Les attitudes sexistes envers la sexualité trompent les femmes en matière d’orgasme – et pire encore

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Traduction d’un article de la journaliste Rebecca Hitchen paru sur le Guardian.

Le mythe selon lequel les femmes « doivent se contenter d’avoir des relations sexuelles et sans plus » nie leur droit au plaisir et rend encore plus difficile la condamnation des violeurs. On aimerait penser aujourd’hui que les femmes et les hommes sont égaux sur le plan sexuel, pourtant il n’en est rien selon un sondage de la coalition End Violence Against Women mené auprès de 4000 adultes. Cette enquête révèle que les deux cinquièmes des personnes interrogées pensent que les hommes veulent avoir plus de relations sexuelles que les femmes. Pire encore près de la moitié des personnes ayant répondu à l’enquête considèrent que, au sein d’un couple hétérosexuel, ce sont les hommes qui prennent l’initiative d’avoir un rapport sexuel et décident d’y mettre fin quand ils ont atteint un orgasme. En revanche les femmes sont considérées comme plus enclines à refuser une relation sexuelle mais néanmoins à se soumettre pour rendre leur partenaire satisfait. Ces observations démontrent que le sexe est plus l’apanage de l’homme que de la femme, car l’orgasme féminin est toujours considéré par l’homme comme évasif voire inexistant. Pourtant, le fait est que cet « écart d’orgasme » existe, pour la femme, uniquement chez les couples hétérosexuels en raison du manque de compréhension et d’effort de réciprocité car les lesbiennes ne connaissent pas ce problème.

Il est triste de constater que les attentes des femmes en matière de plaisir ou d’orgasme lors des rapports sexuels sont moindres que celles des hommes et il est triste aussi de constater que ce fait est accepté et considéré comme prévu et donc « normal ». Et cette attitude s’auto-perpétue car si les femmes croient que vivre une relation sexuelle est communément admis ces dernières seront peut-être moins disposées à exprimer leurs besoins et leurs désirs en particulier lors de leurs premières expériences mais aussi lorsqu’elles avancent en âge. Elles peuvent aussi ressentir une certaine pression de la part de leur partenaire qui ne veut pas entendre parler d’inconfort ou de douleurs lors de l’acte sexuel.

Enfin, lorsque le sexe n’est devenu qu’un des éléments d’une relation de long terme, à côté d’une inégalité persistance dans le milieu professionnel, des tâches ménagères, des attentes bienveillantes et de celles sexo-spécifiques des autres personnes, une discussion franche abordant un autre plaidoyer en faveur de l’équité peut constituer une bataille de trop. Les inégalités sexuelles entre femme et homme ont revêtent une importance capitale en soi car les femmes sont en droit d’espérer profiter de relations sexuelles équilibrées fondées sur le plaisir partagé. Cela ne devrait plus être considéré comme contestable mais apparemment c’est encore ainsi.

Mais il y a plus encore en jeu. Les préjugés sexistes au sujet du sexe qui ont été identifiés lors de cette enquête peuvent également constituer une sorte d’alibi pour que certains hommes développent un sens plus solide de leur droit à la sexualité conduisant alors à minimiser voire excuser ceux qui harcèlent ou obligent les femmes à avoir des rapports sexuels. Si on combine ces a priori que les hommes veulent davantage de sexe et que les femmes sont juste moins motivées et plus enclines à refuser, alors l’homme se retrouve dans une situation vraiment toxique, si on peut qualifier cette situation ainsi, en considérant que les femmes sont les gardiennes de leur sexe et dont le rôle est de gérer leurs interactions sexuelles et l’accès à leur corps. Par voie de conséquence si les femmes sont dans la réalité celles qui contrôlent l’accès des hommes aux relations sexuelles alors elles prennent la responsabilité de la qualité de ces relations.

