Le silence de la honte à propos du HPV

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Inutile de rappeler ici que le virus, les virus devrait-on dire, du papillome humain (HPV) est la maladie sexuellement transmissible la plus commune puisqu’on considère selon l’Organisation Mondiale de la Santé que plus d’un tiers de la population sexuellement active est porteuse de ce virus et que de surcroit il ne peut pas être exclu qu’au moins une fois dans la vie on sera en contact avec ce virus sans conséquences pour la santé la plupart du temps, heureusement. La question qui se pose est de savoir si une femme diagnostiquée porteuse d’un HPV à la suite de l’analyse d’un frottis vaginal doit en informer son partenaire. Ce genre de situation a été médiatisé lorsque Michael Douglas a déclaré que le cancer de l’oropharynx dont il souffrait était d’origine virale après avoir pratiqué des cunnilingus avec sa partenaire puis quand la porte-parole de la mairie de New-York, Melissa Mark-Viverito, a déclaré en public être porteuse de la pire souche d’HPV, celle qui est à l’origine du cancer du col de l’utérus.

Il faut se mettre à la place d’une femme quand elle apprend de son gynéco qu’elle est contagieuse et qu’elle décide (ou non) d’en informer son partenaire sexuel. Son hésitation provient du fait qu’étant une femme elle pourra tout de suite être considérée comme une marie-couche-toi-là puisqu’elle est porteuse du virus et qu’elle a donc été contaminée par d’autres partenaires. La femme peut être alors considérée comme totalement irresponsable par son partenaire du moment car même dans les sociétés occidentales les prouesses sexuelles des hommes sont gratifiantes alors qu’inversement la chasteté et l’hygiène féminines sont de bon ton. Qui contamine qui ? Quand on sait que ce virus se transmet par simple contact épidermique ou avec les muqueuses, l’usage de préservatifs n’est pas suffisant pour s’en protéger car à moins de porter des gants chirurgicaux pour poser le préservatif en bonne et due position, il y a déjà eu un contact entre celui-ci et les doigts. Le processus de contamination est donc bilatéral et autant la femme que l’homme ne sont pas en droit d’accuser l’autre. Les femmes diagnostiquées porteuses d’HPV sont un peu les canaris des mineurs de fond, elles devraient consulter leur gynéco au moins une fois par an si elles sont sexuellement actives : c’est ce que pensent les hommes au fond d’eux-mêmes alors qu’ils se gardent bien de se faire examiner par leur médecin.

Il faut tout de même relativiser la situation qui n’est pas aussi critique qu’on le prétend. Le protocole généralement respecté par le corps médical s’il s’avère qu’un frottis vaginal indique la présence d’HPV est de ne rien faire et d’attendre au moins une année. Chez les jeunes femmes, de moins de 30 ans, dans la plupart des cas le système immunitaire prend parfaitement bien en charge l’attaque virale et le virus a disparu après ce délai d’une année. De plus, parmi les quelques 100 souches différentes du virus, une trentaine seulement affectent la région génitale et pratiquement toutes les personnes sexuellement actives seront en contact un jour ou l’autre avec l’un de ces virus sans aucun effet sur leur santé. Si le gynéco tient ce genre de propos, autant dire que la femme taira son infection à son partenaire et ce d’autant plus que ce dernier a 100 % de chances d’être déjà contaminé ! A contrario certaines femmes ne cachent pas leur désarroi moral quand elles apprennent qu’elles souffrent d’un cancer du col de l’utérus et qu’elles ont donc eu toutes les chances de contaminer leur partenaire sexuel ( éventuellement au pluriel) pendant des années puisque le cancer peut apparaître très longtemps après la primo-infection.

En conclusion, que faire ? Les vaccins contre l’HPV sont considérés comme efficaces et le corps médical préconise une vaccination avant que ne débute une activité sexuelle aussi bien chez les filles que chez les garçons, ce qui est un fait nouveau, quant aux générations d’adultes il leur est conseillé d’être surveillés car ils ne sont pas protégés contre l’apparition d’un cancer du col de l’utérus, du pénis, de la vulve, de l’anus ou de la gorge. Aucune étude n’a encore pu prouver qu’une vaccination rétroactive était efficace, on doit donc vivre avec ce risque, point.

