Conversations sur l’oreiller

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De plus en plus de couples déclarent n’avoir pratiquement plus de relations sexuelles ou seulement à de très rares occasions, quand ils ont bien picolé à l’issue d’une soirée entre amis. S’il existe de nombreuses raisons pour expliquer ce comportement, il est évident que la communication à l’intérieur du couple est prépondérante pour maintenir une intimité sexuelle. Et c’est cette communication « sur l’oreiller » qui est justement importante pour maintenir le désir sexuel dans un couple. Plusieurs études récentes classées dans le domaine gris de la « science postcoïtale », comme c’est romantique ( ! ), ont reconsidéré l’importance des conversations sur l’oreiller après un orgasme, ou une bonne partie de cul, comme vous voudrez. On s’est rendu compte par exemple que les femmes qui avaient fait l’expérience d’un orgasme réussi étaient plus enclines à une communication relationnelle positive que les hommes, bien qu’ayant également atteint l’orgasme sexuel, ce qui est beaucoup plus aisé pour eux, et naturellement beaucoup plus que les femmes restées non satisfaites. De plus il est apparu que l’orgasme libère la communication relationnelle positive. Le Docteur Amanda Denes de l’Université du Connecticut, principal auteur d’une étude parue dans Communication Monograph (open access, voir le lien) n’emploie pas la langue de bois en déclarant : « la conversation sur l’oreiller après une relation sexuelle réussie joue un rôle primordial dans le maintien de l’intimité du couple ». Les médecins ont caractérisé la période suivant directement un rapport sexuel réussi comme étant un état mental altéré durant lequel les processus cognitifs sont profondément modifiés et favorisent la communication et la reconsidération des mécanismes de prise de décision et durant cette période particulière l’évaluation des risques et des bénéfices de se confier à son (sa) partenaire « sur l’oreiller » à ce moment précis est également altérée.

Et pourquoi se trouve-t-on dans cet état second, tout simplement parce que notre cerveau est littéralement inondé d’oxytocine, l’hormone dite du plaisir mais aussi celle qui favorise la lactation et encore la construction de la relation intime mère-enfant. L’oxytocine a aussi un rôle prépondérant dans le comportement car elle inhibe l’agressivité et la perception du danger et donc aussi le développement de la peur. De plus l’oxytocine réduit la production du cortisol qui est l’un des éléments de déclenchement du stress. La conversation post-orgasmique sur l’oreiller est donc sous le contrôle de l’oxytocine et on n’y peut rien, on plane, on se confie, l’intimité du couple trouve là un moment privilégié pour s’affermir et se construire.

L’étude conduite par le Docteur Denes a aussi considéré les effets de l’alcool sur les « conversations sur l’oreiller » car bien souvent les relations sexuelles sont également vécues sous l’emprise de l’alcool, des statistiques montrant qu’au moins 40 % des relations sexuelles ont lieu après une consommation de boissons alcoolisées malgré le fait que l’alcool a tendance a diminuer les performances sexuelles conduisant à un orgasme réussi, au moins chez l’homme, selon une étude parue en 1993 et réalisée par B.C. Leigh et parue dans le Journal of Abnormal Psychology.

L’étude récente a porté sur des interrogatoires strictement contrôlés de 253 personnes âgées de 18 à 45 ans, sexuellement actives et pour la plupart hétérosexuelles, à 7 exceptions près, réparties en 78 % de femmes et 22 % d’hommes. Toutes ces personnes ont déclaré avoir une activité sexuelle incluant pénétration vaginale, cunnilingus ou fellation et stimulations manuelles. Elles devaient rendre compte quotidiennement pendant deux semaines par internet à l’aide d’un questionnaire approprié dans les deux heures suivant leur rapport sexuel si elles avaient fait l’expérience d’un orgasme, si elles avaient consommé de l’alcool et enfin de décrire quelle avait été qualitativement leur conversation sur l’oreiller avec leur partenaire en tentant de classer l’intensité de cette conversation qui a ensuite été analysée à l’aide d’algorithmes statistiques. Les questions étaient du genre : « je ne voulais pas lui dire ce que je lui ai finalement dit » ou encore « j’ai dit à mon (ma) partenaire des choses que peu de personnes connaissent » ou enfin « après un orgasme je me confie plus facilement que dans la vie courante ». Ce genre de questionnaire est facile à intégrer car de toutes les façons on n’a plus vraiment le contrôle de nos comportements conscients quand nous sommes soumis à ces effets massifs de l’oxytocine sur l’ensemble du cerveau.

Ce qui ressort de cette étude, certes entachée d’approximations puisque la majorité des sujets étudiés étaient des femmes hétérosexuelles qui vivaient au moins trois rapports sexuels réussis par semaine pour 57 % d’entre elles, consommation d’alcool ou pas, est que la consommation d’alcool avant un rapport sexuel, que ce soit au sein d’un couple établi ou au cours d’une relation occasionnelle n’a que très peu d’incidence, selon cette étude, sur la libération de la parole, ou dit d’une autre manière, c’est le taux extravagant d’oxytocine qui éblouit ou obscurcit le cerveau, selon le côté où on se place, et une bonne partie de jambes en l’air libère la parole et l’ensemble de l’organisme pour son plus grand bien.