Ce raisonnement conduit donc à attribuer aux femmes la responsabilité des risques de violence et de viols qu’elles peuvent encourir. C’est d’ailleurs toujours la femme qui subit la première une enquête détaillée si un viol a eu lieu et si elle le prétend alors que le comportement de l’homme n’est examiné qu’accessoirement. La justice considère que l’homme, dans ce cas, aura été motivé d’une manière ou d’une autre et aura été alors poussé à avoir une relation sexuelle non consentie. Les statistiques indiquent d’ailleurs que moins de 1 % des hommes refusent d’avoir une relation sexuelle lorsqu’ils sont sollicités et pourtant 2 % seulement des hommes considèrent que être un homme est synonyme de relation sexuelle. D’où la mise en place de cette réthorique au sujet des violences sexuelles : une mascarade malheureuse destinée à dissimuler ce gros malentendu entre femmes et hommes, l’homme ayant perdu le contrôle de la situation. Ce sont des mythes puissants aux conséquences néfastes, alors que si nous considérions le sexe différemment, sur la base de l’égalité, ce type de situation serait beaucoup moins probable.

Ce sexisme focalisé sur l’acte sexuel prend son importance lorsque nous tentons d’expliquer ce qui ne va pas dans une société qui ne parvient pas à dissuader, réduire et prévenir le viol. Ceci explique pourquoi les poursuites pour viol dûment signalé échouent régulièrement car la police comme les procureurs ont implicitement décidé qu’ils ne pourraient pas défendre leur dossier s’ils pensaient qu’un jury considérerait d’abord que la femme a échoué dans le contrôle qu’elle est censée assumer avant même de considérer que l’homme savait qu’il avait franchi la ligne rouge. Pour toutes ces raisons il est nécessaire d’appeler les couples à davantage d’échanges et de conversations sur les pratiques sexuelles réelles. Il est essentiel que les hommes reconnaissent leur responsabilité et acceptent de rendre des comptes à la fois au sujet du sexisme qui les habite mais aussi pour le devoir de participer à de bonnes relations sexuelles. Il faut mettre fin à cette notion surannée selon laquelle le sexe est une pratique « faite » aux femmes qu’elles doivent subir et parvenir à une situation où l’entente enthousiaste, le consentement mutuel, l’égalité avec et dans le plaisir que procurent les relations sexuelles sont la norme. Le sexe sera tellement plus beau quand il sera totalement égalitaire comme il l’était à l’adolescence …

Les femmes simulent souvent (trop souvent) leur plaisir sexuel …

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Une récente étude réalisée auprès de 1683 jeunes couples hétérosexuels a montré clairement deux choses qui ne demandaient d’ailleurs même pas confirmation. D’une part 87 % des hommes atteignent rapidement un orgasme lorsqu’ils font l’amour avec leur partenaire et parmi ces derniers 43 % d’entre eux sont convaincus à tort que leur partenaire a aussi fait l’expérience d’un orgasme éventuellement simultané, on peut toujours rêver … D’autre part seulement 49 % des femmes ont déclaré atteindre un orgasme régulièrement et ont déploré que leur partenaire disposait d’une méconnaissance totale de leur anatomie et ne se concentrait que sur la pénétration qui pour lui n’était que la seule façon pour elles d’atteindre le plaisir (source : Journal of Sexual Medicine, doi : 10.1016/j.sxm.2018.05.018). L’étude a suggéré que les couples devaient mieux communiquer pour améliorer la qualité de leur relation sexuelle. On ne pouvait pas conclure autrement.

Une autre étude à ce sujet a été réalisée en 2014 auprès de 481 étudiantes d’une grande université de Pennsylvanie recrutées par des professeurs de la faculté de psychologie sur le campus. Ces étudiantes, hétérosexuelles, devaient satisfaire deux critères : avoir des relations sexuelles régulières mais aussi avoir été confrontées à plusieurs occasions à simuler un orgasme avec leur partenaire. Le but de cette étude était de classer les motivations des femmes les conduisant à ce type de comportement. Elles devaient classer la qualité de leurs relations sexuelles en termes de satisfaction sur une échelle de 1 à 5, c’est-à-dire de « jamais » à « toujours », qu’il s’agisse d’une relation dite normale ou de sexe dit « oral ». Diverses techniques d’analyse statistique sans paramètres de classement préalables ont permis d’éliciter quelques critères par ordre d’importance, qu’il s’agisse de sexe avec pénétration ou de sexe oral, expliquant les raisons pour lesquelles les femmes simulaient dans plus de 50 % des cas un orgasme satisfaisant.

