Le « recul » de la ménopause est possible … à moins que.

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Alors que la France débat de la « PMA » – surtout pour occuper l’opinion – des spécialistes anglais de la fécondation in vitro ont trouvé un autre gagne-pain. S’appuyant sur un geste chirurgical utilisé quelques fois auparavant et consistant à prélever un petit morceau d’ovaire chez une jeune femme souffrant d’un cancer et devant se plier à une chimiothérapie lourde risquant d’endommager ses propres ovaires, le corps médical de l’Université de Birmingham en Angleterre a congelé ce morceau d’ovaires coupé en lamelles. À l’issue de la guérison de cette patiente, ce morceau d’ovaire a été réimplanté près des trompes de Fallope et celle-ci a pu avoir un enfant. Le Docteur Yousri Afifi de l’Université de Birmingham a imaginé que ce type de manipulation pourrait être envisagé pour repousser l’âge de la ménopause.

Ce prélèvement d’ovaire sera alors réimplanté au niveau de l’aisselle, une zone du corps bien vascularisée. Neuf jeunes femmes se sont déjà déclarées candidates. Il leur en coûtera environ 10000 livres sterling y compris la conservation de la biopsie ovarienne dans de l’azote liquide pendant le temps qu’il faudra, 15 à 20 ans, c’est-à-dire quand les premiers signes de ménopause apparaîtront. La ménopause est en effet, non pas une maladie, mais une condition entrainant un grand nombre de désagréments parmi lesquels mauvaise humeur, anxiété, troubles du sommeil, sueurs nocturnes et baisse de la libido.

La société ProFam (www.profam.co.uk) propose ce type de service qui pourrait révolutionner la condition féminine lors de la ménopause. Il ne s’agit pas à proprement parler de procréation médicalement assistée mais d’une intervention chirurgicale au niveau des ovaires, cryoconservation d’une petite partie de ces derniers pour une utilisation ultérieure après réimplantation. On peut néanmoins imaginer que certaines femmes choisiront une réimplantation au niveau des trompes de Fallope dans le but d’enfanter à un âge avancé, les règles éthiques de cette société semblent muettes à ce sujet. Éthiquement, donc, il s’agit en réalité d’un traitement hormonal supplétif par le tissu ovarien de la même personne qui paraît séduisant malgré le fait que nul ne sait encore si cette approche est suivie d’effet et ne présente pas d’effets secondaires également inconnus au stade des travaux expérimentaux actuels.

Source : BioEdge, illustration ProFam

L’âge de la ménopause, résultat de l’évolution ?

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En 1978, en Californie, j’eus le privilège d’assister avec une immense satisfaction à la « Nobel Lecture » du Docteur Rosalyn Yalow couronnée quelques mois auparavant par le comité Nobel pour ses travaux sur les hormones peptidiques. La grande avancée que permit les travaux de Yalow fut la possibilité de mesurer dans le sang ou des extraits de tissus des quantités infimes de constituants à l’aide d’anticorps marqués avec de l’iode radioactif. Il fallait naturellement disposer d’anticorps qu’on obtenait en général en immunisant des souris ou d’autres animaux. La technique de Yalow que je maîtrisais alors non sans danger malgré toutes les précautions qui devaient être respectées était et est toujours la plus sensible encore à ce jour pour détecter d’infimes quantités de produits biologiques. L’iode-125 utilisé pour le marquage des anticorps est en effet puissamment radioactif et multiplie par un facteur qu’on pourrait dire astronomique la sensibilité du dosage.

Rosalyn Yalow refusa de breveter la technique considérablement efficace du radio-immuno-essai (RIA), c’est le nom de cette technique, considérant qu’elle devait être dans le domaine public tout de suite afin d’aider la recherche médicale. Le premier enfant-chéri de Yalow fut donc l’insuline, la première hormone peptidique découverte, et les travaux réalisés constituèrent une avancée immense sur le plan strictement médical. Puis vinrent les hormones de l’hypophyse dont en particulier l’ACTH (adreno-corticotropic hormone) qui régule la production de cortisol par les glandes surrénales.

Yalow s’intéressa alors aux hormones modulant le cycle menstruel chez la femme et sa « lecture » Nobel retraça les résultats qu’elle obtint dans ce domaine particulier de l’endocrinologie.

Pour faire bref, le cycle menstruel est sous l’influence de la FSH (follicle stimulating hormone) et de la LH (luteinizing hormone), deux hormones peptidiques sécrétées par l’hypophyse. Rosalyn Yalow exposa en détail les raisons pour lesquelles le cycle menstruel dure chez la femme en moyenne 28 jours. Il s’agit de la résultante d’une combinaison des durées de vie de ces deux hormones dans le sang et de la durée de vie des facteurs provenant de l’hypothalamus qui commandent la production de ces dernières par l’hypophyse, une pure affaire d’arithmétique ! Rosalyn Yalow ne mentionna pas la ménopause dans sa conférence. Ce n’est que plus tard qu’on comprit quel est le mécanisme d’apparition de la ménopause qui est paradoxalement commandé également par ces mêmes hormones peptidiques de l’hypophyse. La rétro-inhibition par les ovaires de la production de FSH au cours du cycle devient perturbée et ce fait induit alors la ménopause.

