas une « fake news » comme on dit mais juste le fruit de mes réflexions sur l’histoire récente.

Il s’agit donc d’une analyse très personnelle de l’histoire passée de l’Algérie qui concerne encore sentimentalement des centaines de milliers de personnes déplacées depuis l’Algérie vers la France métropolitaine jusqu’en 1962. Les « pieds-noirs » alimentent encore aujourd’hui une haine inextinguible à l’encontre du Général De Gaulle car à leurs yeux il fut l’instigateur de la séparation entre la France et l’Algérie et l’auteur de toutes les sombres misères que ces populations endurèrent revenant d’Alger, d’Oran ou d’autres ports dans des bateaux bondés pour affronter les hivers rigoureux des années 1960.

La « crise » algérienne que d’aucuns appèlent la « guerre » d’Algérie était à l’époque sous-jacente bien avant que De Gaulle soit appelé par les Français en quelque sorte à la rescousse. Dès le début des années 1950, les géologues français avaient détecté la probable présence de pétrole en Algérie, les USA étaient engagés dans la guerre de Corée et ne semblaient pas s’intéresser à ce que faisait la France en Algérie. Dans le même temps les scientifiques français développaient dans le secret l’éventualité de la mise au point d’un armement nucléaire, une préoccupation qui occupait au même moment non pas seulement la France mais aussi l’Union soviétique et la Grande-Bretagne, dernier pays qui, déjà vassal des USA, ne fit que profiter des avancées technologiques américaines pour s’approprier la possession d’un armement nucléaire pour marquer, en pleine décolonisation, son existence géostratégique. Pour les Français l’énergie et les armements nucléaires étaient issus d’une longue tradition scientifique initiée par les Curie au début du XXe siècle.

Les évènements d’Algérie prirent une soudaine ampleur au tournant de l’année 1954 quand fut découvert du pétrole en plein désert à Hassi Messaoud par la Snrep. Au même moment la Tunisie et le Maroc devinrent des pays souverains et ce fait explique comment le FLN tout nouvellement créé ou allant bientôt l’être put recevoir des armements et beaucoup d’argent de pays tiers. L’histoire dit que c’était l’Egypte qui finançait la guerre civile algérienne, un autre terme pour qualifier les évènements d’Algérie. Nasser en voulait à la France et à la Grande-Bretagne au sujet de leur intervention sur le canal de Suez. Tout ça était bien compliqué et ce n’est que cette convergence de divers faits qui m’a conduit à dire à cette amie pied-noire qu’il était raisonnable de penser que les Américains avaient agi dans l’ombre. Le fiasco de l’expédition franco-anglaise de Suez fut le point de départ d’une sorte de protectorat des Etats-Unis envers l’Egypte et les Américains y sont toujours aujourd’hui. Il suffit de se souvenir du supposé « printemps arabe » égyptien fomenté par les Frères Musulmans qui fut un échec total et se conclut par une reprise du pouvoir par l’armée, ouvertement soutenue par les USA.

Alors qui finança le FLN sachant qu’il y avait du pétrole et probablement aussi du gaz qui fut découvert plus au sud quelques années plus tard à Hassi R’mel ? La réponse semble évidente mais que mes lecteurs n’aillent pas considérer qu’il s’agit d’une vérité qui ne sera probablement jamais dévoilée au grand jour. Cette conjonction d’évènements me permit d’indiquer à cette amie que probablement les services secrets américains manipulaient les protagonistes revendiquant une indépendance de l’Algérie. Je me trompe peut-être mais comment infirmer une telle hypothèse ?

Illustration : Champ pétrolifère d’Hassi Messaoud (Wikipedia)

En France il y a peu de pétrole et encore moins d’idées (sauf si on est écolo … )

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Le territoire hexagonal français est potentiellement riche en pétrole et en gaz. Il y a eu le gaz de Lacq dont le gisement s’est épuisé comme le gaz de Groningue aux Pays-Bas mais il y a aussi dans trois bassins sédimentaires, l’Aquitaine, le Languedoc-Roussillon et le Bassin Parisien, des potentialités non négligeables de gisements d’hydrocarbures à des profondeurs variées. C’est le cas du Bassin Parisien dont un peu de pétrole est pompé chaque jour à plus de 2000 mètres de profondeur par une société canadienne du nom de Vermilion. Cette même société a exploré l’Aquitaine et son plateau continental mais sans succès pour l’instant car les sondages profonds, en particulier en mer, sont coûteux et les entreprises spécialisées dans ce domaine n’investissent de grosses sommes que si le « jeu en vaut la chandelle ». Ces décisions dépendent également du prix du pétrole brut sur le marché mondial, ce qui complique la situation.

Bref, depuis déjà de nombreuses années Vermilion pompe du pétrole en Seine-et-Marne, paye une redevance aux propriétaires des champs sur lesquels se trouvent les pompes ainsi qu’une taxe aux communes dont par exemple la Commune de Saint-Méry où se trouve une unité de traitement du mélange pétrole-eau-gaz provenant de quelques puits alentour. L’activité est rentable même avec un pétrole Brent à 53,78 dollars le baril (cours du 11 septembre 2017) car les installations sont amorties depuis bien longtemps. Tout va bien, personne ne se plaint et chacun y trouve son compte.

Sauf que depuis que le clown écolo-gauchiste Hulot ayant accédé au poste de Ministre d’Etat chargé de l’ « économie circulaire », des moulins à vent et du démantèlement des centrales nucléaires décide, sur un coup de sang idéologique, d’interdire l’exploration et l’exploitation sur tout le territoire hexagonal français d’un quelconque hydrocarbure sous forme liquide ou gazeuse, tout va mal. Dans la tête dérangée de cet écolo pur et dur, il sera plus rentable (et moins coûteux) de recycler, de fermenter, de composter pour produire de l’énergie qui sera utilisée pour faire rouler des voitures électriques et faire fonctionner le peu d’industrie qui restera sur le territoire hexagonal. Ben voyons !

Selon les services techniques de la société Vermilion, il y a encore suffisamment de réserves dans le Bassin Parisien – qui n’a pas été totalement exploré à ce jour – pour pomper des hydrocarbures durant les 50 prochaines années. Pour Hulot, Ministre de la Transition Écologique et Solidaire (ce titre me laisse rêveur !), c’est inacceptable, ça pollue, ça abime l’esthétique inoubliable de la campagne française profonde … Il est beaucoup plus judicieux d’installer des forêts d’éoliennes en lieu et place de ces pompes discrètes et silencieuses qui produisent tout de même 815000 tonnes de pétrole brut par an soit un petit 1 % de la consommation annuelle française de brut. Mais non, « bienvenue dans un monde meilleur » sans pétrole et sans uranium ! pour paraphraser le slogan de Rhône-Poulenc, sponsor de Hulot quand il parcourait le monde entier en hélicoptère. Selon France-Nature-Environnement, une ONG écolo-bobo hébergée par le Muséum Nationale d’Histoire Naturelle à Paris (dont c’est l’incontestable mission) : « dans le cadre de la transition énergétique, il va falloir se passer ou tout du moins fortement diminuer notre consommation en énergie fossile ». Hulot a donc décidé d’accélérer la ruine de la France, c’est une évidence.

Source et illustration : AFP (dépêche du 1er septembre 2017) qui s’est délectée comme il se doit en rapportant cette information.