Dans le cas d’une relation avec pénétration il s’agissait pour ce type de comportement de simulation et par ordre décroissant d’importance de tricherie altruiste, de peur de l’insécurité, de stimuler le désir de son partenaire et enfin de ne pas risquer une prochaine relation décevante. Dans le cas de la relation sexuelle orale, à peu près les mêmes critères étaient retrouvés avec en supplément la peur de révéler l’incapacité de leur partenaire à favoriser leur orgasme. Ces simulations avaient donc pour unique but d’éviter d’ouvrir un débat sur la méconnaissance de leurs partenaire masculin au sujet de leur anatomie, situation qui aurait pu mettre à mal leur relation amoureuse.

Il ressort de ces études que la majorité des hommes, du moins aux USA, ont une totale méconnaissance de l’anatomie féminine. Nombre d’entre eux ignorent l’existence du clitoris ou s’ils en ont entendu parler quelle est sa localisation précise. Selon le Docteur Kate Moyle, analyste de la psychosexualité, il est préférable que les couples parlent de leur pratique sexuelle non pas quand ils sont pris par cette problématique mais à tête reposée car la simulation systématique de la satisfaction sexuelle finit tôt ou tard par une destruction du couple, toute communication devenant progressivement impossible (source : Archives of Sexual Behavior, doi : 10.1007/s10508-013-0212-z). Inspiré d’un article paru sur The Guardian. Je signale à mes lectrices qu’il existe un compte Instagram intitulé « T’a joui ? » mis en place par la journaliste parisienne Dora Moutot faisant l’éloge du plaisir sexuel féminin.

Un rôle physiologique de l’orgasme féminin ?

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Compte tenu des différences anatomiques et physiologiques évidentes entre la femme et l’homme, ce dernier – beaucoup plus que la femme d’ailleurs – a toujours tenté d’expliquer la nature de l’orgasme féminin afin de se considérer comme l’acteur principal de ce processus physiologique. Le plaisir sexuel féminin, pour certaines religions, n’a même pas lieu d’être, c’est dire à quel point il a été vilipendé au cours des siècles. Les « bons chrétiens » ne disait-ils pas il y a encore peu d’années que « une femme honnête ne doit pas avoir de plaisir« , l’orgasme masculin concrétisé par une éjaculation étant la seule forme de plaisir sexuel reconnue (par l’homme). Pour l’homme, donc, la nature même de l’orgasme féminin fut et est encore un sujet de débats dans la communauté scientifique (et au comptoir du café du commerce au coin de la rue). Il y a encore peu d’années, dans les années 1970, certains médecins avaient émis l’hypothèse que les règles contenaient une substance toxique qu’ils avaient appelé ménotoxine et puisqu’elle provoquait le flétrissement des fleurs (vraiment n’importe quoi …) l’homme courait un réel danger en voulant avoir un rapport sexuel avec une femme qui avait ses règles. Je n’invente rien c’est écrit en toutes lettres dans un article du Guardian !

Lien : http://www.mum.org/menotox.htm

La question centrale que les physiologistes (surtout masculins) se sont posé est l’utilité de l’orgasme féminin. S’il ne fait aucun doute qu’en ce qui concerne l’homme il est lié à la contraction des minuscules muscles des vésicules séminales pour expulser le sperme, dans la même problématique l’homme a tenté de lier l’orgasme féminin à ce qu’il a appelé pompeusement et par une sorte de mimétisme une éjaculation vaginale. En toute logique ce serait pour faciliter la pénétration du pénis or les physiologistes se sont rendu compte finalement que persévérer dans cette direction de recherche était erroné à moins qu’une relation sexuelle (hétérosexuelle) suive un protocole bien défini comme cela fut magnifiquement illustré dans le fameux film de Robert Mulligan « Un été 42 » : les préliminaires … Donc les physiologistes ont réalisé une étude minutieuse avec le lapin, un animal de laboratoire dont la femelle présente la particularité d’être sexuellement réceptive quel que soit son stade hormonal reproductif. Pour expliquer en effet un trait particulier apparaissant au cours de l’évolution il est judicieux d’étudier d’autres animaux placentaires afin de faire la part entre le rôle de l’orgasme de la femelle dans le processus de reproduction en liaison avec celui du mâle qui est crucial pour la transmission du sperme et donc de déterminer la signification de ce trait plutôt que son origine au cours de l’évolution. Cependant le choix du lapin pour de telles études apparut inapproprié car ces mêmes physiologistes ont constaté un peu trop tard que la lapine possédait effectivement un clitoris mais que celui-ci se trouvait à quelques millimètres à l’intérieur du vagin.