Toute cette longue introduction pour en arriver à la signification de la ménopause car il était généralement admis que seules les femmes deviennent stériles avec l’âge alors qu’elle n’ont encore vécu que les deux tiers de leur vie. La ménopause existe pourtant aussi chez d’autres mammifères comme les baleines, les chiens, les éléphants, les lapins et les autres primates et elle survient beaucoup plus tardivement que chez les humains, mais pourquoi ?

C’est une question à laquelle Rosalyn Yalow n’aurait pas pu répondre. On commence seulement à entrevoir les raisons de cette différence entre les humains et les autres mammifères. Aujourd’hui la ménopause intervient à peu près au moment où une femme a quelque chance de devenir grand-mère, disons autour de 45 ans. S’affranchir du fardeau physiologique que représente la fertilité permettrait selon des hypothèses récentes à la « jeune grand-mère » de s’occuper de la progéniture de ses propres enfants. Certes, si on compare l’espérance de vie actuelle avec celle de nos lointains ancêtres chasseurs-cueilleurs, il est difficile de trouver une influence de l’évolution sur l’âge d’apparition de la ménopause. Pourtant c’est en comparant divers mammifères qu’une récente étude a montré l’influence de la structure des sociétés animales – y compris l’homme – sur l’age d’apparition de la ménopause et ses bénéfices sur la survie des groupes humains, je veux parler de nos ancêtres chasseurs-cueilleurs.

Pour comprendre l’effet de l’évolution sur l’age d’apparition de la ménopause chez les femmes et certains animaux il faut introduire la notion de philopatrie comme l’ont fait les auteurs de cette étude parue dans les Biology Letters de la Royal Society (voir le lien).

La philopatrie est un phénomène bien observé chez certains animaux comme par exemple les éléphants qui reviennent sur leur lieu de naissance pour à nouveau donner naissance à leur descendance. Ce comportement qui est le plus souvent le fait des mâles requiert l’aide des « grand-mères » pour favoriser la survie des jeunes mais également des femelles porteuses d’un futur descendant. Il semblerait qu’un tel comportement justifie l’apparition de la ménopause à un âge plutôt précoce pour augmenter la durée de la vie post-reproductive des femelles afin de participer à la survie du groupe. Reste maintenant à déterminer quelle différence a été induite par l’évolution. Probablement encore une affaire d’arithmétique hormonale comme s’était complue Rosalyn Yalow au cours de sa « Nobel lecture » …

Source : DOI: 10.1098/rsbl.2015.0992 , illustration « grand-mère » (?) éléphante et son petit-fils âgé d’un jour. Levonorgestrel (Wikipedia).

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Note. Dans le contexte de ce billet, il existe aujourd’hui une tendance assez controversée chez les femmes non ménopausées ayant une vie professionnelle active. Ces femmes désirent ne plus avoir de règles pour des raisons de confort mais aussi pour certaines d’entre elles afin de s’affranchir de saignements abondants ou de douleurs abdominales parfois handicapantes. Il suffit pour elles de se soumettre à l’implantation d’un stérilet imprégné de levonorgestrel, un dérivé de la nandrolone qui ne présente pas les propriétés anabolisantes de ce dernier produit. En cas de désir de grossesse, cette disposition de confort est réversible. On ne peut donc que constater ici que la biologie moderne a, si l’on peut dire, accéléré l’évolution …

Enceinte 7 ans après une ablation des ovaires !

Oocyte

Une jeune Australienne de dix-sept ans a dû subir une ablation des ovaires en raison d’un cancer. Afin de pallier à une ménopause précoce, dans ce type de situation la patiente doit régulièrement prendre de l’estradiol ou une forme dérivée de cette hormone non pas pour maintenir une activité normale de l’utérus, cela ne suffirait pas, mais surtout pour prévenir les risques d’ostéoporose, l’un des effets secondaires de la ménopause dite dans ce cas chirurgicale. Cette jeune femme originaire de Brisbane a demandé à son chirurgien de garder une partie saine d’un de ses ovaires dans de l’azote liquide au cas où les progrès de la science médicale lui permettraient d’éventuellement avoir un enfant plus tard. Ce qui a été fait. Sept ans plus tard, mariée et désirant avoir un enfant, vivant maintenant à Melbourne, cette jeune femme a demandé à un spécialiste des fécondations in vitro du Royal Women’s Hospital s’il était possible de tenter quelque chose avec ce bout d’ovaire gardé soigneusement à – 196 degrés depuis 7 ans. Le médecin, d’abord dubitatif, demanda l’avis de l’oncologue qui avait pris en charge en son temps cette personne et se résigna à réimplanter ce morceau de tissu entre le péritoine et les muscles de la paroi abdominale de telle manière qu’il puisse être facilement accessible par simple incision en cas de complication inattendue mais aussi pour prélever des ovocytes dans l’éventualité où cet échantillon redeviendrait fonctionnel. Il a alors suffi d’un traitement hormonal approprié pour pouvoir récolter, si l’on peut parler ainsi, deux ovocytes qui ont été fécondés avec le sperme de l’époux et implantés dans l’utérus de la jeune femme qui attend maintenant deux jumelles. La stimulation hormonale du morceau d’ovaire avait permis également dans le même temps de « préparer » l’utérus à la nidation. Bel exemple des progrès de la médecine …

Source : Guardian