Source : inspiré d’un article paru dans The Daily Beast

Un espoir dans le traitement des cancers, enfin !!!

Plus de la moitié des cancers décrits et étudiés au niveau, je dirai moléculaire, puisque c’est ainsi qu’on finira par découvrir le mécanisme des cancers et peut-être un traitement universel, sont reliés à une mutation du gène exprimant une protéine appellée P53. 459px-P53

(en jaune la molécule linéaire d’ADN en double hélice, crédit Wikipedia)

Dans le cas du cancer du col de l’utérus, très commun chez la femme, il est reconnu que c’est un virus du genre papilloma qui est impliqué, et ce virus a l’incroyable faculté d’inactiver la protéine P53 déclenchant alors un cancer. Pour le cancer du poumon des fumeurs, dont je fais partie, le gène de la protéine P53 serait muté par les goudrons et autres particules fines contenues dans la fumée de cigarette (comme les gaz d’échappement des moteurs diésel mal réglés). Mais qu’est-ce que cette protéine assez grosse puisqu’elle pèse 53000 daltons, l’unité de mesure du poids d’une molécule chimique. C’est un facteur de régulation de l’expression des gènes contenus dans l’ADN et la P53 intervient quand l’ADN a été endommagé par exemple par les rayons ultra-violets pour stopper une expression anarchique des gènes, ou encore quand la cellule vieillit et se met aussi à faire n’importe quoi. Un genre de protection interne sophistiquée qui protège les cellules et donc l’ensemble de l’organisme. Un dernier rôle de cette protéine est d’indiquer donc à la cellule qu’elle doit mourir plutôt que de se multiplier anarchiquement.

Or dans la moitié des cancers étudiés finement au niveau moléculaire, cette protéine est mutée et n’agit plus correctement, d’où l’apparition de cancers.

Comme c’est un gros truc assez compliqué, pour tenter d’étudier son fonctionnement et éventuellement dans un but ultime d’agir par voie téhrapeutique sur la protéine modifiée, une équipe pluridisciplinaire de l’université de Californie à Irvine composée de cristallographes, de chimistes, de biologistes et de modélisateurs sur ordinateurs, ce genre d’extraterrestres qui jouent avec la forme des objets sur leur ordinateur pour par exemple faire des films d’animation en 3D, ont finalement mis au point un programme pour faire une screening haute fréquence de milliers de molécules chimiques simples et existantes non pas avec un robot comme cela est utilisé couramment dans les laboratoires de recherche des grandes firmes pharmaceutiques, mais avec un ordinateur. L’idée était de trouver un composé chimique qui soit capable d’interagir avec la P53 mutante pour rétablir sa fonction de régulation. Pour le moment une vingtaine de molécules variées ont été repérées et vont faire l’objet d’études complémentaires. Une molécule naturelle isolée des lichens aurait pu faire l’affaire mais malheureusement elle est difficilement synthétisable, il s’agit de l’acide stictique, un drôle de truc avec plein de cycles. ncomms2361-f4

L’acide stictique rétablissant la structure active de P53, crédit http://www.nature.com

Et pourtant cette molécule, une fois ajoutée à des cellules tumorales en culture, stoppe la multiplication anarchique de ces dernières, la preuve que la protéine P53, altérée dans ces cellules, a recouvré sa capacité de régulation de l’expression des gènes, car l’étude a montré clairement que l’acide stictique se fixait bien sur la protéine P53. Il s’agit d’une immense avancée dans l’espoir d’un traitement quasi universel des cancers, au moins ceux occasionnés par une mutation de cette protéine.

Finalement la recherche pluridisciplinaire fait encore la preuve de son efficacité dans un domaine aussi crucial que la recherche sur le cancer …

Sources : Université d’Irvine et http://www.nature.com

Crédits photos : Wikipedia et http://www.nature.com