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Deux constatations ont finalement abouti à une explication physiologique de l’orgasme féminin. D’une part le clitoris est plus éloigné de l’orifice vaginal chez la femme que chez tous les autres primates et la confirmation relativement récente de la présence des corps caverneux du clitoris entourant l’entrée du vagin a permis d’envisager une éventuelle relation entre la pénétration du pénis et l’orgasme féminin. D’autre part, et ce trait est commun chez tous les animaux placentaires, l’orgasme féminin provoque une véritable inondation de l’organisme par de l’ocytocine, une hormone neuro-hypophysaire essentielle pour l’ensemble du cycle de reproduction.

Chez les lapins par exemple mais plus encore chez les félins l’orgasme de la femelle au cours d’une copulation stimule l’ovulation alors qu’elle est spontanée chez une grande majorité d’autres mammifères placentaires car l’ovulation est corrélée au cycle hormonal lié à l’ovulation. S’il est très difficile sinon impossible d’identifier un orgasme chez les femelles d’animaux la fonction de l’orgasme chez la femme a évolué vers le seul plaisir sans qu’il ait une signification physiologique majeure. Comme le dit le Docteur Elisabeth Lloyd, biologiste à l’Université de l’Indiana, je cite : « l’orgasme féminin est un fantastique bonus, même s’il a perdu toute sa signification au cours de l’évolution« .

Reste la question des orgasmes multiples dont seulement entre 14 et 16 % des femmes déclarent être les bénéficiaires. Des études récentes ont montré que ces femmes, pour ainsi dire privilégiées, ont une activité cérébrale au niveau des ondes alpha différente de celle des femmes ne faisant l’expérience que d’un seul orgasme et parfois difficilement. Chez ces femmes ces ondes alpha sont significativement plus lentes. Aucune explication satisfaisante n’a pu encore être apportée à cette observation. De là à prétendre que l’orgasme féminin est plus cérébral que physique il n’y a qu’un pas que pour ma part je refuse de franchir mais qui l’a été par de nombreux hommes et en particulier les médecins généralistes qui se sont spécialisé dans la gynécolobie et l’obstétrique.

Les physiologistes sérieux considèrent définitivement que l’orgasme réside dans une sensibilité du clitoris exacerbée par un afflux de sang lors de la stimulation sexuelle et que l’existence du point G (point de Gräfenberg) justifiant une origine vaginale de l’orgasme est un pur fantasme masculin monté de toute pièce par les hommes pour justifier le fait que la pénétration du pénis est indispensable pour que la femme atteigne un orgasme, encore une attitude totalement erronée de l’homme face au mystère de l’orgasme féminin. Et pour cause la pénétration met en contact l’os pubien de l’homme avec son homologue féminin. Or ce contact entraine naturellement une stimulation du clitoris pouvant parfois conduire à un orgasme chez la femme … Messieurs cessez de vous sentir maîtres dans ce domaine du mystère de l’orgasme féminin, vous n’êtes qu’un acteur subalterne le plus souvent inexpérimenté que ne recherche que son propre plaisir.

Inspiré d’un article paru dans le Guardian (première illustration) et aussi

https://doi.org/10.1002/jes.b.22690 , doi : 10.1007/s00192-012-1831-y , autre illustration : Meg Ryan dans le film « Quand Harry rencontre Sally » (capture d’écran).