Enfin, l’étude mentionne que les « conversations sur l’oreiller » après un bel orgasme partagé, ce qui reste malgré tout exceptionnel pour les couples non entrainés pour ce genre d’exercice, constituent une excellente thérapie pour l’équilibre du couple et les interactions physiologiques dont on ne mesure pas l’importance quand on se couche pour faire l’amour, la banalité de ce comportement étant souvent considérée comme une simple formalité alors que dans cet acte peut-être banal pour beaucoup d’entre nous, réside le secret de l’équilibre du couple, qu’on le veuille ou non, l’amour et faire l’amour n’étant finalement que le résultat de processus chimiques et hormonaux triviaux sur lesquels nous n’avons aucun pouvoir.

 

http://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/03637751.2014.926377#.U7Q9phbTYnE

Est-on prédisposé aux drogues, à la cigarette ou encore à l’alcool ?

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C’est une théorie comme une autre que de dire qu’on est dès l’adolescence et plus encore à l’âge adulte attiré par les drogues douces et moins douces, la cigarette ou l’alcool. Et on a coûtume de dire qu’il existe une prédisposition à ces penchants déviants. Mais les évidences scientifiques sont plutôt minces et tenter d’en trouver une consiste à se pencher sur le système très complexe de la boucle plaisir-récompense du cerveau. On a maintenant une assez bonne idée de la manière dont notre cerveau gère le désir et la récompense le plus souvent à notre insu mais comme ce système est extrèmement complexe (voir la figure) les hypothèses sur le développement de l’addiction aux drogues et à leur prédisposition n’ont encore pas trouvé de preuves claires. Ce que l’on sait par contre c’est le rôle central de l’oxytocine dans cet environnement puisque cette hormone, l’une des rares hormones avec la vasopressine synthétisées toutes deux par l’hypophyse antérieure qui fasse partie de la panoplie des neurotransmetteurs en ayant un effet direct sur l’activité cérébrale mais également qui soit exportée dans l’ensemble de l’organisme et conduise à des effets très variés. L’oxytocine, juste pour un très bref rappel, est liée aux contractions utérines lors de l’accouchement mais cette hormone remplit bien d’autres fonctions corrélées au plaisir sexuel ou aux mécanismes de la récompense, au fonctionnement harmonieux du système immunitaire et bien d’autres mécanismes comme les fonctions cognitives.

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Une équipe de biologiste de l’Université d’Adélaïde a procédé à une revue de l’ensemble des articles scientifiques qui liaient l’oxytocine et l’usage de drogues ou d’alcool. Il en ressort une idée révolutionnaire à l’examen de la recherche mondiale sur l’oxytocine, aussi connue sous le nom d’«hormone de l’amour» ou de «drogue de liaison » en raison de son rôle important dans l’amélioration des interactions sociales, du comportement maternel et du partenariat en général. Il ressort de cette étude que la prédisposition dont il est question dépend d’un certain nombre de facteurs existant avant la fin de la gestation, entre le huitième et le neuvième mois, et la première enfance c’est-à-dire jusqu’à l’âge de cinq ans quand le système de l’oxytocine est définitivement mis en place. Les perturbations du système qui conduira ensuite à une plus forte addiction aux drogues peuvent être d’origines variées mais le plus souvent on retrouve des situations de stress ou de souffrance du nouveau-né qui vont finalement influer sur le comportement de l’adolescent et de l’adulte. L’une des observations assez intrigantes est l’effet différent des drogues sur le genre (puisqu’on parle de cette théorie) en d’autre termes le sexe. Et ce n’est pas difficile à comprendre puisque la femme produit des quantités significatives d’oxytocine lors du cycle menstruel par le corps jaune qui entoure l’ovocyte lors de l’ovulation alors que l’homme se contente d’une sécrétion discrète par les testicules, en dehors naturellement de l’hypophyse. Or en ce qui concerne l’usage de drogue, la femme a un comportement plutôt modéré si on le compare à celui de l’homme mais elle devient beaucoup plus rapidement dépendante car l’usage de drogues perturbe plus profondément son système oxytocine et altère donc plus profondément par voie de conséquence la boucle récompense-plaisir (dopamine reward system dans la figure) et c’est cette observation, parmi bien d’autres, qui a conduit les biologistes australiens à formuler cette synthèse des effets de l’oxytocine qui n’apporte fondamentalement rien de nouveau mais facilite tout de même la compréhension de la chimie de notre organisme dont tout le reste dépend. Dans la figure, HPA est l’axe hypothalamus-hypophyse-surrénales et cet ensemble interagit également avec le système sérotonine et le système dopamine mais il s’agissait dans cet article de faire surtout ressortir les effets de l’oxytocine.

En conclusion de cette étude il ressort qu’il faut prendre un soin particulier de l’enfant quelques semaines avant la naissance, la mère devant s’abstenir de toute drogues psychotropes ou d’alcool voire de cigarettes, mais ces soins apportés à l’enfant ne doivent pas non plus l’exposer à trop de stress de toutes sortes jusqu’à la mise en place définitive du système de l’oxytocine vers l’âge de cinq ans environ.

Sources : Sciencedirect.com et University of Adelaide

http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0091305713002219?via=ihub