Note à l’intention de mes fidèles lecteurs. Comme ce billet suscitera de nombreuses remarques et qu’en cette période estivale bon nombre d’entre vous ont d’autres préoccupations, durant les 4 semaines à venir je ne mettrai en ligne un billet que tous les deux ou trois jours. Bonnes vacances à tous et merci pour votre assiduité.

Orgasme féminin : après le clitoris le périnée …

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Dans la rubrique du nirvana sexuel de la femme il y a aussi des éléments anatomiques relativement méconnus qui pourtant contribuent (ou pourraient contribuer) largement à l’atteinte du plaisir sexuel. Il s’agit de l’ensemble de muscles assez complexe qui constitue ce que le spécialiste appelle le plancher pelvien. Entre l’os du pubis et le coccyx il n’y a rien pour soutenir tous les organes de la partie inférieure du ventre et cette zone anatomique n’est pas uniforme puisqu’elle comporte aussi la verge chez l’homme et le vagin chez la femme mais aussi l’anus chez l’une comme chez l’autre. Pour tenir compte de ces éléments la musculature de soutien est donc assez compliquée et pour plus de détails voici un lien utile : https://en.wikipedia.org/wiki/Perineum .

Il s’agit donc du périnée qui joue un rôle souvent ignoré, surtout par les femmes, dans l’atteinte du plaisir sexuel. En effet, si des muscles du périnée entourant la base du pénis chez l’homme permettent à ce dernier de contrôler (plus ou moins) son érection, ces mêmes muscles entourent également l’entrée du vagin chez la femme et se trouvent donc directement à proximité de la partie interne du clitoris. Ils ferment le vagin en jouant le rôle de sphincter et s’ils sont commandés volontairement peuvent contribuer largement à la stimulation de cette partie interne du clitoris et donc à l’atteinte d’un orgasme.

Cette redécouverte du rôle du périnée dans l’orgasme féminin est mise en avant par certains organismes comme par exemple kegelness.com et fait l’objet de rééducation ou d’éducation tout court chez les femmes éprouvant des difficultés au niveau sexuel par certains physiothérapeutes conscients de l’importance de ces muscles délaissés par les sexologues (lien). Bien que les médecins connaissent parfaitement l’existence du périnée et son rôle central en particulier dans l’incontinence et les troubles de l’érection chez l’homme, peu de femmes osent en parler à leur praticien, d’où l’opportunité de ce genre de site (suisse) ne serait-ce que pour que les femmes s’informent, prennent conscience de leur anatomie et décident d’une approche personnalisée pour améliorer leur plaisir sexuel.

L’un des exercices simples préconisé par les spécialistes pour les femmes afin de renforcer la musculature du périnée consiste à se mettre debout, en chaussettes, sur un parquet glissant, d’écarter les jambes et d’introduire une grosse règle en plastique dans le vagin. L’exercice musculaire consistera à éviter que la règle ne tombe sous son propre poids et d’éviter également que les jambes aient tendance à s’écarter …

Inspiré d’un article paru dans le très respecté quotidien genevois Le Temps et aussi https://kegelness.com/le-secret-du-plaisir-le-perinee/ , ilustration : Le Temps, https://jacqueshenry.wordpress.com/2016/09/07/complement-au-billet-de-ce-jour/

Les degrés d’intensité de l’orgasme féminin

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J’avais depuis plusieurs mois, sinon plusieurs années, l’intention d’écrire un billet dédié à l’orgasme féminin, non pas que je sois un spécialiste de la question ni un obsédé sexuel – loin de moi cette idée ! – mais tout simplement parce que le démon de la curiosité scientifique ne m’a jamais quitté bien que j’aie démissionné de mes activités de chercheur en biologie il y a maintenant près de vingt années. Par exemple quand je me promène dans la rue je ne peux pas m’empêcher d’observer le comportement des passants et il y en a tellement qui manifestent sans s’en douter un instant des attitudes délicieuses pour un psychiatre alors je m’émerveille que la société puisse laisser en liberté tant de personnes dérangées d’une manière ou d’une autre, la plupart fort heureusement inoffensives. Cette espèce de passion pour l’observation fait donc toujours partie de ma vie de tous les jours. Un autre exemple de cette passion : je scrute chaque matin très tôt la position de Jupiter qui se trouve en ce moment juste au dessus de l’étoile Spica (l’Épi) dans la constellation de la Vierge et il y a quelques jours la Lune se trouvait aussi dans le ciel toute proche de Jupiter … Je me suis surpris alors à imaginer comment Galilée a pu interpréter le mouvement vers l’ouest de Jupiter par rapport à l’étoile Spica car savait-il précisément que la Terre tourne autour du Soleil 20 fois plus rapidement que Jupiter et que ce mouvement a pour résultat un changement apparent de la position de Jupiter par rapport aux étoiles ? Ceci étant il pointa la lunette de son invention vers Jupiter et découvrit 4 « lunes » gravitant autour de cette planète, observation qui lui permit d’affirmer l’héliocentrisme contrairement au dogme de la papauté d’alors du géocentrisme de l’Univers. Pourquoi la Lune ne tournait-elle pas aussi autour de la Terre ?

Venons-en donc à l’orgasme féminin à propos duquel les hommes – surtout les hommes – ont raconté n’importe quoi, prenant leurs désirs pour des réalités. L’orgasme masculin ne peut en aucun cas être transposé à celui de la femme. Il s’agit de deux réactions totalement différentes. Les grands sexologues ont imaginé que la femme éjaculait lorsqu’elle jouissait … foutaise totale. Ils ont imaginé également que la femme ne jouissait qu’avec son clitoris, une hypothèse totalement stupide qui a conduit pourtant à la pratique exécrable de l’excision, hypothèse que je me permets de réfuter totalement comme vous le constaterez en lisant ce billet jusqu’à son terme.

La femme dispose naturellement d’une capacité de jouissance physique d’une inimaginable diversité (et complexité) qui surpasse de très loin celle de l’homme qu’il est incapable de comprendre pleinement car il n’est réduit qu’à la fonction, fondamentale mais néanmoins triviale, de reproduction de l’espèce et de transmission de ses gènes, fonction qui se matérialise par une éjaculation lui procurant un plaisir, certes violent, mais ne durant que quelques fugaces secondes. La femme peut atteindre le plaisir avec son vagin, son clitoris, le bout de ses seins ou encore des caresses savamment distillées sur la plante de ses pieds. C’est vrai ! J’en ai fait l’expérience à de nombreuses reprises … Et ces orgasmes peuvent durer, qui plus est, plusieurs minutes !

Ma déformation professionnelle m’a donc conduit à observer scrupuleusement depuis quelques mois le comportement de ma fiancée (ma « novia ») quand nous faisons l’amour pour mener à bien ce projet. Entre parenthèses il m’a parfois fallu utiliser des mini-doses de sildenafil pour conduire à leur terme mes observations.

Cela m’a rappelé l’époque où je travaillais au Salk Institute. Il y avait des rats très bien domestiqués auxquels on avait implanté à demeure dans le cerveau des micro-seringues ainsi que des électrodes à peine visibles à l’oeil nu. Le tout était collé avec de l’araldite au sommet de leur crâne et les rats évoluaient librement dans leur petite cage quand naturellement ils n’étaient pas « connectés » pour une investigation. L’expérimentateur les branchait à des fils et des tubes très fins et pouvait influer directement sur le comportement de ces animaux en injectant des petits peptides qui étaient spécialement étudiés dans le laboratoire. Les rats éprouvaient du plaisir ou au contraire des douleurs intenses selon les produits qui étaient directement transférés dans leur cerveau à l’aide d’un léger courant électrique.

L’orgasme produit les mêmes effets sur le cerveau, une décharge soudaine d’ocytocine et de prolactine mais aussi et surtout d’endorphines (morphines endogènes naturellement produites par le cerveau), des petits peptides qui procurent une sensation soudaine d’euphorie et de relaxation. On pourrait alors très prosaïquement affirmer qu’un orgasme ce n’est finalement que de la chimie et que son intensité ne dépendrait que de l’aptitude du cerveau, en particulier de l’hypothalamus, à favoriser ces productions d’hormones peptidiques. Comme je ne dispose évidemment pas d’appareillages complexes de mesure dans mon modeste logement, je me suis prêté à des observations très simples pour tenter de quantifier l’intensité des orgasmes de ma dulcinée, le nom qu’utilisa si je ne m’abuse Cervantes pour la fiancée de rêve de Don Quixote. Je me suis particulièrement intéressé à deux paramètres, le temps qu’il faut à ma dulcinée pour s’endormir après un orgasme et la durée de la sieste qu’elle s’octroie – mais qui semble irrésistible – après cet évènement physiologique.

Avant de mettre ce billet noir sur blanc à l’écran de mon ordinateur j’ai fait une petite recherche bibliographique et je n’ai pas trouvé d’informations cohérentes sur les deux paramètres que je viens de mentionner. Apparemment aucun sexologue digne de ce nom ne s’est penché sur ces faits précis. Ou bien ma copine a un comportement particulier et qui lui est propre ou alors je suis en plein délire, mais je pense néanmoins avoir cerné ce problème de l’intensité de l’orgasme ressenti par une approche relativement simple. Pour être bref, je dirai qu’un petit orgasme rapidement atteint et superficiel provoque un assoupissement d’une demi-heure environ, alors qu’un orgasme ressenti intensément – selon les dires de ma partenaire – peut provoquer un sommeil profond, une sorte de narcose, de près de 90 minutes. Quant au laps de temps entre la fin de l’orgasme et l’installation de cet état d’inconscience, enviable pour des personnes qui souffrent d’insomnie ou ont des difficultés à trouver le sommeil, il est inversement proportionnel à l’intensité de l’orgasme. Plus l’orgasme est intense plus l’état d’inconscience profonde – une sorte de sédation – est rapidement atteint, parfois en moins de deux minutes.

J’ai corroboré mes observations par un bref interrogatoire de ma dulcinée. Elle classe ses orgasmes en trois catégories, petit (pequeño), moyen (bueno) et intense (muy grande) et ce classement confirme pleinement mes observations. Enfin lorsqu’elle ressent deux orgasmes successifs, ce qui lui arrive parfois quand je suis en pleine forme, elle plonge subitement dans un sommeil profond, une sorte d’état comateux durant lequel je peux lui caresser tout le corps sans qu’elle ne bouge le petit doigt.

C’est précisément ce qu’ont observé les physiologistes avec ces rats à qui on injectait des analogues des endorphines directement dans le cerveau, un état léthargique durable ressemblant à celui des opiomanes qui viennent de fumer leur boulette dans une fumerie des îles des Mers du Sud comme il en existait toujours il y a une vingtaine d’années. Certains rats presque en fin de vie furent sacrifiés après que l’expérimentateur leur eut broyé la queue d’un coup de marteau sans qu’ils aient réagi à la douleur alors que leur cerveau était sous l’effet de ces petits peptides particuliers. En conclusion je suis convaincu que le comportement de ma partenaire n’a rien d’exceptionnel et que beaucoup de mes lectrices se reconnaitront secrètement avec un léger sourire aux lèvres en lisant ce billet …

Illustration : « La Folie » de Wladyslaw Podkowinski (1894) censée illustrer un orgasme féminin.

Tout ce que vous vouliez savoir sur l’orgasme féminin sans jamais avoir osé le demander

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C’est maintenant chose faite, il existe un site web des plus sérieux appelé OMGYes comportant douze rubriques permettant à toutes les femmes de mieux se connaître pour atteindre à coup (presque) sûr un orgasme avec leur partenaire. Le but de ce site est de réduire le fossé entre femmes et hommes sur ce point précis. Des études tout aussi sérieuses ont montré en effet que seulement 63 % des femmes atteignaient au moins un orgasme lors d’un rapport sexuel, un pourcentage étonnamment proche de la différence salariale entre femmes et hommes ! Et pour les hommes 85 % d’entre eux atteignent un orgasme quelle que soit leur orientation sexuelle, hétéro ou gay. La même étude a montré qu’également 85 % des hommes hétérosexuels déclaraient être capables de procurer un orgasme à leur partenaire. La différence entre 63 % et 85 % s’explique par la bonne opinion qu’ont en général les hommes à ce sujet, c’est-à-dire de leur virilité qu’il est hors de question de remettre en cause. Mais ce n’est pas l’objet de ce billet …

Un article paru dans le très sérieux Journal of Sexual Medicine en 2014 indique également que 75 % des lesbiennes estiment être pleinement satisfaites lors d’une relation sexuelle alors que ce pourcentage tombait à 58 % pour les femmes bisexuelles, on ne sait pas trop pourquoi ( DOI : 10.1111/jsm.12669 ). Pour réduire cette différence, dans une démarche pleinement justifiée dans le cadre de la théorie de l’égalité des genres (je n’en dirai pas plus), le site interactif OMGYes a été créé pour en quelque sorte éduquer les femmes à mieux se connaître pour atteindre un orgasme plus facilement ou en tous les cas plus souvent. Douze thèmes sont abordés lors de cette éducation interactive d’un genre particulier. Avec un ordinateur muni d’un écran tactile c’est mieux. Les préliminaires sont ignorés par 65 % des femmes. Qu’en est-il des hommes ? Le site ne répond pas à cette question parce qu’il est dédié aux femmes. Suggérer aux hommes ce qu’ils doivent faire et ne pas faire : 70 % des femmes déclarent agir en ce sens sans succès, on a donc répondu à la question. La routine rassure 65 % des femmes car elles savent au moins ce qui les attend, incroyable mais pourtant vrai selon cette étude ! Mais au contraire 70 % des femmes considèrent aussi que l’effet de surprise est une bonne approche pour mobiliser la libido de leur partenaire et ainsi pouvoir en bénéficier, en termes anglo-saxons on parle de « quicky » c’est-à-dire un coup rapide derrière un buisson ou un paravent, c’est à n’y rien comprendre …

La synchronisation rythmique, je n’entrerai pas dans les détails non plus, représente un réel souci existentiel pour 4 femmes sur 5, c’est considérable. Une femme sur deux se déclare trop insensible au niveau de son sexe en général pour espérer faire l’expérience d’orgasmes à répétition. Promouvoir chez son partenaire des petits gestes ou de petites attentions pour espérer atteindre un orgasme : quatre femmes sur dix n’y ont jamais pensé. Neuf femmes sur dix déclarent que pour elles l’orgasme est avant tout cérébral ce qui, selon ce site, n’est naturellement pas le cas. Outre le fait que la sensibilité peut varier au cours de l’acte sexuel par lassitude ou désintéressement selon également neuf femmes sur dix, le site propose d’explorer un sexe féminin virtuel afin que chaque femme apprenne à reconnaître la sensibilité cutanée adjacente à son sexe, 65 % des femmes ignorant comment apprendre à leur partenaire quels gestes peuvent être utilisés pour amplifier cette sensibilité puis à explorer les milliers d’approches permettant d’exciter son clitoris, 5 femmes sur 10, selon OMGYes, ignorent comment faire, ce dont je doute personnellement, et enfin à extérioriser et amplifier anatomiquement leur plaisir par des exercices de musculation dédiés au plancher pelvien et au vagin, ce qu’ignorent totalement 90 % des femmes et là je suis assez d’accord avec ce site … Tout un programme !

Pour la modique somme de 29 dollars n’importe quelle femme peut donc apprendre comment son sexe réagit et par quelle démarche son partenaire peut également collaborer à cette approche. Le site garantit un taux de réussite proche de 100 % au point de déclarer que dans quelques années la fameuse scène d’anthologie de l’orgasme simulé dans le film « Quand Harry rencontre Sally » (1989) par Meg Ryan en plein restaurant ne sera qu’un souvenir anecdotique car toutes les femmes seront pleinement satisfaites après cette « éducation sexuelle » interactive d’un genre nouveau …

Sources : The Daily Beast et https://www.omgyes.com/ et https://www.youtube.com/watch?v=PdJm3DVg3EM